L’Homme-Crapaud

- Une fille envoie son père à la fontaine – Un crapaud se colle au visage de l’homme – Le crapaud exige une de ses trois filles pour épouse – Il emméne sa femme dans son château – Il se transforme en prince pendant la nuit – Une des soeurs brûle la peau de crapaud – Le prince disparaît, avec trois tâches de sang sur sa chemise – Sa femme trouve le château où le prince s’est réfugié et parvient à nettoyer les tâches sur la chemise – Elle est engagée comme bergère au château – Elle parvient à passer une nuit avec le prince, qui s’endort et ne la reconnaît pas – La troisième nuit, le prince parvient à rester éveillé et reconnait sa première épouse – Ils retournent dans leur pays.
 
 
Il y avait une fois un bonhomme qui était resté veuf avec trois filles. Un jour, une de ses filles lui dit :
— Si vous vouliez aller me chercher une cruche d’eau, à la fontaine, mon père ? Il n’y en a pas une goutte dans la maison, et il m’en faut pour notre pot au feu.
— C’est bien, ma fille, répondit le vieillard.
Et il prit une cruche et se rendit à la fontaine. Au moment où il était penché sur l’eau, emplissant sa cruche, un crapaud lui sauta à la figure et s’y colla si bien que tous ses efforts pour l’arracher demeurèrent inutiles.
— Tu ne pourras m’arracher d’ici, lui dit le crapaud, que quand tu m’auras promis de me donner une de tes filles en mariage !
Il laissa sa cruche auprès de la fontaine, et courut à la maison.
— O Dieu ! que vous est-il donc arrivé, père ? s’écrièrent ses filles, en voyant dans quel état il se trouvait.
— Hélas ! mes pauvres enfants, cet animal m’a sauté à la figure, au moment où je puisais de l’eau à la fontaine, et il dit à présent qu’il ne s’en ira, que si l’une de vous consent à le prendre pour mari.
— Grand Dieu ! que dites-vous là, mon père ? répondit sa fille aînée ; prendre un crapaud pour mari ! Il fait horreur à voir !
Et elle détourna la tête, et sortit de la maison. La seconde … Lire la suite »

Trégont-À-Baris

(1)

Eur wech a oa, eur wech a vô,
Comansamant ann holl gaozo :
N’eûs na mar na martezé
Hen eûs tri droad ann trèbè.

Il y avait une fois, il y aura un jour,
C’est le commencement de tous les contes.
Il n’y a ni si ni peut-être,
Le trépied a bien trois pieds.


Du temps que le Seigneur Dieu voyageait dans la Basse-Bretagne, accompagné de saint Pierre et de saint Jean, un jour qu’ils cheminaient tous les trois, tout en causant, il leur sembla entendre les vagissements d’un petit enfant, dans une douve, au bord de la route. Ils descendirent dans la douve et y trouvèrent, en effet, parmi les fougères, un petit enfant abandonné, un fort bel enfant. Ils l’emportèrent. Une vieille femme, qui n’avait pas d’enfant, se chargea de lui, et l’éleva comme s’il eût été son propre fils.
L’enfant venait bien. A quinze ans, c’était déjà un gars vigoureux et de bonne mine. Il voulut voyager. La vieille eut beau le sermonner et le supplier de ne pas la quitter, il fallut le laisser partir. Elle lui donna quelque peu d’argent, et il prit la route de Paris.
En arrivant à Paris, il alla tout droit demander du travail au palais du Roi. On le reçut, parce qu’il était un garçon de bonne mine, et même un joli garçon. Il ne fut pas longtemps sans être remarqué du Roi, qui le prit en affection. Si bien que les autres valets devinrent jaloux de lui, et cherchèrent les moyens de le perdre.
Un jour, qu’ils causaient entre eux de leurs affaires, quelqu’un dit :
— Je voudrais bien savoir ce qui est cause que le Soleil est si rouge, quand il se lève, le matin.
— Ce n’est pas aisé à savoir cela, répondirent les autres.
— Si nous disions au Roi que Trégont-à-Baris (on lui avait donné, je ne sais pourquoi, ce nom, qui signifie Trente-de-Paris) s’est vanté d’être capable d’aller demander au Soleil … Lire la suite »

Fleur d’Épine ou Le Voyageur Au Château Du Soleil

Kement-man a oa d’an amzer
Ma ho defoa dennt ar ier.

Tout ceci se passait du temps
Où les poules avaient des dents.

- Sur le conseil de son père, Guyon (Fleur d’épine) se fait cavalier – La fille du roi de France le prend comme page – Fleur d’épine est sommé par le roi de retrouver une de ses filles qui s’est fait enlever – A la cour de Russie, une fille de l’empereur le prend comme page – Il quitte la cour de Russie pour se rendre chez le Diable, après avoir promis d’aider à soigner une des princesses qui est malade – A la cour d’Angleterre se reproduisent les mêmes circonstances qu’en Russie – Il en repart en promettant de trouver le remède à la pénurie d’eau qui sévit – Une vieille femme lui indique le château du géant qui retient la fille du roi de France – Il y pénètre et en fait sortir la princesse, après avoir obtenu du géant les remèdes pour l’Angletrerre et la Russie – En remerciement, Le roi d’Angleterre et l’empereur de Russie lui proposent la main de l’une de leur fille, que décline Fleur d’épine – De retour en France, il rend au roi sa fille, avec qui il se marie.
 
 
Il y avait, une fois, un bonhomme, fermier breton, vivant modestement du produit d’une petite ferme. Il était veuf. Il mourut peu après sa femme, laissant trois fils. Avant de rendre son âme à Dieu, il fit venir ses enfants près de son lit, leur donna quelques conseils et recommanda au plus jeune, nommé Guyon, de se faire soldat et de partir pour la guerre, pendant que ses deux aînés tiendraient la ferme.
Suivons Guyon, et laissons les deux autres ensemencer et moissonner leurs champs, en temps et lieu.
Il s’engagea donc, selon la recommandation de son père, et se fit cavalier.
Après deux ans d’apprentissage, il était devenu un cavalier accompli, et il fut envoyé à Paris en garnison. Comme il avait bonne tournure, son capitaine le commandait souvent de garde à la porte du palais du roi.
Une des filles du roi le remarqua et le trouva si bien à son gré qu’elle ne rêvait plus que de lui. Un jour, elle dit à sa femme de chambre :
— Il y a là, en faction, à la porte du palais, un soldat qui a une bien belle tournure ; ne l’avez-vous pas remarqué ?
— Oui, vraiment, répondit la femme de chambre.
— Je voudrais lui parler ; allez lui dire de venir me parler, dans ma chambre.
La femme de chambre alla trouver le soldat et lui dit :
— Jeune soldat, suivez-moi, je vous prie ; ma maîtresse, la fille du roi, désire … Lire la suite »

La Fille Qui Se Maria A Un Mort

Bez’a zo brema pell-amzer’
D’ar c’houlz m’ho devoa dennt ar ier.

Il y a de cela bien longtemps,
Quand les poules avaient des dents.

- La fille du roi épouse un mendiant – Après la noce, le mendiant emmène sa femme chez lui – Le plus jeune frère de la mariée désire lui rendre visite et part, en suivant les instructions données par son beau-frère – Celui-ci l’invite à le suivre sous la terre, où ont lieu les retrouvailles – Il tente de suivre son beau-frère pour savoir où il passe ses journées, mais celui-ci le dupe et échappe à sa surveillance – Le jeune homme rentre chez lui et raconte son aventure – Le frère aîné décide d’aller à son tour tenter de percer le mystère – Il suit son beau-frère jusqu’à une église où il l’aide à servir la messe à des morts – Sur le chemin du retour son beau-frère lui donne l’explications de tout ce qui s’est passé.
 
 
Un jour, un mendiant arriva chez un roi, et demanda l’aumône, au nom de Dieu. La fille du roi le remarqua, et elle dit à son père qu’elle voulait avoir ce mendiant-là pour mari. Le roi pensa d’abord que c’était pour plaisanter que sa fille parlait de la sorte. Mais, quand il vit qu’il n’en était rien et qu’elle parlait pour de bon et sérieusement, il lui dit :
— Il faut que vous ayez perdu la raison, ma fille, pour vouloir vous marier à un mendiant, la fille d’un roi comme vous l’êtes !
— Il n’y a pas à dire, mon père, il faut que je l’aie pour mari, ou je mourrai de douleur.
Le roi aimait sa fille par-dessus tout et faisait tout ce qu’elle voulait. Il lui dit donc qu’il la laisserait prendre le mendiant pour mari. Mais, le mendiant demanda que la princesse, ainsi que son père, sa mère et ses deux frères fussent baptisés, avant le mariage, car ils étaient tous païens. Ils furent tous baptisés, et le mendiant servit de parrain au prince aîné. On célébra alors les noces, et il y eut un grand festin.
Quand les noces furent terminées, le mari dit :
— Je vais, à présent, retourner chez moi, avec ma femme.
Et il prit congé de son beau-père, de sa belle-mère et de tous les gens de la noce. Avant de partir, il dit encore aux deux jeunes princes ses beaux-frères :
— Quand vous voudrez faire visite à votre sœur, rendez-vous auprès d’un grand … Lire la suite »