Trégont-À-Baris

(1)

Eur wech a oa, eur wech a vô,
Comansamant ann holl gaozo :
N’eûs na mar na martezé
Hen eûs tri droad ann trèbè.

Il y avait une fois, il y aura un jour,
C’est le commencement de tous les contes.
Il n’y a ni si ni peut-être,
Le trépied a bien trois pieds.


Du temps que le Seigneur Dieu voyageait dans la Basse-Bretagne, accompagné de saint Pierre et de saint Jean, un jour qu’ils cheminaient tous les trois, tout en causant, il leur sembla entendre les vagissements d’un petit enfant, dans une douve, au bord de la route. Ils descendirent dans la douve et y trouvèrent, en effet, parmi les fougères, un petit enfant abandonné, un fort bel enfant. Ils l’emportèrent. Une vieille femme, qui n’avait pas d’enfant, se chargea de lui, et l’éleva comme s’il eût été son propre fils.
L’enfant venait bien. A quinze ans, c’était déjà un gars vigoureux et de bonne mine. Il voulut voyager. La vieille eut beau le sermonner et le supplier de ne pas la quitter, il fallut le laisser partir. Elle lui donna quelque peu d’argent, et il prit la route de Paris.
En arrivant à Paris, il alla tout droit demander du travail au palais du Roi. On le reçut, parce qu’il était un garçon de bonne mine, et même un joli garçon. Il ne fut pas longtemps sans être remarqué du Roi, qui le prit en affection. Si bien que les autres valets devinrent jaloux de lui, et cherchèrent les moyens de le perdre.
Un jour, qu’ils causaient entre eux de leurs affaires, quelqu’un dit :
— Je voudrais bien savoir ce qui est cause que le Soleil est si rouge, quand il se lève, le matin.
— Ce n’est pas aisé à savoir cela, répondirent les autres.
— Si nous disions au Roi que Trégont-à-Baris (on lui avait donné, je ne sais pourquoi, ce nom, qui signifie Trente-de-Paris) s’est vanté d’être capable d’aller demander au Soleil … Lire la suite »

La Princesse Blondine

(1)

Selaouit hag e clevfet ;
Credit, mar caret,
Na gridet ket, mar na garet ket,
Gwell’ eo credi eget mont da veled.

Écoutez, et vous entendrez ;
Croyez, si vous voulez,
Ne croyez pas, si vous ne voulez pas ;
Mieux vaut croire que d’aller voir.

Il y avait, une fois, dans les temps anciens, un seigneur riche qui avait trois fils. L’aîné s’appelait Cado, le second, Méliau, et le plus jeune, Yvon.
Un jour qu’ils étaient tous les trois ensemble à la chasse, au bois, ils rencontrèrent une petite vieille, qui leur était inconnue et portait sur la tête une cruche pleine d’eau, qu’elle avait été puiser à la fontaine.
— Seriez-vous capables, les gars, demanda Cado à ses frères, de briser, d’un coup de flèche, la cruche de cette petite vieille, sans toucher à celle-ci ?
— Nous ne voulons pas l’essayer, répondirent Méliau et Yvon, de peur de faire du mal à la bonne femme.
— Eh bien, moi, je le ferai ; vous allez voir. Et il banda son arc et visa. La flèche partit et brisa la cruche. L’eau mouilla la petite vieille, qui se fâcha et dit à l’adroit tireur :
— Tu as failli, Cado, et je te revaudrai cela ! A partir de ce moment même, tu trembleras de tous tes membres, comme les feuilles d’un tremble, agitées par le vent du nord, et cela, jusqu’à ce que tu aies trouvé la princesse Blondine.
Et, en effet, Cado fut, à l’instant, pris d’un tremblement général.
Les trois frères revinrent à la maison et racontèrent à leur père ce qui leur était arrivé.
— Hélas ! Mon pauvre fils, tu as failli, dit le vieux seigneur à son fils aîné. Il te faudra, à présent, voyager jusqu’à ce que tu aies trouvé la princesse Blondine, comme … Lire la suite »

Le Corps-Sans-Âme

- Le fils du roi va à la chasse – La poursuite d’un corbeau le conduit à un château sous la terre – Le seigneur le prend à son service et puis part en voyage – L’un des oiseaux qu’il doit nourrir se transforme en princesse et le met en garde : le seigneur du château est un magicien qui retient prisonniers princes et princesses sous une forme animale – La veille du retour du magicien, la princesse lui explique comment lui échapper – Le château du magicien s’écroule : le fils du roi, la princesse, son frère et sa femme de chambre sont transportés à travers les airs – Ils arrivent chez le roi, où on coyait le fils mort – Une cousine réussit à l’embrasser – Le Corps-sans-âme enlève la princesse – Le fils du roi part à leur recherche – Un ermite dans la forêt lui indique le château du Corps-sans-âme – Pour pouvoir l’atteindre, il est transformé en fourmi – Il retrouve la princesse, qui lui permet d’apprendre comment tuer le Corps-sans-âme – Le roi des poissons, puis l’ermite, l’aident à prendre possession de l’oeuf contenant la vie du Corps-sans-âme – Il tue le Corps-sans-âme et rentre au palais du roi avec la princesse et l’épouse –
 
 
Il y avait une fois un roi de France qui avait un fils, lequel n’aimait rien autant que la chasse. Un jour qu’il chassait, selon son habitude, il aperçut un corbeau posé à terre, et quoiqu’il en fût déjà bien près, l’oiseau ne s’envolait pas.
— Voici, se dit-il, un corbeau qui paraît être blessé et ne peut, sans doute, s’envoler.
Et il voulut le prendre à la main. Mais, le corbeau s’enfuit en courant, sous une grosse pierre (un dolmen ?), et il descendit dans un trou si noir et si profond, qu’il lui sembla qu’il allait tomber dans l’enfer. Sa chute dura bien une heure, à peu près, et quand ses pieds rencontrèrent de nouveau la terre, il se trouva dans une grande avenue de vieux chênes. Au bout de cette avenue, il y avait un beau château. Il se dirigea vers le château. La porte de la cour était ouverte et il y entra. Il aperçut là un seigneur, et, marchant droit à lui, il lui demanda s’il n’avait pas besoin d’un domestique.
— Oui, vraiment, répondit le seigneur ; mon valet d’écurie est nouvellement parti, et je voudrais le remplacer.
— Eh bien ! Si vous voulez me prendre à votre service, j’aurai bien soin de vos chevaux.
— Je le veux bien, mais, à la condition que vous ferez bien exactement tout ce que je vous commanderai.
— Je vous promets de faire exactement ce que vous me commanderez.
— Alors, suivez-moi et je vais vous montrer votre travail, car, demain matin, je dois aller … Lire la suite »

Le Roi Dalmar

Rèd ê ma ouefac’h
Penaoz eur veach.

Il faut que vous sachiez
Comment une fois.


Il y avait un roi de France, qui avait un fils. Celui-ci était parvenu à l’âge où l’on est jeune homme, et il dit un jour à son père qu’il voulait se marier.
— A qui donc, mon fils ?
— A la fille du roi Dalmar.
— Hélas! Mon enfant, quant à celle-là, tu ne l’auras pas. Depuis l’âge de douze ans, elle est enfermée dans une tour, où personne ne la visite jamais que la femme qui lui porte à manger, tous les jours.
— Peu m’importe, j’irai toujours la demander à son père, et si je n’ai celle-là pour femme, je n’en aurai aucune autre au monde. Je ne sais quelle direction prendre, ni par où me rendre à la cour du roi Dalmar ; mais, à force de marcher, je finirai bien par y arriver, tôt ou tard.
— Si ta résolution est bien prise, je n’y ferai pas d’opposition ; mais, au bout d’un an et un jour, il faudra que tu sois de retour à la maison.
— Je vous promets d’être de retour, au bout d’un an et un jour.
Et il partit, dans un beau carrosse, accompagné d’un valet de chambre seulement. Ils allaient au hasard, ne sachant quelle direction ils devaient prendre. Ils ne cessaient d’aller, d’aller toujours devant eux, sans jamais s’arrêter. Un jour, la nuit les surprit, au milieu d’une … Lire la suite »

La Princesse De l’Étoile Brillante

Il y avait, une fois, sur l’eau du Léguer, un meunier, qui prit un jour son fusil pour aller tirer des cygnes et des canards sauvages, sur l’étang du moulin.
C’était au mois de décembre, et il faisait froid et la terre était toute couverte de neige.
En arrivant sur la chaussée de l’étang, il aperçut une cane qui s’ébattait sur l’eau. Il la visa, tira et fut bien étonné de voir à côté de lui, aussitôt le coup parti, une belle princesse, venue il ne savait d’où ni comment, et qui lui parla de la sorte :
— Merci, mon brave homme ! Il y a bien longtemps que je suis par ici, retenue enchantée sous la forme d’une cane sauvage, par trois démons, qui ne me laissent aucun repos. Vous m’avez fait revenir à la forme humaine, et vous pouvez me délivrer tout à fait, avec un peu de courage et de persévérance.
— Que faut-il faire pour cela ? demanda le meunier, étonné.
— Passer trois nuits de suite dans le vieux manoir en ruine que vous voyez là-haut.
— Et qu’y a-t-il là ? Le diable peut-être ?
— Hélas ! Ce n’est pas un diable seulement, mais, douze diables, qui vous tourmenteront. Ils vous lanceront plusieurs fois d’un bout à l’autre de la grande salle du manoir et vous jetteront … Lire la suite »