La Princesse Troïol

(1)

Bez’ a zo brema pell amzer,
Pa ho devoa dennt ar ier.

Il y a de cela bien longtemps,
Quand les poules avaient des dents.

Un jeune seigneur, ayant perdu son père et sa mère, demeurait avec sa marâtre. Celle-ci, comme il arrive trop souvent, n’aimait pas le fils que son mari avait eu d’une première femme, et elle lui rendait la vie dure. L’enfant, parvenu à l’âge de quinze ou seize ans, quitta un jour sa marâtre et partit, à l’aventure. Il se nommait Fanch.
« Arrive que pourra, se disait-il en lui-même, je ne serai jamais plus mal que chez ma marâtre. »
Et le voilà parti devant sa tête, — comme on dit.
Il va, il va ; il loge dans les fermes, où la nuit le surprend ; parfois même, il couche à la belle étoile. Mais, quoi qu’il en soit, il ne regrette pas la maison de sa marâtre.
Un jour, vers le coucher du soleil, il se trouva devant un beau château. La porte de la cour était ouverte, et il entra. Il ne vit personne. Il aperçut une autre porte ouverte, et il entra encore et se trouva dans une cuisine. Personne encore. Mais, un instant après, une chèvre arriva. La chèvre lui fit signe de la suivre. Il la suivit et se trouva dans un beau jardin. La chèvre, alors, lui parla de la sorte :
— Si vous voulez rester ici, il ne vous manquera rien, seulement, il vous faudra passer trois nuits dans une chambre que je vous montrerai.
— Comment, ici les bêtes parlent donc ? demanda le jeune homme, étonné.
— Je n’ai pas été toujours sous la forme que vous me voyez … Lire la suite »