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	<title>Légendes Bretonnes &#187; Animaux fantastiques</title>
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	<description>Récits extraits des Contes Populaires De Basse-Bretagne par F.M. Luzel</description>
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		<title>La Princesse Du Palais-Enchanté</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Nov 2008 13:39:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Bague]]></category>
		<category><![CDATA[La princesse aux cheveux d'or]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>
		<category><![CDATA[vieillard]]></category>

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		<description><![CDATA[Selaouit, mar hoc&#8217;h eur c&#8217;hoant, Setu aman eur gaozic koant, Ha na euz en-hi netra gaou, Mès, marteze, eur gir pe daou. Ecoutez, si vous voulez, Voici, un joli petit conte, Dans lequel il n&#8217;y a pas de mensonge, Si ce n&#8217;est, peut-être, un mot ou deux. C. Glot &#038; L. MinyCarnet de route de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro2">Selaouit, mar hoc&#8217;h eur c&#8217;hoant,<br />
Setu aman eur gaozic koant,<br />
Ha na euz en-hi netra gaou,<br />
Mès, marteze, eur gir pe daou.</p>
<p>Ecoutez, si vous voulez,<br />
Voici, un joli petit conte,<br />
Dans lequel il n&#8217;y a pas de mensonge,<br />
Si ce n&#8217;est, peut-être, un mot ou deux.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2849468002?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2849468002"><img src="/img/510LwtGtprL._SL160_.jpg" width="129" height="160" alt="Carnet de route de la Bretagne féerique" />
<p>C. Glot &#038; L. Miny<br />Carnet de route de la Bretagne féerique</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2849468002" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2842303261?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2842303261"><img src="/img/61epSOrN3zL._SL160_.jpg" width="123" height="160" alt="La grande encyclopédie des Fées" />
<p>P. Dubois<br />La grande encyclopédie<br />des Fées</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2842303261" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait une fois</strong> un roi de France dont les ancêtres avaient régné dans ce pays, depuis neuf générations. Il n&#8217;avait jamais visité la Basse-Bretagne. Un jour, la fantaisie lui prit d&#8217;y venir, avec une suite nombreuse. Il fit accoutrer un beau carrosse et partit.<br />
Il fut bien accueilli par le roi de Bretagne, lui et sa suite, et l&#8217;on allait chasser, tous les jours, dans les grandes forêts du pays. Un jour, le roi de France mit une telle ardeur à poursuivre un sanglier que ses gens ne purent le suivre et il s&#8217;égara. Le voilà bien embarrassé. La nuit vint et il monta sur un arbre pour attendre le jour, car la forêt abondait en bêtes fauves de toute sorte. Il aperçut une petite lumière, qui ne paraissait pas bien éloignée. Il descendit de l&#8217;arbre et se dirigea vers la lumière. Il arriva à la hutte d&#8217;un pauvre bûcheron et demanda un abri pour la nuit et quelque chose à manger.<br />
—  Nous sommes de pauvres gens, lui dit le bûcheron, et notre hospitalité paraîtra sans doute bien médiocre à un seigneur comme vous ; quoi qu&#8217;il en soit, c&#8217;est de bon cœur que nous partagerons avec vous le peu que nous avons.<br />
Puis, s&#8217;adressant à sa femme :<br />
—  Il faut nous apprêter, Plésou <sup><em><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a></em></sup>, le lièvre que je vous ai apporté hier.<br />
—  Un lièvre ? dit le roi ; et si les gardes le savaient et le disaient au roi ?<br />
—  Et comment le sauraient-ils ? Ce ne sera pas par vous, probablement ? Et puis, le bûcheron est maître dans sa hutte, je pense, comme le roi l&#8217;est dans son palais.<br />
—  Assurément, mon brave homme, répondit le roi.<br />
La femme du bûcheron accommoda le lièvre, à sa façon, et l&#8217;on s&#8217;attabla et l&#8217;on mangea de bon appétit, en causant de choses et d&#8217;autres.<br />
Bien ! Mais, voilà que la femme du bûcheron accoucha, dans la nuit, d&#8217;un gros garçon. Le roi s&#8217;offrit pour en être le parrain. Mais, où trouver une marraine de qualité comme il convenait pour un pareil seigneur ?<br />
—  Allez demander la demoiselle du château, mon homme, dit la bûcheronne à son mari.<br />
Et le bûcheron endossa son habit des dimanches et prit la route du château. Il fit part à la châtelaine du sujet de sa visite. La demoiselle, qui était près de sa mère, s&#8217;écria aussitôt avec dédain :<br />
—  Moi servir de marraine au fils d&#8217;un bûcheron, et avec un charbonnier pour parrain, peut-être ! Cherchez donc ailleurs des gens de votre condition !<br />
Et elle se leva pour s&#8217;en aller.<br />
—  Le parrain, dit le bûcheron, est un beau et riche seigneur, et j&#8217;ai pensé qu&#8217;il convenait de lui choisir une commère aimable et jolie.<br />
—  Un riche et beau seigneur ?&#8230; Qui est-ce donc ? demanda la demoiselle, intriguée.<br />
—  Je ne saurais, en vérité, vous dire qui il est, ni d&#8217;où il vient ; mais, il est vêtu très richement, il est beau et généreux et je ne serais pas étonné qu&#8217;il fût prince, le fils de quelque puissant monarque peut-être. Il s&#8217;est égaré en chassant dans la forêt, il est venu frapper à notre porte, il a passé la nuit dans notre hutte, il était présent quand ma femme est accouchée et s&#8217;est offert lui-même pour être parrain.<br />
— Si c&#8217;est ainsi, dit alors la demoiselle, je veux bien être la marraine de votre enfant et je vais m&#8217;apprêter à me rendre chez vous.<br />
Le bûcheron s&#8217;en retourna chez lui, tout joyeux, et la jeune châtelaine arriva aussi, peu après, dans un beau carrosse et parée de tous ses atours. On se rendit au bourg, pour le baptême. Quand ils arrivèrent au presbytère, ils trouvèrent le vicaire qui battait du lin, le curé qui le broyait et la servante qui le peignait, ce qui étonna fort le roi <sup><em><a href="#note2">(2)</a><a name="texte2"></a></em></sup>.<br />
—  Venez baptiser mon enfant, Monsieur le Curé, dit le bûcheron au curé.<br />
—  Nous y allons tout de suite, répondit celui-ci.<br />
Et le curé et son vicaire secouèrent la poussière dont ils étaient couverts, revêtirent leurs soutanes, qu&#8217;ils avaient ôtées, et se rendirent à l&#8217;église.<br />
Quant le curé vint recevoir l&#8217;enfant, dans le porche, il reconnut le roi, qu&#8217;il avait vu, dans un voyage à Paris, et se jeta à ses pieds.<br />
—  Relevez-vous, Monsieur le Curé, lui dit le monarque, on ne doit se mettre à genoux que devant Dieu.<br />
L&#8217;enfant fut baptisé et reçut le nom de Efflam. En entendant sonner les cloches, à toute volée, les pages du roi et les seigneurs de sa suite, qui le cherchaient depuis la veille, s&#8217;écrièrent : &#8211; C&#8217;est pour le roi, sans doute, que l&#8217;on sonne de la sorte !<br />
Et ils coururent au village et leur joie fut grande de retrouver leur roi en vie et sans mal.<br />
En prenant congé du bûcheron, le roi lui donna une poignée de pièces d&#8217;or, puis, lui présentant un anneau orné d&#8217;un gros diamant, il lui dit :<br />
—  Quand mon filleul aura atteint l&#8217;âge de quatorze ans, vous lui direz de venir me voir, à Paris, et vous lui donnerez cet anneau, qui me le fera reconnaître.<br />
Le roi de Bretagne célébra le retour de son hôte par un grand festin, et peu de temps après, le roi de France prit congé de lui et retourna à Paris.<br />
Le bûcheron acheta des terres et fit bâtir une belle maison, avec l&#8217;argent que lui avait donné le parrain d&#8217;Efflam, et il était à présent un des plus riches bourgeois du pays. Il envoya son fils à l&#8217;école, dans la ville la plus voisine, et, comme l&#8217;enfant était intelligent, il fit des progrès rapides <sup><em><a href="#note3">(3)</a><a name="texte3"></a></em></sup>.<br />
Quand Efflam fut parvenu à l&#8217;âge de quatorze ans, son père lui remit un jour l&#8217;anneau de son parrain et lui dit de se rendre à Paris, de demander à voir le roi de France et de lui montrer l&#8217;anneau. Le jeune garçon demanda qu&#8217;on lui donnât quelqu&#8217;un pour l&#8217;accompagner, dans un si long voyage. On lui permit d&#8217;emmener avec lui un jeune pâtre teigneux, laid et méchant, qui était dans la maison. On leur donna aussi deux vieux chevaux, poussifs et fourbus, et ils se mirent en route. Le temps était beau, la chaleur était grande et, vers l&#8217;heure de midi, ils descendirent de leurs montures pour boire à une fontaine, au bord du chemin. Pendant qu&#8217;Efflam buvait dans le creux de sa main, penché sur le bassin de la fontaine, son compagnon lui donna un coup d&#8217;épaule et le fit tomber dans l&#8217;eau. Puis, il lui enleva son anneau, monta sur le meilleur des deux chevaux et partit au galop. Suivons-le, nous reviendrons plus tard à l&#8217;infortuné Efflam.<br />
En arrivant à Paris, il se rendit tout droit au palais du roi et salua ainsi le vieux monarque :<br />
—  Bonjour, mon parrain ! Je suis venu vous voir, comme vous l&#8217;aviez recommandé ; j&#8217;ai quatorze ans accomplis, depuis quelques jours.<br />
—  Moi, ton parrain !&#8230; dit le roi, surpris de s&#8217;entendre donner ce nom par un pareil avorton.<br />
—  Oui, reprit le drôle, je suis le fils du bûcheron, qui naquit la nuit [oh vous avez reçu l&#8217;hospitalité dans sa hutte, au milieu de la forêt où vous vous étiez égaré ; ne vous le rappelez-vous donc pas ?<br />
—  Oui, oui&#8230; je me rappelle, répondit le roi en le regardant avec compassion, tant il était mal tourné&#8230; ; tu es bien le fils de ce brave homme ?&#8230;<br />
—  Certainement ; tenez, ne reconnaissez-vous pas ceci ?<br />
Et il lui présenta l&#8217;anneau.<br />
—  Oui vraiment, c&#8217;est bien l&#8217;anneau que j&#8217;avais laissé au père de mon filleul, qui devait me l&#8217;apporter, dit le roi, en examinant l&#8217;anneau.<br />
Le roi l&#8217;accueillit alors avec bonté, lui demanda des nouvelles de son père et de sa mère et le fit décrasser et habiller convenablement. Mais, on eut beau le laver, le savonner et le couvrir de beaux habits, il n&#8217;en avait guère moins mauvaise mine.   Le  roi, qui avait  bon   cœur, donna des ordres pour qu&#8217;on le traitât bien, qu&#8217;on lui donnât à manger et à boire comme il le désirerait et qu&#8217;on le laissât se promener où il voudrait, dans les jardins et dans le palais. Et l&#8217;avorton usa largement de la permission.<br />
Cependant, le pauvre Efflam, qui avait réussi à sortir de la fontaine, où l&#8217;autre croyait l&#8217;avoir noyé, arriva aussi à Paris, quelques jours plus tard. Il se rendit au palais du roi.<br />
—  Que voulez-vous, mon garçon ? lui demanda le portier.<br />
— Je voudrais parler à mon parrain, répondit-il.<br />
—  Votre parrain ? Mais, qui est-ce donc, votre parrain ?<br />
—  C&#8217;est le roi de France.<br />
—  Il y a déjà plusieurs jours qu&#8217;il est arrivé, son filleul ; déguerpissez, au plus vite !<br />
Il partit. Mais, le lendemain, il revint à la charge, et, comme le roi se trouva justement à passer, en ce moment, il demanda ce que voulait ce jeune homme.<br />
—  Sire, répondit Efflam, qui, à la réponse du portier, la veille, avait bien compris que le teigneux avait pris sa place, je voudrais quelque petit emploi, dans votre palais, afin de pouvoir gagner honnêtement mon pain, en travaillant.<br />
Le roi le regarda, lui trouva l&#8217;air intelligent et dit au portier de le conduire au jardinier, qui trouverait à l&#8217;employer. Le jardinier l&#8217;employa à écheniller ses choux et à sarcler ses plates-bandes.<br />
Le roi venait souvent se promener dans ses jardins, et le faux filleul l&#8217;accompagnait parfois. Un jour, il dit en s&#8217;arrêtant devant un vieux puits :<br />
—  Voilà un puits qui est si profond que personne n&#8217;en a jamais pu atteindre le fond ; je voudrais bien pourtant en connaître la profondeur et savoir ce qu&#8217;il y a dedans.<br />
Le faux filleul, qui avait reconnu Efflam, crut trouver là une occasion de se débarrasser de lui, et il dit au roi :<br />
—  Ce jeune jardinier que voilà, mon parrain, &#8211; et il désignait Efflam, &#8211; a dit qu&#8217;il n&#8217;a pas peur de descendre au fond du puits ; mettez-le en demeure de tenir sa parole.<br />
Le roi appela Efflam et lui dit :<br />
—  Vous avez dit, mon garçon, que vous descendriez volontiers jusqu&#8217;au fond du puits ?<br />
—  Jamais je n&#8217;ai dit pareille chose, sire, répondit Efflam.<br />
—  Tu mens ! s&#8217;écria le faux filleul ; tu me l&#8217;as dit à moi-même.<br />
—  Alors, il faut que vous y descendiez, reprit le roi.<br />
On apporta tout ce qu&#8217;on put trouver de cordes, dans les écuries, les étables et ailleurs, on les attacha bout à bout, puis Efflam entra dans un grand panier auquel on attacha la corde, et on le descendit dans le puits. Il descendait, descendait, descendait toujours, dans une grande obscurité. Quand il eut ainsi descendu, pendant environ douze heures, il aperçut enfin une faible lumière, qui allait grandissant, à mesure qu&#8217;il descendait, et il finit par toucher terre et se trouva dans un beau jardin rempli de belles fleurs. Non loin de là, il aperçut un beau palais, devant lequel se promenait, seul, un vieillard à barbe blanche. Le vieillard s&#8217;avança vers lui et lui parla ainsi :<br />
—  Bonjour, mon fils. Je sais qui tu es et ce que tu viens chercher ici. Tu es le filleul du roi de France, et ton parrain t&#8217;envoie ici pour savoir ce qu&#8217;il y a au fond du puits par lequel tu es descendu.<br />
—  C&#8217;est vrai, grand-père, répondit Efflam, étonné.<br />
—  Je connais toute ton histoire, mon enfant, et je sais que le faux filleul du roi, qui a pris ta place à la cour, ne t&#8217;a fait descendre dans le puits que pour se débarrasser de toi, persuadé que tu n&#8217;en reviendrais pas. Mais, tu t&#8217;en retourneras, sain et sauf, et ses projets seront déjoués. Tu n&#8217;es pourtant pas encore au bout   de  tes peines et on t&#8217;imposera d&#8217;autres épreuves, toutes plus difficiles les unes que les autres. Prends ce sifflet (et il lui donna un petit sifflet d&#8217;argent), et, à chaque fois qu&#8217;on te commandera quelque travail difficile et au-dessus de tes forces, viens secrètement au puits, penche-toi sur l&#8217;ouverture et souffle dans ton sifflet, et aussitôt j&#8217;arriverai pour te tirer d&#8217;embarras, en te faisant connaître ce que tu devras faire. Quand tu retourneras là-haut, le roi te demandera ce que tu auras vu, au fond du puits ; tu lui répondras : &#8211; « C&#8217;est si beau, sire, qu&#8217;il m&#8217;est impossible de vous en donner une idée ; du reste, allez-y voir vous-même. »<br />
Remonte, à présent ; fais comme je t&#8217;ai recommandé, aie confiance en moi et tu triompheras de tout le mauvais vouloir et des pièges de tes ennemis.<br />
Efflam remercia le bon vieillard et lui fit ses adieux. Puis, il entra dans le panier, souffla dans son sifflet, pour donner à entendre qu&#8217;il voulait remonter, et on le hissa en haut.<br />
—  Eh bien ! mon garçon, qu&#8217;as-tu vu là-dedans ? lui démarra le roi, aussitôt après sa sortie du puits.<br />
—  C&#8217;est si beau, voyez-vous, sire, si beau, que je ne pourrais jamais vous en donner une idée, par des paroles ; il faut y aller voir vous-même.<br />
Le roi goûta peu le conseil et fit la moue ; le faux filleul parut moins satisfait encore.<br />
Quelques jours après, en se promenant dans le jardin, le roi s&#8217;arrêta à contempler le soleil, qui se couchait, et dit :<br />
—  Je voudrais bien savoir pourquoi le Soleil se montre à nous sous trois couleurs différentes, chaque jour : rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir ?<br />
Et le faux filleul s&#8217;empressa de lui répondre :<br />
—  Envoyez le jeune jardinier vers le Soleil, parrain, pour le lui demander.<br />
—  Tu as raison, mon filleul, je vais l&#8217;envoyer, pour voir.<br />
Et le vieux roi fit venir Efflam et lui dit :<br />
—  Il te faut, mon garçon, aller trouver le Soleil, chez lui, dans son palais, pour lui demander pourquoi il se montre à nous sous trois couleurs différentes, chaque jour, et tu me rapporteras sa réponse.<br />
—  Et comment voulez-vous, sire ?&#8230;<br />
—  Il faut que tu y ailles, et tout de suite, interrompit le roi, ou il n&#8217;y a que la mort pour toi.<br />
Le soir, après le coucher du Soleil, Efflam se rendit secrètement au puits du jardin, se pencha dessus, souffla dans son sifflet d&#8217;argent et le vieillard à barbe blanche monta aussitôt jusqu&#8217;à lui et lui demanda :<br />
— Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, mon enfant ?<br />
— Le roi m&#8217;a ordonné, sous peine de la mort, répondit Efflam, d&#8217;aller trouver le Soleil, dans son palais, et de lui demander pourquoi il se montre à nous, chaque jour, sous trois couleurs différentes.<br />
—  Eh bien ! mon enfant, dites au roi de vous donner, pour faire ce voyage, d&#8217;abord un carrosse attelé de trois beaux chevaux, puis, de l&#8217;or et de l&#8217;argent à discrétion. Vous vous mettrez alors en route, en vous dirigeant toujours vers le Levant, et ne craignez rien et ayez confiance en moi, et vous sortirez encore à votre honneur de cette épreuve.<br />
Le vieillard redescendit au fond de son puits, et Efflam alla trouver le roi, qui lui donna un beau carrosse, de beaux chevaux, de l&#8217;or et de l&#8217;argent à discrétion, et il partit alors pour se rendre au palais du Soleil. Il allait, il allait, se dirigeant toujours vers le Levant, tant et si bien qu&#8217;il arriva à une plaine immense, où il aperçut quelqu&#8217;un qui courait, courait en poussant des cris épouvantables.<br />
—  Où vas-tu, mon garçon ? lui demanda le coureur.<br />
—  Je vais trouver le Soleil, dans son palais, pour lui demander pourquoi il est rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir.<br />
—  Eh bien ! demande-lui aussi pourquoi il me retient ici, depuis deux cents ans, à courir dans cette plaine immense, sans m&#8217;accorder un moment de repos.<br />
—  Je le lui demanderai, répondit Efflam.<br />
—  Prends bien garde de ne pas le faire, ou je ne te laisserai pas passer<br />
—  Je le ferai, assurément.<br />
—  Passe, alors.<br />
Et le coureur continua sa course et Efflam passa.<br />
Plus loin, aux deux côtés d&#8217;un chemin étroit et profond, par où il lui fallait passer, il vit deux vieux chênes qui se choquaient si rudement et se battaient avec tant de fureur, qu&#8217;il en jaillissait à tout moment des éclats. Comment passer par là, sans être broyé entre les deux arbres ?<br />
—   Où vas-tu, mon garçon ? lui demandèrent les chênes.<br />
Efflam fut bien étonné d&#8217;entendre des arbres lui parler, comme des hommes.<br />
—   Comment ! dans ce pays-ci, les arbres parlent donc ? leur dit-il.<br />
—   Oui, mais, dis-nous vite où tu vas.<br />
—  Je vais trouver le Soleil, en son palais, pour lui demander pourquoi il est rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir.<br />
—  Eh  bien !   demande-lui aussi pourquoi   il nous  retient ici,  depuis trois cents ans, à nous battre de la sorte, sans un moment de repos ?<br />
—  Je le lui demanderai volontiers.<br />
— Alors, nous ne te ferons pas de mal et tu peux passer.<br />
Et Efflam passa sans mal, et les deux arbres se remirent à se battre, de plus belle.<br />
Un peu plus loin, il se trouva au bord d&#8217;un bras de mer, et il aperçut là un homme tout nu qui se jetait dans l&#8217;eau, du haut d&#8217;un rocher, puis, il en sortait pour s&#8217;y jeter de nouveau, et cela sans discontinuer.<br />
—   Où vas-tu ainsi, mon garçon ? demanda cet homme à Efflam, dès qu&#8217;il le vit.<br />
—  Je vais trouver le Soleil, dans son palais, pour lui demander pourquoi il est rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir.<br />
—  Eh bien ! demande-lui aussi pourquoi il me retient ici, depuis cinq cents ans, à faire le métier que tu as vu, et je te ferai passer l&#8217;eau.<br />
—  Je le lui demanderai volontiers.<br />
—  Monte sur mon dos, alors, et je vais te faire passer l&#8217;eau.<br />
Et Efflam monta sur son dos et fut déposé, sain et sauf, sur le rivage opposé. Il continua sa route et arriva bientôt devant le palais du Soleil. C&#8217;était le soir, de sorte qu&#8217;il n&#8217;en fut pas aveuglé, mais ébloui seulement. Il entra dans la cuisine du château, dont il trouva la porte ouverte, et vit une vieille femme, aux dents longues comme le bras, qui préparait de la bouillie d&#8217;avoine, dans un énorme bassin. C&#8217;était la mère du Soleil.<br />
—  Bonjour, grand&#8217;mère, lui dit-il.<br />
La vieille tourna la tête et resta tout ébahie, à la vue du jeune homme.<br />
—  N&#8217;est-ce pas ici que demeure le Soleil ? lui demanda Efflam.<br />
—  Si vraiment, répondit-elle.<br />
—  Je voudrais bien lui parler, si c&#8217;est possible, grand&#8217;mère.<br />
—   Qu&#8217;as-tu donc à lui dire ?<br />
Efflam lui fit connaître l&#8217;objet de son voyage et ses infortunes, si bien que la vieille s&#8217;intéressa à lui et lui dit :<br />
—  Mais, mon pauvre enfant, je te plains d&#8217;être venu jusqu&#8217;ici. Quand mon fils rentrera, tout à l&#8217;heure, il aura grand&#8217;faim, comme toujours, et, dès qu&#8217;il te verra, il se jettera sur toi et t&#8217;avalera d&#8217;une bouchée. Tu ferais donc bien de t&#8217;en aller, au plus vite.<br />
—  Jésus mon Dieu ! s&#8217;écria Efflam, effrayé. Puis, après avoir réfléchi :<br />
—  Après tout, grand-mère, être mangé par votre fils ou mis à mort par le roi de France, il  m&#8217;importe  peu ;  je veux donc  rester, et si vous voulez bien me prendre sous votre protection&#8230;<br />
— Tu m&#8217;intéresses beaucoup, reprit la vieille ; reste donc, et si mon fils essaye de te faire du mal, je lui caresserai les épaules avec le bâton que voici.<br />
Et elle lui montra le gros bâton avec lequel elle mêlait sa bouillie. Puis, elle cacha Efflam dans un coin de la salle, parmi un tas de fagots. Son fils rentra aussitôt en criant :<br />
—  J&#8217;ai faim, mère ; j&#8217;ai grand&#8217;faim ! je meurs de faim ! Donnez-moi vite à manger !<br />
—  Oui, mon fils, je vous ai préparé de la bonne bouillie d&#8217;avoine ; je vais vous la servir, à l&#8217;instant.<br />
Mais, il se mit à humer l&#8217;air et dit :<br />
—  Je sens odeur de chrétien ! Il y a un chrétien par ici, mère !&#8230;<br />
—  Vous rêvez toujours de chrétiens à dévorer, lui répondit la vieille ; mangez votre bouillie et tenez-vous tranquille.<br />
—  Non ! non ! Il y a un chrétien ici, et je veux le manger !<br />
—  Eh bien ! oui, il y en a un ; mon neveu, le plus jeune fils de mon frère, qui est venu me voir, et vous ne lui ferez pas de mal, j&#8217;espère, ou gare à mon bâton !<br />
Et elle lui montra du doigt son bâton, qu&#8217;elle avait déposé au coin du foyer ; puis, elle fit sortir Efflam de sa cachette, et le présenta, à son fils.<br />
— Le voilà, ton.cousin, et si tu lui fais le moindre mal, gare au bâton, te dis-je !<br />
Le Soleil courba la tête et dit :<br />
—  Si c&#8217;est un cousin, mère, je ne lui ferai pas de mal.<br />
Et il se radoucit, soupa gloutonnement ; après quoi, il demanda à Efflam quel était l&#8217;objet de sa visite, et s&#8217;il pouvait lui être utile en quelque chose. Efflam répondit :<br />
—  Le roi de France, cousin, m&#8217;envoie vous demander pourquoi vous revêtez, chaque jour, trois couleurs différentes, rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir, quand vous vous couchez ? Et il me faut lui rapporter votre réponse, sinon il me fera mourir.<br />
—  Je veux bien te dire cela, puisque tu es mon cousin, et pour que le roi de France ne te fasse pas mourir. Tu diras donc au roi de France que je suis rose, le matin, par l&#8217;effet de l&#8217;éclat de la princesse Enchantée (l&#8217;Aurore), qui, tous les matins, se tient à la fenêtre de son palais, pour me voir passer, à mesure que je monte sur l&#8217;horizon. A midi, je me dépouillé de ces teintes rosées et je deviens blanc et d&#8217;une ardeur dévorante ; mais, le soir, j&#8217;arrive au terme de ma course journalière,  affaibli, rouge de fatigue et épuisé. Voilà, cousin, ce que tu peux dire au roi de France.<br />
— Je vous remercie bien, cousin ; mais, avant de partir, je voudrais savoir encore pourquoi vous tourmentez si cruellement, depuis deux cents ans, un pauvre homme que j&#8217;ai rencontré sur ma route, courant et criant, sur une immense plaine, sans jamais se reposer ?<br />
—  Oui, je te le dirai volontiers : je retiens cet homme-là à faire pénitence, et il y restera aussi longtemps que le monde existera. Mais, ne lui dis cela qu&#8217;après que tu auras franchi la plaine, car autrement, il ne te laisserait pas passer <sup><em><a href="#note4">(4)</a><a name="texte4"></a></em></sup>.<br />
— Je ne lui dirai rien, avant d&#8217;avoir franchi la plaine, mais, dites-moi encore, je vous prie, pourquoi deux arbres que j&#8217;ai vus se battant, plus loin, des deux côtés d&#8217;un chemin creux, se maltraitent si cruellement, depuis trois cents ans ?<br />
—  Je te le dirai encore : ce sont deux époux qui se disputaient et se battaient constamment, quand ils vivaient ensemble, et, pour les : punir, je veux qu&#8217;ils continuent de se battre, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils aient écrasé un homme entre eux ; mais, cela durera encore, sans doute, plusieurs milliers d&#8217;années, car il ne passe pas un homme tous les mille ans par là. Ne leur dis cela que quand tu auras passé, autrement, tu serais leur victime et ils seraient délivrés. Et à présent, je te dis adieu, car il est grand temps que je commence ma course journalière et l&#8217;on m&#8217;attend déjà avec impatience.<br />
—  Encore une question, cousin ; ce sera la dernière.<br />
—  Parle vite, alors, car je suis déjà en retard.<br />
—  Et l&#8217;homme que j&#8217;ai rencontré ensuite, au bord de la mer, non loin d&#8217;ici, et que vous retenez là en peine, depuis cinq cents ans ?<br />
—  Celui-là aussi expie ses péchés et ses fautes, et il restera là jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un autre prenne sa place. Mais, ne lui dis pas cela, avant qu&#8217;il t&#8217;ait remis de l&#8217;autre côté de l&#8217;eau, autrement, il ne te ferait pas passer. Mais, adieu, et pas un mot de plus, car je suis en retard, et l&#8217;on m&#8217;attend avec impatience.<br />
Et le Soleil partit pour sa course journalière. Efflam prit congé de la vieille et partit aussitôt pour s&#8217;en retourner à Paris. Il fit connaître les réponses du Soleil à ceux qu&#8217;elles intéressaient, sur son passage, et il arriva sans encombre à Paris.<br />
—  Eh bien ! lui demanda le roi, aussitôt qu&#8217;il le vit, as-tu  accompli heureusement ton voyage et m&#8217;apportes-tu la réponse du Soleil ?<br />
—  Oui, sire, mon voyage s&#8217;est accompli heureusement et je vous apporte la réponse du Soleil.<br />
—  Alors, fais-la-moi connaître, bien vite.<br />
Et Efflam lui fit connaître la réponse du Soleil. A partir de ce moment, le vieux roi ne rêvait et ne parlait plus que de la Princesse au Palais-Enchanté. Il en perdait la tête et devint sérieusement malade. Le faux filleul lui dit encore, un jour :<br />
— Vous devriez, sire, ordonner au jeune jardinier de vous aller quérir la Princesse du Palais-Enchanté ; il n&#8217;y a que sa présence qui puisse vous rendre la santé et votre gaieté et vos forces d&#8217;autrefois.<br />
—  Tu as raison, répondit le vieux roi ; fais appeler le jeune jardinier.<br />
Et Efflam fut introduit de nouveau devant le roi, qui lui ordonna, sous peine de la mort, de lui amener la Princesse du Palais-Enchanté.<br />
La nuit venue, Efflam se rendit encore au vieux puits du jardin, souffla dans son sifflet d&#8217;argent et le vieillard à la barbe blanche remonta aussitôt et lui demanda :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, mon ami ?<br />
—  Le roi m&#8217;a ordonné, sous peine de la mort, de lui amener la Princesse du Palais-Enchanté.<br />
— Eh bien ! allez trouver le roi et dites-lui qu&#8217;il faut qu&#8217;il vous donne d&#8217;abord un beau carrosse, pour mettre la Princesse, puis les douze plus beaux chevaux de ses écuries pour les atteler au carrosse. Vous lui demanderez encore de l&#8217;or et de l&#8217;argent à discrétion, et de plus douze mulets, dont quatre chargés de viande de mouton, quatre chargés de lard, et les quatre autres chargés de blé ;  car vous aurez besoin de tout cela.<br />
Efflam remercia le vieillard et alla trouver le roi, qui lui fit donner tout ce qu&#8217;il lui fallait. 11 se mit alors en route, et il marcha et marcha, tant et si bien qu&#8217;il arriva dans le royaume des Lions. Des lions affamés, la gueule béante, accoururent à lui, de tous côtés, prêts à le dévorer. Il s&#8217;empressa de leur distribuer la charge des quatre mulets qui portaient de la viande de mouton. Ils dévorèrent la viande et les quatre mulets avec. Alors, un lion, le plus grand et le plus beau de tous, s&#8217;avança vers Efflam et lui parla ainsi :<br />
— Nous allions tous mourir de faim, et tu nous as sauvé la vie ; mais, je te revaudrai cela. Tiens, prends cette trompette, et si jamais tu as besoin de moi et des miens, en quelque lieu que tu sois, souffle dedans et nous arriverons aussitôt.<br />
—  Merci bien, sire, répondit Efflam, en prenant la trompette ; et il se remit en route avec les huit mulets qui lui restaient.<br />
Il arriva alors dans le royaume des Ronfles <sup><em><a href="#note5">(5)</a><a name="texte5"></a></em></sup> et ces monstres accoururent aussi à lui pour le dévorer. Mais, il se hâta de leur distribuer le lard dont étaient chargés quatre de ses mulets, et ils dévorèrent le lard, puis, les quatre mulets qui le portaient ; après quoi, le roi des Ronfles dit aussi à Efflam :<br />
—  Je suis le roi des Ronfles, si jamais tu as besoin de moi ou des miens, souffle dans cette trompe (et il lui présenta une trompe), et en quelque lieu que tu te trouves, nous arriverons aussitôt.<br />
Efflam prit la trompe, remercia le roi des Ronfles et se remit en route avec les quatre mulets qui lui restaient.<br />
Il arriva alors dans le royaume des Fourmis, et se vit en un instant environné de fourmis grandes comme des chats, au point de ne pouvoir avancer. Il se hâta de vider ses sacs de blé, pour ne pas être dévoré par elles, car elles aussi paraissaient affamées, et quand elles eurent mangé le blé, ce qui fut bientôt fait, avec les quatre mulets qui le portaient, la reine des Fourmis s&#8217;avança vers lui et lui parla de la sorte :<br />
—  Nous te devons la vie, car nous allions toutes mourir de faim, tant est grande la famine qui règne chez nous. Mais, je te revaudrai ce service. Prends ce petit sifflet d&#8217;ivoire, et, quand tu auras besoin de moi et des miens, souffle dedans, et nous arriverons aussitôt, en quelque lieu que tu sois.<br />
Efflam prit le sifflet, remercia la reine des Fourmis et se remit en route, seul à présent, puisque ses douze mulets avaient été dévorés par les lions, les ogres et les fourmis. Il arriva, peu après, devant le Palais-Enchanté. C&#8217;était un palais magnifique au delà de tout ce qu&#8217;on peut dire. Il frappa à la porte. On lui ouvrit et il dit au portier :<br />
—  Je voudrais parler à votre maîtresse.<br />
Le portier le conduisit devant une jeune fille d&#8217;une grande beauté. Il en fut tellement ébloui, qu&#8217;il resta la bouche ouverte à la regarder, sans rien dire. Enfin, quand il put parler, il lui fit connaître le sujet de sa visite.<br />
— Je vous suivrai, répondit la princesse, mais, seulement quand vous aurez accompli quelques travaux par lesquels je veux vous éprouver. Ainsi, il vous faudra d&#8217;abord passer une nuit avec mon lion, dans sa cage, avec une tourte de pain pour lui donner à manger.<br />
—  J&#8217;essaierai, princesse, répondit Efflam, fort peu rassuré, mais n&#8217;en faisant rien paraître.<br />
La nuit venue, on lui donna une tourte de pain et on l&#8217;enferma dans la cage du lion.<br />
— Donne-moi de ton pain, lui dit le lion.<br />
Et avec son couteau il coupa un morceau de la tourte et le jeta au lion, qui l&#8217;avala d&#8217;une bouchée et dit :<br />
—  Donne-moi encore de ton pain.<br />
Efflam lui jeta un second morceau, puis, un troisième, un quatrième, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il ne lui en restât plus.<br />
—  A présent, il va me dévorer, pour sûr, pensait-il. Mais, il se souvint en ce moment que le roi des Lions lui avait promis de venir à son secours, et lui avait donné une trompette pour l&#8217;appeler. Il se hâta de souffler dans sa trompette et le roi des Lions accourut aussitôt, comme un ouragan, et mit en pièces le lion de la princesse.<br />
Le lendemain matin, Efflam sortit sain et sauf de la cage et se présenta devant la princesse, étonnée de le voir encore en vie, et lui dit :<br />
—  J&#8217;ai passé la nuit avec votre lion, dans sa cage, et me voici ; viendrez-vous à présent avec moi, princesse ?<br />
—  Oui, répondit-elle, quand vous aurez passé une autre nuit avec mon Ronfle, dans son antre.<br />
La nuit venue, on le conduisit à l&#8217;antre du Ronfle et on l&#8217;y enferma avec le monstre. Celui-ci se précipita sur lui, pour le dévorer. Mais, il eut le temps de souffler dans sa trompe, et le roi des Ronfles arriva aussitôt, comme un ouragan, et mit en pièces le Ronfle de la princesse.<br />
Le lendemain matin, Efflam se présenta encore devant la princesse, de plus en plus étonnée de le revoir en vie, et lui dit :<br />
—  J&#8217;espère que vous voudrez bien m&#8217;accompagner, à présent, princesse ?<br />
—  J&#8217;ai une dernière épreuve à vous proposer, avant de vous suivre, répondit-elle ; j&#8217;ai là, dans mon grenier, un grand tas de grains, de trois sortes mélangées, froment, orge et seigle, et il vous faudra le trier et mettre chaque sorte de grain dans un tas à part, sans commettre l&#8217;erreur d&#8217;un seul grain, et cela avant le lever du soleil, demain matin.<br />
La nuit venue, Efflam monta au grenier, pommer le grain. Il n&#8217;avait d&#8217;autre lumière que la clarté de la lune, pénétrant par une lucarne. Son embarras était grand. Heureusement qu&#8217;il se souvint des offres de service de la reine des Fourmis. Il souffla dans le sifflet d&#8217;ivoire qu&#8217;elle lui avait donné, et aussitôt les fourmis arrivèrent par millions. Et les voilà de se mettre à l&#8217;ouvrage, sans perdre de temps. Elles firent tant et si bien que, pour l&#8217;heure dite, chaque sorte de grain avait été mise dans un tas à part, sans le moindre mélange.<br />
Au lever du soleil, Efflam se présenta encore devant la princesse et lui dit :<br />
— Pour le coup, princesse, vous viendrez avec moi, n&#8217;est-ce pas ?<br />
— Le travail est-il fait ? demanda-t-elle.<br />
— Le travail est fait, répondit Efflam, tranquillement.<br />
—  Il faut que je voie cela.<br />
Et elle monta au grenier, examina les trois tas de grains, en prit dans sa main, à plusieurs reprises, et ne trouva rien à redire ; ce qui l&#8217;étonna fort.<br />
—  Qu&#8217;en dites-vous, princesse, est-ce bien ? lui demanda Efflam.<br />
—  C&#8217;est parfait, répondit-elle.<br />
—  Et vous allez venir avec moi, à présent ?<br />
—  Ce n&#8217;est pas moi qui suis la Princesse au Palais-Enchanté, répondit-elle ; mais, je vais vous faire conduire à un autre palais, plus beau que le mien, non loin d&#8217;ici, et là, on vous donnera de ses nouvelles.<br />
Efflam partit donc pour l&#8217;autre palais, sous la conduite d&#8217;un guide qu&#8217;on lui donna. Là, il trouva une autre princesse, plus belle que la première, et la salua en ces termes :</p>
<blockquote><p>Salut, belle Princesse<br />
Du Palais-Enchanté !</p></blockquote>
<p>Et la Princesse lui répondit :</p>
<blockquote><p>Excusez, ma maîtresse<br />
Est de l&#8217;autre côté.</p></blockquote>
<p>Et elle lui ouvrit la porte d&#8217;une chambre, où il vit une autre princesse, plus belle que les deux premières, et qu&#8217;il salua en ces termes :</p>
<blockquote><p>Salut, belle Princesse<br />
Du Palais-Enchanté !</p></blockquote>
<p>Et celle-ci lui répondit comme l&#8217;autre :</p>
<blockquote><p>Excusez, ma maîtresse<br />
Est de l&#8217;autre côté.</p></blockquote>
<p>Et elle l&#8217;introduisit aussi dans une troisième chambre, où il salua en ces termes une autre princesse, bien plus belle que les précédentes :</p>
<blockquote><p>Salut, belle Princesse<br />
Du Palais-Enchanté !</p></blockquote>
<p>Et elle lui répondit :</p>
<blockquote><p>Salut, Prince plein de jeunesse<br />
Et de courage et de bonté !</p></blockquote>
<p>— Voulez-vous venir avec moi à la cour du roi de France ?<br />
—  Je vous suivrai volontiers où vous voudrez.<br />
Et ils partirent aussitôt, dans un beau carrosse doré, attelé de beaux coursiers ailés, qui s&#8217;élevèrent en l&#8217;air et ne furent pas longtemps pour se rendre à Paris.<br />
Le vieux roi fut tellement ébloui et charmé par la beauté de la Princesse, qu&#8217;il se sentit tout ragaillardi et voulut l&#8217;épouser sur-le-champ.<br />
—  Doucement, sire, lui dit-elle ; si vous n&#8217;aviez que vingt ou vingt-cinq ans, à la bonne heure ; mais, vieux et caduc comme vous l&#8217;êtes, ce serait folie à moi de vous épouser.<br />
Et voilà le roi inconsolable.<br />
—  N&#8217;existe-t-il donc aucun moyen de me rendre ma jeunesse passée ? demanda-t-il à la Princesse.<br />
—  Il y en aurait bien un, répondit-elle, mais, je ne sais si vous consentiriez à tenter l&#8217;épreuve.<br />
—  Quel est-il ? Je veux le tenter, quel qu&#8217;il soit ; dites, vite !<br />
—  Il faudra d&#8217;abord vous faire mourir ; puis, avec une eau merveilleuse que je possède, je vous rappellerai à la vie et vous rendrai votre vigueur et votre beauté de vingt ans.<br />
—  Faites, faites vite !&#8230;<br />
Et le vieux roi se laissa égorger, sans hésiter. Mais, la princesse dit alors à Efflam :<br />
—  Puisque le voilà mort, qu&#8217;il reste mort, et que celui qui a eu toute la peine reçoive aussi la récompense.<br />
Et elle mit sa main dans la main d&#8217;Efflam. Puis, elle dit encore, en montrant du doigt le faux filleul, tout pâle et près de crever de dépit :<br />
—  Quant à ce démon, qu&#8217;on fasse chauffer un four à blanc, et qu&#8217;on l&#8217;y jette tout vif !<br />
Ce qui fut fait.<br />
On célébra alors les noces d&#8217;Efflam et de la Princesse du Palais-Enchanté, et il y eut, à cette occasion, pendant huit jours pleins, de grands festins et les plus belles fêtes du monde <sup><em><a href="#note6">(6)</a><a name="texte6"></a></em></sup>.<br />
<br />Conté par Marguerite Philippe, à Plouaret, Novembre 1869.</p>
<p>&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Nom de femme autrefois très commun en Basse-Bretagne et aujourd&#8217;hui disparu.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> Ceci est un trait de mœurs introduit arbitrairement par ma conteuse, et faisant allusion à la vie simple et patriarcale de nos anciens curés de campagne d&#8217;autrefois.<br />
<a name="note3"></a><a href="#texte3">(3)</a> Tout   ce  début  jusqu&#8217;ici  semble  appartenir  à  un autre type que le reste du conte.<br />
<a name="note4"></a><a href="#texte4">(4)</a> Le motif de la punition manque ici ; c&#8217;est une lacune ou un oubli de ma conteuse. Voir à ce sujet les contes du cycle précédent, Voyages vers le Soleil.<br />
<a name="note5"></a><a href="#texte5">(5)</a> Ronfle est le nom breton qui signifie Ogre.<br />
<a name="note6"></a><a href="#texte6">(6)</a> Ce conte est altéré et mélangé et peut aussi bien appartenir au cycle des Voyages vers le Soleil qu&#8217;à celui de la Recherche de la Princesse aux Cheveux d&#8217;Or.</span><br />&nbsp;<br />&nbsp;
<p class="pdf"><a href="/download/princesse-palais-enchante.zip" title="Fichier zip contenant La Princesse Du Palais-Enchanté au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>La  Truie  Sauvage</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Sep 2008 21:41:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Métamorphoses]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<div class="livre lpt lmarg3"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/284228254X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=284228254X"><img src="/img/61V8XWVQ42L._SL160_.jpg" width="129" height="160" alt="L'Encyclopédie du Merveilleux : Du bestiaire fantastique " />
<p>Collectif<br />L&#8217;Encyclopédie du Merveilleux :<br />Du bestiaire fantastique</p>
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<p>G. Martin-Chauffier<br />Le Roman de la Bretagne</p>
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<p>Raymonde Reznikov<br />Les Celtes et le druidisme</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=270330398X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Un jeune seigneur, étant un jour</strong> à la chasse, dans un grand bois, non loin de son château, rencontra une truie sauvage. Il la coucha en joue, et il allait faire feu, lorsqu&#8217;il fut bien étonné de l&#8217;entendre parler ainsi :<br />
— Ne tire pas sur moi, car tu dois m&#8217;épouser !<br />
—  Dieu, que dites-vous ? Moi épouser une truie sauvage ! s&#8217;écria le seigneur.<br />
—  Oui ; retourne à la maison, quand tu voudras, et rappelle-toi ce que je t&#8217;ai dit ; je serai ta femme !<br />
Et il retourna à la maison, tout triste et pensif.<br />
—  Que t&#8217;est-il arrivé, pour être si triste, mon fils ? lui demanda sa mère.<br />
—  Hélas ! ma mère, j&#8217;ai été à la chasse et j&#8217;ai rencontré une truie sauvage, et comme je la couchais en joue, elle a pris la parole, comme un homme, et m&#8217;a dit qu&#8217;il me faudrait l&#8217;épouser.<br />
—  Hélas ! mon pauvre enfant, si elle l&#8217;a dit, il faut que cela soit. Cette truie habite un vieux château, à l&#8217;autre extrémité du bois.<br />
A partir de ce jour, la truie venait tous les jours visiter le jeune gentilhomme, et celui-ci en avait tant de chagrin, qu&#8217;il était près d&#8217;en perdre la raison. Enfin, un jour, obsédé de ses visites et de ses instances, il dit :<br />
—  Eh bien ! puisqu&#8217;il faut que cela soit, finissons-en, et allons à l&#8217;église !<br />
Et ils se rendirent à l&#8217;église. Le curé, fort surpris<span id="more-74"></span>, faisait des difficultés pour unir un chrétien à une truie sauvage.<br />
—  Mariez-nous hardiment, dit la truie, car si vous me voyez sous cette forme, c&#8217;est ma mère qui en est la cause.<br />
Et le curé les unit.<br />
La truie emmena alors son mari à son château, qui était fort beau. Son père était mort, mais, sa mère vivait encore et habitait le château avec elle.<br />
Le jeune gentilhomme s&#8217;habitua à sa femme, et finit par l&#8217;aimer telle qu&#8217;elle était.<br />
La truie devint enceinte.<br />
Trois mois après leur mariage, le gentilhomme, en se promenant un jour dans le jardin du château, vit trois belles fleurs, qu&#8217;il n&#8217;avait pas encore remarquées. Et à mesure que les fleurs croissaient et s&#8217;élevaient, les feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Cela lui parut de mauvais augure.<br />
— Est-ce que ma femme serait menacée de mourir ? pensa-t-il avec douleur.<br />
Au bout de neuf mois, sa femme mit au monde trois fils, d&#8217;une seule couche, trois enfants superbes ! On les baptisa, puis on leur chercha des nourrices. Ils avaient tous les trois des cheveux d&#8217;or, et quand on les peignait, il tombait des pièces d&#8217;or de leurs têtes.<br />
La truie avait défendu à leur père de les toucher ; il ne les voyait même que par le trou de la serrure, pendant que leurs nourrices les peignaient.<br />
Six mois après, le père, en se promenant dans le jardin du château, vit encore trois fleurs magnifiques, et à mesure qu&#8217;elles croissaient et s&#8217;élevaient sur leurs tiges, les feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Et il en conçut encore de l&#8217;inquiétude à l&#8217;égard de sa femme. Mais, au bout de neuf mois, la truie donna le jour à trois autres fils, plus beaux encore que les trois premiers. On les baptisa aussi ; on  leur donna des  nourrices, et l&#8217;on en prit tous les soins imaginables. Ils avaient aussi des cheveux d&#8217;or, et quand leur mère les peignait, il tombait aussi des pièces d&#8217;or de leurs têtes.<br />
Six mois après, en se promenant dans le jardin du château, le père remarqua encore trois belles fleurs, et à mesure qu&#8217;elles croissaient et que leurs tiges s&#8217;élevaient, leurs feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Et il en conçut encore de l&#8217;inquiétude au sujet de sa femme.<br />
Mais, au bout de neuf mois, la truie donnait encore le jour à trois enfants, — trois petites filles, cette fois, — belles comme le jour.<br />
Voilà neuf enfants, en moins de trois ans !<br />
La truie dit alors à son mari :<br />
— Je suis à présent délivrée, grâce à toi ! Ma mère trouvait les enfants de toutes les autres femmes laids et contrefaits, et Dieu, pour la punir, lui donna une truie pour fille.<br />
Et aussitôt elle changea de forme et devint une belle princesse <sup><em>(1)</em></sup>.</p>
<p>Conté par Marie-Yvonne Guézennec, de Plouaret.</p>
<p><span class="footnote">(1) Ce conte semble être incomplet.</span></p>
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		<title>La Princesse De Tronkolaine</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Sep 2008 00:29:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[fontaine]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>
		<category><![CDATA[vieillard]]></category>
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		<category><![CDATA[Voyages vers le soleil]]></category>

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		<description><![CDATA[Kement-man oa d&#8217;ann amzer Ma ho devoa dennt ar ier. Ceci se passait du temps Où les poules avaient des dents. Marcia GradLa Princesse qui croyaitaux Contes de Fées A. de Carné Légendes Bretonnes Il y avait, une fois, un vieux charbonnier qui avait fait faire vingt-cinq baptêmes. Il ne trouvait plus de parrain pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro">Kement-man oa d&#8217;ann amzer<br />
Ma ho devoa dennt ar ier.</p>
<p>Ceci se passait du temps<br />
Où les poules avaient des dents.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/284639069X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=284639069X"><img src="/img/41FR8N8F0JL._SL160_.jpg" width="101" height="160" alt="La Princesse qui croyait aux Contes de Fées" />
<p>Marcia Grad<br />La Princesse qui croyait<br />aux Contes de Fées</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=284639069X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2846184828?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2846184828"><img src="/img/61BXSuSyEdL._SL160_.jpg" width="149" height="160" alt="Légendes Bretonnes" />
<p>A. de Carné <br />Légendes Bretonnes </p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2846184828" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait, une fois,</strong> un vieux charbonnier qui avait fait faire vingt-cinq baptêmes. Il ne trouvait plus de parrain pour le vingt-sixième enfant qui venait de lui naître. Il trouvait bien une marraine. Comme il allait à la recherche d&#8217;un parrain, il rencontra un beau carrosse, dans lequel il y avait un roi. Il s&#8217;agenouilla sur la route, son chapeau à la main. Le roi, en le voyant, descendit de son carrosse et lui donna une pièce de deux écus.<br />
— Sauf votre grâce, sire, lui dit le charbonnier, ce n&#8217;est pas l&#8217;aumône que je cherche, mais bien un parrain pour mon dernier enfant, qui vient de naître, et je n&#8217;en trouve point.<br />
—  Pourquoi donc cela ? demanda le roi.<br />
—  C&#8217;est que, sire, j&#8217;ai déjà fait faire vingt-cinq baptêmes, et tous mes voisins ont été compères chez moi. Je trouve bien une marraine.<br />
—  Eh bien ! reprit le roi, retournez chez vous ; venez à l&#8217;église avec l&#8217;enfant et la marraine, et je serai le parrain, moi.<br />
Et le vieux charbonnier s&#8217;en retourna à sa hutte, tout joyeux. On avertit la marraine, et ils se rendirent à l&#8217;église avec l&#8217;enfant. Le roi y était déjà à les attendre.<br />
Quand le baptême fut terminé, le parrain donna mille écus au père pour élever son filleul et l&#8217;envoyer à l&#8217;école. Il lui donna encore une moitié de platine pour remettre à l&#8217;enfant, qui la lui rapporterait quand il aurait atteint l&#8217;âge de dix-huit ans. Puis il partit.<br />
L&#8217;enfant avait été nommé Charles.<br />
A l&#8217;âge de sept ou huit ans, on envoya Charles<span id="more-34"></span> à l&#8217;école, et il apprenait tout ce qu&#8217;il voulait. Parvenu à l&#8217;âge de dix-huit ans, son père lui remit la moitié de platine et lui dit d&#8217;aller voir son parrain, le roi de France, à sa cour, à Paris. Le jeune homme partit, monté sur un beau cheval, et ayant dans sa poche sa moitié de platine. Il avait vraiment bonne mine. Il rencontra, dans un chemin creux et étroit, une petite vieille femme, qui lui dit qu&#8217;un peu plus loin il verrait, auprès d&#8217;une fontaine, un individu qui l&#8217;inviterait à boire ; — « mais, poursuivez votre route, mon fils, et ne buvez pas, quelque insistance qu&#8217;il y mette. »<br />
—  C&#8217;est bien, grand&#8217;mère, je ne boirai pas de l&#8217;eau de la fontaine, dit Charles.<br />
Quand il arriva à la fontaine, il vit l&#8217;individu assis à l&#8217;ombre, comme un voyageur qui se repose un instant, et il lui dit :<br />
— Jeune homme, venez boire un peu d&#8217;eau.<br />
—  Merci ! Je n&#8217;ai pas soif, répondit-il.<br />
—  Venez boire une goutte seulement, vous n&#8217;avez jamais bu d&#8217;aussi bonne eau.<br />
Il insista tant, qu&#8217;il s&#8217;approcha pour goûter l&#8217;eau de la fontaine. Mais, s&#8217;étant mis à genoux, pour boire à môme le bassin, l&#8217;inconnu lui prit sa moitié de platine dans sa poche, sauta sur son cheval et partit au galop. Charles courut après lui ; mais, hélas ! il ne put l&#8217;atteindre, et bientôt il perdit de vue l&#8217;homme et le cheval.<br />
—  Hélas ! se dit-il, je n&#8217;ai pas obéi au conseil de la vieille femme. Que faire, maintenant ? N&#8217;importe ! j&#8217;irai à pied ; tôt ou tard, j&#8217;arriverai aussi à Paris, et alors nous verrons.<br />
Et il se remit en route.<br />
Quand l&#8217;homme de la fontaine, le voleur, arriva à Paris, il demanda aussitôt à parler au roi, et lui présenta sa moitié de platine. On rapprocha les deux moitiés, et l&#8217;on trouva qu&#8217;elles se ressemblaient et s&#8217;ajustaient parfaitement ; si bien que le drôle fut le bienvenu auprès du roi, qui le prenait pour son filleul, et il n&#8217;avait rien à faire tous les jours que manger, boire, faire bonne chère et se promener.<br />
Quelque temps après, Charles arriva aussi. On le prit au palais comme pâtre. Le faux filleul, voyant cela, eut peur, et chercha les moyens de se défaire de lui et de le perdre. Il dit un jour au roi :<br />
—  Si vous saviez, mon parrain, ce que le gardeur de moutons a dit ?<br />
—  Qu&#8217;a-t-il dit ? demanda le roi.<br />
—  Ce qu&#8217;il a dit ? Il a dit qu&#8217;il était homme à aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, le matin, quand il se lève.<br />
—  Bah ! ce n&#8217;est pas possible, à moins qu&#8217;il n&#8217;ait perdu la tête.<br />
— Il l&#8217;a dit, sur ma foi, mon parrain, et je pense qu&#8217;il serait bon de l&#8217;y envoyer.<br />
On appela le gardeur de moutons auprès du roi.<br />
—  Comment ! jeune pâtre, vous avez dit que vous  êtes homme à aller demander au  Soleil pourquoi il est si rouge, quand il se lève, le matin ?<br />
— Moi, mon roi ? Comment aurais-je pu dire pareille chose ?<br />
— Vous l&#8217;avez dit, car mon filleul me Ta assuré ; il faut que vous accomplissiez ce dont vous vous êtes vanté, sinon il n&#8217;y a que la mort pour vous. Vous partirez demain matin.<br />
Voilà le pauvre Charles bien embarrassé, je vous prie de le croire. Il ne dormit goutte de toute la nuit.<br />
Le lendemain matin, avant de se mettre en route, il fit le signe de la croix, et dit : « A la grâce de Dieu ! »<br />
Il se dirigea vers le levant. Il n&#8217;était pas allé loin encore qu&#8217;il rencontra un vieillard à barbe blanche, qui lui dit :<br />
—  Où allez-vous comme cela, mon fils, et pourquoi êtes-vous si triste ?<br />
— Ma foi, grand-père, où je vais, je ne le sais guère ; et, si je suis triste, ce n&#8217;est pas sans motif. Le roi m&#8217;a ordonné d&#8217;aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, quand il se lève, le matin.<br />
—  Eh bien ! mon garçon, faites exactement comme je vous dirai, et vous pourrez réussir. Voici un cheval de bois ; montez dessus, et il vous portera au pays où le Soleil se lève. Vous arriverez au pied d&#8217;une montagne très haute ; vous descendrez alors, vous laisserez votre cheval au pied de la montagne et vous monterez jusqu&#8217;au sommet. Là, vous verrez un beau château. C&#8217;est le château du Soleil. Vous n&#8217;aurez qu&#8217;à entrer et faire votre commission.<br />
—  Merci, grand-père.<br />
Charles monta sur le cheval de bois, qui s&#8217;éleva avec lui en l&#8217;air, et ils se trouvèrent bientôt au pied de la haute montagne. Charles la gravit seul jusqu&#8217;au sommet. Il aperçut alors le palais du Soleil, y entra sans obstacle et demanda :<br />
— Le Soleil est-il à la maison ?<br />
—  Non, lui répondit une vieille femme, qui se trouvait là, — sa mère, sans doute ; — que lui voulez-vous ?<br />
—  J&#8217;ai besoin de lui parler, grand&#8217;mère.<br />
—  Eh bien ! si vous voulez attendre un peu, il arrivera sans tarder. Mais, mon pauvre enfant, mon fils aura grand&#8217;faim, quand il arrivera, et il voudra vous manger. Restez tout de même, car votre mine me plaît, et je l&#8217;empêcherai de vous faire du mal.<br />
Bientôt après arriva le Soleil, en criant :<br />
— J&#8217;ai faim ! j&#8217;ai grand&#8217;faim ! ma mère.<br />
—  C&#8217;est bien, asseyez-vous là, mon fils, et je vais vous donner à manger, lui dit la vieille.<br />
—  Je  sens l&#8217;odeur de  chrétien, mère, et il faut que je le mange ! s&#8217;écria le Soleil, un instant après.<br />
— Eh bien ! par exemple, si vous croyez que je vais vous laisser manger cet enfant, vous vous trompez joliment ! Voyez quel charmant garçon !<br />
—  Qu&#8217;es-tu venu faire ici ? demanda le Soleil à Charles.<br />
—  On m&#8217;a commandé, Monseigneur le Soleil, de venir vous demander pourquoi vous êtes si rouge, le matin, quand vous vous levez.<br />
—  Eh bien ! je ne te ferai pas de mal, car ta mine me plaît, et je t&#8217;apprendrai même ce que tu désires savoir. La Princesse de Tronkolaine demeure là, dans un château voisin du mien, et il me faut, tous les matins, me montrer dans toute ma splendeur, quand je passe au-dessus de sa demeure, pour n&#8217;être pas vaincu par elle en beauté.<br />
Le lendemain, le Soleil se leva de bon matin et commença sa tournée, comme d&#8217;habitude, et Charles partit aussitôt que lui. Descendu de la montagne, il retrouva son cheval de bois qui l&#8217;attendait. Il monta dessus et fut ramené en peu de temps à l&#8217;endroit où il avait rencontré le vieillard. Il était encore là qui l&#8217;attendait.<br />
—   Eh bien ! mon fils, lui dit-il, avez-vous réussi dans votre entreprise ?<br />
—  Oui, vraiment, grand-père, répondit Charles, et la bénédiction de Dieu soit sur vous !<br />
—  C&#8217;est bien ; quand vous aurez encore besoin de moi, appelez-moi et vous me reverrez.<br />
Et aussitôt, il disparut, il ne sut comment.<br />
Quand Charles revint au palais du roi, tout le monde était étonné de voir comme il était content et joyeux.<br />
—  Eh bien ! lui dit le roi, me diras-tu à présent pourquoi le Soleil est si rouge, le matin, quand il se lève ?<br />
—  Oui, sire, je vous le dirai.<br />
—  Et pourquoi donc ?<br />
—  C&#8217;est que, non loin du château du Soleil, se trouve celui de la Princesse de Tronkolaine, et il lui faut paraître, chaque matin, dans toute sa splendeur, quand il passe au-dessus du château, pour n&#8217;être pas éclipsé par elle.<br />
—  C&#8217;est bien, répondit le roi. Et il le renvoya à ses moutons.<br />
Peu de temps après, le faux filleul dit encore au roi :<br />
—  Si vous saviez, parrain, ce que le gardeur de moutons a dit ?<br />
—  Et qu&#8217;a-t-il donc dit encore ?<br />
—  Ce qu&#8217;il a dit ? Il a dit qu&#8217;il est homme à vous amener ici la Princesse de Tronkolaine, pour que vous l&#8217;épousiez.<br />
—  Vraiment ? Dites-lui de venir me trouver, tout de suite.<br />
Le pauvre Charles se rendit auprès du roi, fort inquiet.<br />
—  Comment ! jeune pâtre, vous avez dit être capable de m&#8217;amener ici la Princesse de Tronkolaine, pour être ma femme ?<br />
— Comment aurais-je pu dire pareille chose, sire ? Il faudrait que j&#8217;eusse complètement perdu l&#8217;esprit pour parler ainsi.<br />
—  Vous vous en êtes vanté, et il faut que vous le fassiez, sinon il n&#8217;y a que la mort pour vous.<br />
Le lendemain matin Charles se remit en route, triste et soucieux. « Si je rencontrais encore le vieillard de l&#8217;autre <br />fois ! » se disait-il en lui-même. A peine eut-il prononcé ces paroles, qu&#8217;il aperçut le vieillard qui venait à lui.<br />
— Bonjour, mon fils, lui dit-il.<br />
—  A vous pareillement, grand-père.<br />
—  Où allez-vous ainsi, mon enfant ?<br />
—  Ma foi, grand-père, je n&#8217;en sais trop rien. Le roi m&#8217;a encore ordonné de lui amener à sa cour la Princesse de Tronkolaine, et je ne sais comment m&#8217;y prendre.<br />
—  C&#8217;est bien, mon garçon. Prenez d&#8217;abord cette baguette blanche. Retournez vers le roi, et dites-lui qu&#8217;il vous faut trois bateaux, dont un chargé de gruau, un autre de lard et le troisième, de viande salée. Le gruau sera pour le roi des fourmis, que vous trouverez dans une île, au milieu de la mer. Quand vous arriverez dans cette île, vous demanderez : — « N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des fourmis ? — Si, vous dira-t-on.<br />
—  Eh bien, voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui, » ajouterez-vous, en montrant le bateau chargé de gruau. Alors, arriveront toutes les fourmis de l&#8217;île, et, en un instant, elles videront le bateau.<br />
— « Ma bénédiction soit avec toi ! vous dira alors le roi des fourmis, et si jamais tu as besoin de nous, appelle le roi des fourmis, et il arrivera aussitôt. » — Plus loin, vous trouverez une autre île, où demeure le roi des lions. Vous demanderez encore, en arrivant : — « N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des lions ? — Si, vous sera-t-il répondu, c&#8217;est ici. » Et vous ajouterez : — « C&#8217;est que voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui ; » — et vous montrerez le bateau chargé de lard. Alors, vous verrez arriver des lions, de tous les côtés de l&#8217;île, et, en un instant, le bateau sera vidé. Le roi des lions vous dira aussi : — « Ma bénédiction soit avec toi ! Si jamais tu as besoin de moi, tu n&#8217;auras qu&#8217;à appeler le roi des lions, et j&#8217;arriverai aussitôt. » — Enfin, vous arriverez ensuite dans une troisième île, où demeure le roi des éperviers.  En  y abordant,  vous   demanderez :<br />
— « N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des éperviers ? —  Si, vous sera-t-il répondu, c&#8217;est ici. — C&#8217;est bien, ajouterez-vous, voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui. » — Et vous montrerez le bateau chargé de viande salée. Aussitôt, arrivera le roi des éperviers, accompagné de ses sujets, et, en un instant, le bateau sera vidé. — « Ma bénédiction soit avec toi ! dira aussi le roi des éperviers, et si tu as jamais besoin de moi, tu n&#8217;auras qu&#8217;à appeler le roi des éperviers, et aussitôt j&#8217;arriverai. » — Le roi, votre parrain, vous fournira les trois bateaux chargés de gruau, de lard et de viande. Avant de vous embarquer, faites une croix avec votre baguette blanche sur le sable du rivage, et aussitôt soufflera un vent favorable pour vous conduire à votre destination. Prenez bien garde à faire tout exactement comme je vous ai dit, et vous réussirez.<br />
—  Merci, et ma bénédiction soit avec vous, grand-père, dit Charles.<br />
Et il partit.<br />
Voilà Charles en mer, avec ses trois bateaux. Il arrive dans la première île, où demeure le roi des fourmis, et il demande :<br />
—  N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des fourmis ?<br />
—  Si, c&#8217;est ici, lui répond-on.<br />
—  Eh bien, voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui ; allez lui dire, je vous prie, de venir le recevoir.<br />
On avertit le roi des fourmis, et il vint aussitôt,   accompagné   d&#8217;une   infinité de  fourmis.<br />
En un instant, le bateau fut vidé, et le roi dit alors :<br />
— Ma bénédiction sur toi, Charles, filleul du roi de France. Tu nous as sauvés ; car la famine désolait mon royaume, et nous allions tous mourir de faim. Si jamais tu as besoin de moi et de mes sujets, tu n&#8217;auras qu&#8217;à appeler le roi des fourmis, et j&#8217;arriverai aussitôt.<br />
Charles continua sa route, et, pour abréger, il arriva dans l&#8217;île où demeurait le roi des lions, puis dans celle où demeurait le roi des éperviers ; il fit exactement comme lui avait recommandé le vieillard, et tous lui promirent aide et protection, au besoin. Avant de s&#8217;éloigner de l&#8217;île des éperviers, il demanda à leur roi :<br />
—  Suis-je encore loin du palais de la Princesse de Tronkolaine ?<br />
—  Vous avez encore un bon bout de chemin à faire, lui répondit-on ; mais, vous y arriverez sans mal. Quand vous arriverez, vous verrez la princesse auprès d&#8217;une fontaine, occupée à peigner ses cheveux blonds, avec un peigne d&#8217;or et un démêloir d&#8217;ivoire. Prenez bien garde d&#8217;être aperçu d&#8217;elle, avant que vous l&#8217;ayez vue, car elle vous enchanterait. Elle sera sous un oranger, qui est au-dessus de la fontaine. Allez doucement, doucement, grimpez sur l&#8217;arbre, cueillez une orange et jetez-la vite dans la fontaine. Alors la. Princesse lèvera la tête, vous sourira, puis vous invitera à descendre et à l&#8217;accompagner jusqu&#8217;à son château. Vous pourrez la suivre sans crainte.<br />
— Merci, dit Charles au roi des éperviers. Et il continua sa route.<br />
Il arriva sans tarder au pied du château, — un château magnifique. Il vit la Princesse auprès de la fontaine, occupée à peigner ses cheveux blonds avec un peigne d&#8217;or et un démêloir d&#8217;ivoire, sous un oranger ; il grimpa sur l&#8217;arbre, sans être aperçu d&#8217;elle, cueillit une orange et la jeta dans le bassin de la fontaine. Aussitôt, la princesse leva la tête, et, voyant Charles sur l&#8217;arbre :<br />
—  Ah ! dit-elle, Charles, filleul du Roi de France, c&#8217;est donc toi qui es là ! Sois le bienvenu. Descends et accompagne-moi dans mon château. Je ne te veux point de mal ; bien au contraire.<br />
Charles la suivit jusqu&#8217;à son château. Jamais ses yeux n&#8217;avaient rien vu d&#8217;aussi beau.</p>
<p>Il y avait quinze jours qu&#8217;il était là, au milieu des plaisirs de toutes sortes, quand il demanda, un jour, à la Princesse si elle consentirait à l&#8217;accompagner jusqu&#8217;au palais du roi de France ?<br />
—  Volontiers, répondit-elle, si vous accomplissez trois travaux que je vous désignerai.<br />
— J&#8217;essayerai toujours, dit-il.<br />
Le lendemain matin, la Princesse le conduisit dans un grenier, devant un grand tas de graines de toutes sortes. Il y avait là des graines de lin, de trèfle, de chanvre, de navet et de chou, mêlées ensemble. Elle lui dit qu&#8217;avant le coucher du soleil, il fallait qu&#8217;il eût réuni toutes les graines de même nature dans un même tas, sans qu&#8217;il y eût une graine de nature différente dans aucun des tas. Puis elle s&#8217;en alla.<br />
Le pauvre Charles, resté seul, se mit à pleurer, parce qu&#8217;il ne croyait pas qu&#8217;il fût possible à personne au monde d&#8217;accomplir un pareil travail. Il se rappela alors le roi des fourmis. Il m&#8217;avait dit, se dit-il à lui-même, que, si jamais j&#8217;avais besoin de lui et des siens, je n&#8217;aurais qu&#8217;à les appeler, et ils viendraient à mon secours. Il me semble que j&#8217;ai assez besoin d&#8217;eux, en ce moment. Voyons donc s&#8217;il disait vrai :<br />
—  Roi des fourmis, viens à mon secours, car j&#8217;en ai grand besoin !<br />
Et aussitôt le roi des fourmis arriva.<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, demanda-t-il, Charles, filleul du roi de France ?<br />
Charles lui fit part de son embarras.<br />
—  S&#8217;il n&#8217;y a que cela, soyez sans inquiétude, ce sera vite fait.<br />
Le roi appela alors ses sujets, et aussitôt il arriva tant de fourmis,  de tous côtés, que toute l&#8217;aire du grenier en était couverte. Il leur expliqua ce qu&#8217;il y avait à faire. Et les voilà toutes au travail. Quand ce fut fini, le roi des fourmis dit à Charles :<br />
—  C&#8217;est fait.<br />
Charles le remercia, et il partit avec toutes ses fourmis.<br />
Au coucher du soleil, quand vint la Princesse, elle trouva Charles assis et l&#8217;attendant tranquillement.<br />
—  Le travail est-il fait ? demanda-t-elle.<br />
—  Oui, princesse, c&#8217;est fait, répondit Charles tranquillement.<br />
—  Voyons cela.<br />
Et elle examina tous les tas. Elle prenait une poignée de chacun et l&#8217;examinait de près. Elle ne trouva en aucun tas une graine dissemblable et qui ne fût pas à sa place. Elle en était tout étonnée.<br />
—  C&#8217;est bien travaillé, dit-elle ; allons à présent souper.<br />
Le lendemain matin, elle commanda à Charles d&#8217;abattre toute une longue avenue de grands chênes, et elle lui donna pour outils une hache de bois, une scie de bois et des coins de bois. Tous les arbres devaient être à terre pour le coucher du soleil, le même jour.<br />
Voilà encore notre homme bien embarrassé.<br />
—  A moins que le roi des  lions ne vienne à mon secours, se dit-il, je ne me tirerai jamais d&#8217;affaire, cette fois. Et il appela le roi des lions.<br />
—  Roi des Lions, venez à mon secours, car j&#8217;en ai grand besoin !<br />
Et le roi des lions arriva aussitôt.<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, Charles, filleul du roi de France ? demanda-t-il.<br />
Charles lui conta son embarras.<br />
—  N&#8217;est-ce que cela ? Soyez sans inquiétude alors, ce ne sera pas long à faire.<br />
Le roi poussa un rugissement terrible, et aussitôt il arriva des lions plein l&#8217;avenue.<br />
—  Allons ! mes enfants, leur dit le roi, déracinez et mettez-moi en pièces tous ces arbres, et vite !<br />
Et les voilà aussitôt de se mettre à l&#8217;ouvrage, et de travailler, chacun de son mieux. Tout était encore terminé, avant le coucher du soleil.<br />
Quand vint la Princesse, elle fut étonnée de voir tous les chênes déracinés et mis en morceaux, et Charles qui dormait ou feignait de dormir, étendu- sur le dos.<br />
—  Ah ! voici, par exemple, un homme ! se dit-elle.<br />
Elle s&#8217;approcha de Charles, tout doucement, sur la pointe des pieds, et lui donna deux baisers. Charles se réveilla.<br />
— Le travail est fait, à ce que je vois, lui dit la Princesse.<br />
—  Oui, Princesse, le travail est fait.<br />
—  C&#8217;est bien. Allons souper, car vous devez avoir faim.<br />
Le lendemain matin, on lui dit d&#8217;aller abattre et niveler une grande montagne, beaucoup plus haute que la montagne de Bré. On lui donna une brouette et une pelle de bois, et le travail devait être terminé avant le coucher du soleil.<br />
Arrivé au pied de la montagne, Charles restait là à la regarder, et il se disait en lui-même :<br />
—  Comment faire cela ? Je n&#8217;en viendrai jamais à bout. Mais, le roi des éperviers n&#8217;a pas encore travaillé pour moi. Il faut que je l&#8217;appelle ; je n&#8217;ai d&#8217;autre espoir qu&#8217;en lui.<br />
—   Roi des éperviers, venez à mon secours, car j&#8217;en ai grand besoin !<br />
Et aussitôt le roi des éperviers descendit auprès de lui.<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, Charles, filleul du roi de France ? demanda-t-il.<br />
—  La Princesse de Tronkolaine m&#8217;a dit qu&#8217;il faudra abattre et niveler cette haute montagne, avant le coucher du soleil, et, si vous ne me venez en aide, je ne sais vraiment pas comment en venir à bout.<br />
—  Si ce n&#8217;est que cela, soyez sans inquiétude ; cela sera fait, avant le coucher du soleil.<br />
Alors, le roi des éperviers poussa un cri effrayant, et aussitôt les éperviers arrivèrent, et en si grand nombre, que la lumière du soleil en était obscurcie.<br />
—   Qu&#8217;y a-t-il à faire, notre roi ? demandèrent-ils.<br />
— Transporter cette montagne de là, de manière qu&#8217;à sa place il se trouve une plaine unie ; et vite, vite, mes <br />enfants !<br />
Et les voilà de déchirer la montagne avec leurs griffes, et de transporter la terre dans la mer. Si bien que le travail était encore terminé, longtemps avant le coucher du soleil, et personne n&#8217;eût dit qu&#8217;il y avait une montagne là, le matin.<br />
Quand la Princesse vint, au coucher du soleil, elle trouva Charles qui dormait, sous un arbre, et elle lui donna encore deux baisers. Il se réveilla aussitôt, et dit :<br />
—  Eh bien ! Princesse, le travail est accompli ; voyez, il n&#8217;y a plus de montagne. Maintenant, j&#8217;espère que vous viendrez avec moi au palais du roi de France ?<br />
— De tout mon cœur, répondit-elle, et partons tout de suite.<br />
Et ils se dirigèrent du côté de la mer. Les bateaux de Charles se trouvaient encore là. Ils s&#8217;embarquèrent dessus, et arrivèrent sans encombre en France. Sur la route, ils visitèrent le vieillard, qui dit à Charles :<br />
—  Eh bien, mon fils, avez-vous réussi ?<br />
—  Oui, grand-père, et la bénédiction de Dieu soit avec vous !<br />
—  C&#8217;est bien. Allez, à présent, trouver votre parrain ; vos épreuves et vos peines sont terminées et vous n&#8217;aurez plus besoin de moi.<br />
Quand Charles arriva au palais du roi, accompagné de la Princesse de Tronkolaine, tout le monde fut étonné de voir comme elle était belle. Le vieux roi en perdit la tête, et voulut se marier avec elle, tout de suite, quoique la reine sa femme ne fût pas encore morte.<br />
— Non, lui dit la Princesse, je ne suis pas venue ici pour vous épouser, pas plus que le diable qui est ici avec vous.<br />
—  Un diable ici ! où donc est-il ? s&#8217;écria le roi.<br />
—  Celui que vous prenez pour votre filleul est un diable, et voici votre véritable filleul, dit-elle en montrant Charles ; celui-ci a eu tout le mal, et c&#8217;est à lui qu&#8217;est due la récompense, et il sera mon époux.<br />
—  Mais comment renvoyer le diable ? demanda le roi.<br />
—  Cherchez d&#8217;abord une jeune femme nouvellement mariée, et portant son premier enfant. Quand vous l&#8217;aurez trouvée, faites chauffer un four à blanc, et jetez-y le diable. Il se démènera et hurlera de rage, et fera son possible pour sortir du four ; mais, la jeune femme l&#8217;y maintiendra en lui montrant son anneau de mariage.<br />
On trouva une jeune femme portant son premier enfant ; on chauffa un four à blanc, puis on y jeta le diable. Celui-ci se démenait et poussait des cris épouvantables, et tout le palais en tremblait. Mais, quand il essayait de sortir du feu, la jeune femme lui présentait son anneau à la gueule du four et le faisait reculer. Si bien qu&#8217;il dit alors :<br />
— Si j&#8217;étais resté ici, une année encore, j&#8217;aurais réduit le royaume à un état désespéré.<br />
Mais, il lui fallut crever là.<br />
Alors, Charles fut marié à la Princesse de Tronkolaine. Le vieux charbonnier, sa femme et tous ses enfants furent aussi de la noce. — C&#8217;est là qu&#8217;il y eut un festin, alors ! Et un tintamarre et un vacarme et des bombances éternelles ! Les cloches sonnant à toute volée, la grande bannière sur pied, et les violons devant <sup><em><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a></em></sup> !</p>
<p>Conté par   Marguerite   Philippe,   de   Pluzunet   (Côtes-du-Nord). — Décembre 1868.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Ce conte, dans sa seconde partie, se rattache au type de la recherche de la Princesse aux cheveux d&#8217;or.<br />
</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/princesse-tronkolaine.zip" title="Fichier zip contenant La Princesse De Tronkolaine au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>Trégont-À-Baris</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Feb 2008 02:41:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Château]]></category>
		<category><![CDATA[Crapaud]]></category>
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		<category><![CDATA[Jument]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages vers le soleil]]></category>

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		<description><![CDATA[(1) Eur wech a oa, eur wech a vô, Comansamant ann holl gaozo : N&#8217;eûs na mar na martezé Hen eûs tri droad ann trèbè. Il y avait une fois, il y aura un jour, C&#8217;est le commencement de tous les contes. Il n&#8217;y a ni si ni peut-être, Le trépied a bien trois pieds. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><sup><em><a href="#note1">(1)</a></em></sup><a name="texte1"></a>
<div class="intro2">
Eur wech a oa, eur wech a vô,<br />
Comansamant ann holl gaozo :<br />
N&#8217;eûs na mar na martezé<br />
Hen eûs tri droad ann trèbè.</p>
<p>Il y avait une fois, il y aura un jour,<br />
C&#8217;est le commencement de tous les contes.<br />
Il n&#8217;y a ni si ni peut-être,<br />
Le trépied a bien trois pieds.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg7"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2733810189?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2733810189"><img src="/img/51DbtaWOa8L._SL160_.jpg" width="130" height="160" alt="Légendes du Moyen Age" />
<p>Francesc Miralles<br />Légendes du Moyen Age</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2733810189" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg7"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2878110560?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2878110560"><img src="/img/51KC9K23SGL._SL160_.jpg" width="112" height="160" alt="L'Art Celte" />
<p>L. &#038; J. Laing<br />L&#8217;Art Celte</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2878110560" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><br class="separator" /><strong>Du temps que le Seigneur</strong> Dieu voyageait dans la Basse-Bretagne, accompagné de saint Pierre et de saint Jean, un jour qu&#8217;ils cheminaient tous les trois, tout en causant, il leur sembla entendre les vagissements d&#8217;un petit enfant, dans une douve, au bord de la route. Ils descendirent dans la douve et y trouvèrent, en effet, parmi les fougères, un petit enfant abandonné, un fort bel enfant. Ils l&#8217;emportèrent. Une vieille femme, qui n&#8217;avait pas d&#8217;enfant, se chargea de lui, et l&#8217;éleva comme s&#8217;il eût été son propre fils.<br />
L&#8217;enfant venait bien. A quinze ans, c&#8217;était déjà un gars vigoureux et de bonne mine. Il voulut voyager. La vieille eut beau le sermonner et le supplier de ne pas la quitter, il fallut le laisser partir. Elle lui donna quelque peu d&#8217;argent, et il prit la route de Paris.<br />
En arrivant à Paris, il alla tout droit demander du travail au palais du Roi. On le reçut, parce qu&#8217;il était un garçon de bonne mine, et même un joli garçon. Il ne fut pas longtemps sans être remarqué du Roi, qui le prit en affection. Si bien que les autres valets devinrent jaloux de lui, et cherchèrent les moyens de le perdre.<br />
Un jour, qu&#8217;ils causaient entre eux de leurs affaires, quelqu&#8217;un dit :<br />
— Je voudrais bien savoir ce qui est cause que le Soleil est si rouge, quand il se lève, le matin.<br />
—  Ce n&#8217;est pas aisé à savoir cela, répondirent les autres.<br />
— Si nous disions au Roi que Trégont-à-Baris (on lui avait donné, je ne sais pourquoi, ce nom, qui signifie Trente-de-Paris) s&#8217;est vanté d&#8217;être capable d&#8217;aller demander au Soleil<span id="more-31"></span> pourquoi il est si rouge, quand il se lève, le matin ?<br />
—  Oui, disons-lui cela.<br />
Le premier garçon d&#8217;écurie alla donc trouver le Roi, et lui dit :<br />
—  Si vous saviez, Sire, ce qu&#8217;a dit Trégont-à-Baris ?<br />
—  Et qu&#8217;a-t-il donc dit ? demanda le Roi.<br />
— Il a dit qu&#8217;il était capable d&#8217;aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, le matin, quand il se lève.<br />
— Il n&#8217;est pas possible qu&#8217;il ait dit cela.<br />
—  Il l&#8217;a dit ; je vous l&#8217;affirme, Sire.<br />
— Eh bien ! dites-lui de venir me parler, alors. Trégont-à-Baris se rendit auprès du Roi.<br />
—  Comment ! Trégont-à-Baris, vous avez dit que vous êtes capable d&#8217;aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, le matin, quand il se lève ?<br />
—  Moi, Sire ? Je n&#8217;ai jamais dit rien de semblable.<br />
—  Vous l&#8217;avez dit, mon garçon, on me l&#8217;a affirmé, et il faut que vous fassiez ce dont vous vous êtes vanté, ou il n&#8217;y a que la mort pour vous. Allez.<br />
Voilà le pauvre Trégont-à-Baris bien embarrassé, je vous prie de le croire. — C&#8217;en est fait de moi ! se disait-il à lui-même. Il se mit pourtant en route, à la grâce de Dieu.<br />
En sortant de la cour, il vit une magnifique jument blanche, qui vint à lui, et lui parla ainsi :</p>
<p>— Monte sur mon dos, et je te conduirai jusqu&#8217;au Soleil. Nous avons mille lieues à faire pour arriver, avant le coucher du Soleil, au premier château où nous passerons la nuit.<br />
Trégont-à-Baris monta sur le dos de la belle jument blanche, et aussitôt celle-ci s&#8217;éleva en l&#8217;air avec lui. Ils arrivèrent auprès d&#8217;un château, au moment où le Soleil allait se coucher. Trégont-à-Baris descendit, sur le conseil de la jument, et frappa à la porte du château : dao ! dao !<br />
—  Qui est là ? demanda une voix de l&#8217;intérieur.<br />
— Trégont-à-Baris ! Ma cavale et moi nous faisons trente et un !<br />
On lui ouvrit et il entra, et il soupa avec la fille du maître du château.<br />
—  Où allez-vous comme cela ? lui demanda celle-ci.<br />
—  Ma foi, Princesse, je ne sais pas trop. On m&#8217;a commandé d&#8217;aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, le matin, quand il se lève, et je ne sais de quel côté me diriger.<br />
— Eh bien ! si jamais vous arrivez au but de votre voyage, chez le Soleil, demandez-lui aussi, je vous prie, ce qui est cause que mon père est malade, depuis si longtemps, et ce qu&#8217;il faudrait faire pour lui rendre la santé.<br />
— Je le lui demanderai, Princesse.<br />
Le lendemain matin, dès que le Soleil fit levé, Trégont-à-Baris remonta sur sa jument blanche. Celle-ci s&#8217;éleva en l&#8217;air aussitôt, et les voilà partis, plus rapides que le vent.<br />
Au coucher du Soleil, ils arrivèrent devant un second château, qui était à mille lieues du premier. Trégont-à-Baris fut bien reçu par le maître du château, qui l&#8217;invita, comme le premier, à souper à sa table.<br />
—  Et où allez-vous ainsi ? lui demanda-t-il.<br />
—  Ma foi, on m&#8217;a ordonné d&#8217;aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, le matin, quand il se lève, et j&#8217;y vais ; mais, je ne sais trop quel chemin prendre.<br />
—  Eh bien, si jamais vous arrivez chez le Soleil, demandez-lui aussi, je vous prie, ce qui est cause qu&#8217;un poirier que j&#8217;ai dans mon jardin est desséché et stérile, d&#8217;un côté, tandis que de l&#8217;autre côté, il produit des fruits, tous les ans.<br />
—  Je le lui demanderai, volontiers.<br />
Le lendemain matin, il partit encore, de bonne heure, avec sa jument blanche.<br />
—  Comment ! ne sommes-nous pas encore près d&#8217;arriver ? demanda Trégont-à-Baris à sa cavale.<br />
—  Si, répondit-elle, nous n&#8217;avons plus que mille lieues à faire. Bientôt, nous arriverons près d&#8217;un bras de mer, où il nous faudra nous séparer, et tu me laisseras de ce côté de l&#8217;eau. Un passeur se trouvera là,  qui te passera dans sa  barque, pour franchir le bras de mer. Il te demandera où tu vas ; mais, ne le lui dis pas, et, en revenant, ne lui dis pas encore où tu auras été, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il t&#8217;ait déposé de ce côté de l&#8217;eau.<br />
Ils continuèrent leur route, et arrivèrent bientôt au bras de mer. Trégont-à-Baris mit sa cavale au pâturage, dans un pré qui se trouvait là, et s&#8217;avança vers le passeur, qu&#8217;il aperçut sur sa barque.<br />
—  Si je ne suis pas indiscret, où allez-vous ainsi, seigneur ? lui demanda celui-ci, pendant qu&#8217;il lui faisait passer l&#8217;eau.<br />
—  Passez-moi toujours, et, au retour, je vous dirai où j&#8217;aurai été.<br />
Le voilà de l&#8217;autre côté. Alors, il aperçut devant lui le château du Soleil, la plus belle merveille qu&#8217;eussent jamais contemplée ses yeux. Il s&#8217;en approcha, pour entrer. Le Soleil allait se lever, et, en le voyant venir, il lui cria :<br />
—  Éloigne-toi ! Éloigne-toi, vite, ou je vais te brûler ! Qu&#8217;es-tu venu faire ici ?<br />
—  Je suis venu, Monseigneur le Soleil, vous demander pourquoi vous êtes si rouge, quand vous vous levez, le matin.<br />
—  Je te le dirai. C&#8217;est qu&#8217;en ce moment, je passe sur le château de la Princesse au Château d&#8217;Or. Pars vite, maintenant, pour que je me lève. Va-t&#8217;en, ou je te brûlerai.<br />
—  Il faut que vous me disiez encore, auparavant, ce qu&#8217;il faut faire pour rendre la santé à un prince malade, qui demeure dans le premier château où j&#8217;ai passé la nuit, en venant ici, et que les médecins ne peuvent pas guérir.<br />
—  Il y a un crapaud sous le pied droit de son lit ; qu&#8217;on tue ce crapaud, et aussitôt le malade recouvrera la santé. Pars vite, à présent.<br />
—  Une dernière question, Monseigneur le Soleil. Je ne partirai pas que vous ne m&#8217;ayez encore dit ce qui est cause qu&#8217;un poirier, qui est dans le jardin du château où j&#8217;ai passé la seconde nuit, en venant ici, est tout sec et mort d&#8217;un côté, tandis que l&#8217;autre côté, il donne des fruits en abondance, tous les ans.<br />
— C&#8217;est que, sous ce poirier, il y a une barrique d&#8217;argent, et le côté où se trouve l&#8217;argent est desséché et stérile, pendant que l&#8217;autre est vert et plein de vie. Pars vite, à présent, car je suis en retard.<br />
Trégont-à-Baris salua et partit, ayant appris ce qu&#8217;il voulait apprendre, et alors le Soleil se leva.<br />
Arrivé auprès du bras de mer, le passeur le prit sur sa barque, et, au milieu du passage, il lui demanda :<br />
— Eh bien ! que vous a dit le Soleil <em><sup><a href="#note2">(2)</a></sup></em> ?<br />
— Je vous le dirai, quand je serai de l&#8217;autre côté de l&#8217;eau.<br />
—  Dites-le-moi tout de suite, ou je vais vous jeter dans l&#8217;eau.<br />
—  C&#8217;est le vrai moyen de ne rien savoir ; ainsi, ce que vous avez de mieux à faire, c&#8217;est de me conduire de l&#8217;autre côté.<br />
Et le passeur le conduisit de l&#8217;autre côté de l&#8217;eau.<br />
—  Dites-le-moi, maintenant que vous êtes passé, lui demanda-t-il encore.<br />
— Je vous le dirai, une autre fois, si je repasse jamais par ici.<br />
—  Hélas ! me voilà encore pris ! s&#8217;écria le passeur. Ma malédiction sur toi ! Il y a cinq cents ans que je suis passeur ici, et tu pouvais me délivrer en répondant à ma question !&#8230;<br />
—  Oui, pour prendre ta place et rester là aussi longtemps que toi, plus longtemps peut-être&#8230; Merci ! Et il partit.<br />
Il retrouva sa cavale où il l&#8217;avait laissée.<br />
—  Eh bien ! lui demanda-t-elle, t&#8217;en es-tu bien tiré ?<br />
—  Très bien.<br />
— Monte sur mon dos, alors, et partons.<br />
Au coucher du Soleil, ils étaient devant le château où ils avaient passé la seconde nuit, en allant. Trégont-à-Baris y fut bien accueilli et il soupa encore avec le maître du château, qui lui demanda :<br />
—  Eh bien ! avez-vous fait ma commission auprès du Soleil ?<br />
—  Oui, je l&#8217;ai faite.<br />
—  Et que vous a-t-il dit ?<br />
—  Il m&#8217;a dit que, sous votre poirier, il y a une barrique d&#8217;argent, et que c&#8217;est le côté de l&#8217;arbre où se trouve l&#8217;argent qui est desséché et stérile, tandis que l&#8217;autre est vert et fertile.<br />
On abattit aussitôt le poirier, et l&#8217;on reconnut que le Soleil avait dit vrai.<br />
Le lendemain matin, Trégont-à-Baris et sa cavale se remirent en route, de bonne heure, et, au coucher du Soleil, ils étaient devant le premier château où ils avaient passé la nuit, en allant <sup><em><a href="#note3">(3)</a></em></sup>. Trégont-à-Baris y fut encore bien reçu, et il soupa avec la fille du maître, car celui-ci était toujours malade sur son lit.<br />
—  Eh bien ! lui demanda-t-elle, avez-vous fait ma commission auprès du Soleil ?<br />
—  Oui, je l&#8217;ai faite, Princesse.<br />
—  Et que vous a-t-il répondu ?<br />
—  Il m&#8217;a dit que, sous le pied droit du lit de votre père, il y a un crapaud, et que votre père ne recouvrera la santé que lorsque le crapaud en aura été enlevé et tué.<br />
On fouilla sous le lit et on trouva le crapaud, à l&#8217;endroit indiqué ; il fut tué, et aussitôt le maître du château recouvra la santé.<br />
Le lendemain matin, aussitôt le Soleil levé, Trégont-à-Baris et sa cavale se remirent en route, et, vers le soir, ils étaient de retour à Paris, devant le palais du Roi.<br />
—  Eh bien ! Trégont-à-Baris, lui demanda le Roi, dès qu&#8217;il parut en sa présence, avez-vous réussi dans votre <br />voyage ?<br />
— Parfaitement, Sire.<br />
—  Et que vous a répondu le Soleil ?<br />
—  Le Soleil, Sire, m&#8217;a répondu que ce qui fait qu&#8217;il est si rouge, le matin, quand il se lève, c&#8217;est le château de la Princesse au Château d&#8217;Or, quand il paraît dessus.<br />
—  C&#8217;est bien. Elle doit être bien belle, cette Princesse-là ?<br />
Trégont-à-Baris retourna à son travail, comme devant, et, pendant quelque temps, ses camarades le laissèrent en paix. Cependant, ils cherchaient toujours quelque moyen de se débarrasser de lui. Un d&#8217;entre eux alla encore trouver le Roi, peu après, et lui dit :<br />
—  Si vous saviez, Sire, de quoi s&#8217;est vanté Trégont-à-Baris ?<br />
—  De quoi donc s&#8217;est-il vanté encore ?<br />
—  De quoi ? De vous amener ici, dans votre palais, la Princesse au Château d&#8217;Or !<br />
— Vraiment ? Dites-lui de venir me parler sur-le-champ, car je suis bien désireux de voir cette Princesse-là.<br />
On avertit Trégont-à-Baris qu&#8217;il fallait se rendre immédiatement auprès du Roi.<br />
—  Comment ! Trégont-à-Baris, lui dit le vieux monarque, vous vous êtes vanté de pouvoir m&#8217;amener ici, dans mon palais, la Princesse au Château d&#8217;Or ?<br />
—  Moi ? mon Dieu ! Je n&#8217;ai jamais rien dit de semblable, Sire.<br />
—  Vous l&#8217;avez dit, et il faut que vous le fassiez, ou il n&#8217;y a que la mort pour vous. Partez immédiatement.<br />
Voilà notre pauvre Trégont-à-Baris bien embarrassé de nouveau. — Que faire ? se disait-il à lui-même. Si encore ma bonne cavale blanche venait, comme l&#8217;autre fois, à mon secours !<br />
Il partit, le lendemain matin, de bonne heure. A peine fut-il sorti de la cour, qu&#8217;il vit venir â lui sa cavale blanche, qui parla ainsi :<br />
— Monte vite sur mon dos, et partons, car nous avons un long voyage à faire.<br />
Il l&#8217;embrassa de joie, puis monta sur son dos, et les voilà partis.<br />
Ils arrivèrent au bord de la mer. En marchant sur la grève, ils virent un petit poisson, hors de l&#8217;eau, la bouche ouverte et près de mourir.<br />
—  Prends vite ce poisson et remets-le dans l&#8217;eau, dit la cavale blanche.<br />
Trégont-à-Baris s&#8217;empressa d&#8217;obéir, et le petit poisson, sortant sa tête de l&#8217;eau, dit :<br />
—  Ma bénédiction soit avec toi, Trégont-à-Baris ! Je suis le Roi des poissons, et si jamais tu as besoin de moi ou des miens, appelle, et j&#8217;arriverai aussitôt.<br />
Il entra alors dans une embarcation, qu&#8217;il vit là auprès, il traversa le bras de mer et se trouva devant le château de la Princesse, qui était tout en or. Il frappa à la porte, et la Princesse elle-même vint ouvrir.<br />
—  Bonjour à toi, Trégont-à-Baris ! lui dit-elle, en le faisant entrer. Tu viens ici me chercher pour aller avec toi à la cour du Roi de France.<br />
—  C&#8217;est ma foi vrai, Princesse.<br />
— J&#8217;irai avec toi ; mais, tu vas passer la nuit ici, et demain matin, nous partirons.<br />
Il passa la nuit dans le château, et le lendemain matin, ils partirent. La Princesse emporta la clé de son château ; mais, en passant la mer, elle la jeta au fond de l&#8217;abîme. Ils retrouvèrent la cavale blanche sur le rivage, ils montèrent tous les deux dessus, et prirent la route de Paris.<br />
Quand le vieux Roi vit la Princesse au Château d&#8217;Or, il en fut si transporté de joie et de bonheur, qu&#8217;il faillit en perdre la tête. Tous les jours, c&#8217;étaient des festins et des jeux, à la cour, et il voulait se marier sur-le-champ à la Princesse. Celle-ci lui disait qu&#8217;elle ne demandait pas mieux, mais, à une condition, c&#8217;est qu&#8217;on lui apporterait son Château d&#8217;Or, auprès de celui du Roi, car elle ne voulait pas en habiter d&#8217;autre.<br />
Voilà le Roi embarrassé. Comment apporter à Paris le château de la Princesse ? Était-ce possible ?<br />
—  Bah ! lui dit un de ses courtisans, celui qui vous a apporté la Princesse vous apportera bien son château aussi.<br />
Trégont-à-Baris fut encore averti d&#8217;aller trouver le Roi.<br />
—  Ah ça ! Trégont-à-Baris, il te faut encore m&#8217;aller chercher le Château d&#8217;or de la Princesse, et me l&#8217;apporter ici, car la Princesse ne veut pas en habiter d&#8217;autre.<br />
— Et comment voulez-vous, Sire ; que je fasse cela ?<br />
—  Tu t&#8217;y prendras comme tu l&#8217;entendras, mais, il faut que tu me l&#8217;apportes ici, ce château merveilleux, ou il n&#8217;y a que la mort pour toi.<br />
Voilà notre pauvre Trégont-à-Baris plus embarrassé que jamais.<br />
—  Si ma cavale me vient en aide, peut-être me tirerai-je encore d&#8217;affaire, se disait-il à lui-même.<br />
Le lendemain matin, en sortant de la cour du palais, il vit encore sa cavale blanche, qui l&#8217;attendait, et il lui conta tout.<br />
— Retourne vers le Roi, lui dit-elle, et dis-lui qu&#8217;avant de te mettre en route, il te faudra un cheval chargé d&#8217;or et un autre chargé de viande.<br />
Trégont-à-Baris demanda au Roi un cheval chargé d&#8217;or et un autre chargé de viande. On les lui donna, et aussitôt il se mit en route avec sa cavale blanche. Ils arrivèrent sur le rivage de la mer. Trégont-à-Baris chargea la viande dans un bateau, puis il partit, en laissant sur le rivage sa cavale et les deux chevaux. Il aborda sans tarder dans une île, où il vit quatre lions furieux qui se battaient et cherchaient à s&#8217;entre-dévorer, car ils mouraient de faim.<br />
— Ne vous battez pas de la sorte, mes pauvres bêtes, leur cria-t-il ; suivez-moi, et je vous donnerai à manger.<br />
Les quatre lions le suivirent jusqu&#8217;au bateau, et là il leur jeta de la viande à manger, à discrétion.<br />
—  Notre bénédiction soit avec toi, lui dirent alors les quatre lions, quand ils furent bien repus ; nous allions nous entre-dévorer, si tu n&#8217;étais pas arrivé, car la plus affreuse famine règne dans notre île. Si jamais tu as besoin de nous, appelle, et nous nous empresserons d&#8217;aller à ton secours.<br />
— Ma foi, mes pauvres bêtes, j&#8217;ai grand besoin de secours, dès à présent.<br />
—  Que pouvons-nous faire pour toi ?<br />
—  Le Roi de France m&#8217;a ordonné de lui apporter à Paris le château de la Princesse au Château d&#8217;Or, et si je ne le fais pas, il n&#8217;y a que la mort pour moi.<br />
— Si ce n&#8217;est que cela, ce sera bientôt fait.<br />
Et les quatre lions coururent au Château d&#8217;Or, le déracinèrent du rocher sur lequel il se trouvait et le portèrent sur le bateau. Puis, avant de s&#8217;en aller, ils dirent encore à Trégont-à-Baris :<br />
— Tu auras encore besoin de nous, Trégont-à-Baris, mais, en quelque lieu que tu sois, appelle-nous, et nous arriverons.<br />
Le lendemain matin, quand le Roi ouvrit les yeux, il fut bien étonné de voir comme sa chambre était éclairée plus que d&#8217;ordinaire.<br />
—  Qu&#8217;est ceci ? dit-il.<br />
Et il sauta hors de son lit et mit la tête à la fenêtre.<br />
—  Holà ! s&#8217;écria-t-il aussitôt, c&#8217;est le Château d&#8217;Or qui est arrivé ! Et il courut à la chambre de la Princesse, et<br /> lui dit :<br />
— Votre château est arrivé, Princesse ; venez voir.<br />
—  C&#8217;est vrai, dit la Princesse, quand elle le vit ; c&#8217;est bien lui, je ne puis le nier. Allons le visiter.<br />
Et ils allèrent pour visiter le Château d&#8217;Or, et toute la cour les suivit.<br />
—  Mais, où est la clé ? demanda la Princesse, en trouvant la porte fermée. Ah ! je me souviens à présent qu&#8217;elle m&#8217;échappa de la main et tomba dans la mer, dans la traversée pour me rendre ici.<br />
—  On fera une autre clé, dit le Roi, et nous pouvons nous marier, sans autre délai.<br />
—  Oh ! il n&#8217;y a pas d&#8217;ouvrier au monde qui puisse fabriquer une clé capable d&#8217;ouvrir la porte de mon château ; il me faut absolument mon ancienne clé, et, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle soit retrouvée, il ne faut pas me parler de mariage, car c&#8217;est dans mon château que je veux me marier.<br />
—  Mais, comment faire pour retrouver cette clé, au fond de la mer ?<br />
—  Si Trégont-à-Baris n&#8217;en vient pas à bout, il faut y renoncer, disait tout le monde.<br />
Trégont-à-Baris fut encore chargé par le Roi d&#8217;aller à la recherche de la clé du château, et de la rapporter, sous peine de la mort.<br />
Sa fidèle cavale et lui se remirent en route, le lendemain matin. Parvenus au bord de la mer, la cavale lui dit :<br />
—  Te rappelles-tu le petit poisson à qui tu as sauvé la vie, en le remettant dans l&#8217;eau ?<br />
—  Je me le rappelle très bien.<br />
— Eh bien ! tu sais que c&#8217;était le Roi des poissons et qu&#8217;il te promit de te venir en aide, quand tu en aurais besoin. Appelle-le.<br />
Et Trégont-à-Baris alla au bord de l&#8217;eau, et appela le Roi des poissons. Celui-ci accourut aussitôt, et dit, en sortant sa petite tête hors de l&#8217;eau :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, Trégont-à-Baris ?<br />
— Il me faut, Sire, la clé du Château d&#8217;Or, que la Princesse laissa tomber au fond de la mer, quand elle passa par ici en se rendant avec moi à Paris.<br />
— Si ce n&#8217;est que cela, ce sera bientôt fait. Aussitôt, le Roi des poissons appela tous ses sujets, chacun par son nom, petits et grands, et, à mesure qu&#8217;ils passaient, il leur demandait s&#8217;ils n&#8217;avaient pas vu la clé du Château d&#8217;Or. Aucun n&#8217;avait vu la clé. Tous avaient répondu à l&#8217;appel, à l&#8217;exception de la vieille, qui était toujours en retard. Elle arriva aussi, à la fin, tenant la clé dans la bouche. Le Roi des poissons la prit, la remit à Trégont-à-Baris, et celui-ci reprit aussitôt la route de Paris, avec sa cavale.<br />
— Pour à présent, dit le Roi, en remettant la clé à la Princesse, vous n&#8217;avez plus de motif de retarder notre union, puisque j&#8217;ai réalisé tous vos désirs.<br />
—  C&#8217;est vrai, répondit-elle, à présent il faut faire les noces. Pourtant, il me faut encore une petite chose auparavant ; cela ne vous sera pas difficile, après tout ce que vous avez déjà fait pour moi.<br />
— Parlez, Princesse, et vous serez obéie.<br />
— Vous n&#8217;êtes plus jeune, Sire, et, avant de vous épouser, je voudrais vous voir revenir à l&#8217;âge de vingt-cinq ans.<br />
—  Et comment cela pourrait-il se faire ?<br />
—  Rien n&#8217;est plus facile ; vous avez fait des choses bien plus difficiles. Il suffit tout simplement d&#8217;avoir de l&#8217;eau de mort et de l&#8217;eau de vie.<br />
— Mais où trouver ces eaux-là ?<br />
—  Cela vous regarde ; mais, je ne vous épouserai pas avant de les avoir.<br />
Le vieux roi fit encore appeler Trégont-à-Baris, et lui dit qu&#8217;il lui fallait, pour dernière épreuve, de l&#8217;eau de mort et de l&#8217;eau de vie, et que, s&#8217;il ne les lui procurait, il devait se préparer à mourir.<br />
Le lendemain matin, Trégont-à-Baris trouva encore sa cavale qui l&#8217;attendait, à la porte de la cour, et il lui dit ce que le Roi exigeait, comme dernière épreuve.<br />
—  Hélas ! dit la cavale, ce sera notre plus difficile épreuve ; mais, si nous y réussissons, ce sera fini, et on te laissera enfin en paix. Partons donc, car nous avons bien du chemin à faire.<br />
Après avoir passé au-dessus d&#8217;un grand nombre de royaumes et de pays différents (car ils voyageaient toujours par les airs), ils arrivèrent enfin à leur destination, au milieu d&#8217;un bois où jamais homme n&#8217;était venu, peut-être.<br />
—  Voilà là-bas les deux fontaines, au pied de ces grands rochers que tu vois, dit la cavale à son compagnon. Une goutte par heure, une seule, tombe de chaque rocher dans chaque fontaine.<br />
—  Oui, je vois bien les deux fontaines ; mais, je vois aussi deux lions qui gardent chacune d&#8217;elles, et, si j&#8217;approche, sûrement ils me mettront en pièces.<br />
—  Appelle le Roi des lions à ton secours.<br />
Il appela le Roi des lions, et celui-ci arriva aussitôt.<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour ton service, Trégont-à-Baris ? demanda-t-il.<br />
— Le Roi de France m&#8217;a envoyé lui quérir une fiole de l&#8217;eau de mort et une autre fiole de l&#8217;eau de vie ; mais, les quatre lions que je vois là-bas, auprès des fontaines, me mettront sûrement en pièces, si j&#8217;approche.<br />
—  Sois sans crainte, je vais dire un mot à ces camarades.<br />
Le Roi des lions marcha vers les quatre lions qui gardaient les deux fontaines et leur ordonna de ne point faire de mal à Trégont-à-Baris. Celui-ci emplit tranquillement ses deux fioles, une de chaque fontaine, puis il remercia le Roi des lions et retourna à Paris, monté sur sa cavale blanche.<br />
Le voyage avait duré trois ans, et si le Roi était vieux et cassé, à son départ, à présent il l&#8217;était bien plus encore, et pourtant il n&#8217;en était pas plus sage, et il ne parlait que de se marier, et ne cessait d&#8217;importuner la Princesse. Quand il vit revenir Trégont-à-Baris, avec les deux sortes d&#8217;eaux, il se mit à chanter et à danser de joie, comme un véritable enfant. Il demanda à être rajeuni sur-le-champ, afin de se marier plus vite.<br />
On le déshabilla, on l&#8217;étendit sur le dos, sur une table, puis on versa sur son corps quelques gouttes de l&#8217;eau de mort. Il ne dit plus ni tu ni la ; il mourut instantanément. La Princesse au Château d&#8217;Or, dit alors :<br />
— Enlevez vite cette charogne et jetez-la pour pourrir dans les douves du château ! Celui qui a eu toute la peine doit recevoir aussi la récompense. C&#8217;est Trégont-à-Baris qui sera mon époux.<br />
On fit comme elle dit : le corps du vieux Roi fut jeté dans les douves du château, et Trégont-à-Baris épousa la Princesse au Château d&#8217;Or.<br />
Il y eut des fêtes et des festins magnifiques. Vers la fin du repas, Trégont-à-Baris dit :<br />
— Je n&#8217;ai qu&#8217;un regret.<br />
— Lequel donc ? demanda la Princesse.<br />
—  C&#8217;est de ne pas voir ici, au milieu de nous, ma fidèle cavale blanche, qui m&#8217;a conseillé et accompagné, dans toutes mes épreuves.<br />
Aussitôt, on vit paraître dans la salle, — personne ne sut comment, — une femme d&#8217;une beauté extraordinaire, bien plus belle que la Princesse au Château d&#8217;Or, qui était pourtant bien belle, et elle prononça ces paroles :<br />
—  C&#8217;est moi qui t&#8217;ai accompagné, Trégont-à-Baris, sous la forme d&#8217;une cavale blanche, dans tes travaux et tes épreuves ; je suis la Vierge Marie, envoyée pour te protéger par le Seigneur Dieu, celui qui te recueillit dans une douve, au bord du chemin où tu avais été abandonné <sup><em><a href="#note4">(4)</a></em></sup>.<br />
Ayant ainsi parlé, elle disparut encore, on ne sut comment. Et mon conte est fini.</p>
<p>Conté par Francesa ami Ewenn, femme Trégoat, de Pedernec, 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Ce nom signifie littéralement Trente-de-Paris, et l&#8217;on verra plus loin le héros, jouant sur le mot, faire allusion à cette signification.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> Ailleurs,  c&#8217;est le Père-Étemel, substitution évidente et relativement moderne.<br />
<a name="note3"></a><a href="#texte3">(3)</a> Ordinairement, le héros passe par trois châteaux ; ma conteuse semble en avoir omis un.<br />
<a name="note4"></a><a href="#texte4">(4)</a> L&#8217;intervention de Jésus-Christ et de la Sainte-Vierge, au début et à la fin du conte, dans une fable toute païenne, doit être d&#8217;introduction relativement moderne. Le même cas se présente fréquemment, dans nos contes bretons, et aussi dans ceux des autres nations ; je crois inutile de le signaler, à chaque fois que je le rencontrerais désormais.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/tregont-a-baris.zip" title="Fichier zip contenant Trégont-À-Baris au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>La Princesse Blondine</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Feb 2008 17:32:33 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[(1) Selaouit hag e clevfet ; Credit, mar caret, Na gridet ket, mar na garet ket, Gwell&#8217; eo credi eget mont da veled. Écoutez, et vous entendrez ; Croyez, si vous voulez, Ne croyez pas, si vous ne voulez pas ; Mieux vaut croire que d&#8217;aller voir. Marie TanneuxContes et légendes de Brocéliande GuduleContes et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a>
<div class="intro2">Selaouit hag e clevfet ;<br />
Credit, mar caret,<br />
Na gridet ket, mar na garet ket,<br />
Gwell&#8217; eo credi eget mont da veled.</p>
<p>Écoutez, et vous entendrez ;<br />
Croyez, si vous voulez,<br />
Ne croyez pas, si vous ne voulez pas ;<br />
Mieux vaut croire que d&#8217;aller voir.</p></div>
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<p>Marie Tanneux<br />Contes et légendes de Brocéliande</p>
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<p>Gudule<br />Contes et légendes des<br />fées et des princesses</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2092824880" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait, une fois</strong>, dans les temps anciens, un seigneur riche qui avait trois fils. L&#8217;aîné s&#8217;appelait Cado, le second, Méliau, et le plus jeune, Yvon.<br />
Un jour qu&#8217;ils étaient tous les trois ensemble à la chasse, au bois, ils rencontrèrent une petite vieille, qui leur était inconnue et portait sur la tête  une cruche pleine d&#8217;eau, qu&#8217;elle avait été puiser à la fontaine.<br />
—  Seriez-vous capables, les gars, demanda Cado à ses frères, de briser, d&#8217;un coup de flèche, la cruche de cette petite vieille, sans toucher à celle-ci ?<br />
—  Nous ne voulons pas l&#8217;essayer, répondirent Méliau et Yvon, de peur de faire du mal à la bonne femme.<br />
—  Eh bien, moi, je le ferai ; vous allez voir. Et il banda son arc et visa. La flèche partit et brisa la cruche. L&#8217;eau mouilla la petite vieille, qui se fâcha et dit à l&#8217;adroit tireur :<br />
—  Tu as failli, Cado, et je te revaudrai cela ! A partir de ce moment même, tu trembleras de tous tes membres, comme les feuilles d&#8217;un tremble, agitées par le vent du nord, et cela, jusqu&#8217;à ce que tu aies trouvé la princesse Blondine.<br />
Et, en effet, Cado fut, à l&#8217;instant, pris d&#8217;un tremblement général.<br />
Les trois frères revinrent à la maison et racontèrent à leur père ce qui leur était arrivé.<br />
— Hélas ! Mon pauvre fils, tu as failli, dit le vieux seigneur à son fils aîné. Il te faudra, à présent, voyager jusqu&#8217;à ce que tu aies trouvé la princesse Blondine, comme<span id="more-29"></span> te l&#8217;a dit la fée, car c&#8217;était une fée que cette petite vieille. Il n&#8217;y a qu&#8217;elle au monde qui puisse te guérir. Je ne sais quel pays elle habite, mais, je vais te donner une lettre pour mon frère l&#8217;ermite, qui vit au milieu d&#8217;une forêt, à plus de vingt lieues d&#8217;ici, et peut-être pourra-t-il te fournir quelque utile renseignement.<br />
Cado prit la lettre et se mit en route.<br />
Il marcha et marcha, et, à force de mettre un pied devant l&#8217;autre, il arriva à l&#8217;ermitage de son oncle l&#8217;ermite. Le vieillard était en prière, agenouillé sur le seuil de sa cabane, construite à l&#8217;angle de deux rochers, les mains et les yeux levés vers le ciel et comme ravi en extase. Cado attendit qu&#8217;il eût fini, puis il s&#8217;avança vers lui et dit :<br />
—  Bonjour, mon oncle l&#8217;ermite.<br />
—  Tu m&#8217;appelles ton oncle, mon enfant ?<br />
—  Lisez cette lettre, et vous verrez qui je suis et connaîtrez le motif de ma visite.<br />
L&#8217;ermite prit la lettre, la lut, puis il dit :<br />
—  C&#8217;est vrai, tu es bien mon neveu. Mais ? Hélas ! Mon pauvre enfant, tu es loin d&#8217;être au terme de ton voyage et de tes peines. Je vais consulter mes livres, pour voir ce que je peux faire pour toi. En attendant, comme tu dois avoir faim, grignote cette croûte de pain, qui est ma seule nourriture, depuis vingt ans. Quand j&#8217;ai faim, je la grignote un peu, et pourtant elle ne diminue pas.</p>
<p>Et Cado se mit à grignoter la vieille croûte, qui était dure comme la pierre, pendant que l&#8217;ermite consultait ses livres. Mais, il eut beau les feuilleter, toute la nuit, il n&#8217;y trouva rien concernant la princesse Blondine. Le lendemain matin, il dit à son neveu :<br />
— Voici, mon enfant, une lettre pour un frère ermite que j&#8217;ai, dans une autre forêt, à vingt lieues d&#8217;ici.  Celui-là commande sur tous les oiseaux, et peut-être pourra-t-il te donner quelque bonne indication, car, pour moi, ma science ni mes livres ne me disent rien de la princesse Blondine. Voici encore une   boule  d&#8217;ivoire,   qui  roulera  d&#8217;elle-même devant toi ;  tu n&#8217;auras qu&#8217;à la suivre, et elle te conduira jusqu&#8217;au seuil de l&#8217;ermitage de mon frère.<br />
Cado prit la lettre et la boule d&#8217;ivoire. Il posa celle-ci à terre, et elle roula d&#8217;elle-même devant lui. Il la suivit. Au coucher du soleil, il était à la porte de la cabane de branchages et de joncs des marais du second ermite.<br />
—  Bonjour, mon oncle, lui dit-il, en l&#8217;abordant.<br />
—  Ton oncle ? répondit le vieillard.<br />
—  Oui ; lisez cette lettre, et vous saurez qui je suis et pourquoi je viens vers vous.<br />
L&#8217;ermite prit la lettre, la lut, puis il dit ; — Oui, c&#8217;est vrai, tu es bien mon neveu. Et tu cherches la princesse Blondine, mon enfant ?<br />
—   Oui, mon oncle ; voyez dans quel état je suis ! Et mon père m&#8217;a dit que la princesse Blondine seule peut me guérir. Mais, ni mon père, ni mon autre oncle l&#8217;ermite n&#8217;ont pu me dire où je pourrai la trouver.<br />
—  Ni moi non plus, mon pauvre enfant, je ne puis te le dire. Mais, Dieu m&#8217;a établi maître sur tous les oiseaux : je vais souffler dans un sifflet d&#8217;argent que j&#8217;ai ici, et aussitôt tu les verras arriver, de tous les côtés, grands et petits, et peut-être quelqu&#8217;un d&#8217;entre eux pourra-t-il nous donner des nouvelles de la princesse Blondine.<br />
Le vieillard siffla dans son sifflet d&#8217;argent, et aussitôt des nuages d&#8217;oiseaux de tonte dimension et de toute couleur s&#8217;abattirent sur la forêt, en poussant toutes sortes de cris. L&#8217;air en était obscurci, L&#8217;ermite les appela tous, par leurs noms, l&#8217;un après l&#8217;autre, et leur demanda s&#8217;ils n&#8217;avaient pas vu, dans leurs voyages, la princesse Blondine. Aucun d&#8217;eux ne l&#8217;avait jamais vue, ni n&#8217;en avait même entendu parler.<br />
Tous les oiseaux avaient répondu à l&#8217;appel, excepté l&#8217;aigle.<br />
—   Où donc est resté l&#8217;aigle ? dit l&#8217;ermite. Et il souffla plus fort dans son sifflet. L&#8217;aigle arriva aussi, de mauvaise humeur, et dit :<br />
—  Pourquoi   me faites-vous   venir  ici,   pour mourir de faim, lorsque j&#8217;étais si bien là où je me trouvais ?<br />
—  Où donc étais-tu ?<br />
—  J&#8217;étais au château de la princesse Blondine, où je ne manquais de rien, car on est là en fêtes et en festins, tous les jours.<br />
—  C&#8217;est à merveille et tu es libre d&#8217;y retourner, mais, à la condition d&#8217;y porter sur ton dos mon neveu que voici.<br />
—  Je le veux bien, si Ton me donne à manger, à discrétion.<br />
—  Rassure-toi à ce sujet ; on te fournira de la nourriture à souhait, glouton que tu es.<br />
L&#8217;ermite alla alors trouver le seigneur d&#8217;un château voisin, et le pria de lui tuer un bœuf, un de ses meilleurs, et de le faire apporter dans sa cabane, dépecé par morceaux ; Le seigneur s&#8217;empressa de donner des ordres pour contenter l&#8217;ermite, et le bœuf, dépecé par morceaux, fut porté à la cabane du solitaire. On chargea la viande sur le dos de l&#8217;aigle, Cado s&#8217;assit dessus, et les voilà partis par-dessus le bois, flip ! flip ! flip !<br />
Tout en fendant l&#8217;air, l&#8217;oiseau donnait ses instructions à Cado ; il lui disait :<br />
— Quand nous arriverons près du château, qui est dans une île, au milieu de la mer, tu verras d&#8217;abord sur le rivage une fontaine. Au-dessus de cette fontaine, est un bel arbre dont les branches la recouvrent. A l&#8217;heure de midi, la princesse vient, tous les jours, avec sa femme de chambre, se reposer à l&#8217;ombre de l&#8217;arbre, et peigner ses cheveux blonds, en se mirant dans l&#8217;eau de la fontaine. Tu t&#8217;avanceras vers elle, sans crainte. Dès qu&#8217;elle te verra, elle te reconnaîtra et te fera bon accueil. Elle te donnera un pot d&#8217;onguent dont tu te frotteras et qui te guérira promptement, puis tu lui proposeras de l&#8217;enlever et de l&#8217;épouser, pour prix du service qu&#8217;elle t&#8217;aura rendu. Elle acceptera. Tu m&#8217;appelleras, alors ; vous monterez sur mon dos tous les deux, et nous partirons aussitôt. Le père de cette princesse, qui est magicien, se mettra bientôt à notre poursuite ; mais, il sera trop tard.<br />
L&#8217;aigle, épuisé par la longueur du voyage, demandait souvent à manger :<br />
— Donne-moi à manger, car je faiblis. Et Cado lui donnait de la viande de bœuf, et ils allaient encore. Ils planèrent longtemps au-dessus de la mer, ne voyant que le ciel et l&#8217;eau. Enfin, ils arrivèrent aussi à l&#8217;île. L&#8217;aigle s&#8217;abattit sur un rocher du rivage. Cado descendit, et, ayant fait quelques pas, il aperçut un bel arbre dont les branches s&#8217;étendaient au-dessus d&#8217;une fontaine. Il ne vit personne sous l&#8217;arbre, mais, il n&#8217;était pas midi encore. Il se cacha derrière un buisson et vit bientôt arriver une princesse, belle comme le jour, et qui avait de longs cheveux blonds, qui lui descendaient jusqu&#8217;aux talons, comme un manteau. Elle était accompagnée d&#8217;une suivante, qui était aussi d&#8217;une grande beauté. Elles se dirigèrent toutes les deux vers l&#8217;arbre, et la princesse se mit à peigner ses beaux cheveux, en se mirant dans l&#8217;eau de la fontaine. Cado sortit alors de derrière son buisson ; il s&#8217;avança jusqu&#8217;au bord de la fontaine, et la princesse, y ayant aperçu son ombre, se détourna vers lui et s&#8217;écria :<br />
—  Ah ! Pauvre Cado, c&#8217;est donc toi ? Dans quel état t&#8217;a mis la vilaine fée ! Mais, prends courage, mon pauvre ami, moi, je te rendrai la santé, malgré elle.<br />
Alors, la princesse et sa suivante se mirent à cueillir des herbes et des fleurs, autour de la fontaine, puis elles en composèrent un onguent, qu&#8217;elles donnèrent à  Cado,  en lui  disant :<br />
—  Frotte-toi tous les membres avec cet onguent, et, au bout de vingt-quatre heures, tu seras guéri ; puis nous verrons ce qu&#8217;il y aura à faire.<br />
—  Ah ! Si vous me guérissez de ce mal affreux, princesse, je vous prouverai ma reconnaissance, en vous emmenant d&#8217;ici, si vous consentez à me suivre, et en vous épousant.<br />
—  Je ne demande pas mieux, car je voudrais bien quitter cette île, et voir du pays.<br />
Cado prit l&#8217;onguent, s&#8217;en frotta tout le corps, à plusieurs reprises, et, au bout de vingt-quatre heures, il était complètement guéri ; ses membres ne tremblaient plus.<br />
La princesse lui dit alors : — Demain, nous partirons, à midi précis, pendant que mon père dormira ; tous les jours, il fait un somme, à midi. Nous monterons tous les trois sur l&#8217;aigle, car ma suivante viendra aussi avec nous. Quand mon père se réveillera, il s&#8217;apercevra aussitôt de ma fuite. Il ira alors à son écurie, montera sur son dromadaire, qui est plus rapide que le vent, et se mettra à notre poursuite. Mais, nous aurons sur lui une bonne avance, et il ne pourra pas nous atteindre. Reste là, sous l&#8217;arbre, jusqu&#8217;à demain. Nous deux, nous allons rentrer au château, pour y passer la nuit. Nous ferons aussi tuer et dépecer un bœuf, pour donner à manger à l&#8217;aigle.<br />
La princesse et sa suivante rentrèrent donc au château, et Cado passa la nuit sous  l&#8217;arbre, au bord de la fontaine.<br />
Le lendemain, à midi précis, les deux femmes vinrent le rejoindre. Il appela son aigle, qui arriva aussitôt. On commença par placer sur son dos le bœuf dépecé, puis ils montèrent tous les trois dessus, et l&#8217;oiseau s&#8217;éleva en l&#8217;air, assez péniblement, car il était fort chargé.<br />
Quand le vieux magicien se réveilla, il appela sa fille, comme il en avait l&#8217;habitude. Mais, il eut beau l&#8217;appeler, sa fille ne lui répondait pas. II se leva alors, en colère ; il consulta ses livres, et y vit que la princesse et sa suivante avaient quitté le château avec un aventurier. Il courut à son écurie, monta sur son dromadaire, qui faisait sept lieues à l&#8217;heure, et se mit à leur poursuite. Cependant l&#8217;aigle, trop chargé, commençait à s&#8217;affaiblir, et il n&#8217;allait plus aussi vite. La princesse était inquiète, et elle détournait souvent la tête, pour voir si son père approchait. Elle le vit venir, furieux, et, comme l&#8217;aigle passait en ce moment au-dessus d&#8217;un fleuve, elle dit :<br />
— Je vais jeter un peu de mon onguent dans le fleuve, et aussitôt l&#8217;eau s&#8217;enflera et débordera comme la mer, et mon père ne pourra pas aller plus loin.<br />
Elle jeta un peu de son onguent dans le fleuve, et aussitôt l&#8217;eau se gonfla, comme du lait sur le feu ; elle déborda au loin, et voilà le vieux magicien arrêté et ne pouvant aller plus loin. Il écumait de rage. Mais, que faire ? Il se mit à boire de l&#8217;eau, dans l&#8217;espoir de dessécher le lit du fleuve. Il en but tant et tant, qu&#8217;il en creva.<br />
Cependant, l&#8217;aigle avait épuisé toute la provision de viande, et il faiblissait et menaçait de jeter à bas Cado et ses deux compagnes.<br />
—  Donne-moi à manger ! Criait-il à Cado.<br />
—  Il n&#8217;y a plus rien, ma pauvre bête, lui répondait celui-ci, mais, prends courage, nous approchons<br />
—  Donne-moi  à  manger,  ou je vous laisse tomber à terre.<br />
Et Cado coupa une de ses fesses, et la donna à l&#8217;aigle.<br />
—  C&#8217;est bon, dit-il, mais, c&#8217;est bien peu de chose.<br />
Et, un instant après, il disait encore :<br />
—  Donne-moi à manger, je n&#8217;en puis plus.<br />
—  Je n&#8217;ai plus rien, ma pauvre bête. Du courage ! Encore quelques coups d&#8217;ailes et nous sommes rendus.<br />
—  Donne-moi à manger, te dis-je, ou je vous jette à bas.<br />
Et Cado coupa son autre fesse, et la donna à l&#8217;aigle. Puis, il coupa, l&#8217;un après l&#8217;autre, ses deux mollets, et les lui donna également.<br />
Enfin, ils arrivèrent ainsi à la cabane de l&#8217;ermite. Il était grand temps ! Car le pauvre aigle n&#8217;en pouvait plus, et Cado lui-même était si faible, si faible, qu&#8217;il paraissait sur le point de mourir. Mais, dès qu&#8217;ils touchèrent la terre, la princesse le frictionna avec des herbes qu&#8217;elle cueillit dans le bois où ils descendirent, et aussitôt ses fesses, ses mollets et ses forces lui revinrent.<br />
Ils passèrent tous les trois la nuit dans la cabane de l&#8217;ermite, partagèrent son frugal repas, couchèrent sur un lit de mousse et de feuilles sèches, ramassées dans le bois, et le lendemain matin, ils se mirent en route, après avoir fait leurs adieux au vieux solitaire. Celui-ci leur dit qu&#8217;il espérait les revoir, un jour, dans le paradis, et remit à Cado une lettre pour son père.<br />
Ils arrivèrent ensuite à la cabane de l&#8217;autre ermite, passèrent aussi la nuit avec lui, et le lendemain matin, au moment du départ, le vieillard remit également une lettre à Cado, pour son père.<br />
Cependant Cado approchait du château de son père, avec ses deux jeunes compagnes. Comme ils passaient par un bois, la princesse lui dit, en lui présentant une bague qu&#8217;elle avait au doigt : — Voici une bague avec un diamant, que vous porterez à votre doigt et ne donnerez jamais à personne, autrement, vous perdriez le souvenir de moi, comme si vous ne m&#8217;aviez jamais vue. Je vais bâtir un château en cet endroit, et j&#8217;y resterai avec ma suivante, jusqu&#8217;à ce que soit arrivé le moment où nous devons nous marier. Alors, vous viendrez me chercher ici, avec votre père.<br />
Cado prit la bague, la mit à son doigt et promit de ne la donner jamais à personne. Puis, ne pouvant décider la princesse à l&#8217;accompagner, malgré toutes ses instances, il se dirigea seul vers le château de son père. Quand il arriva, tout le monde fut heureux de le voir revenir, complètement guéri.<br />
—  Et la princesse Blondine, lui demanda son père, tu ne l&#8217;as donc pas emmenée ?<br />
—  Elle est restée dans un bois, à quelque distance d&#8217;ici, et elle dit qu&#8217;elle ne viendra à votre château que lorsque vous irez vous-même la chercher avec moi, dans un beau carrosse.<br />
Aussitôt, le vieux seigneur donna l&#8217;ordre d&#8217;atteler ses deux meilleurs chevaux à son plus beau carrosse, pour aller chercher la princesse Blondine.<br />
Cependant, la sœur de Cado lui dit : — Allons un peu nous promener dans le jardin, mon frère, pour voir les belles choses qu&#8217;on y a faites, depuis votre départ. Quand le carrosse sera attelé, on nous appellera.<br />
Cado alla voir le jardin avec sa sœur. Comme il cueillait une fleur, elle remarqua son diamant à son doigt, désira aussitôt le posséder et conçut le projet de l&#8217;enlever à son frère, sans qu&#8217;il s&#8217;en aperçût. Elle l&#8217;entraîna près d&#8217;une fontaine, et ils s&#8217;assirent tous les deux sur le gazon, parmi les herbes et les fleurs. Cado était fatigué, et il appuya sa tête sur les genoux de sa sœur et ne tarda pas à s&#8217;endormir. La jeune fille profita de son assoupissement pour lui enlever sa bague et la passer à son propre doigt.<br />
Un moment après, le vieux seigneur vint avertir Cado que le carrosse était prêt.<br />
—  Hein ? dit Cado en se frottant les yeux.<br />
—  Partons, sans perdre de temps.<br />
—  Partir&#8230; partir où ?<br />
—  Mais, tu sais bien où ; pour aller chercher la princesse Blondine.<br />
—  La princesse Blondine ?&#8230; qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que la princesse Blondine ?<br />
—  Est-ce que tu dors ? Secoue-toi et partons vite, car la princesse pourrait s&#8217;impatienter à nous attendre.<br />
—  Mais quelle princesse, mon père ?<br />
—  Allons, ne fais pas ainsi l&#8217;ignorant, et allons vite chercher la princesse Blondine.<br />
—  Je ne sais pas de qui vous voulez parler, mon père ; je ne connais pas la princesse Blondine.<br />
Et comme il paraissait parler sérieusement et avec sincérité, le vieux seigneur s&#8217;écria avec douleur : — Hélas ! Mon pauvre fils a perdu l&#8217;esprit ! Il a eu tant à souffrir, dans son voyage ! Ah ! Je suis bien malheureux !</p>
<p>Et on détela le carrosse.<br />
Cependant, Cado ne donnait aucun signe de folie et paraissait jouir de toute la plénitude et la liberté de son intelligence ; ce n&#8217;est que lorsqu&#8217;on lui parlait de son voyage et de la princesse Blondine qu&#8217;il ne comprenait rien ; et, pourtant, il en avait un souvenir vague et confus, comme d&#8217;un rêve que l&#8217;on cherche à se rappeler et qui reste toujours enveloppé de nuages et de brouillards.<br />
Les trois frères allaient chasser au bois, comme devant, et Cado était toujours le plus habile tireur et abattait à lui seul autant de gibier que les deux autres ensemble. Un jour, ils pénétrèrent plus avant dans les bois que de coutume, et ils se trouvèrent devant le château que la princesse Blondine s&#8217;y était bâti, par son art magique ; car elle était aussi magicienne. Grand fut leur étonnement de voir un si beau château, et ils restèrent longtemps à le contempler, en silence.<br />
— Quel beau château ! se disaient-ils. Mais, comment se trouve-t-il là ? Nous avons passé par ici, maintes fois, et nous n&#8217;avions rien vu de pareil, jusqu&#8217;aujourd&#8217;hui. Et qui peut habiter là-dedans ? Quelque magicien, peut-être ?<br />
Enfin, après avoir longtemps admiré le château merveilleux, ils se résolurent à chercher à y pénétrer, sous prétexte de demander du lait ou du cidre à boire, ou de demander leur chemin, comme des gens égarés. Ils frappèrent à la porte, et elle s&#8217;ouvrit aussitôt. La princesse vint elle-même les recevoir, dans la cour, et elle les pria d&#8217;entrer dans son palais, dont elle leur fit les honneurs, avec beaucoup d&#8217;amabilité. Cado ne la reconnaissait pas ; elle le reconnut, dès qu&#8217;elle le vit, mais ne le laissa pas paraître. Les trois frères étaient charmés de la beauté et de l&#8217;amabilité de la châtelaine. Celle-ci les invita à souper avec elle et à passer la nuit dans son château, et ils se gardèrent de refuser. Le repas fut plein de gaieté, car les trois chasseurs trouvèrent le vin de leur hôtesse excellent. Méliau avait constamment les yeux sur la princesse, et il dit tout bas à Cado, qui était près de lui :<br />
—  Je suis amoureux de notre hôtesse.<br />
—  Fais-lui un brin de cour, pour voir, répondit Cado.<br />
Après le repas, Méliau fit part à la princesse de ses sentiments pour elle, et elle sembla l&#8217;écouter sans déplaisir, si bien qu&#8217;elle lui dit : — Je vous ferai coucher dans une chambre à côté de la mienne, et, quand vos frères dormiront, vous viendrez tout doucement me rejoindre.<br />
Méliau était au comble du bonheur. A minuit, quand chacun dormait dans son lit, lui, qui ne dormait pas, se leva et alla tout doucement frapper à la porte de la princesse. Celle-ci lui ouvrit, et le reçut avec toutes les amabilités possibles. Elle lui donna une chemise fraîche, qu&#8217;elle le pria de mettre, avant de se coucher. Méliau s&#8217;empressa de changer de chemise ; mais, comme il passait celle que la princesse lui avait donnée, il la sentit qui devenait dure et froide comme de la glace, et, toute la nuit, il resta ainsi, les bras tendus et la chemise à moitié vêtue, sans pouvoir ni la mettre tout à fait ni l&#8217;ôter. Il avait beau supplier la princesse de venir à son aide, celle-ci ne répondait pas et le laissait crier. Il resta dans cet état toute la nuit. Quand le soleil se leva, sa chemise s&#8217;assouplit ; il put alors s&#8217;en débarrasser, et aussitôt il s&#8217;enfuit et courut rejoindre ses frères.<br />
—  Eh bien, es-tu content de ta nuit ? Lui demanda Cado.<br />
Il leur conta son aventure, de point en point. Et les deux autres de rire, je vous prie de le croire.<br />
Les trois frères se dirent alors : — Nous sommes ici chez une magicienne, et il est prudent de déguerpir, au plus vite. Et ils partirent, sans prendre congé de leur hôtesse.<br />
Quand ils arrivèrent à la maison, leur père, qui était inquiet de voir qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas rentrés à la nuit, selon leur habitude, leur demanda :<br />
—  Où donc avez-vous passé la nuit, mes enfants ?<br />
Et ils contèrent tout à leur père, et ajoutèrent :<br />
— C&#8217;est là qu&#8217;il y a un beau château, père ! Et une belle princesse !<br />
Le vieux seigneur pensa que ce pourrait bien être le château de la princesse Blondine, et il se promit d&#8217;éclaircir la chose, mais, il n&#8217;en dit rien à ses enfants.<br />
Cependant, Cado voulut se marier à une princesse qu&#8217;il avait aimée avant son voyage. Ses hommages furent agréés, son père donna son consentement, et le jour des noces fut fixé. On invita tous les habitants du pays, riches et pauvres, à prendre part aux festins et aux réjouissances qui devaient avoir lieu, à cette occasion. Yvon dit à son père :<br />
—  Il serait bon, je pense, d&#8217;inviter aussi la belle princesse qui nous a si gracieusement reçus dans son palais.<br />
—  Tu as raison, mon fils, répondit-il, et j&#8217;irai moi-même l&#8217;inviter, et tu viendras avec moi.<br />
Le vieux seigneur et son plus jeune fils partirent donc, un beau matin, dans un superbe carrosse, pour inviter la châtelaine de la forêt. Ils arrivèrent au château merveilleux, et furent reçus on ne peut mieux. Le vieillard resta ébahi et sans voix, quand il vit la princesse, tant il la trouva belle. Enfin, quand il put parler, il lui dit : — Je suis venu, incomparable princesse, vous prier de me faire l&#8217;honneur de vouloir bien assister aux noces de mon fils aîné, qui se marie dans huit jours à la princesse Brunette.<br />
—  J&#8217;accepte avec le plus grand plaisir, répondit la princesse, et j&#8217;arriverai au jour fixé.<br />
—  Je vous enverrai mon carrosse pour vous prendre, reprit le père.<br />
—  Ne vous donnez pas cette peine, seigneur, car j&#8217;ai aussi mon carrosse, comme vous le verrez.<br />
Le vieux seigneur était émerveillé, ébloui par la beauté de la princesse, et il ne pouvait détacher d&#8217;elle ses regards. Yvon l&#8217;admirait aussi, et ne disait mot. Ils s&#8217;en retournèrent à la maison, silencieux, et rêvant d&#8217;elle, tous les deux.<br />
Enfin, le jour de la cérémonie était venu. Tous les invités étaient déjà arrivés, dans leurs plus beaux habits de gala, excepté la châtelaine du bois. Cado s&#8217;impatientait, et ne voulait pas attendre davantage ; mais, son père dit qu&#8217;on ne partirait, pour se rendre à l&#8217;église, que lorsque la princesse inconnue serait arrivée. Enfin, elle arriva aussi, dans un carrosse tout doré, si brillant qu&#8217;on ne pouvait le regarder, et attelé de quatre chevaux auprès desquels tous les autres qui se trouvaient là n&#8217;étaient que de vraies rosses. Elle était toute couverte d&#8217;or, de soie et de diamants, et ses cheveux blonds, luisants eux-mêmes comme l&#8217;or, descendaient jusqu&#8217;à terre, derrière elle. Toutes les femmes qui étaient là, se voyant éclipsées par cette inconnue, en rageaient de dépit. La sœur du fiancé, qui avait à son doigt le diamant de son frère, en était toute fière et glorieuse.<br />
On se rendit à l&#8217;église, en grande pompe, et le soleil lui-même pâlissait devant la princesse Blondine. On n&#8217;était occupé que d&#8217;elle, et la jeune fiancée, belle et gracieuse aussi, en était grandement dépitée.<br />
Au retour de l&#8217;église, on se mit à table. Un festin magnifique. Quelque convive s&#8217;aventura, poussé par sa femme, à adresser la parole à l&#8217;inconnue, et lui dit :<br />
—  Vous n&#8217;êtes sans doute pas du pays, belle princesse !<br />
—  Non, répondit-elle, je suis de bien loin d&#8217;ici.<br />
—  Et vous n&#8217;êtes pas mariée ?<br />
—  Non, je ne suis pas mariée ; j&#8217;ai bien été fiancée, mais, on m&#8217;a manqué de parole.<br />
Cado était près d&#8217;elle à table, et, remarquant le beau diamant qu&#8217;elle avait au doigt, il lui dit :<br />
—  Le magnifique diamant que vous avez là, princesse !<br />
—  Oui, répondit-elle, c&#8217;est un beau diamant. Et, tirant la bague de son doigt, elle la présenta au nouveau marié, en lui disant :<br />
—  Essayez-le ; je crois qu&#8217;il vous ira parfaitement.<br />
Cado prit la bague, la mit à son doigt, et aussitôt, comme s&#8217;il se fût réveillé d&#8217;un long sommeil, il reconnut la princesse et se rappela tout ce qui s&#8217;était passé.<br />
— Holà ! s&#8217;écria-t-il alors, au lieu d&#8217;une femme, voici que j&#8217;en ai deux, à présent ! Mais, la première est toujours la meilleure et la plus près du cœur !<br />
Et il donna la main à l&#8217;inconnue, au grand étonnement de tous les convives, et l&#8217;on alla de nouveau à l&#8217;église, où Cado fut marié une seconde fois, dans le même jour. Quant à la princesse Brunette, son frère Méliau l&#8217;épousa aussi, pour ne pas la laisser sans époux, dès le premier jour de ses noces.<br />
Yvon aussi s&#8217;éprit d&#8217;amour pour la suivante de la princesse Blondine, et l&#8217;on fit les trois noces à la fois.<br />
Et il y eut des festins magnifiques, des danses et des fêtes, pendant un mois entier. Moi-même, qui étais jeune alors, je m&#8217;y trouvais pour plumer les perdrix, les poulets et les canards, et jamais de ma vie je n&#8217;ai vu ni ne verrai pareille bombance.</p>
<p>Conté par Ann Drann, domestique à Coat-Tual, en Plouguernevel (Côtes-du-Nord), novembre 1855.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> En breton : Princes ar Velandinenn.</span></p>
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		<title>Le Corps-Sans-Âme</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Oct 2007 18:04:51 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[A. Le BrazMagies de la Bretagne Richard BessièreLes Celtes et les Druides :Les lieux sacrés du celtisme David GordonContes et métaphores thérapeutiques - Le fils du roi va à la chasse &#8211; La poursuite d&#8217;un corbeau le conduit à un château sous la terre &#8211; Le seigneur le prend à son service et puis part [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="livre lpt lmarg3"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/222107792X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=222107792X"><img src="/img/517ZMYJNFXL._SL160_.jpg" width="106" height="160" alt="Magies de la Bretagne" />
<p>A. Le Braz<br />Magies de la Bretagne</p>
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<p>Richard Bessière<br />Les Celtes et les Druides :<br />Les lieux sacrés du celtisme</p>
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<p>David Gordon<br />Contes et métaphores thérapeutiques</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2100497235" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><em>- Le fils du roi va à la chasse &#8211; La poursuite d&#8217;un corbeau le conduit à un château sous la terre &#8211; Le seigneur le prend à son service et puis part en voyage &#8211; L&#8217;un des oiseaux qu&#8217;il doit nourrir se transforme en princesse et le met en garde : le seigneur du château est un magicien qui retient prisonniers princes et princesses sous une forme animale &#8211; La veille du retour du magicien, la princesse lui explique comment lui échapper &#8211; Le château du magicien s&#8217;écroule : le fils du roi, la princesse, son frère et sa femme de chambre sont transportés à travers les airs &#8211; Ils arrivent chez le roi, où on coyait le fils mort &#8211; Une cousine réussit à l&#8217;embrasser &#8211; Le Corps-sans-âme enlève la princesse &#8211; Le fils du roi part à leur recherche &#8211; Un ermite dans la forêt lui indique le château du Corps-sans-âme &#8211; Pour pouvoir l&#8217;atteindre, il est transformé en fourmi &#8211; Il retrouve la princesse, qui lui permet d&#8217;apprendre comment tuer le Corps-sans-âme &#8211; Le roi des poissons, puis l&#8217;ermite, l&#8217;aident à prendre possession de l&#8217;oeuf contenant la vie du Corps-sans-âme &#8211; Il tue le Corps-sans-âme et rentre au palais du roi avec la princesse et l&#8217;épouse  &#8211; </em><br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>Il y avait une fois</strong> un roi de France qui avait un fils, lequel n&#8217;aimait rien autant que la chasse. Un jour qu&#8217;il chassait, selon son habitude, il aperçut un corbeau posé à terre, et quoiqu&#8217;il en fût déjà bien près, l&#8217;oiseau ne s&#8217;envolait pas.<br />
— Voici, se dit-il, un corbeau qui paraît être blessé et ne peut, sans doute, s&#8217;envoler.<br />
Et il voulut le prendre à la main. Mais, le corbeau s&#8217;enfuit en courant, sous une grosse pierre (un dolmen ?), et il descendit dans un trou si noir et si profond, qu&#8217;il lui sembla qu&#8217;il allait tomber dans l&#8217;enfer. Sa chute dura bien une heure, à peu près, et quand ses pieds rencontrèrent de nouveau la terre, il se trouva dans une grande avenue de vieux chênes. Au bout de cette avenue, il y avait un beau château. Il se dirigea vers le château. La porte de la cour était ouverte et il y entra. Il aperçut là un seigneur, et, marchant droit à lui, il lui demanda s&#8217;il n&#8217;avait pas besoin d&#8217;un domestique.<br />
—  Oui, vraiment, répondit le seigneur ; mon valet d&#8217;écurie est nouvellement parti, et je voudrais le remplacer.<br />
—  Eh bien ! Si vous voulez me prendre à votre service, j&#8217;aurai bien soin de vos chevaux.<br />
—  Je le veux bien, mais, à la condition que vous ferez bien exactement tout ce que je vous commanderai.<br />
—  Je vous promets de faire exactement ce que vous me commanderez.<br />
—  Alors, suivez-moi et je vais vous montrer votre travail, car, demain matin, je dois aller<span id="more-22"></span> en voyage et je ne reviendrai pas avant un an, et un jour. Vous resterez seul dans le château, pendant tout ce temps ; mais, soyez tranquille, vous n&#8217;y manquerez de rien.<br />
Et il le conduisit d&#8217;abord à l&#8217;écurie, où il y avait beaucoup de chevaux, gras et luisants :<br />
—  Voici, lui dit-il, mes chevaux ; vous en prendrez bien soin et leur donnerez du foin, de l&#8217;avoine et du trèfle, à discrétion ; il faut qu&#8217;à mon retour,   je   les  retrouve  absolument dans l&#8217;état où je vous les confie, ni plus maigres, ni plus gras, ou malheur à vous ! Voici maintenant, derrière la porte, un petit cheval noir, que vous traiterez autrement. Tous les matins, vous lui administrerez, comme déjeuner, une bonne volée de coups de bâton, et frappez sans pitié ; le soir, vous lui jetterez dans sa mangeoire ce que les autres chevaux auront refusé de manger.<br />
Puis, il le conduisit à une grande chambre qui était remplie de belles cages, dans lesquelles étaient renfermés des oiseaux de toute sorte, et il lui parla ainsi :<br />
—  Vous aurez à renouveler, deux fois par jour, la nourriture et l&#8217;eau de ces oiseaux, et ayez-en bien soin, car s&#8217;il en meurt un seul, ou si je les trouve en mauvais état, à mon retour, vous le paierez de votre tête.<br />
Dans une autre chambre, il lui fit voir neuf pistolets, dans un coffre de chêne, et lui dit :<br />
—  Vous fourbirez ces pistolets, tous les jours ; et prenez garde qu&#8217;à mon retour j&#8217;y trouve la moindre tache de rouille, ou il n&#8217;y a que la mort pour vous !<br />
Quand il eut fait toutes ses recommandations à son nouveau domestique, le maître du château partit, le lendemain matin, dès le point du jour.<br />
Le prince, resté seul, se leva aussi de bonne heure et se mit au travail. Il commença par distribuer du foin et de l&#8217;avoine aux beaux chevaux de l&#8217;écurie, puis, ayant ôté sa veste, il prit un bâton et se mit à en frapper, à tour de bras, le petit cheval noir qui était derrière la porte.<br />
— Arrête, méchant ! Ne me frappe pas d&#8217;une façon si cruelle, car, sans tarder beaucoup, tu pourrais bien être traité toi-même comme tu me traites en ce moment !<br />
Voilà notre homme bien étonné d&#8217;entendre un animal lui parler de la sorte.<br />
—  Comment, pauvre bête, lui demanda-t-il, vous parlez donc aussi, dans la langue des hommes ?<br />
—  Oui, car j&#8217;ai été moi-même ce que tu es ; et prends bien garde, ou toi-même tu seras réduit à la misérable condition où tu me vois présentement.<br />
—  On m&#8217;a recommandé de casser un bâton, tous les jours, en vous battant.<br />
—   Casse le bâton, si tu veux, mais, non sur mon dos, et donne-moi à manger comme aux autres chevaux.<br />
Le prince eut pitié de la pauvre bête, et il lui donna du trèfle et de l&#8217;avoine, à discrétion.<br />
Puis, il se rendit à la chambre des oiseaux. Ceux-ci, en le voyant entrer, se mirent à chanter, à qui mieux mieux. Il fallait entendre cette musique ! Il renouvela la nourriture et l&#8217;eau, dans chaque cage, et, ayant remarqué un moineau qui paraissait tout triste et souffrant :<br />
—  Vous, lui dit-il, vous me paraissez être malade, et si vous veniez à mourir, cela ne ferait pas mon affaire !<br />
Et il retira le moineau de sa cage, et se mit à le caresser. En lui passant la main sur le dos et la tête, il se sentit piqué légèrement. — Qu&#8217;est-ce cela ? Se dit-il ; et, en examinant de près, il vit que l&#8217;oiseau avait la tête traversée de part en part par une épingle.<br />
—  Je ne m&#8217;étonne plus, pauvre petite bête, de te voir si triste !<br />
Il retira l&#8217;épingle de la tête du moineau, et l&#8217;oiseau se changea instantanément en une princesse d&#8217;une beauté merveilleuse, qui lui parla de la sorte :<br />
—  Si vous n&#8217;y prenez bien garde, ô jeune prince, vous aurez le même sort que moi et tant d&#8217;autres malheureux qui sont ici. En effet, chevaux, oiseaux, pistolets, sont autant de princes et de princesses et de seigneurs, d&#8217;un rang élevé, que le maître de ce château, qui est un grand magicien, retient ici enchantés, sous différentes formes, depuis un grand nombre d&#8217;années. Moi, je suis la fille du roi de Naples, et ce pauvre petit cheval noir, que vous avez si bien battu ce matin, est mon frère.<br />
—  Dieu, que dites-vous là ?<br />
—  Rien que la vérité ; mais, si vous voulez faire exactement comme je vous dirai, vous pourrez sortir d&#8217;ici, sans mal, et en nous délivrant tous, moi et mon frère et les autres qui subissent le môme sort.<br />
—  Que me faudrait-il faire pour cela ? Dites-moi, vite.<br />
— Nous avons encore du temps devant nous ; pendant un an, nous pouvons vivre heureux et sans souci, dans ce château, où rien ne manque, et quand le moment sera venu, alors je vous dirai ce que vous devrez faire.<br />
Ils vécurent donc heureux tous les deux ensemble, pendant un an, se promenant tous les jours par les bois et les beaux jardins qui entouraient le château, comme s&#8217;ils étaient chez eux. Quand le soleil se couchait, tous les soirs, le prince remettait l&#8217;épingle dans la tête de la princesse, et aussitôt elle redevenait moineau, et passait la nuit dans sa cage ; et, chaque matin, aussitôt que le soleil paraissait, il retirait l&#8217;épingle, et l&#8217;oiseau redevenait princesse.<br />
Les jours et les mois passaient ainsi, insensiblement, et le temps leur paraissait court. Cependant, un jour, la princesse dit au prince :<br />
— C&#8217;est demain que doit arriver le géant (car le maître du château était un géant magicien).<br />
—  Comment déjà ?<br />
—  Hélas ! Oui, car il y a juste un an que vous êtes ici. Demain aussi, on célébrera dans votre pays l&#8217;anniversaire de votre mort, car on vous y croit mort. Écoutez donc bien ce qu&#8217;il vous faudra faire : Quand le géant arrivera, demain matin (et n&#8217;oubliez pas surtout de me remettre l&#8217;épingle dans la tête et de m&#8217;introduire dans ma cage), il ira aussitôt visiter ses oiseaux, et ceux-ci à sa vue se mettront à chanter et à fredonner, à qui mieux mieux. En les voyant si joyeux et si dispos, il vous témoignera son contentement, et, pour vous récompenser, il vous conduira dans son écurie et là il vous dira de choisir le cheval qui vous plaira le plus. Il y a là de beaux chevaux, vous le savez bien, blancs, noirs, alezans, bleus-pommelés ; mais, ne choisissez aucun de ceux-là, gardez-vous-en bien. Demandez le petit cheval noir, si maigre et de si triste mine, qui est derrière la porte, et à qui vous avez administré, le lendemain de votre arrivée ici, une si bonne volée de coups de bâton. Il vous dira que vous êtes un sot de choisir une pareille rosse ; mais, ne l&#8217;écoutez pas et persistez à dire que vous voulez celui-là, car, comme je vous l&#8217;ai déjà dit, c&#8217;est mon frère.<br />
Alors, il vous conduira au coffre où sont les pistolets, qui étaient si rouilles, quand il partit, et qui sont à présent si luisants et si brillants, parce que je vous ai enseigné la manière de les fourbir. Il vous dira encore de choisir un pistolet de là. Il y en a un, plus simple et moins beau que les autres, avec une petite tache de rouille, presque imperceptible. Vous prendrez celui-là, malgré toutes les instances du magicien pour vous en faire prendre un autre, plus beau ; car c&#8217;est là ma femme de chambre.<br />
Enfin, il vous conduira alors dans la chambre aux oiseaux et vous dira encore d&#8217;en choisir un parmi les plus beaux et ceux qui chantent le mieux. C&#8217;est moi qu&#8217;il vous faudra prendre, et fermer l&#8217;oreille à tous ses conseils et à ses instances pour vous en faire prendre quelque autre, plus beau. Dès que vous me tiendrez, vous me retirerez l&#8217;épingle de la tête, afin que je revienne à ma forme humaine, et aussitôt vous tirerez, avec votre pistolet, sur une tête de cuivre qui est au-dessus de la porte de la salle. Le château s&#8217;écroulera à l&#8217;instant sur le magicien, avec un vacarme épouvantable, et il sera écrasé sous les ruines, sans qu&#8217;il vous arrive de mal. Tous ceux qu&#8217;il retient ici enchantés, sous différentes formes, seront alors délivrés, et reviendront à leurs formes premières, et s&#8217;en iront, chacun de son côté, après vous avoir remercié. Un beau carrosse descendra, au même moment, du ciel, et nous y monterons, vous, mon frère, ma femme de chambre et moi, et, en peu de temps, il nous portera, à travers les airs, au palais de votre père. Quand nous y arriverons, tous vos parents et les principaux du royaume seront réunis, se disposant à se rendre à l&#8217;église pour assister à une messe solennelle célébrée à votre intention ; car ils vous croient tous mort, depuis un an. En vous voyant, la joie et le bonheur succéderont à la tristesse et au deuil général. Tous vos parents et vos amis voudront vous embrasser, et moi aussi. Mais, gardez-vous bien de vous laisser embrasser par aucune femme, car aussitôt, je serais enlevée par le Corps-sans-âme, et vous ne me reverriez plus jamais ! Faites exactement tout ce que je viens de vous dire, ou nous sommes perdus à tout jamais l&#8217;un pour l&#8217;autre.<br />
— Je le ferai, répondit le prince ; soyez sans inquiétude à ce sujet.<br />
Bref, et pour ne pas me répéter <a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a>, tout arriva comme avait dit la princesse ; le prince aussi accomplit de point en point toutes ses recommandations, si bien que, le lendemain, avant midi, ils descendaient tous les quatre au milieu de la cour du palais du roi  de France,   au  moment où le cortège, en grand deuil, se disposait à se rendre à l&#8217;église.  Jugez de l&#8217;étonnement que produisit une   apparition  si   inattendue ! — Que  signifie ceci ? Se demandait-on. Puis, on courut au prince, pour l&#8217;embrasser. Il se laissait volontiers embrasser par les hommes ; mais, il repoussait les femmes et les jeunes filles, ce  qui les mécontentait beaucoup.  Une jeune cousine s&#8217;approcha de lui, par derrière,  lui sauta au cou et lui déroba un baiser.   Hélas !  C’était assez.  Un  beau carrosse descendit aussitôt   du  ciel ; le  Corps-sans-âme, qui s&#8217;y trouvait, en sortit son bras droit, saisit la princesse,  la plaça  à ses côtés, puis, le carrosse s&#8217;éleva en l&#8217;air, si haut,  si haut, qu&#8217;on ne le vit bientôt plus. Personne ne savait ce que cela signifiait, si ce n&#8217;est le prince, qui ne le  savait que trop bien, hélas ! Il se mit à se désoler, pleurant, criant,  s&#8217;arrachant  les cheveux.   C&#8217;est   en   vain qu&#8217;on essayait de le consoler, il n&#8217;écoutait personne. Il fit ses adieux à ses parents et à ses amis, qui s&#8217;empressaient autour de lui et leur dit qu&#8217;il ne cesserait de marcher, ni le jour, ni la nuit, jusqu&#8217;à  ce  qu&#8217;il   eût   retrouvé   la   princesse   sa fiancée. Ce fut en vain que son père et sa mère le supplièrent de rester avec eux, s&#8217;attachant à ses habits et lui disant qu&#8217;ils mourraient de douleur, s&#8217;il les abandonnait, dans leur vieillesse. Ils lui promettaient de le marier à la plus belle princesse que l&#8217;on trouverait au monde, et de lui céder aussitôt le trône. Mais, il ne les écoutait seulement pas, et il partit.<br />
Il marchait, il marchait, au hasard, nuit et jour, demandant à tous ceux qu&#8217;il rencontrait des nouvelles du Corps-sans-âme ; personne ne connaissait le Corps-sans-âme ni ne pouvait lui donner aucune bonne réponse. Un jour, il fut surpris par la nuit, dans un grand bois, où il s&#8217;était égaré, et le voilà bien embarrassé et bien inquiet, car ce bois était rempli de bêtes fauves. Il grimpa sur un arbre et aperçut une faible lumière, au loin. Il descendit, quelque peu rassuré, et se dirigea vers cette lumière. Il se trouva, au bout de quelque temps d&#8217;une marche assez pénible, à travers le bois, devant une petite hutte construite de branchages, de fougères et de feuillages. Par une fente de la porte, il vit un vieillard, à la barbe longue et blanche, qui priait, à genoux devant un crucifix.<br />
—   C&#8217;est un ermite ! Se dit-il en lui-même.<br />
Il poussa la  porte mal close, qui céda facilement, et il dit :<br />
—   Bonsoir, mon père.<br />
—  Bonsoir, mon fils, répondit le vieillard ; en quoi puis-je vous être utile ?<br />
—  Auriez-vous la bonté de m&#8217;accorder l&#8217;hospitalité, pour la nuit ?<br />
—  Hélas ! Mon pauvre enfant, un ermite, d&#8217;ordinaire, n&#8217;est pas riche : entrez néanmoins dans ma cabane et vous n&#8217;aurez ni mieux ni pis que moi, quelques herbes et quelques racines pour nourriture, et la terre nue pour lit.<br />
—   Nul ne peut donner que ce qu&#8217;il a, mon père, et je vous remercie.<br />
Et il entra dans la hutte de l&#8217;ermite et lui conta ses aventures.<br />
—  Hélas ! Mon pauvre enfant, lui dit alors le solitaire, il y a bien longtemps que je suis ici, à faire pénitence, et jamais je n&#8217;ai  entendu parler du Corps-sans-âme, et je ne puis vous dire où il demeure, ni quel chemin vous devez prendre poulie trouver ; mais, voici une serviette que je vous donne et  qui pourra vous être  utile.  Elle  m&#8217;a rendu  de grands  services,   dans   ma jeunesse ; mais, à présent,  je n&#8217;en ai plus besoin.  Quand vous aurez faim ou soif, en quelque endroit que vous vous trouviez, vous n&#8217;aurez qu&#8217;à la déployer, l&#8217;étendre sur une table, ou même à terre, et dire : « Serviette, fais ton devoir ! » et aussitôt, il se trouvera dessus à boire et à manger, de tout ce que vous désirerez. Puis, dans une autre forêt, qu&#8217;il vous faudra traverser, plus loin, vous trouverez un autre ermite, qui est plus vieux et plus savant que moi, et peut-être celui-là pourra-t-il vous donner quelque bon conseil pour vous aider à trouver ce que vous cherchez.<br />
— Je vous remercie, mon père, et que Dieu vous bénisse et exauce vos prières.<br />
Le lendemain matin, le prince fit ses adieux à l&#8217;ermite, et se  remit en route.  Il eut bientôt faim, et, tirant de sa   poche la serviette que lui avait donnée le  solitaire,  il la déploya, retendit sur le gazon, au pied d&#8217;un vieux chêne, et dit : <br />  « Serviette,  fais   ton  devoir !   »   et,  à sa grande satisfaction,  un   excellent  repas  lui  fut servi à l&#8217;instant, par enchantement. Après avoir mangé et bu, autant que cela lui faisait plaisir, il reploya avec soin  sa serviette,  la remit dans sa poche, et continua sa route. Après avoir marché quelque temps, il s&#8217;engagea dans  une immense plaine, stérile et toute nue, et où il se vit soudain entouré   d&#8217;une   multitude   infinie  de   fourmis, grosses  comme   des lièvres, et  qui paraissaient être  fort   affamées. Il était bien   embarrassé et ne savait  que faire. Deux fourmis, plus grosses que les autres, marchèrent droit à lui ; il crut que c&#8217;était pour l&#8217;attaquer et le dévorer.<br />
—  Hélas ! Pensait-il, c&#8217;en est fait de moi ! Puis, songeant à sa serviette :<br />
—  Tiens ! Mais peut-être ma serviette me tirera-t-elle de danger ?<br />
Et il se hâta de tirer sa serviette de sa poche, la déploya, l&#8217;étendit à terre et dit :<br />
— Serviette, fais ton devoir ! Je veux régaler toutes ces bêtes du bon Dieu, qui m&#8217;ont l&#8217;air de n&#8217;avoir pas fait de bon repas, depuis longtemps. Et aussitôt la serviette se trouva couverte d&#8217;un gros tas de blé,  la  nourriture qui convenait le mieux à des fourmis, et il leur dit : — Régalez-vous, chères bêtes du bon Dieu ! Les fourmis ne se firent pas <br />prier ; elles se jetèrent sur le tas de  blé,   et tout disparut, en un clin d&#8217;oeil.<br />
Quand elles furent rassasiées, les deux grandes dont nous avons déjà parlé dirent, en s&#8217;adressant au prince :<br />
— Merci à toi, fils du roi de France ! Nous sommes le roi et la reine des fourmis, et si jamais tu as besoin de nous ou des nôtres, tu n&#8217;auras qu&#8217;à nous appeler, et nous arriverons aussitôt !<br />
— Merci bien, bonnes bêtes du bon Dieu, répondit le prince.<br />
Et il ramassa sa serviette, la remit dans sa poche, et continua sa route.<br />
Vers le soir du même jour, il arriva à la hutte du second ermite, dont lui avait parlé le premier. Il était en prière, comme l&#8217;autre. Le prince lui conta son histoire, et lui demanda s&#8217;il savait où se trouvait le château du Corps-sans-âme.<br />
—  Le château du Corps-sans-âme ? Répéta le vieillard, en rappelant ses souvenirs ; oui&#8230;, oui, je le connais&#8230; Mais, il n&#8217;est pas facile d&#8217;aller jusque-là, mon fils ! Ce château-là est retenu par quatre chaînes d&#8217;or, entre le ciel et la terre. Vous verrez les chaînes, mais non le château, car il est trop haut pour cela.<br />
—   Comment y aller, alors ? demanda le prince.<br />
—  Hélas ! Je ne saurais vous le dire, mon fils, car l&#8217;aigle même n&#8217;atteint pas à cette hauteur. Mais, Dieu, dans sa bonté, m&#8217;a établi maître sur tous les animaux qui possèdent des ailes, et si, quelque jour, vous avez besoin de moi ou de quelqu&#8217;un des miens, vous n&#8217;aurez qu&#8217;à m&#8217;appeler et j&#8217;arriverai aussitôt. J&#8217;ai une autre recommandation à vous faire : lorsque vous m&#8217;aurez quitté, vous ne tarderez pas à vous trouver au bord de la mer, et là, vous verrez, sur la grève, un petit poisson laissé à sec par la marée en se retirant, et qui sera près de mourir. Prenez ce petit poisson avec la main et remettez-le, vite, dans l&#8217;eau, car, plus tard, vous pourriez avoir besoin de lui.<br />
Le lendemain matin, de bonne heure, le prince prit congé de l&#8217;ermite et se remit en route, se dirigeant toujours vers l&#8217;Orient.<br />
Il arriva bientôt au bord de la mer. Comme il marchait sur le sable du rivage, il aperçut le petit poisson dont lui avait parlé l&#8217;ermite, resté à sec, la bouche ouverte, et paraissant près de mourir. Il s&#8217;empressa de le prendre avec la main et de le remettre dans l&#8217;eau. Le petit poisson plongea, disparut un instant, puis, élevant la tête au-dessus de l&#8217;eau, il parla de la sorte :<br />
—  Je te remercie, fils du roi de France, de m&#8217;avoir sauvé la vie ! Je suis le roi de tous les poissons de la mer, et si jamais tu as besoin de moi ou des miens, tu n&#8217;auras qu&#8217;à venir au bord de la mer, en quelque endroit que ce soit, et à m&#8217;appeler, et j&#8217;arriverai aussitôt.<br />
—  A merveille ! Les animaux du bon Dieu me sont toujours favorables, se dit le prince, et avec leur aide on peut aller loin.<br />
En marchant le long du rivage, il aperçut, au bout de quelque temps, les chaînes qui retenaient le château du Corps-sans-âme. Elles étaient scellées dans deux énormes rochers. Il s&#8217;arrêta à les considérer, et il se disait :<br />
—   Comment monter jusqu&#8217;au château ?&#8230; Si j&#8217;avais eu des ailes, peut-être&#8230; Et pourtant, le vieil ermite m&#8217;a dit que l&#8217;aigle même ne pouvait atteindre si haut !&#8230; Comment faire ? Qui viendra à mon secours ?&#8230; Peut-être bien qu&#8217;une fourmi, en montant de maille en maille, le long de la chaîne, pourrait-elle arriver jusqu&#8217;au  château ? Le roi des fourmis m&#8217;a promis de me venir en aide, en cas de besoin ; il faut que je l&#8217;appelle, pour voir :</p>
<p>Roi des fourmis, ton secours je réclame<br />
Pour monter au château du Corps-sans-âme !</p>
<p>Et le roi des fourmis arriva aussitôt et demanda :<br />
—   Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, fils du roi de France ?<br />
—  Je voudrais bien, si c&#8217;est possible, être changé en fourmi, afin de pouvoir grimper le long de cette chaîne jusqu&#8217;au château du Corps-sans-âme.<br />
—  Qu&#8217;il soit fait selon votre désir, répondit le roi des fourmis.<br />
Et voilà le prince changé instantanément en fourmi. Sans perdre de temps, il se mit à grimper le long d&#8217;une des chaînes d&#8217;or, de maille en maille, tant et si bien, qu&#8217;il finit par arriver au château du Corps-sans-âme. Quel beau château que c&#8217;était ! Il fut émerveillé, quand il le vit. Il grimpa encore contre les murs du château, et pénétra par une fenêtre dans la chambre de la princesse. Celle-ci jouait aux cartes avec le géant. Il grimpa contre la robe de la princesse et se cacha dans sa manche. C&#8217;était la nuit, après souper. Vers minuit, le géant se retira dans sa chambre, pour se coucher, et la princesse resta seule.<br />
— Je désire redevenir homme, pensa alors la fourmi ; — et le prince fut aussitôt rendu à sa première forme.<br />
— O mon Dieu ! Cher prince, s&#8217;écria la princesse, en le reconnaissant ; comment avez-vous pu venir jusqu&#8217;ici ? Hélas ! Vous êtes perdu, mon pauvre ami, car personne ne sort d&#8217;ici en vie !<br />
Le prince lui raconta par quels moyens il avait pu arriver jusqu&#8217;à elle, et la pressa de partir avec lui, sans perdre de temps.<br />
— Et le géant, vous n&#8217;y songez donc pas ?<br />
— Je le tuerai, le géant !<br />
— Hélas ! Mon pauvre ami, cela ne se peut pas ; c&#8217;est un corps sans âme, et sa vie ne réside pas dans son corps !<br />
— Et où diable est-elle donc ?<br />
— Je n&#8217;en sais rien ; mais, je ferai en sorte que vous l&#8217;appreniez de lui-même, demain.<br />
— Comment cela ?<br />
— Tous les soirs, après souper, il vient jouer aux cartes avec moi, dans ma chambre ; vous vous cacherez encore, sous la forme d&#8217;une fourmi, dans ma manche, et, comme il ne se doutera de rien, je l&#8217;amènerai adroitement à dire comment on pourrait lui ôter la vie.<br />
Ils passèrent la nuit ensemble, et ne dormirent pas beaucoup, tant ils avaient de choses à se dire, depuis leur séparation. Quand le jour parut, le prince redevint fourmi et resta, toute la journée, sous cette forme, caché dans la manche de la princesse. Après souper, le géant reconduisit la princesse à sa chambre, selon son habitude, et fit une partie de cartes avec elle. Tout à coup, la princesse lui dit :<br />
— Si vous saviez le singulier rêve que j&#8217;ai fait, la nuit dernière ?<br />
— Qu&#8217;avez-vous donc rêvé ? Dites-moi, je vous prie.<br />
— Oh ! C’est un bien sot rêve ; voyez plutôt : J&#8217;ai rêvé qu&#8217;un jeune prince, fils du roi de France, était arrivé dans votre château, et qu&#8217;il voulait vous tuer, afin de m&#8217;enlever et de m&#8217;emmener à la cour de son père, pour m&#8217;épouser. N&#8217;est-ce pas que c&#8217;est un sot rêve ?<br />
— Ah ! Oui, bien sot, en effet, car rien de ce qui s&#8217;y trouve ne peut arriver : aucun homme ne peut monter de la terre jusqu&#8217;ici ; et puis, quand bien même cela pourrait arriver, moi, je ne puis pas être tué comme les autres hommes.<br />
— Pourquoi donc cela ?<br />
— Pourquoi ? C&#8217;est que je suis un Corps-sans-âme, et que ma vie ne réside pas dans mon corps.<br />
— Vraiment ? Où donc est-elle ?<br />
— C&#8217;est un secret, que je n&#8217;ai jamais dit à personne, mais, je puis bien vous le dire à vous ; écoutez-moi donc : Ma vie réside dans un œuf, cet œuf est renfermé dans une colombe ; la colombe est dans un lièvre ; le lièvre, dans un loup, et le loup est renfermé dans un coffre de fer, au fond de la mer. Croyez-vous encore qu&#8217;il soit facile de m&#8217;ôter la vie ?<br />
— Oh ! Non, assurément.<br />
Le prince, qui était dans la manche de la princesse, avait tout entendu. Dès que le géant se fut retiré dans sa chambre, il reprit sa forme naturelle, et la princesse lui demanda :<br />
— Eh bien ! Avez-vous entendu ?<br />
— Oui, j&#8217;ai tout entendu.<br />
— Et vous pensez encore que nous pourrons sortir d&#8217;ici ?<br />
— Peut-être bien ; ayez toujours confiance en moi, et plus tard, nous verrons. Il faut que je retourne, à présent, sur la terre, et, quand je reviendrai ici, je tiendrai la vie du géant entre mes mains.<br />
Le lendemain donc, dès que parut le jour, le prince, sous la forme d&#8217;une fourmi, redescendit le long d&#8217;une des chaînes d&#8217;or qui retenaient le château, et, quand il eut atteint le rivage de la mer, il s&#8217;avança au bord de l&#8217;eau et appela le roi des poissons :</p>
<p>Roi des poissons, accours, accours,<br />
Car j&#8217;ai besoin de ton secours !</p>
<p>Et un instant après, il vit un petit poisson, qui éleva sa tête au-dessus de l&#8217;eau, et parla ainsi :<br />
— Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, fils du roi de France ?<br />
— Il doit se trouver quelque part, au fond de la mer, un coffre de fer, qui renferme la vie du Corps-sans-àme, dans un œuf, et je voudrais tenir ce coffre-là !<br />
Le roi des poissons replongea aussitôt sous l&#8217;eau, et se rendit à son palais et donna l&#8217;ordre à ses hérauts de convoquer aussitôt tous les poissons de la mer, grands et petits.<br />
Les hérauts soufflèrent dans de grandes conques marines, et les habitants de la mer, grands et petits, accoururent aussitôt, de tous les côtés. Le roi prit alors un grand livre, où étaient inscrits les noms de tous ses sujets, et, à mesure qu&#8217;il les appelait, ils se présentaient devant son trône, et il leur demandait s&#8217;ils n&#8217;avaient pas vu, quelque part, au fond de la mer, le coffre de fer qui renfermait la vie du Corps-sans-âme. Aucun d&#8217;eux ne l&#8217;avait vu. Tous avaient déjà répondu à l&#8217;appel, sans donner aucun bon renseignement, excepté un tout petit poisson, dont on n&#8217;attendait rien de bon.  Enfin,   il arriva  aussi,  et s&#8217;excusa d&#8217;être en retard. Le roi, après l&#8217;avoir un peu grondé, lui adressa la même question qu&#8217;aux autres. Il avait vu le coffre, il savait où il était, et c&#8217;est parce qu&#8217;il s&#8217;était arrêté à l&#8217;examiner qu&#8217;il se trouvait en retard. Aussitôt ordre fut donné à la baleine de partir, sous la conduite du petit poisson, et d&#8217;apporter le coffre. La baleine exécuta l&#8217;ordre de son roi, et apporta le coffre, sans peine. Trois autres poissons moins grands furent dépêchés pour l&#8217;aller déposer sur le rivage, aux pieds du prince. Celui-ci l&#8217;ouvrit, car il paraît que la clef se trouvait dans la serrure, et un loup énorme s&#8217;en élança aussitôt. D&#8217;un coup de cognée, dont il avait eu soin de se munir, le prince fendit la tête du loup et le tua roide. Puis, il lui ouvrit le ventre. Un lièvre s&#8217;en élança ; mais, il le saisit par les oreilles et lui ouvrit aussi le ventre, et la colombe lui glissa entre les mains et s&#8217;envola, en claquant des ailes : Klak ! Klak ! Klak ! Klak ! ! — Comment faire ? Car il n&#8217;avait pas de fusil. Il songea au vieil ermite qui lui avait dit qu&#8217;il était le maître de tous les animaux qui avaient des ailes, et il l&#8217;appela à son aide. L&#8217;ermite envoya aussitôt un épervier après la colombe, qui fut prise sans peine et remise entre les mains du prince. Celui-ci lui ouvrit le ventre, et y trouva l&#8217;œuf auquel était attachée la vie du Corps-sans-âme. Il  le recueillit précieusement, le mit dans sa poche, et retourna, vite, au château du géant, par le même chemin que la première fois. Le géant était étendu sur son lit, très malade et presque agonisant. A chaque animal tué par le prince, il s&#8217;affaiblissait, à vue d&#8217;œil, comme si on lui eût coupé un membre. La princesse était auprès de son lit. Le prince entra dans la chambre, sous sa forme naturelle, tenant l&#8217;œuf à la main et le montrant au monstre. Celui-ci fit un effort suprême pour s&#8217;élancer sur lui ; mais, hélas ! Ses forces le trahirent. Alors, le prince lui lança l&#8217;œuf au milieu du front, où il se brisa, et il expira à l&#8217;instant même. Et aussitôt les chaînes d&#8217;air, qui retenaient le château en l&#8217;air, se rompirent, avec un bruit épouvantable, et tout s&#8217;engloutit au fond de la mer !<br />
Le prince et la princesse étaient déjà montés dans le carrosse du géant, qui voyageait à travers l&#8217;air, et ils furent rendus en peu de temps au palais du roi de France. Grande y fut la joie de tout le monde de les revoir, et ils se marièrent, quelques jours après, et il y eut, à cette occasion, des fêtes, des jeux et des festins, comme on n&#8217;en avait jamais vu de pareils, dans le pays.<br />
Si j&#8217;en puis parler de la sorte, c&#8217;est que j&#8217;étais là moi-même, comme tournebroche. Mais, comme je mettais mon doigt dans toutes les sauces, un grand diable de maître cuisinier, qui me vit, me donna un grand coup de pied&#8230; quelque part, et du coup, je fus lancée jusqu&#8217;à Plouaret, pour vous conter tout ceci <a href="#note2">(2)</a><a name="texte2"></a>.</p>
<p>Conté par Catherine Doz, femme Colcanab, au bourg de Plouaret. —Janvier 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Les conteurs qui aiment à se donner carrière (rét iro, en breton) et à insister sur les moindres détails, pour allonger leurs récits et faire durer le plaisir de leur auditoire, reprennent par le menu et longuement toutes les recommandations de ce genre ; je ne les imiterai pas.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> On trouve aussi des Corps sans âme dans les traditions populaires des peuples Slaves. L&#8217;Ogre ou le Magicien Kostey, de l&#8217;Esprit des Steppes et du Tapis volant, dans le recueil de M. Alexandre Chodzko, Contes des paysans et des pâtres Slaves, est un Corps sans âme. — Ils existent pareillement dans les traditions et dans les contes tartars. — Les rapprochements à faire seraient nombreux et intéressants. — Voir Le Poirier aux Poires d&#8217;or et le Corps-sans-Ame, dans mon cinquième rapport sur une mission en Basse-Bretagne, dans le recueil des Archives des Missions scientifiques et littéraires, tome VII, page 101-1871. Je possède plusieurs versions bretonnes de ce cycle.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/corps-sans-ame.zip" title="Fichier zip contenant Le Corps-Sans-Âme au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>La Femme Du Loup Gris</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Oct 2007 22:19:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Cendrillon]]></category>
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		<category><![CDATA[Mythe de Psyché]]></category>
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		<description><![CDATA[Kement-ma holl oa d&#8217;ann amer Ma staote war ho c&#8217;hlud ar ier. Tout ceci se passait du temps Où, sur leur perchoir, pissaient les poules. Joël CornetteHistoire de la Bretagne et des Bretons J. HaywoodAtlas historique des Celtes - La fille cadette du roi est mal aimée &#8211; Le roi pénètre dans le château du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro">Kement-ma holl oa d&#8217;ann amer<br />
Ma staote war ho c&#8217;hlud ar ier.</p>
<p>Tout ceci se passait du temps<br />
Où, sur leur perchoir, pissaient les poules.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2020826496?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2020826496"><img src="/img/41F4FHMB3ML._SL160_.jpg" width="98" height="160" alt="Histoire de la Bretagne et des Bretons" />
<p>Joël Cornette<br />Histoire de la Bretagne et des Bretons</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2020826496" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2746701871?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2746701871"><img src="/img/5139SDQEY8L._SL160_.jpg" width="120" height="160" alt="Atlas historique des Celtes" />
<p>J. Haywood<br />Atlas historique des Celtes</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2746701871" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><em>- La fille cadette du roi est mal aimée &#8211; Le roi pénètre dans le château du loup gris &#8211; Le loup gris exige du roi une de ses trois filles pour épouse &#8211; Seule la cadette accepte de se marier avec le loup &#8211; Elle est heureuse avec son mari &#8211; Elle se rend au mariage de l&#8217;une et l&#8217;autre de ses soeurs et rentre chaque fois trop tard &#8211; Le loup se transforme en prince et disparaît, avec trois tâches de sang sur sa chemise &#8211; La femme du loup est transportée au pied de la montagne de Cristal, au sommet de laquelle son prince doit se remarier &#8211; En chemin, elle nettoie la chemise tâchée de sang &#8211; Elle obtient de passer une nuit avec son prince, qui s’endort et ne la reconnaît pas &#8211; La troisième nuit, le prince parvient à rester éveillé et reconnait sa première épouse &#8211; Il dévoile la vérité le jour du banquet et repart avec sa première femme.</em><br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>IL y avait une fois</strong> un roi qui avait trois filles.<br />
 Les deux aînées lui plaisaient plus que la cadette, et il leur achetait toutes sortes de beaux vêtements et de parures et ne leur refusait jamais rien. C&#8217;était tous les jours pour elles des fêtes, des bals et des parties de plaisir.<br />
Et pendant ce temps-là, leur cadette restait à la maison et n&#8217;avait d&#8217;autres vêtements que ce dont ne voulaient plus ses sœurs. Elle se tenait toujours à la cuisine, avec les domestiques, et s&#8217;assoyait sur un escabeau, au coin du foyer, le soir,  pour écouter leurs chansons et leurs contes. Aussi ses sœurs l&#8217;avaient-elles surnommée Luduennic, c&#8217;est-à-dire Cendrillon, et ne faisaient aucun cas d&#8217;elle.<br />
Le vieux roi aimait beaucoup la chasse. Un jour, il s&#8217;égara dans une grande forêt. Il rencontra un vieux château, qu&#8217;il ne connaissait pas et frappa à la porte. La porte s&#8217;ouvrit et il se trouva en présence d&#8217;un énorme loup gris. Il recula d&#8217;effroi et voulut fuir. Mais, le loup gris lui dit :<br />
—  N&#8217;ayez pas peur, sire ; entrez dans mon château, pour y passer la nuit ; j&#8217;ai à vous parler, et demain, on vous remettra sur le bon chemin, pour vous en retourner chez vous, car on ne vous fera pas de mal, ici.<br />
Le roi entra, bien que peu rassuré.<br />
Rien ne manquait, dans ce château. Il soupa avec deux loups, qui s&#8217;assirent à table comme des hommes, puis on le conduisit à une belle chambre à coucher, où il y avait un excellent lit de plume.<br />
Le lendemain matin, quand il descendit de sa chambre<span id="more-14"></span>, les deux loups l&#8217;attendaient près d&#8217;une table magnifiquement servie. Après qu&#8217;ils eurent mangé et bu, un des loups (ils étaient frères) dit au roi :<br />
—  Or ça, roi de France, parlons maintenant d&#8217;affaires. Je sais que vous avez trois filles, et il faut qu&#8217;une d&#8217;elles consente à m&#8217;épouser, ou il n&#8217;y a que la mort pour vous ; bien plus, mon frère et moi et les nôtres nous mettrons tout votre royaume à feu et à sang. Demandez d&#8217;abord à votre fille aînée si elle consent à me prendre pour époux, et venez demain me rapporter sa réponse.<br />
Voilà le roi bien embarrassé et bien inquiet. — J&#8217;en parlerai à ma fille aînée, répondit-il. Les deux loups le remirent alors sur le bon chemin pour s&#8217;en retourner chez lui,  et le quittèrent,  en   lui   recommandant bien de ne pas manquer de revenir le lendemain.<br />
— Hélas ! Se disait-il tout en marchant, jamais ma fille aînée ne voudra prendre un loup pour mari ; je suis un homme perdu !&#8230;<br />
En  arrivant à son palais, il vit d&#8217;abord Cendrillon, qui l&#8217;attendait, près de la porte, triste et les yeux rouges,  d&#8217;avoir pleuré, dans la crainte qu&#8217;il   ne  fût  arrivé   malheur  à son   père.   Dès qu&#8217;elle  l&#8217;aperçut,   elle  courut à lui  pour l&#8217;embrasser. Mais, le roi ne fit pas attention à elle et il se hâta de se rendre auprès de ses deux aînées. Celles-ci étaient, comme toujours, occupées à se parer et à se mirer.<br />
— Où donc êtes-vous resté passer la nuit, père ? Vous nous avez fait vous attendre, hier soir, et causé de l&#8217;inquiétude.<br />
—  Hélas ! Mes pauvres enfants, si vous saviez ce qui m&#8217;est arrivé !&#8230;<br />
—  Quoi donc ? Dites-nous vite, père.<br />
—  Je me suis égaré, dans la forêt, en chassant, et j&#8217;ai passé la nuit dans un vieux château, où deux loups m&#8217;ont donné l&#8217;hospitalité.<br />
—  Deux loups, père ? Vous plaisantez, sans doute, ou vous avez rêvé cela. Et que vous ont-ils donc dit, ces<br />
loups ?<br />
—  Ce qu&#8217;ils m&#8217;ont dit ?&#8230; Hélas ! Rien de bon, mes pauvres enfants.<br />
—  Mais encore ? Dites-nous vite, père.<br />
—  Un d&#8217;eux, mes pauvres enfants, m&#8217;a dit qu&#8217;il lui faut une de mes trois filles pour femme, ou sinon il n&#8217;y a que la mort pour moi, et de plus, ils mettront tout le royaume à feu et à sang. Le voulez-vous prendre pour mari, ma fille aînée ?<br />
—  Il faut que vous ayez perdu la tête, mon père, pour me faire une pareille demande ; moi, prendre un loup pour mari, quand il y a tant de beaux princes qui me font la cour !<br />
—  Mais, ma fille, s&#8217;il me fait mourir, et s&#8217;il met tout le royaume à feu et à sang, comme il l&#8217;a promis ?&#8230;<br />
—  Et que m&#8217;importe, après tout ? Pour moi, je ne serai jamais la femme d&#8217;un loup, croyez-le bien.<br />
Et le vieux roi se retira là-dessus, triste et soucieux.<br />
Le lendemain, il retourna au château de la forêt, comme on le lui avait recommandé.<br />
—  Eh bien ! Lui demanda le loup gris, que vous a répondu votre fille aînée ?<br />
—  Hélas ! Elle m&#8217;a répondu qu&#8217;il faut que j&#8217;aie perdu la tête pour lui faire une proposition semblable.<br />
—  Ah ! elle vous a répondu cela ? Eh bien ! Retournez chez vous, et faites la même demande à votre seconde fille.<br />
Et le roi s&#8217;en retourna encore, le cœur plein de tristesse et de douleur et fit la même demande à sa seconde fille.<br />
— Comment, vieil imbécile, lui répondit celle-ci, pouvez-vous me faire une pareille demande ? Je ne suis pas faite pour être la femme d&#8217;un loup, je pense.<br />
Et elle tourna le dos à son père et alla se mirer. Le lendemain, le roi retourna au château de la forêt, la mort dans l&#8217;âme.<br />
—   Que vous a répondu votre seconde fille ? Lui demanda le loup gris.<br />
—   Comme son aînée, répondit le malheureux père.<br />
—  Eh bien ! Demandez, à présent, à la cadette si elle consent à me prendre pour mari.<br />
Le roi retourna encore chez lui, accablé de douleur et se croyant perdu.<br />
Il fit appeler dans sa chambre Cendrillon, qui, comme d&#8217;ordinaire, était à la cuisine, avec les domestiques, et lui dit :<br />
—  Je veux vous marier, mon enfant.<br />
— Je suis à vos ordres, mon père, répondit la jeune fille, étonnée.<br />
—  Oui, vous marier à un loup.<br />
—  A un loup, mon père !&#8230; s&#8217;écria-t-elle, tout effrayée.<br />
—  Oui, mon enfant chérie, car voici ce qui m&#8217;est arrivé : le jour où je me suis égaré dans la forêt, j&#8217;ai passé la nuit dans un vieux château où je n&#8217;ai trouvé pour habitants que deux énormes loups, dont l&#8217;un, un loup gris, m&#8217;a dit qu&#8217;il lui faudrait avoir une de mes filles pour femme, sinon il n&#8217;y avait que la mort pour moi, et que de plus il mettrait tout mon royaume à feu et à sang. J&#8217;en ai déjà parlé à vos deux sœurs aînées, et toutes les deux elles m&#8217;ont répondu que, quoi qu&#8217;il dût arriver, elles ne consentiraient jamais à prendre un loup pour mari. Je n&#8217;ai donc plus d&#8217;espoir qu&#8217;en vous, ma fille chérie.<br />
—  Eh bien ! Mon père, répondit Cendrillon, sans hésiter, dites au loup que je le prendrai pour mari.<br />
Le lendemain, le roi  retourna, pour la troisième fois,  au château de  la forêt, et il  n&#8217;était plus aussi triste, cette fois.<br />
—  Eh bien ! Que vous a répondu votre fille cadette ? Lui demanda le loup gris.<br />
—  Elle a répondu qu&#8217;elle consent à vous épouser.<br />
—   C&#8217;est bien ; mais, il faut alors faire les noces sans perdre de temps.<br />
Les noces furent célébrées huit jours après, et il y eut beaucoup d&#8217;invités et de grands festins, et de belles fêtes. Le nouveau marié et son frère étaient à table en loups, ce qui étonna tout le monde, et les sœurs de Cendrillon riaient et plaisantaient sur une union si étrange.<br />
Quand les festins et les fêtes eurent pris fin, le nouveau marié et son frère firent leurs adieux à la société et retournèrent à leur château, au milieu des bois, en emmenant Cendrillon.<br />
Cendrillon était heureuse avec son mari, et tout ce qu&#8217;elle désirait, elle l&#8217;obtenait de lui. Au bout de deux ou trois mois, le loup gris (car il était toujours loup) lui dit, un jour ;<br />
— La noce de votre sœur aînée a lieu demain. Vous y irez, et mon frère et moi nous resterons à la maison. Voici un anneau d&#8217;or pour mettre à votre doigt, et vous ne verrez pas son pareil à la fête. Quand vous sentirez qu&#8217;il vous piquera légèrement le doigt, vous reviendrez à la maison aussitôt, quelle que soit l&#8217;heure et quelques efforts que l&#8217;on fasse pour vous retenir.<br />
Le lendemain, Cendrillon se rendit donc à la noce de sa sœur, dans un beau carrosse tout doré, et magnifiquement parée. Tout le monde fut ébloui par sa beauté et la richesse et l&#8217;éclat de ses vêtements et de ses parures.<br />
— Voyez donc la femme du loup ! Disaient ses sœurs avec dépit et jalousie, car nulle ne pouvait rivaliser avec elle de beauté ou de toilette. On l&#8217;accablait de questions : si son mari se portait bien ; pourquoi il n&#8217;était pas venu à la noce ; s&#8217;il couchait avec elle en loup ; si elle était heureuse avec lui, et autres semblables.<br />
Après le festin, il y eut des danses et des jeux de toute sorte, et Cendrillon y prit aussi part et s&#8217;amusa beaucoup. Vers minuit, elle sentit sa bague qui lui piquait légèrement le doigt. Elle dit aussitôt :<br />
—  Il faut que je m&#8217;en aille immédiatement à la maison, mon mari m&#8217;attend.<br />
—  Déjà ? Restez encore un moment, lui dirent ses sœurs et tous ceux qui l&#8217;entouraient et la pressaient de questions. Amusez-vous, pendant que vous y êtes, vous aurez toujours assez de la société de votre loup.<br />
Et elle resta encore un peu. Mais, sa bague la piqua plus fort, et elle se leva brusquement, sortit de la salle de bal,  monta dans son carrosse et partit.<br />
Quand elle arriva au château, elle trouva son mari étendu sur le dos, au milieu de la cour, et près de mourir.<br />
—  Ô mon mari bien-aimé, que vous est-il donc arrivé ? s&#8217;écria-t-elle.<br />
—  Hélas lui répondit le loup, vous n&#8217;êtes pas revenue à la maison, aussitôt que vous avez senti votre bague vous piquer le doigt, et de là vient tout le mal.<br />
Elle se jeta sur lui et l&#8217;embrassa et l&#8217;arrosa de ses larmes, et le loup se releva alors, soulagé, et rentra avec elle au château.<br />
Environ deux ou trois mois plus tard, le loup gris dit encore à Cendrillon :<br />
— Votre seconde sœur se marie demain, et vous irez encore à la noce. Mais, prenez bien garde d&#8217;y rester trop tard, comme l&#8217;autre fois, et de ne pas revenir à la maison, dès que vous sentirez votre bague vous piquer le doigt, autrement vous ne me reverriez plus.<br />
— Oh ! répondit-elle, cette fois je reviendrai, à la première piqûre que je sentirai, soyez-en certain.<br />
Et elle monta dans son beau carrosse doré, plus parée et plus belle encore que la première fois, et partit.<br />
On ne parlait que d&#8217;elle et de son mari, à la cour de son père, pendant les fêtes. Elle était enceinte, et ses sœurs et toutes celles qui la jalousaient lui disaient :<br />
—  Dieu ! Ne craignez-vous pas de donner le jour à un petit loup ?<br />
—  Dieu seul le sait, répondait-elle, et il arrivera ce qu&#8217;il lui plaira.<br />
Il y eut encore de la musique, des danses et des jeux de toute sorte, et l&#8217;on s&#8217;amusait beaucoup. Vers minuit, Cendrillon sentit sa bague qui la piquait légèrement. — Oui, pensa-t-elle, il est temps que je m&#8217;en aille, car, cette fois, je ne veux pas rentrer trop tard,<br />
Mais, elle était si bien entourée et on lui adressait tant de questions sur son mari, on vantait tant sa beauté et ses diamants et ses parures, qu&#8217;elle s&#8217;oublia encore, et même plus tard que la première fois.<br />
Quand elle rentra, elle trouva encore son loup étendu sur le dos, dans la cour, les yeux fermés, la bouche ouverte et ne donnant plus aucun signe de vie. Elle se jeta sur lui, le pressa contre son cœur, l&#8217;arrosa de ses larmes, en s&#8217;écriant :<br />
— Ô mon pauvre mari, je me suis encore oubliée, et je m&#8217;en repens vivement !&#8230;<br />
Et elle pleurait à chaudes larmes et le serrait contre son cœur ; mais, hélas ! Il ne parlait ni ne bougeait ; il était froid et roide comme un cadavre. Elle le prit dans ses bras, le porta dans la maison, le déposa sur la pierre du foyer et alluma un bon feu dans l&#8217;âtre. Puis, elle le frictionna tant et si bien qu&#8217;il remua un peu, puis entr&#8217;ouvrit les paupières et la regarda avec tendresse. Enfin, il lui parla de la sorte :<br />
— Hélas ! Vous n&#8217;avez pas encore obéi assez tôt à l&#8217;avertissement de votre bague, et vous êtes revenue  trop tard à la maison ! A présent, il me faut vous quitter, et vous ne me reverrez plus. Je n&#8217;avais plus longtemps à rester sous cette forme de loup : dès que vous m&#8217;auriez donné un enfant, j&#8217;aurais recouvré une forme première, celle d&#8217;un beau prince, comme je l&#8217;étais auparavant. Maintenant, je vais habiter sur la montagne de Cristal, par delà la mer Bleue et la mer Rouge, et vous ne me reverrez que lorsque vous aurez usé en me cherchant une paire  de chaussures de fer et une paire de chaussures d&#8217;acier.<br />
Et il jeta sa peau de loup à terre et partit, sous la forme d&#8217;un beau prince. Son frère le suivit.<br />
La pauvre Cendrillon était désolée et elle pleurait, et s&#8217;écriait :<br />
— Ô restez ! Restez, ou emmenez-moi avec vous !&#8230;<br />
Mais, voyant qu&#8217;il ne l&#8217;écoutait pas, elle courut après lui en criant :<br />
—  En quelque lieu que vous alliez, je vous suivrai, fût-ce jusqu&#8217;au bout du monde !<br />
—  Ne me suivez pas ! Lui cria-t-il.<br />
Mais, elle ne l&#8217;écoutait pas, et se mit à courir après lui.<br />
Il lui jeta une boule d&#8217;or, pour l&#8217;attarder, pendant qu&#8217;elle la ramasserait. Cendrillon ramassa la boule d&#8217;or, la mit dans sa poche et continua sa poursuite. Son mari laissa tomber une seconde boule d&#8217;or, puis une troisième, qu&#8217;elle ramassa également, sans cesser de courir. Elle courait mieux que lui, et, la sentant sur ses talons, il se détourna et lui envoya un coup de poing en pleine figure. Le sang coula en abondance, et trois gouttes en jaillirent sur la chemise blanche du prince, qui reprit sa course, de plus belle. Hélas ! La pauvre Cendrillon ne pouvait plus le suivre, ce que voyant, elle lui cria :<br />
—  Je souhaite que personne ne puisse effacer ces trois gouttes de sang sur votre chemise, jusqu&#8217;à ce que j&#8217;arrive pour les enlever moi-même !<br />
Le prince continua sa course, et Cendrillon, qui s&#8217;était assise au bord du chemin, dit, quand son nez eut cessé de saigner :<br />
—  Je ne cesserai de marcher, ni de jour ni de nuit, que lorsque je l&#8217;aurai retrouvé, dussé-je aller jusqu&#8217;au bout du monde !<br />
Alors, elle se fit faire une paire de chaussures de fer, et une paire de chaussures d&#8217;acier, s&#8217;habilla en simple paysanne, prit un bâton à la main et se mit en route.<br />
Elle marcha, marcha, nuit et jour ; elle alla loin, bien loin, plus loin encore&#8230; Partout elle demandait des nouvelles de la montagne de Cristal, située par delà la mer Bleue et la mer Rouge, et personne ne pouvait lui en donner.<br />
Voilà sa paire de chaussures de fer usée. Elle met alors ses chaussures d&#8217;acier et continue son chemin&#8230; Bref, elle marcha tant et tant, allant toujours devant elle, que ses chaussures d&#8217;acier étaient aussi presque usées, quand elle arriva au bord de la mer. Elle vit là, à l&#8217;angle de deux rochers, une hutte de l&#8217;apparence la plus misérable. Elle s&#8217;en approcha, poussa la porte, et aperçut à l&#8217;intérieur une petite femme, vieille comme la terre, et dont les dents étaient longues et aiguës comme celles d&#8217;un râteau de fer.<br />
—  Bonjour, grand&#8217;mère ! Lui dit-elle.<br />
—  Bonjour, mon enfant ; que cherchez-vous par ici ? répondit la vieille.<br />
—  Hélas ! Grand’mère, je cherche mon mari, qui m&#8217;a quittée et s&#8217;est retiré sur la montagne de Cristal, par delà la mer Bleue et la mer Rouge.<br />
—  Et vous avez fait beaucoup de chemin et souffert beaucoup pour venir jusqu&#8217;ici, mon enfant ?<br />
—   Oh ! Oui, mon Dieu, beaucoup de chemin et bien du mal !&#8230; et peut-être en pure perte ?&#8230; J&#8217;ai déjà usé une paire de chaussures de fer, et les chaussures d&#8217;acier que j&#8217;ai aux pieds sont aussi presque usées,.. Pouvez-vous me dire, grand&#8217;mère, si je suis encore loin de la montagne de Cristal ?<br />
—  Vous êtes sur la bonne route, mon enfant ; mais, il vous faudra encore beaucoup marcher et souffrir, avant d&#8217;y arriver.<br />
—  Au nom de Dieu, venez-moi en aide, grand&#8217;mère.<br />
—  Vous m&#8217;intéressez, mon enfant, et je veux faire quelque chose pour vous. Je vais appeler mon fils, qui vous fera passer la mer Bleue et la mer Rouge et vous mettra, en peu de temps, au pied de la montagne de Cristal.<br />
Elle poussa un cri perçant, sur le seuil de sa porte, et, un instant après, Cendrillon vit venir à elle, à tire-d&#8217;ailes, un grand oiseau qui criait : Oak ! Oak !&#8230; C&#8217;était un aigle. Il descendit aux pieds de la vieille et lui demanda :<br />
—  Pourquoi m&#8217;appelez-vous, mère ?<br />
—  Pour faire passer la mer Bleue et la mer Rouge à cette enfant et la déposer au pied de la montagne de Cristal.<br />
—  C&#8217;est bien, répondit l&#8217;aigle ; qu&#8217;elle monte sur mon dos, et nous allons partir.<br />
Cendrillon s&#8217;assit sur le dos de l&#8217;aigle et celui-ci s&#8217;éleva avec elle en l&#8217;air, bien haut, traversa la mer Bleue et la mer Rouge et déposa son fardeau au pied de la montagne de Cristal ; puis il s&#8217;en alla. Mais, la montagne était haute, la pente roide et glissante, et la pauvre Cendrillon ne savait comment s&#8217;y prendre pour arriver jusqu&#8217;au faîte. Elle aperçut un renard qui jouait avec des boules d&#8217;or, semblables à celles que lui avait jetées son mari, dans sa fuite précipitée, et qu&#8217;elle avait encore dans ses poches. Le renard faisait rouler ses boules d&#8217;or du haut de la montagne, puis il venait les reprendre, en bas. Il aperçut Cendrillon, et lui demanda ce qu&#8217;elle cherchait par là.<br />
Cendrillon lui conta son histoire.<br />
—  Ah ! Oui, répondit-il, vous êtes Cendrillon, sans doute, la fille cadette du roi de France ? Votre mari doit se marier demain avec la fille du maître du beau château qui est sur le haut de la montagne de Cristal.<br />
—  Mon Dieu ! Que me dites-vous là ? s&#8217;écria la pauvre fille. Je voudrais bien lui parler ; mais, comment gravir cette montagne ?<br />
—   Prenez-moi la queue avec les deux mains, tenez bien, et je vous ferai monter jusqu&#8217;au sommet, répondit le renard.<br />
Cendrillon prit, avec ses deux mains, la queue du renard et put monter ainsi jusqu&#8217;au sommet de la montagne. Le renard lui montra le château où était son mari et retourna ensuite à ses boules d&#8217;or.<br />
Comme Cendrillon se dirigeait vers le château, elle aperçut des lavandières qui lavaient du linge sur un étang. Elle s&#8217;arrêta un moment à les regarder. Une d&#8217;elles tenait une chemise sur laquelle paraissaient trois taches de sang, et elle faisait de vains efforts pour les effacer. Voyant que c&#8217;était peine perdue, elle dit à sa voisine :<br />
—  Voici une chemise fine qui a trois taches de sang que je ne puis venir à bout d&#8217;enlever, et pourtant le seigneur veut la mettre demain, pour aller se marier à l&#8217;église, car c&#8217;est sa plus belle.<br />
Cendrillon entendit ces paroles, et, s&#8217;étant approchée de la lavandière, elle reconnut la chemise de son mari et dit :<br />
—  Si vous voulez me confier la chemise, un instant, je crois que je viendrai à bout d&#8217;en faire disparaître les taches.<br />
La lavandière lui donna la chemise ; elle cracha sur les trois taches, trempa le linge dans l&#8217;eau, frotta, et les taches disparurent.<br />
Pour reconnaître ce service, la lavandière invita Cendrillon à venir avec elle au château, où on lui trouverait de l&#8217;occupation, tout le temps que dureraient la noce et les fêtes.<br />
Le lendemain, au moment où le cortège était en marche pour l&#8217;église, Cendrillon se trouva sur son passage, et près d&#8217;elle on remarquait une belle boule d&#8217;or placée sur un linge blanc. La belle fiancée vit la boule d&#8217;or, en passant, l&#8217;admira et témoigna le désir de la posséder. Elle envoya sa femme de chambre pour la lui acheter.<br />
—  Combien voulez-vous me vendre votre belle boule d&#8217;or ? demanda-t-elle à Cendrillon.<br />
—   Dites à votre maîtresse que je ne donnerai ma boule d&#8217;or ni pour de l&#8217;argent ni pour de l&#8217;or.<br />
—  Ma maîtresse a pourtant bonne envie de l&#8217;avoir, reprit la chambrière.<br />
—  Eh bien ! Dites-lui que si elle veut me laisser coucher cette nuit avec son fiancé, elle l&#8217;aura ; mais pour rien autre chose au monde.<br />
— Jamais elle ne voudra consentir à cela.<br />
—  Alors, elle n&#8217;aura pas ma boule d&#8217;or ; mais, allez lui rapporter ma réponse.<br />
La femme de chambre revint vers sa maîtresse et lui dit :<br />
—   Si vous saviez, maîtresse, ce que demande cette fille pour sa boule d&#8217;or ?&#8230;<br />
—  Combien en demande-t-elle donc ?<br />
—  Combien ?&#8230; Oh ! Elle ne demande ni de l&#8217;argent ni de l&#8217;or.<br />
—   Quoi donc ?<br />
—  Il lui faudra, dit-elle, coucher cette nuit avec votre fiancé, sinon vous n&#8217;aurez pas sa boule d&#8217;or.<br />
—   Coucher avec mon mari, la première nuit de mes noces !&#8230; Quelle effrontée !<br />
—  Elle est bien décidée à ne pas céder sa boule à moins.<br />
—  Il me la faut, pourtant, coûte que coûte. Je ferai boire un narcotique à mon mari, avant de se coucher, de façon à le faire dormir profondément, toute la nuit, et il n&#8217;y aura pas de mal. Allez dire à cette fille que j&#8217;accepte, et apportez-moi la boule.<br />
La femme de chambre retourna vers Cendrillon et lui dit :<br />
— Donnez-moi votre boule d&#8217;or et m&#8217;accompagnez au château, ma maîtresse accepte.<br />
Voilà la princesse en possession de la boule d&#8217;or et heureuse. Pendant le repas du soir, elle versa du narcotique dans le verre de son mari, sans qu&#8217;il s&#8217;en aperçût, et tôt après, il fut pris d&#8217;un sommeil si irrésistible, qu&#8217;il fallut le conduire à son lit, avant que les danses commencèrent.<br />
Un moment après, Cendrillon fut aussi conduite dans sa chambre.<br />
Elle se jeta sur lui, dans son lit, et l&#8217;embrassa, en pleurant de joie et en disant :<br />
— Je vous ai donc enfin  retrouvé,  ô mon époux bien-aimé ! Ah ! Si vous saviez au prix de combien de peine et de mal !<br />
Et elle le pressait contre son cœur et arrosait son visage de ses larmes. Mais lui dormait toujours profondément et rien ne pouvait le réveiller. La pauvre femme passa toute la nuit à pleurer et à se désoler, sans pouvoir arracher ni une parole ni un regard à son mari. Au point du jour, la femme de chambre de la princesse vint lui ouvrir la porte et la faire sortir secrètement.<br />
Ce jour-là, après dîner, on alla se promener dans le bois qui entourait le château. Cendrillon avait encore étendu un linge blanc sur le gazon et placé dessus une seconde boule d&#8217;or, et elle se tenait debout auprès.<br />
La princesse remarqua encore la boule d&#8217;or, en passant, et envoya de nouveau sa femme de chambre pour l&#8217;acheter.<br />
—  Combien votre boule d&#8217;or, aujourd&#8217;hui ? demanda-t-elle.<br />
— Le même prix que hier, répondit Cendrillon. La femme  de  chambre rapporta la réponse à sa maîtresse.<br />
—  Eh bien ! dit celle-ci, dites-lui que j&#8217;accepte, et qu&#8217;elle vous donne sa boule d&#8217;or.<br />
Pendant le repas du soir, le prince, à qui l&#8217;on avait encore versé du narcotique dans son verre, s&#8217;endormit à table et fut porté à son lit, pendant que l&#8217;on dansait et s&#8217;amusait dans tout le château, et, comme la veille, la pauvre Cendrillon passa toute la nuit auprès de lui, à pleurer et à gémir, sans pouvoir le réveiller.<br />
Cependant le frère du nouveau marié, qui avait sa chambre à côté, entendit les gémissements de la pauvre femme et ces paroles, qui l&#8217;étonnèrent beaucoup : « Ah ! Si tu savais tout le mal que j&#8217;ai eu à venir jusqu&#8217;ici !&#8230; Je t&#8217;ai épousé, quand tu étais loup et qu&#8217;aucune de mes sœurs ne voulait de toi, et maintenant, tu me reçois de cette façon !&#8230; Ah ! Que je suis malheureuse !&#8230; Je viendrai encore passer une nuit auprès de toi, la dernière, et si je te trouve toujours endormi et que je ne puisse t&#8217;éveiller, nous ne nous reverrons plus jamais !&#8230; »<br />
Et elle pleurait et se désolait, à fendre l&#8217;âme.<br />
Le frère du nouveau marié comprit, à ces paroles, ce qui se passait, et le lendemain matin, il dit à son frère :<br />
— Cendrillon est ici ! Voici deux nuits qu&#8217;elle passe près de toi, dans ta chambre, à pleurer et à se désoler, et toi, tu dors comme un rocher, et tu ne l&#8217;entends pas, parce que ta fiancée te verse du narcotique dans ton verre. Mais moi, je l&#8217;ai entendue, et ses larmes et sa douleur m&#8217;ont vivement ému. Elle passera encore cette nuit dans ta chambre, mais pour  la dernière fois.  Garde-toi donc bien de boire, ce soir, le vin que te versera ta fiancée, afin de pouvoir rester éveillé, car si tu dors encore, cette nuit, tu ne la reverras plus jamais.<br />
Après le repas de midi, on alla encore ce jour-là, se promener dans le bois, et Cendrillon était encore là avec sa troisième boule d&#8217;or placée sur un linge blanc, et, pour abréger, elle la céda à la princesse aux mêmes conditions que les deux premières.<br />
Mais, cette fois, pendant le repas du soir, le prince ne but pas le narcotique ; il le jeta sous la table, sans que la princesse s&#8217;en aperçût. Pourtant, il feignit de succomber encore à un sommeil irrésistible, et fut porté dans sa chambre et couché dans son lit. Mais, il ne dormait pas, quand Cendrillon fut introduite auprès de lui, pour la troisième fois. Ils s&#8217;embrassèrent avec transport, en pleurant de joie et de bonheur. Puis, Cendrillon raconta à son mari les différents épisodes de son voyage, et toute la peine et tout le mal qu&#8217;elle avait éprouvés à sa recherche. Il vit clairement qu&#8217;elle l&#8217;aimait par-dessus tout au monde et fit serment de retourner avec elle dans son pays et de quitter sans regret son autre femme, qui ne l&#8217;aimait pas.<br />
Le lendemain matin, on donna de beaux vêtements à Cendrillon, et elle s&#8217;habilla en princesse, ce qu&#8217;elle était en effet. A dîner, le prince la fit asseoir à table à côté de lui, et il la présenta à la société comme une de ses proches parentes. Personne ne la connaissait, et tous les regards étaient fixés sur elle, ceux de la princesse surtout, qui n&#8217;était pas sans inquiétude et n&#8217;augurait rien de bon de la présence de cette étrangère.<br />
Vers la fin du repas, on chanta, selon l&#8217;habitude, des chansons vieilles ou nouvelles, on raconta de beaux et rares exploits, quelques plaisanteries assez lestes même, et chacun contribua de son mieux à divertir et à égayer la société.<br />
—  Et vous, mon gendre, ne nous chanterez-vous pas quelque chose aussi, à moins que vous ne préfériez nous conter quelque belle histoire ? dit le maître du château.<br />
—  Je n&#8217;ai pas grand&#8217;chose à dire, beau-père, répondit le prince. Il y a pourtant une chose qui m&#8217;embarrasse, et sur laquelle je voudrais avoir votre avis et celui des hommes sages et expérimentés qui sont ici. Voici : J&#8217;avais un charmant petit coffret, avec une clef d&#8217;or dessus. Je perdis on coffret et j&#8217;en fis faire un nouveau. Mais, aussitôt que je fus en possession du nouveau coffret, je retrouvai l&#8217;ancien, de sorte que j&#8217;en ai deux aujourd&#8217;hui, et un seul me suffit. Lequel des deux dois-je garder, beau-père, l&#8217;ancien ou le nouveau ?<br />
—  Respect et honneur toujours à ce qui est ancien, répondit le vieillard ; gardez votre vieux coffret, mon gendre.<br />
—  C&#8217;est aussi mon avis : gardez donc votre fille ! Quant à moi, je retourne dans son pays, avec ma première femme, que voici, et qui m&#8217;aime plus que l&#8217;autre !<br />
Et il se leva de table, au milieu du silence et de l&#8217;étonnement général, prit Cendrillon par la main et partit avec elle.<br />
Les deux loups du vieux château de la forêt étaient des princes, fils d&#8217;un roi puissant. Ils avaient été obligés de revêtir des peaux de loups, en punition de je ne sais quelle faute.<br />
Leur père mourut, peu de temps après leur retour en leur pays, et le mari de Cendrillon lui succéda sur le trône, de sorte que Cendrillon devint reine.<br />
Ses deux sœurs avaient fait de mauvais mariages. Comme elle était toujours bonne, elle oublia leurs torts à son égard, et les appela auprès d&#8217;elle, à la cour, et les remaria convenablement.</p>
<p>Conté par Jean-Marie Laouénan. — Plouaret, 1868.</p>
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