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	<title>Légendes Bretonnes &#187; La princesse aux cheveux d&#8217;or</title>
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	<description>Récits extraits des Contes Populaires De Basse-Bretagne par F.M. Luzel</description>
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		<title>La Princesse Du Palais-Enchanté</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Nov 2008 13:39:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Bague]]></category>
		<category><![CDATA[La princesse aux cheveux d'or]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>
		<category><![CDATA[vieillard]]></category>

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		<description><![CDATA[Selaouit, mar hoc&#8217;h eur c&#8217;hoant, Setu aman eur gaozic koant, Ha na euz en-hi netra gaou, Mès, marteze, eur gir pe daou. Ecoutez, si vous voulez, Voici, un joli petit conte, Dans lequel il n&#8217;y a pas de mensonge, Si ce n&#8217;est, peut-être, un mot ou deux. C. Glot &#038; L. MinyCarnet de route de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro2">Selaouit, mar hoc&#8217;h eur c&#8217;hoant,<br />
Setu aman eur gaozic koant,<br />
Ha na euz en-hi netra gaou,<br />
Mès, marteze, eur gir pe daou.</p>
<p>Ecoutez, si vous voulez,<br />
Voici, un joli petit conte,<br />
Dans lequel il n&#8217;y a pas de mensonge,<br />
Si ce n&#8217;est, peut-être, un mot ou deux.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2849468002?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2849468002"><img src="/img/510LwtGtprL._SL160_.jpg" width="129" height="160" alt="Carnet de route de la Bretagne féerique" />
<p>C. Glot &#038; L. Miny<br />Carnet de route de la Bretagne féerique</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2849468002" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2842303261?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2842303261"><img src="/img/61epSOrN3zL._SL160_.jpg" width="123" height="160" alt="La grande encyclopédie des Fées" />
<p>P. Dubois<br />La grande encyclopédie<br />des Fées</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2842303261" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait une fois</strong> un roi de France dont les ancêtres avaient régné dans ce pays, depuis neuf générations. Il n&#8217;avait jamais visité la Basse-Bretagne. Un jour, la fantaisie lui prit d&#8217;y venir, avec une suite nombreuse. Il fit accoutrer un beau carrosse et partit.<br />
Il fut bien accueilli par le roi de Bretagne, lui et sa suite, et l&#8217;on allait chasser, tous les jours, dans les grandes forêts du pays. Un jour, le roi de France mit une telle ardeur à poursuivre un sanglier que ses gens ne purent le suivre et il s&#8217;égara. Le voilà bien embarrassé. La nuit vint et il monta sur un arbre pour attendre le jour, car la forêt abondait en bêtes fauves de toute sorte. Il aperçut une petite lumière, qui ne paraissait pas bien éloignée. Il descendit de l&#8217;arbre et se dirigea vers la lumière. Il arriva à la hutte d&#8217;un pauvre bûcheron et demanda un abri pour la nuit et quelque chose à manger.<br />
—  Nous sommes de pauvres gens, lui dit le bûcheron, et notre hospitalité paraîtra sans doute bien médiocre à un seigneur comme vous ; quoi qu&#8217;il en soit, c&#8217;est de bon cœur que nous partagerons avec vous le peu que nous avons.<br />
Puis, s&#8217;adressant à sa femme :<br />
—  Il faut nous apprêter, Plésou <sup><em><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a></em></sup>, le lièvre que je vous ai apporté hier.<br />
—  Un lièvre ? dit le roi ; et si les gardes le savaient et le disaient au roi ?<br />
—  Et comment le sauraient-ils ? Ce ne sera pas par vous, probablement ? Et puis, le bûcheron est maître dans sa hutte, je pense, comme le roi l&#8217;est dans son palais.<br />
—  Assurément, mon brave homme, répondit le roi.<br />
La femme du bûcheron accommoda le lièvre, à sa façon, et l&#8217;on s&#8217;attabla et l&#8217;on mangea de bon appétit, en causant de choses et d&#8217;autres.<br />
Bien ! Mais, voilà que la femme du bûcheron accoucha, dans la nuit, d&#8217;un gros garçon. Le roi s&#8217;offrit pour en être le parrain. Mais, où trouver une marraine de qualité comme il convenait pour un pareil seigneur ?<br />
—  Allez demander la demoiselle du château, mon homme, dit la bûcheronne à son mari.<br />
Et le bûcheron endossa son habit des dimanches et prit la route du château. Il fit part à la châtelaine du sujet de sa visite. La demoiselle, qui était près de sa mère, s&#8217;écria aussitôt avec dédain :<br />
—  Moi servir de marraine au fils d&#8217;un bûcheron, et avec un charbonnier pour parrain, peut-être ! Cherchez donc ailleurs des gens de votre condition !<br />
Et elle se leva pour s&#8217;en aller.<br />
—  Le parrain, dit le bûcheron, est un beau et riche seigneur, et j&#8217;ai pensé qu&#8217;il convenait de lui choisir une commère aimable et jolie.<br />
—  Un riche et beau seigneur ?&#8230; Qui est-ce donc ? demanda la demoiselle, intriguée.<br />
—  Je ne saurais, en vérité, vous dire qui il est, ni d&#8217;où il vient ; mais, il est vêtu très richement, il est beau et généreux et je ne serais pas étonné qu&#8217;il fût prince, le fils de quelque puissant monarque peut-être. Il s&#8217;est égaré en chassant dans la forêt, il est venu frapper à notre porte, il a passé la nuit dans notre hutte, il était présent quand ma femme est accouchée et s&#8217;est offert lui-même pour être parrain.<br />
— Si c&#8217;est ainsi, dit alors la demoiselle, je veux bien être la marraine de votre enfant et je vais m&#8217;apprêter à me rendre chez vous.<br />
Le bûcheron s&#8217;en retourna chez lui, tout joyeux, et la jeune châtelaine arriva aussi, peu après, dans un beau carrosse et parée de tous ses atours. On se rendit au bourg, pour le baptême. Quand ils arrivèrent au presbytère, ils trouvèrent le vicaire qui battait du lin, le curé qui le broyait et la servante qui le peignait, ce qui étonna fort le roi <sup><em><a href="#note2">(2)</a><a name="texte2"></a></em></sup>.<br />
—  Venez baptiser mon enfant, Monsieur le Curé, dit le bûcheron au curé.<br />
—  Nous y allons tout de suite, répondit celui-ci.<br />
Et le curé et son vicaire secouèrent la poussière dont ils étaient couverts, revêtirent leurs soutanes, qu&#8217;ils avaient ôtées, et se rendirent à l&#8217;église.<br />
Quant le curé vint recevoir l&#8217;enfant, dans le porche, il reconnut le roi, qu&#8217;il avait vu, dans un voyage à Paris, et se jeta à ses pieds.<br />
—  Relevez-vous, Monsieur le Curé, lui dit le monarque, on ne doit se mettre à genoux que devant Dieu.<br />
L&#8217;enfant fut baptisé et reçut le nom de Efflam. En entendant sonner les cloches, à toute volée, les pages du roi et les seigneurs de sa suite, qui le cherchaient depuis la veille, s&#8217;écrièrent : &#8211; C&#8217;est pour le roi, sans doute, que l&#8217;on sonne de la sorte !<br />
Et ils coururent au village et leur joie fut grande de retrouver leur roi en vie et sans mal.<br />
En prenant congé du bûcheron, le roi lui donna une poignée de pièces d&#8217;or, puis, lui présentant un anneau orné d&#8217;un gros diamant, il lui dit :<br />
—  Quand mon filleul aura atteint l&#8217;âge de quatorze ans, vous lui direz de venir me voir, à Paris, et vous lui donnerez cet anneau, qui me le fera reconnaître.<br />
Le roi de Bretagne célébra le retour de son hôte par un grand festin, et peu de temps après, le roi de France prit congé de lui et retourna à Paris.<br />
Le bûcheron acheta des terres et fit bâtir une belle maison, avec l&#8217;argent que lui avait donné le parrain d&#8217;Efflam, et il était à présent un des plus riches bourgeois du pays. Il envoya son fils à l&#8217;école, dans la ville la plus voisine, et, comme l&#8217;enfant était intelligent, il fit des progrès rapides <sup><em><a href="#note3">(3)</a><a name="texte3"></a></em></sup>.<br />
Quand Efflam fut parvenu à l&#8217;âge de quatorze ans, son père lui remit un jour l&#8217;anneau de son parrain et lui dit de se rendre à Paris, de demander à voir le roi de France et de lui montrer l&#8217;anneau. Le jeune garçon demanda qu&#8217;on lui donnât quelqu&#8217;un pour l&#8217;accompagner, dans un si long voyage. On lui permit d&#8217;emmener avec lui un jeune pâtre teigneux, laid et méchant, qui était dans la maison. On leur donna aussi deux vieux chevaux, poussifs et fourbus, et ils se mirent en route. Le temps était beau, la chaleur était grande et, vers l&#8217;heure de midi, ils descendirent de leurs montures pour boire à une fontaine, au bord du chemin. Pendant qu&#8217;Efflam buvait dans le creux de sa main, penché sur le bassin de la fontaine, son compagnon lui donna un coup d&#8217;épaule et le fit tomber dans l&#8217;eau. Puis, il lui enleva son anneau, monta sur le meilleur des deux chevaux et partit au galop. Suivons-le, nous reviendrons plus tard à l&#8217;infortuné Efflam.<br />
En arrivant à Paris, il se rendit tout droit au palais du roi et salua ainsi le vieux monarque :<br />
—  Bonjour, mon parrain ! Je suis venu vous voir, comme vous l&#8217;aviez recommandé ; j&#8217;ai quatorze ans accomplis, depuis quelques jours.<br />
—  Moi, ton parrain !&#8230; dit le roi, surpris de s&#8217;entendre donner ce nom par un pareil avorton.<br />
—  Oui, reprit le drôle, je suis le fils du bûcheron, qui naquit la nuit [oh vous avez reçu l&#8217;hospitalité dans sa hutte, au milieu de la forêt où vous vous étiez égaré ; ne vous le rappelez-vous donc pas ?<br />
—  Oui, oui&#8230; je me rappelle, répondit le roi en le regardant avec compassion, tant il était mal tourné&#8230; ; tu es bien le fils de ce brave homme ?&#8230;<br />
—  Certainement ; tenez, ne reconnaissez-vous pas ceci ?<br />
Et il lui présenta l&#8217;anneau.<br />
—  Oui vraiment, c&#8217;est bien l&#8217;anneau que j&#8217;avais laissé au père de mon filleul, qui devait me l&#8217;apporter, dit le roi, en examinant l&#8217;anneau.<br />
Le roi l&#8217;accueillit alors avec bonté, lui demanda des nouvelles de son père et de sa mère et le fit décrasser et habiller convenablement. Mais, on eut beau le laver, le savonner et le couvrir de beaux habits, il n&#8217;en avait guère moins mauvaise mine.   Le  roi, qui avait  bon   cœur, donna des ordres pour qu&#8217;on le traitât bien, qu&#8217;on lui donnât à manger et à boire comme il le désirerait et qu&#8217;on le laissât se promener où il voudrait, dans les jardins et dans le palais. Et l&#8217;avorton usa largement de la permission.<br />
Cependant, le pauvre Efflam, qui avait réussi à sortir de la fontaine, où l&#8217;autre croyait l&#8217;avoir noyé, arriva aussi à Paris, quelques jours plus tard. Il se rendit au palais du roi.<br />
—  Que voulez-vous, mon garçon ? lui demanda le portier.<br />
— Je voudrais parler à mon parrain, répondit-il.<br />
—  Votre parrain ? Mais, qui est-ce donc, votre parrain ?<br />
—  C&#8217;est le roi de France.<br />
—  Il y a déjà plusieurs jours qu&#8217;il est arrivé, son filleul ; déguerpissez, au plus vite !<br />
Il partit. Mais, le lendemain, il revint à la charge, et, comme le roi se trouva justement à passer, en ce moment, il demanda ce que voulait ce jeune homme.<br />
—  Sire, répondit Efflam, qui, à la réponse du portier, la veille, avait bien compris que le teigneux avait pris sa place, je voudrais quelque petit emploi, dans votre palais, afin de pouvoir gagner honnêtement mon pain, en travaillant.<br />
Le roi le regarda, lui trouva l&#8217;air intelligent et dit au portier de le conduire au jardinier, qui trouverait à l&#8217;employer. Le jardinier l&#8217;employa à écheniller ses choux et à sarcler ses plates-bandes.<br />
Le roi venait souvent se promener dans ses jardins, et le faux filleul l&#8217;accompagnait parfois. Un jour, il dit en s&#8217;arrêtant devant un vieux puits :<br />
—  Voilà un puits qui est si profond que personne n&#8217;en a jamais pu atteindre le fond ; je voudrais bien pourtant en connaître la profondeur et savoir ce qu&#8217;il y a dedans.<br />
Le faux filleul, qui avait reconnu Efflam, crut trouver là une occasion de se débarrasser de lui, et il dit au roi :<br />
—  Ce jeune jardinier que voilà, mon parrain, &#8211; et il désignait Efflam, &#8211; a dit qu&#8217;il n&#8217;a pas peur de descendre au fond du puits ; mettez-le en demeure de tenir sa parole.<br />
Le roi appela Efflam et lui dit :<br />
—  Vous avez dit, mon garçon, que vous descendriez volontiers jusqu&#8217;au fond du puits ?<br />
—  Jamais je n&#8217;ai dit pareille chose, sire, répondit Efflam.<br />
—  Tu mens ! s&#8217;écria le faux filleul ; tu me l&#8217;as dit à moi-même.<br />
—  Alors, il faut que vous y descendiez, reprit le roi.<br />
On apporta tout ce qu&#8217;on put trouver de cordes, dans les écuries, les étables et ailleurs, on les attacha bout à bout, puis Efflam entra dans un grand panier auquel on attacha la corde, et on le descendit dans le puits. Il descendait, descendait, descendait toujours, dans une grande obscurité. Quand il eut ainsi descendu, pendant environ douze heures, il aperçut enfin une faible lumière, qui allait grandissant, à mesure qu&#8217;il descendait, et il finit par toucher terre et se trouva dans un beau jardin rempli de belles fleurs. Non loin de là, il aperçut un beau palais, devant lequel se promenait, seul, un vieillard à barbe blanche. Le vieillard s&#8217;avança vers lui et lui parla ainsi :<br />
—  Bonjour, mon fils. Je sais qui tu es et ce que tu viens chercher ici. Tu es le filleul du roi de France, et ton parrain t&#8217;envoie ici pour savoir ce qu&#8217;il y a au fond du puits par lequel tu es descendu.<br />
—  C&#8217;est vrai, grand-père, répondit Efflam, étonné.<br />
—  Je connais toute ton histoire, mon enfant, et je sais que le faux filleul du roi, qui a pris ta place à la cour, ne t&#8217;a fait descendre dans le puits que pour se débarrasser de toi, persuadé que tu n&#8217;en reviendrais pas. Mais, tu t&#8217;en retourneras, sain et sauf, et ses projets seront déjoués. Tu n&#8217;es pourtant pas encore au bout   de  tes peines et on t&#8217;imposera d&#8217;autres épreuves, toutes plus difficiles les unes que les autres. Prends ce sifflet (et il lui donna un petit sifflet d&#8217;argent), et, à chaque fois qu&#8217;on te commandera quelque travail difficile et au-dessus de tes forces, viens secrètement au puits, penche-toi sur l&#8217;ouverture et souffle dans ton sifflet, et aussitôt j&#8217;arriverai pour te tirer d&#8217;embarras, en te faisant connaître ce que tu devras faire. Quand tu retourneras là-haut, le roi te demandera ce que tu auras vu, au fond du puits ; tu lui répondras : &#8211; « C&#8217;est si beau, sire, qu&#8217;il m&#8217;est impossible de vous en donner une idée ; du reste, allez-y voir vous-même. »<br />
Remonte, à présent ; fais comme je t&#8217;ai recommandé, aie confiance en moi et tu triompheras de tout le mauvais vouloir et des pièges de tes ennemis.<br />
Efflam remercia le bon vieillard et lui fit ses adieux. Puis, il entra dans le panier, souffla dans son sifflet, pour donner à entendre qu&#8217;il voulait remonter, et on le hissa en haut.<br />
—  Eh bien ! mon garçon, qu&#8217;as-tu vu là-dedans ? lui démarra le roi, aussitôt après sa sortie du puits.<br />
—  C&#8217;est si beau, voyez-vous, sire, si beau, que je ne pourrais jamais vous en donner une idée, par des paroles ; il faut y aller voir vous-même.<br />
Le roi goûta peu le conseil et fit la moue ; le faux filleul parut moins satisfait encore.<br />
Quelques jours après, en se promenant dans le jardin, le roi s&#8217;arrêta à contempler le soleil, qui se couchait, et dit :<br />
—  Je voudrais bien savoir pourquoi le Soleil se montre à nous sous trois couleurs différentes, chaque jour : rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir ?<br />
Et le faux filleul s&#8217;empressa de lui répondre :<br />
—  Envoyez le jeune jardinier vers le Soleil, parrain, pour le lui demander.<br />
—  Tu as raison, mon filleul, je vais l&#8217;envoyer, pour voir.<br />
Et le vieux roi fit venir Efflam et lui dit :<br />
—  Il te faut, mon garçon, aller trouver le Soleil, chez lui, dans son palais, pour lui demander pourquoi il se montre à nous sous trois couleurs différentes, chaque jour, et tu me rapporteras sa réponse.<br />
—  Et comment voulez-vous, sire ?&#8230;<br />
—  Il faut que tu y ailles, et tout de suite, interrompit le roi, ou il n&#8217;y a que la mort pour toi.<br />
Le soir, après le coucher du Soleil, Efflam se rendit secrètement au puits du jardin, se pencha dessus, souffla dans son sifflet d&#8217;argent et le vieillard à barbe blanche monta aussitôt jusqu&#8217;à lui et lui demanda :<br />
— Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, mon enfant ?<br />
— Le roi m&#8217;a ordonné, sous peine de la mort, répondit Efflam, d&#8217;aller trouver le Soleil, dans son palais, et de lui demander pourquoi il se montre à nous, chaque jour, sous trois couleurs différentes.<br />
—  Eh bien ! mon enfant, dites au roi de vous donner, pour faire ce voyage, d&#8217;abord un carrosse attelé de trois beaux chevaux, puis, de l&#8217;or et de l&#8217;argent à discrétion. Vous vous mettrez alors en route, en vous dirigeant toujours vers le Levant, et ne craignez rien et ayez confiance en moi, et vous sortirez encore à votre honneur de cette épreuve.<br />
Le vieillard redescendit au fond de son puits, et Efflam alla trouver le roi, qui lui donna un beau carrosse, de beaux chevaux, de l&#8217;or et de l&#8217;argent à discrétion, et il partit alors pour se rendre au palais du Soleil. Il allait, il allait, se dirigeant toujours vers le Levant, tant et si bien qu&#8217;il arriva à une plaine immense, où il aperçut quelqu&#8217;un qui courait, courait en poussant des cris épouvantables.<br />
—  Où vas-tu, mon garçon ? lui demanda le coureur.<br />
—  Je vais trouver le Soleil, dans son palais, pour lui demander pourquoi il est rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir.<br />
—  Eh bien ! demande-lui aussi pourquoi il me retient ici, depuis deux cents ans, à courir dans cette plaine immense, sans m&#8217;accorder un moment de repos.<br />
—  Je le lui demanderai, répondit Efflam.<br />
—  Prends bien garde de ne pas le faire, ou je ne te laisserai pas passer<br />
—  Je le ferai, assurément.<br />
—  Passe, alors.<br />
Et le coureur continua sa course et Efflam passa.<br />
Plus loin, aux deux côtés d&#8217;un chemin étroit et profond, par où il lui fallait passer, il vit deux vieux chênes qui se choquaient si rudement et se battaient avec tant de fureur, qu&#8217;il en jaillissait à tout moment des éclats. Comment passer par là, sans être broyé entre les deux arbres ?<br />
—   Où vas-tu, mon garçon ? lui demandèrent les chênes.<br />
Efflam fut bien étonné d&#8217;entendre des arbres lui parler, comme des hommes.<br />
—   Comment ! dans ce pays-ci, les arbres parlent donc ? leur dit-il.<br />
—   Oui, mais, dis-nous vite où tu vas.<br />
—  Je vais trouver le Soleil, en son palais, pour lui demander pourquoi il est rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir.<br />
—  Eh  bien !   demande-lui aussi pourquoi   il nous  retient ici,  depuis trois cents ans, à nous battre de la sorte, sans un moment de repos ?<br />
—  Je le lui demanderai volontiers.<br />
— Alors, nous ne te ferons pas de mal et tu peux passer.<br />
Et Efflam passa sans mal, et les deux arbres se remirent à se battre, de plus belle.<br />
Un peu plus loin, il se trouva au bord d&#8217;un bras de mer, et il aperçut là un homme tout nu qui se jetait dans l&#8217;eau, du haut d&#8217;un rocher, puis, il en sortait pour s&#8217;y jeter de nouveau, et cela sans discontinuer.<br />
—   Où vas-tu ainsi, mon garçon ? demanda cet homme à Efflam, dès qu&#8217;il le vit.<br />
—  Je vais trouver le Soleil, dans son palais, pour lui demander pourquoi il est rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir.<br />
—  Eh bien ! demande-lui aussi pourquoi il me retient ici, depuis cinq cents ans, à faire le métier que tu as vu, et je te ferai passer l&#8217;eau.<br />
—  Je le lui demanderai volontiers.<br />
—  Monte sur mon dos, alors, et je vais te faire passer l&#8217;eau.<br />
Et Efflam monta sur son dos et fut déposé, sain et sauf, sur le rivage opposé. Il continua sa route et arriva bientôt devant le palais du Soleil. C&#8217;était le soir, de sorte qu&#8217;il n&#8217;en fut pas aveuglé, mais ébloui seulement. Il entra dans la cuisine du château, dont il trouva la porte ouverte, et vit une vieille femme, aux dents longues comme le bras, qui préparait de la bouillie d&#8217;avoine, dans un énorme bassin. C&#8217;était la mère du Soleil.<br />
—  Bonjour, grand&#8217;mère, lui dit-il.<br />
La vieille tourna la tête et resta tout ébahie, à la vue du jeune homme.<br />
—  N&#8217;est-ce pas ici que demeure le Soleil ? lui demanda Efflam.<br />
—  Si vraiment, répondit-elle.<br />
—  Je voudrais bien lui parler, si c&#8217;est possible, grand&#8217;mère.<br />
—   Qu&#8217;as-tu donc à lui dire ?<br />
Efflam lui fit connaître l&#8217;objet de son voyage et ses infortunes, si bien que la vieille s&#8217;intéressa à lui et lui dit :<br />
—  Mais, mon pauvre enfant, je te plains d&#8217;être venu jusqu&#8217;ici. Quand mon fils rentrera, tout à l&#8217;heure, il aura grand&#8217;faim, comme toujours, et, dès qu&#8217;il te verra, il se jettera sur toi et t&#8217;avalera d&#8217;une bouchée. Tu ferais donc bien de t&#8217;en aller, au plus vite.<br />
—  Jésus mon Dieu ! s&#8217;écria Efflam, effrayé. Puis, après avoir réfléchi :<br />
—  Après tout, grand-mère, être mangé par votre fils ou mis à mort par le roi de France, il  m&#8217;importe  peu ;  je veux donc  rester, et si vous voulez bien me prendre sous votre protection&#8230;<br />
— Tu m&#8217;intéresses beaucoup, reprit la vieille ; reste donc, et si mon fils essaye de te faire du mal, je lui caresserai les épaules avec le bâton que voici.<br />
Et elle lui montra le gros bâton avec lequel elle mêlait sa bouillie. Puis, elle cacha Efflam dans un coin de la salle, parmi un tas de fagots. Son fils rentra aussitôt en criant :<br />
—  J&#8217;ai faim, mère ; j&#8217;ai grand&#8217;faim ! je meurs de faim ! Donnez-moi vite à manger !<br />
—  Oui, mon fils, je vous ai préparé de la bonne bouillie d&#8217;avoine ; je vais vous la servir, à l&#8217;instant.<br />
Mais, il se mit à humer l&#8217;air et dit :<br />
—  Je sens odeur de chrétien ! Il y a un chrétien par ici, mère !&#8230;<br />
—  Vous rêvez toujours de chrétiens à dévorer, lui répondit la vieille ; mangez votre bouillie et tenez-vous tranquille.<br />
—  Non ! non ! Il y a un chrétien ici, et je veux le manger !<br />
—  Eh bien ! oui, il y en a un ; mon neveu, le plus jeune fils de mon frère, qui est venu me voir, et vous ne lui ferez pas de mal, j&#8217;espère, ou gare à mon bâton !<br />
Et elle lui montra du doigt son bâton, qu&#8217;elle avait déposé au coin du foyer ; puis, elle fit sortir Efflam de sa cachette, et le présenta, à son fils.<br />
— Le voilà, ton.cousin, et si tu lui fais le moindre mal, gare au bâton, te dis-je !<br />
Le Soleil courba la tête et dit :<br />
—  Si c&#8217;est un cousin, mère, je ne lui ferai pas de mal.<br />
Et il se radoucit, soupa gloutonnement ; après quoi, il demanda à Efflam quel était l&#8217;objet de sa visite, et s&#8217;il pouvait lui être utile en quelque chose. Efflam répondit :<br />
—  Le roi de France, cousin, m&#8217;envoie vous demander pourquoi vous revêtez, chaque jour, trois couleurs différentes, rose, le matin, blanc, à midi, et rouge, le soir, quand vous vous couchez ? Et il me faut lui rapporter votre réponse, sinon il me fera mourir.<br />
—  Je veux bien te dire cela, puisque tu es mon cousin, et pour que le roi de France ne te fasse pas mourir. Tu diras donc au roi de France que je suis rose, le matin, par l&#8217;effet de l&#8217;éclat de la princesse Enchantée (l&#8217;Aurore), qui, tous les matins, se tient à la fenêtre de son palais, pour me voir passer, à mesure que je monte sur l&#8217;horizon. A midi, je me dépouillé de ces teintes rosées et je deviens blanc et d&#8217;une ardeur dévorante ; mais, le soir, j&#8217;arrive au terme de ma course journalière,  affaibli, rouge de fatigue et épuisé. Voilà, cousin, ce que tu peux dire au roi de France.<br />
— Je vous remercie bien, cousin ; mais, avant de partir, je voudrais savoir encore pourquoi vous tourmentez si cruellement, depuis deux cents ans, un pauvre homme que j&#8217;ai rencontré sur ma route, courant et criant, sur une immense plaine, sans jamais se reposer ?<br />
—  Oui, je te le dirai volontiers : je retiens cet homme-là à faire pénitence, et il y restera aussi longtemps que le monde existera. Mais, ne lui dis cela qu&#8217;après que tu auras franchi la plaine, car autrement, il ne te laisserait pas passer <sup><em><a href="#note4">(4)</a><a name="texte4"></a></em></sup>.<br />
— Je ne lui dirai rien, avant d&#8217;avoir franchi la plaine, mais, dites-moi encore, je vous prie, pourquoi deux arbres que j&#8217;ai vus se battant, plus loin, des deux côtés d&#8217;un chemin creux, se maltraitent si cruellement, depuis trois cents ans ?<br />
—  Je te le dirai encore : ce sont deux époux qui se disputaient et se battaient constamment, quand ils vivaient ensemble, et, pour les : punir, je veux qu&#8217;ils continuent de se battre, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils aient écrasé un homme entre eux ; mais, cela durera encore, sans doute, plusieurs milliers d&#8217;années, car il ne passe pas un homme tous les mille ans par là. Ne leur dis cela que quand tu auras passé, autrement, tu serais leur victime et ils seraient délivrés. Et à présent, je te dis adieu, car il est grand temps que je commence ma course journalière et l&#8217;on m&#8217;attend déjà avec impatience.<br />
—  Encore une question, cousin ; ce sera la dernière.<br />
—  Parle vite, alors, car je suis déjà en retard.<br />
—  Et l&#8217;homme que j&#8217;ai rencontré ensuite, au bord de la mer, non loin d&#8217;ici, et que vous retenez là en peine, depuis cinq cents ans ?<br />
—  Celui-là aussi expie ses péchés et ses fautes, et il restera là jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un autre prenne sa place. Mais, ne lui dis pas cela, avant qu&#8217;il t&#8217;ait remis de l&#8217;autre côté de l&#8217;eau, autrement, il ne te ferait pas passer. Mais, adieu, et pas un mot de plus, car je suis en retard, et l&#8217;on m&#8217;attend avec impatience.<br />
Et le Soleil partit pour sa course journalière. Efflam prit congé de la vieille et partit aussitôt pour s&#8217;en retourner à Paris. Il fit connaître les réponses du Soleil à ceux qu&#8217;elles intéressaient, sur son passage, et il arriva sans encombre à Paris.<br />
—  Eh bien ! lui demanda le roi, aussitôt qu&#8217;il le vit, as-tu  accompli heureusement ton voyage et m&#8217;apportes-tu la réponse du Soleil ?<br />
—  Oui, sire, mon voyage s&#8217;est accompli heureusement et je vous apporte la réponse du Soleil.<br />
—  Alors, fais-la-moi connaître, bien vite.<br />
Et Efflam lui fit connaître la réponse du Soleil. A partir de ce moment, le vieux roi ne rêvait et ne parlait plus que de la Princesse au Palais-Enchanté. Il en perdait la tête et devint sérieusement malade. Le faux filleul lui dit encore, un jour :<br />
— Vous devriez, sire, ordonner au jeune jardinier de vous aller quérir la Princesse du Palais-Enchanté ; il n&#8217;y a que sa présence qui puisse vous rendre la santé et votre gaieté et vos forces d&#8217;autrefois.<br />
—  Tu as raison, répondit le vieux roi ; fais appeler le jeune jardinier.<br />
Et Efflam fut introduit de nouveau devant le roi, qui lui ordonna, sous peine de la mort, de lui amener la Princesse du Palais-Enchanté.<br />
La nuit venue, Efflam se rendit encore au vieux puits du jardin, souffla dans son sifflet d&#8217;argent et le vieillard à la barbe blanche remonta aussitôt et lui demanda :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, mon ami ?<br />
—  Le roi m&#8217;a ordonné, sous peine de la mort, de lui amener la Princesse du Palais-Enchanté.<br />
— Eh bien ! allez trouver le roi et dites-lui qu&#8217;il faut qu&#8217;il vous donne d&#8217;abord un beau carrosse, pour mettre la Princesse, puis les douze plus beaux chevaux de ses écuries pour les atteler au carrosse. Vous lui demanderez encore de l&#8217;or et de l&#8217;argent à discrétion, et de plus douze mulets, dont quatre chargés de viande de mouton, quatre chargés de lard, et les quatre autres chargés de blé ;  car vous aurez besoin de tout cela.<br />
Efflam remercia le vieillard et alla trouver le roi, qui lui fit donner tout ce qu&#8217;il lui fallait. 11 se mit alors en route, et il marcha et marcha, tant et si bien qu&#8217;il arriva dans le royaume des Lions. Des lions affamés, la gueule béante, accoururent à lui, de tous côtés, prêts à le dévorer. Il s&#8217;empressa de leur distribuer la charge des quatre mulets qui portaient de la viande de mouton. Ils dévorèrent la viande et les quatre mulets avec. Alors, un lion, le plus grand et le plus beau de tous, s&#8217;avança vers Efflam et lui parla ainsi :<br />
— Nous allions tous mourir de faim, et tu nous as sauvé la vie ; mais, je te revaudrai cela. Tiens, prends cette trompette, et si jamais tu as besoin de moi et des miens, en quelque lieu que tu sois, souffle dedans et nous arriverons aussitôt.<br />
—  Merci bien, sire, répondit Efflam, en prenant la trompette ; et il se remit en route avec les huit mulets qui lui restaient.<br />
Il arriva alors dans le royaume des Ronfles <sup><em><a href="#note5">(5)</a><a name="texte5"></a></em></sup> et ces monstres accoururent aussi à lui pour le dévorer. Mais, il se hâta de leur distribuer le lard dont étaient chargés quatre de ses mulets, et ils dévorèrent le lard, puis, les quatre mulets qui le portaient ; après quoi, le roi des Ronfles dit aussi à Efflam :<br />
—  Je suis le roi des Ronfles, si jamais tu as besoin de moi ou des miens, souffle dans cette trompe (et il lui présenta une trompe), et en quelque lieu que tu te trouves, nous arriverons aussitôt.<br />
Efflam prit la trompe, remercia le roi des Ronfles et se remit en route avec les quatre mulets qui lui restaient.<br />
Il arriva alors dans le royaume des Fourmis, et se vit en un instant environné de fourmis grandes comme des chats, au point de ne pouvoir avancer. Il se hâta de vider ses sacs de blé, pour ne pas être dévoré par elles, car elles aussi paraissaient affamées, et quand elles eurent mangé le blé, ce qui fut bientôt fait, avec les quatre mulets qui le portaient, la reine des Fourmis s&#8217;avança vers lui et lui parla de la sorte :<br />
—  Nous te devons la vie, car nous allions toutes mourir de faim, tant est grande la famine qui règne chez nous. Mais, je te revaudrai ce service. Prends ce petit sifflet d&#8217;ivoire, et, quand tu auras besoin de moi et des miens, souffle dedans, et nous arriverons aussitôt, en quelque lieu que tu sois.<br />
Efflam prit le sifflet, remercia la reine des Fourmis et se remit en route, seul à présent, puisque ses douze mulets avaient été dévorés par les lions, les ogres et les fourmis. Il arriva, peu après, devant le Palais-Enchanté. C&#8217;était un palais magnifique au delà de tout ce qu&#8217;on peut dire. Il frappa à la porte. On lui ouvrit et il dit au portier :<br />
—  Je voudrais parler à votre maîtresse.<br />
Le portier le conduisit devant une jeune fille d&#8217;une grande beauté. Il en fut tellement ébloui, qu&#8217;il resta la bouche ouverte à la regarder, sans rien dire. Enfin, quand il put parler, il lui fit connaître le sujet de sa visite.<br />
— Je vous suivrai, répondit la princesse, mais, seulement quand vous aurez accompli quelques travaux par lesquels je veux vous éprouver. Ainsi, il vous faudra d&#8217;abord passer une nuit avec mon lion, dans sa cage, avec une tourte de pain pour lui donner à manger.<br />
—  J&#8217;essaierai, princesse, répondit Efflam, fort peu rassuré, mais n&#8217;en faisant rien paraître.<br />
La nuit venue, on lui donna une tourte de pain et on l&#8217;enferma dans la cage du lion.<br />
— Donne-moi de ton pain, lui dit le lion.<br />
Et avec son couteau il coupa un morceau de la tourte et le jeta au lion, qui l&#8217;avala d&#8217;une bouchée et dit :<br />
—  Donne-moi encore de ton pain.<br />
Efflam lui jeta un second morceau, puis, un troisième, un quatrième, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il ne lui en restât plus.<br />
—  A présent, il va me dévorer, pour sûr, pensait-il. Mais, il se souvint en ce moment que le roi des Lions lui avait promis de venir à son secours, et lui avait donné une trompette pour l&#8217;appeler. Il se hâta de souffler dans sa trompette et le roi des Lions accourut aussitôt, comme un ouragan, et mit en pièces le lion de la princesse.<br />
Le lendemain matin, Efflam sortit sain et sauf de la cage et se présenta devant la princesse, étonnée de le voir encore en vie, et lui dit :<br />
—  J&#8217;ai passé la nuit avec votre lion, dans sa cage, et me voici ; viendrez-vous à présent avec moi, princesse ?<br />
—  Oui, répondit-elle, quand vous aurez passé une autre nuit avec mon Ronfle, dans son antre.<br />
La nuit venue, on le conduisit à l&#8217;antre du Ronfle et on l&#8217;y enferma avec le monstre. Celui-ci se précipita sur lui, pour le dévorer. Mais, il eut le temps de souffler dans sa trompe, et le roi des Ronfles arriva aussitôt, comme un ouragan, et mit en pièces le Ronfle de la princesse.<br />
Le lendemain matin, Efflam se présenta encore devant la princesse, de plus en plus étonnée de le revoir en vie, et lui dit :<br />
—  J&#8217;espère que vous voudrez bien m&#8217;accompagner, à présent, princesse ?<br />
—  J&#8217;ai une dernière épreuve à vous proposer, avant de vous suivre, répondit-elle ; j&#8217;ai là, dans mon grenier, un grand tas de grains, de trois sortes mélangées, froment, orge et seigle, et il vous faudra le trier et mettre chaque sorte de grain dans un tas à part, sans commettre l&#8217;erreur d&#8217;un seul grain, et cela avant le lever du soleil, demain matin.<br />
La nuit venue, Efflam monta au grenier, pommer le grain. Il n&#8217;avait d&#8217;autre lumière que la clarté de la lune, pénétrant par une lucarne. Son embarras était grand. Heureusement qu&#8217;il se souvint des offres de service de la reine des Fourmis. Il souffla dans le sifflet d&#8217;ivoire qu&#8217;elle lui avait donné, et aussitôt les fourmis arrivèrent par millions. Et les voilà de se mettre à l&#8217;ouvrage, sans perdre de temps. Elles firent tant et si bien que, pour l&#8217;heure dite, chaque sorte de grain avait été mise dans un tas à part, sans le moindre mélange.<br />
Au lever du soleil, Efflam se présenta encore devant la princesse et lui dit :<br />
— Pour le coup, princesse, vous viendrez avec moi, n&#8217;est-ce pas ?<br />
— Le travail est-il fait ? demanda-t-elle.<br />
— Le travail est fait, répondit Efflam, tranquillement.<br />
—  Il faut que je voie cela.<br />
Et elle monta au grenier, examina les trois tas de grains, en prit dans sa main, à plusieurs reprises, et ne trouva rien à redire ; ce qui l&#8217;étonna fort.<br />
—  Qu&#8217;en dites-vous, princesse, est-ce bien ? lui demanda Efflam.<br />
—  C&#8217;est parfait, répondit-elle.<br />
—  Et vous allez venir avec moi, à présent ?<br />
—  Ce n&#8217;est pas moi qui suis la Princesse au Palais-Enchanté, répondit-elle ; mais, je vais vous faire conduire à un autre palais, plus beau que le mien, non loin d&#8217;ici, et là, on vous donnera de ses nouvelles.<br />
Efflam partit donc pour l&#8217;autre palais, sous la conduite d&#8217;un guide qu&#8217;on lui donna. Là, il trouva une autre princesse, plus belle que la première, et la salua en ces termes :</p>
<blockquote><p>Salut, belle Princesse<br />
Du Palais-Enchanté !</p></blockquote>
<p>Et la Princesse lui répondit :</p>
<blockquote><p>Excusez, ma maîtresse<br />
Est de l&#8217;autre côté.</p></blockquote>
<p>Et elle lui ouvrit la porte d&#8217;une chambre, où il vit une autre princesse, plus belle que les deux premières, et qu&#8217;il salua en ces termes :</p>
<blockquote><p>Salut, belle Princesse<br />
Du Palais-Enchanté !</p></blockquote>
<p>Et celle-ci lui répondit comme l&#8217;autre :</p>
<blockquote><p>Excusez, ma maîtresse<br />
Est de l&#8217;autre côté.</p></blockquote>
<p>Et elle l&#8217;introduisit aussi dans une troisième chambre, où il salua en ces termes une autre princesse, bien plus belle que les précédentes :</p>
<blockquote><p>Salut, belle Princesse<br />
Du Palais-Enchanté !</p></blockquote>
<p>Et elle lui répondit :</p>
<blockquote><p>Salut, Prince plein de jeunesse<br />
Et de courage et de bonté !</p></blockquote>
<p>— Voulez-vous venir avec moi à la cour du roi de France ?<br />
—  Je vous suivrai volontiers où vous voudrez.<br />
Et ils partirent aussitôt, dans un beau carrosse doré, attelé de beaux coursiers ailés, qui s&#8217;élevèrent en l&#8217;air et ne furent pas longtemps pour se rendre à Paris.<br />
Le vieux roi fut tellement ébloui et charmé par la beauté de la Princesse, qu&#8217;il se sentit tout ragaillardi et voulut l&#8217;épouser sur-le-champ.<br />
—  Doucement, sire, lui dit-elle ; si vous n&#8217;aviez que vingt ou vingt-cinq ans, à la bonne heure ; mais, vieux et caduc comme vous l&#8217;êtes, ce serait folie à moi de vous épouser.<br />
Et voilà le roi inconsolable.<br />
—  N&#8217;existe-t-il donc aucun moyen de me rendre ma jeunesse passée ? demanda-t-il à la Princesse.<br />
—  Il y en aurait bien un, répondit-elle, mais, je ne sais si vous consentiriez à tenter l&#8217;épreuve.<br />
—  Quel est-il ? Je veux le tenter, quel qu&#8217;il soit ; dites, vite !<br />
—  Il faudra d&#8217;abord vous faire mourir ; puis, avec une eau merveilleuse que je possède, je vous rappellerai à la vie et vous rendrai votre vigueur et votre beauté de vingt ans.<br />
—  Faites, faites vite !&#8230;<br />
Et le vieux roi se laissa égorger, sans hésiter. Mais, la princesse dit alors à Efflam :<br />
—  Puisque le voilà mort, qu&#8217;il reste mort, et que celui qui a eu toute la peine reçoive aussi la récompense.<br />
Et elle mit sa main dans la main d&#8217;Efflam. Puis, elle dit encore, en montrant du doigt le faux filleul, tout pâle et près de crever de dépit :<br />
—  Quant à ce démon, qu&#8217;on fasse chauffer un four à blanc, et qu&#8217;on l&#8217;y jette tout vif !<br />
Ce qui fut fait.<br />
On célébra alors les noces d&#8217;Efflam et de la Princesse du Palais-Enchanté, et il y eut, à cette occasion, pendant huit jours pleins, de grands festins et les plus belles fêtes du monde <sup><em><a href="#note6">(6)</a><a name="texte6"></a></em></sup>.<br />
<br />Conté par Marguerite Philippe, à Plouaret, Novembre 1869.</p>
<p>&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Nom de femme autrefois très commun en Basse-Bretagne et aujourd&#8217;hui disparu.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> Ceci est un trait de mœurs introduit arbitrairement par ma conteuse, et faisant allusion à la vie simple et patriarcale de nos anciens curés de campagne d&#8217;autrefois.<br />
<a name="note3"></a><a href="#texte3">(3)</a> Tout   ce  début  jusqu&#8217;ici  semble  appartenir  à  un autre type que le reste du conte.<br />
<a name="note4"></a><a href="#texte4">(4)</a> Le motif de la punition manque ici ; c&#8217;est une lacune ou un oubli de ma conteuse. Voir à ce sujet les contes du cycle précédent, Voyages vers le Soleil.<br />
<a name="note5"></a><a href="#texte5">(5)</a> Ronfle est le nom breton qui signifie Ogre.<br />
<a name="note6"></a><a href="#texte6">(6)</a> Ce conte est altéré et mélangé et peut aussi bien appartenir au cycle des Voyages vers le Soleil qu&#8217;à celui de la Recherche de la Princesse aux Cheveux d&#8217;Or.</span><br />&nbsp;<br />&nbsp;
<p class="pdf"><a href="/download/princesse-palais-enchante.zip" title="Fichier zip contenant La Princesse Du Palais-Enchanté au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>La Princesse Blondine</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Feb 2008 17:32:33 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[(1) Selaouit hag e clevfet ; Credit, mar caret, Na gridet ket, mar na garet ket, Gwell&#8217; eo credi eget mont da veled. Écoutez, et vous entendrez ; Croyez, si vous voulez, Ne croyez pas, si vous ne voulez pas ; Mieux vaut croire que d&#8217;aller voir. Marie TanneuxContes et légendes de Brocéliande GuduleContes et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a>
<div class="intro2">Selaouit hag e clevfet ;<br />
Credit, mar caret,<br />
Na gridet ket, mar na garet ket,<br />
Gwell&#8217; eo credi eget mont da veled.</p>
<p>Écoutez, et vous entendrez ;<br />
Croyez, si vous voulez,<br />
Ne croyez pas, si vous ne voulez pas ;<br />
Mieux vaut croire que d&#8217;aller voir.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2737344808?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2737344808"><img src="/img/51YOEJRPbrL._SL160_.jpg" width="102" height="160" alt="Contes et légendes de Brocéliande" />
<p>Marie Tanneux<br />Contes et légendes de Brocéliande</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2737344808" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2092824880?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2092824880"><img src="/img/51ZD6RDRBAL._SL160_.jpg" width="123" height="160" alt="Contes et légendes des fées et des princesses" />
<p>Gudule<br />Contes et légendes des<br />fées et des princesses</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2092824880" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait, une fois</strong>, dans les temps anciens, un seigneur riche qui avait trois fils. L&#8217;aîné s&#8217;appelait Cado, le second, Méliau, et le plus jeune, Yvon.<br />
Un jour qu&#8217;ils étaient tous les trois ensemble à la chasse, au bois, ils rencontrèrent une petite vieille, qui leur était inconnue et portait sur la tête  une cruche pleine d&#8217;eau, qu&#8217;elle avait été puiser à la fontaine.<br />
—  Seriez-vous capables, les gars, demanda Cado à ses frères, de briser, d&#8217;un coup de flèche, la cruche de cette petite vieille, sans toucher à celle-ci ?<br />
—  Nous ne voulons pas l&#8217;essayer, répondirent Méliau et Yvon, de peur de faire du mal à la bonne femme.<br />
—  Eh bien, moi, je le ferai ; vous allez voir. Et il banda son arc et visa. La flèche partit et brisa la cruche. L&#8217;eau mouilla la petite vieille, qui se fâcha et dit à l&#8217;adroit tireur :<br />
—  Tu as failli, Cado, et je te revaudrai cela ! A partir de ce moment même, tu trembleras de tous tes membres, comme les feuilles d&#8217;un tremble, agitées par le vent du nord, et cela, jusqu&#8217;à ce que tu aies trouvé la princesse Blondine.<br />
Et, en effet, Cado fut, à l&#8217;instant, pris d&#8217;un tremblement général.<br />
Les trois frères revinrent à la maison et racontèrent à leur père ce qui leur était arrivé.<br />
— Hélas ! Mon pauvre fils, tu as failli, dit le vieux seigneur à son fils aîné. Il te faudra, à présent, voyager jusqu&#8217;à ce que tu aies trouvé la princesse Blondine, comme<span id="more-29"></span> te l&#8217;a dit la fée, car c&#8217;était une fée que cette petite vieille. Il n&#8217;y a qu&#8217;elle au monde qui puisse te guérir. Je ne sais quel pays elle habite, mais, je vais te donner une lettre pour mon frère l&#8217;ermite, qui vit au milieu d&#8217;une forêt, à plus de vingt lieues d&#8217;ici, et peut-être pourra-t-il te fournir quelque utile renseignement.<br />
Cado prit la lettre et se mit en route.<br />
Il marcha et marcha, et, à force de mettre un pied devant l&#8217;autre, il arriva à l&#8217;ermitage de son oncle l&#8217;ermite. Le vieillard était en prière, agenouillé sur le seuil de sa cabane, construite à l&#8217;angle de deux rochers, les mains et les yeux levés vers le ciel et comme ravi en extase. Cado attendit qu&#8217;il eût fini, puis il s&#8217;avança vers lui et dit :<br />
—  Bonjour, mon oncle l&#8217;ermite.<br />
—  Tu m&#8217;appelles ton oncle, mon enfant ?<br />
—  Lisez cette lettre, et vous verrez qui je suis et connaîtrez le motif de ma visite.<br />
L&#8217;ermite prit la lettre, la lut, puis il dit :<br />
—  C&#8217;est vrai, tu es bien mon neveu. Mais ? Hélas ! Mon pauvre enfant, tu es loin d&#8217;être au terme de ton voyage et de tes peines. Je vais consulter mes livres, pour voir ce que je peux faire pour toi. En attendant, comme tu dois avoir faim, grignote cette croûte de pain, qui est ma seule nourriture, depuis vingt ans. Quand j&#8217;ai faim, je la grignote un peu, et pourtant elle ne diminue pas.</p>
<p>Et Cado se mit à grignoter la vieille croûte, qui était dure comme la pierre, pendant que l&#8217;ermite consultait ses livres. Mais, il eut beau les feuilleter, toute la nuit, il n&#8217;y trouva rien concernant la princesse Blondine. Le lendemain matin, il dit à son neveu :<br />
— Voici, mon enfant, une lettre pour un frère ermite que j&#8217;ai, dans une autre forêt, à vingt lieues d&#8217;ici.  Celui-là commande sur tous les oiseaux, et peut-être pourra-t-il te donner quelque bonne indication, car, pour moi, ma science ni mes livres ne me disent rien de la princesse Blondine. Voici encore une   boule  d&#8217;ivoire,   qui  roulera  d&#8217;elle-même devant toi ;  tu n&#8217;auras qu&#8217;à la suivre, et elle te conduira jusqu&#8217;au seuil de l&#8217;ermitage de mon frère.<br />
Cado prit la lettre et la boule d&#8217;ivoire. Il posa celle-ci à terre, et elle roula d&#8217;elle-même devant lui. Il la suivit. Au coucher du soleil, il était à la porte de la cabane de branchages et de joncs des marais du second ermite.<br />
—  Bonjour, mon oncle, lui dit-il, en l&#8217;abordant.<br />
—  Ton oncle ? répondit le vieillard.<br />
—  Oui ; lisez cette lettre, et vous saurez qui je suis et pourquoi je viens vers vous.<br />
L&#8217;ermite prit la lettre, la lut, puis il dit ; — Oui, c&#8217;est vrai, tu es bien mon neveu. Et tu cherches la princesse Blondine, mon enfant ?<br />
—   Oui, mon oncle ; voyez dans quel état je suis ! Et mon père m&#8217;a dit que la princesse Blondine seule peut me guérir. Mais, ni mon père, ni mon autre oncle l&#8217;ermite n&#8217;ont pu me dire où je pourrai la trouver.<br />
—  Ni moi non plus, mon pauvre enfant, je ne puis te le dire. Mais, Dieu m&#8217;a établi maître sur tous les oiseaux : je vais souffler dans un sifflet d&#8217;argent que j&#8217;ai ici, et aussitôt tu les verras arriver, de tous les côtés, grands et petits, et peut-être quelqu&#8217;un d&#8217;entre eux pourra-t-il nous donner des nouvelles de la princesse Blondine.<br />
Le vieillard siffla dans son sifflet d&#8217;argent, et aussitôt des nuages d&#8217;oiseaux de tonte dimension et de toute couleur s&#8217;abattirent sur la forêt, en poussant toutes sortes de cris. L&#8217;air en était obscurci, L&#8217;ermite les appela tous, par leurs noms, l&#8217;un après l&#8217;autre, et leur demanda s&#8217;ils n&#8217;avaient pas vu, dans leurs voyages, la princesse Blondine. Aucun d&#8217;eux ne l&#8217;avait jamais vue, ni n&#8217;en avait même entendu parler.<br />
Tous les oiseaux avaient répondu à l&#8217;appel, excepté l&#8217;aigle.<br />
—   Où donc est resté l&#8217;aigle ? dit l&#8217;ermite. Et il souffla plus fort dans son sifflet. L&#8217;aigle arriva aussi, de mauvaise humeur, et dit :<br />
—  Pourquoi   me faites-vous   venir  ici,   pour mourir de faim, lorsque j&#8217;étais si bien là où je me trouvais ?<br />
—  Où donc étais-tu ?<br />
—  J&#8217;étais au château de la princesse Blondine, où je ne manquais de rien, car on est là en fêtes et en festins, tous les jours.<br />
—  C&#8217;est à merveille et tu es libre d&#8217;y retourner, mais, à la condition d&#8217;y porter sur ton dos mon neveu que voici.<br />
—  Je le veux bien, si Ton me donne à manger, à discrétion.<br />
—  Rassure-toi à ce sujet ; on te fournira de la nourriture à souhait, glouton que tu es.<br />
L&#8217;ermite alla alors trouver le seigneur d&#8217;un château voisin, et le pria de lui tuer un bœuf, un de ses meilleurs, et de le faire apporter dans sa cabane, dépecé par morceaux ; Le seigneur s&#8217;empressa de donner des ordres pour contenter l&#8217;ermite, et le bœuf, dépecé par morceaux, fut porté à la cabane du solitaire. On chargea la viande sur le dos de l&#8217;aigle, Cado s&#8217;assit dessus, et les voilà partis par-dessus le bois, flip ! flip ! flip !<br />
Tout en fendant l&#8217;air, l&#8217;oiseau donnait ses instructions à Cado ; il lui disait :<br />
— Quand nous arriverons près du château, qui est dans une île, au milieu de la mer, tu verras d&#8217;abord sur le rivage une fontaine. Au-dessus de cette fontaine, est un bel arbre dont les branches la recouvrent. A l&#8217;heure de midi, la princesse vient, tous les jours, avec sa femme de chambre, se reposer à l&#8217;ombre de l&#8217;arbre, et peigner ses cheveux blonds, en se mirant dans l&#8217;eau de la fontaine. Tu t&#8217;avanceras vers elle, sans crainte. Dès qu&#8217;elle te verra, elle te reconnaîtra et te fera bon accueil. Elle te donnera un pot d&#8217;onguent dont tu te frotteras et qui te guérira promptement, puis tu lui proposeras de l&#8217;enlever et de l&#8217;épouser, pour prix du service qu&#8217;elle t&#8217;aura rendu. Elle acceptera. Tu m&#8217;appelleras, alors ; vous monterez sur mon dos tous les deux, et nous partirons aussitôt. Le père de cette princesse, qui est magicien, se mettra bientôt à notre poursuite ; mais, il sera trop tard.<br />
L&#8217;aigle, épuisé par la longueur du voyage, demandait souvent à manger :<br />
— Donne-moi à manger, car je faiblis. Et Cado lui donnait de la viande de bœuf, et ils allaient encore. Ils planèrent longtemps au-dessus de la mer, ne voyant que le ciel et l&#8217;eau. Enfin, ils arrivèrent aussi à l&#8217;île. L&#8217;aigle s&#8217;abattit sur un rocher du rivage. Cado descendit, et, ayant fait quelques pas, il aperçut un bel arbre dont les branches s&#8217;étendaient au-dessus d&#8217;une fontaine. Il ne vit personne sous l&#8217;arbre, mais, il n&#8217;était pas midi encore. Il se cacha derrière un buisson et vit bientôt arriver une princesse, belle comme le jour, et qui avait de longs cheveux blonds, qui lui descendaient jusqu&#8217;aux talons, comme un manteau. Elle était accompagnée d&#8217;une suivante, qui était aussi d&#8217;une grande beauté. Elles se dirigèrent toutes les deux vers l&#8217;arbre, et la princesse se mit à peigner ses beaux cheveux, en se mirant dans l&#8217;eau de la fontaine. Cado sortit alors de derrière son buisson ; il s&#8217;avança jusqu&#8217;au bord de la fontaine, et la princesse, y ayant aperçu son ombre, se détourna vers lui et s&#8217;écria :<br />
—  Ah ! Pauvre Cado, c&#8217;est donc toi ? Dans quel état t&#8217;a mis la vilaine fée ! Mais, prends courage, mon pauvre ami, moi, je te rendrai la santé, malgré elle.<br />
Alors, la princesse et sa suivante se mirent à cueillir des herbes et des fleurs, autour de la fontaine, puis elles en composèrent un onguent, qu&#8217;elles donnèrent à  Cado,  en lui  disant :<br />
—  Frotte-toi tous les membres avec cet onguent, et, au bout de vingt-quatre heures, tu seras guéri ; puis nous verrons ce qu&#8217;il y aura à faire.<br />
—  Ah ! Si vous me guérissez de ce mal affreux, princesse, je vous prouverai ma reconnaissance, en vous emmenant d&#8217;ici, si vous consentez à me suivre, et en vous épousant.<br />
—  Je ne demande pas mieux, car je voudrais bien quitter cette île, et voir du pays.<br />
Cado prit l&#8217;onguent, s&#8217;en frotta tout le corps, à plusieurs reprises, et, au bout de vingt-quatre heures, il était complètement guéri ; ses membres ne tremblaient plus.<br />
La princesse lui dit alors : — Demain, nous partirons, à midi précis, pendant que mon père dormira ; tous les jours, il fait un somme, à midi. Nous monterons tous les trois sur l&#8217;aigle, car ma suivante viendra aussi avec nous. Quand mon père se réveillera, il s&#8217;apercevra aussitôt de ma fuite. Il ira alors à son écurie, montera sur son dromadaire, qui est plus rapide que le vent, et se mettra à notre poursuite. Mais, nous aurons sur lui une bonne avance, et il ne pourra pas nous atteindre. Reste là, sous l&#8217;arbre, jusqu&#8217;à demain. Nous deux, nous allons rentrer au château, pour y passer la nuit. Nous ferons aussi tuer et dépecer un bœuf, pour donner à manger à l&#8217;aigle.<br />
La princesse et sa suivante rentrèrent donc au château, et Cado passa la nuit sous  l&#8217;arbre, au bord de la fontaine.<br />
Le lendemain, à midi précis, les deux femmes vinrent le rejoindre. Il appela son aigle, qui arriva aussitôt. On commença par placer sur son dos le bœuf dépecé, puis ils montèrent tous les trois dessus, et l&#8217;oiseau s&#8217;éleva en l&#8217;air, assez péniblement, car il était fort chargé.<br />
Quand le vieux magicien se réveilla, il appela sa fille, comme il en avait l&#8217;habitude. Mais, il eut beau l&#8217;appeler, sa fille ne lui répondait pas. II se leva alors, en colère ; il consulta ses livres, et y vit que la princesse et sa suivante avaient quitté le château avec un aventurier. Il courut à son écurie, monta sur son dromadaire, qui faisait sept lieues à l&#8217;heure, et se mit à leur poursuite. Cependant l&#8217;aigle, trop chargé, commençait à s&#8217;affaiblir, et il n&#8217;allait plus aussi vite. La princesse était inquiète, et elle détournait souvent la tête, pour voir si son père approchait. Elle le vit venir, furieux, et, comme l&#8217;aigle passait en ce moment au-dessus d&#8217;un fleuve, elle dit :<br />
— Je vais jeter un peu de mon onguent dans le fleuve, et aussitôt l&#8217;eau s&#8217;enflera et débordera comme la mer, et mon père ne pourra pas aller plus loin.<br />
Elle jeta un peu de son onguent dans le fleuve, et aussitôt l&#8217;eau se gonfla, comme du lait sur le feu ; elle déborda au loin, et voilà le vieux magicien arrêté et ne pouvant aller plus loin. Il écumait de rage. Mais, que faire ? Il se mit à boire de l&#8217;eau, dans l&#8217;espoir de dessécher le lit du fleuve. Il en but tant et tant, qu&#8217;il en creva.<br />
Cependant, l&#8217;aigle avait épuisé toute la provision de viande, et il faiblissait et menaçait de jeter à bas Cado et ses deux compagnes.<br />
—  Donne-moi à manger ! Criait-il à Cado.<br />
—  Il n&#8217;y a plus rien, ma pauvre bête, lui répondait celui-ci, mais, prends courage, nous approchons<br />
—  Donne-moi  à  manger,  ou je vous laisse tomber à terre.<br />
Et Cado coupa une de ses fesses, et la donna à l&#8217;aigle.<br />
—  C&#8217;est bon, dit-il, mais, c&#8217;est bien peu de chose.<br />
Et, un instant après, il disait encore :<br />
—  Donne-moi à manger, je n&#8217;en puis plus.<br />
—  Je n&#8217;ai plus rien, ma pauvre bête. Du courage ! Encore quelques coups d&#8217;ailes et nous sommes rendus.<br />
—  Donne-moi à manger, te dis-je, ou je vous jette à bas.<br />
Et Cado coupa son autre fesse, et la donna à l&#8217;aigle. Puis, il coupa, l&#8217;un après l&#8217;autre, ses deux mollets, et les lui donna également.<br />
Enfin, ils arrivèrent ainsi à la cabane de l&#8217;ermite. Il était grand temps ! Car le pauvre aigle n&#8217;en pouvait plus, et Cado lui-même était si faible, si faible, qu&#8217;il paraissait sur le point de mourir. Mais, dès qu&#8217;ils touchèrent la terre, la princesse le frictionna avec des herbes qu&#8217;elle cueillit dans le bois où ils descendirent, et aussitôt ses fesses, ses mollets et ses forces lui revinrent.<br />
Ils passèrent tous les trois la nuit dans la cabane de l&#8217;ermite, partagèrent son frugal repas, couchèrent sur un lit de mousse et de feuilles sèches, ramassées dans le bois, et le lendemain matin, ils se mirent en route, après avoir fait leurs adieux au vieux solitaire. Celui-ci leur dit qu&#8217;il espérait les revoir, un jour, dans le paradis, et remit à Cado une lettre pour son père.<br />
Ils arrivèrent ensuite à la cabane de l&#8217;autre ermite, passèrent aussi la nuit avec lui, et le lendemain matin, au moment du départ, le vieillard remit également une lettre à Cado, pour son père.<br />
Cependant Cado approchait du château de son père, avec ses deux jeunes compagnes. Comme ils passaient par un bois, la princesse lui dit, en lui présentant une bague qu&#8217;elle avait au doigt : — Voici une bague avec un diamant, que vous porterez à votre doigt et ne donnerez jamais à personne, autrement, vous perdriez le souvenir de moi, comme si vous ne m&#8217;aviez jamais vue. Je vais bâtir un château en cet endroit, et j&#8217;y resterai avec ma suivante, jusqu&#8217;à ce que soit arrivé le moment où nous devons nous marier. Alors, vous viendrez me chercher ici, avec votre père.<br />
Cado prit la bague, la mit à son doigt et promit de ne la donner jamais à personne. Puis, ne pouvant décider la princesse à l&#8217;accompagner, malgré toutes ses instances, il se dirigea seul vers le château de son père. Quand il arriva, tout le monde fut heureux de le voir revenir, complètement guéri.<br />
—  Et la princesse Blondine, lui demanda son père, tu ne l&#8217;as donc pas emmenée ?<br />
—  Elle est restée dans un bois, à quelque distance d&#8217;ici, et elle dit qu&#8217;elle ne viendra à votre château que lorsque vous irez vous-même la chercher avec moi, dans un beau carrosse.<br />
Aussitôt, le vieux seigneur donna l&#8217;ordre d&#8217;atteler ses deux meilleurs chevaux à son plus beau carrosse, pour aller chercher la princesse Blondine.<br />
Cependant, la sœur de Cado lui dit : — Allons un peu nous promener dans le jardin, mon frère, pour voir les belles choses qu&#8217;on y a faites, depuis votre départ. Quand le carrosse sera attelé, on nous appellera.<br />
Cado alla voir le jardin avec sa sœur. Comme il cueillait une fleur, elle remarqua son diamant à son doigt, désira aussitôt le posséder et conçut le projet de l&#8217;enlever à son frère, sans qu&#8217;il s&#8217;en aperçût. Elle l&#8217;entraîna près d&#8217;une fontaine, et ils s&#8217;assirent tous les deux sur le gazon, parmi les herbes et les fleurs. Cado était fatigué, et il appuya sa tête sur les genoux de sa sœur et ne tarda pas à s&#8217;endormir. La jeune fille profita de son assoupissement pour lui enlever sa bague et la passer à son propre doigt.<br />
Un moment après, le vieux seigneur vint avertir Cado que le carrosse était prêt.<br />
—  Hein ? dit Cado en se frottant les yeux.<br />
—  Partons, sans perdre de temps.<br />
—  Partir&#8230; partir où ?<br />
—  Mais, tu sais bien où ; pour aller chercher la princesse Blondine.<br />
—  La princesse Blondine ?&#8230; qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que la princesse Blondine ?<br />
—  Est-ce que tu dors ? Secoue-toi et partons vite, car la princesse pourrait s&#8217;impatienter à nous attendre.<br />
—  Mais quelle princesse, mon père ?<br />
—  Allons, ne fais pas ainsi l&#8217;ignorant, et allons vite chercher la princesse Blondine.<br />
—  Je ne sais pas de qui vous voulez parler, mon père ; je ne connais pas la princesse Blondine.<br />
Et comme il paraissait parler sérieusement et avec sincérité, le vieux seigneur s&#8217;écria avec douleur : — Hélas ! Mon pauvre fils a perdu l&#8217;esprit ! Il a eu tant à souffrir, dans son voyage ! Ah ! Je suis bien malheureux !</p>
<p>Et on détela le carrosse.<br />
Cependant, Cado ne donnait aucun signe de folie et paraissait jouir de toute la plénitude et la liberté de son intelligence ; ce n&#8217;est que lorsqu&#8217;on lui parlait de son voyage et de la princesse Blondine qu&#8217;il ne comprenait rien ; et, pourtant, il en avait un souvenir vague et confus, comme d&#8217;un rêve que l&#8217;on cherche à se rappeler et qui reste toujours enveloppé de nuages et de brouillards.<br />
Les trois frères allaient chasser au bois, comme devant, et Cado était toujours le plus habile tireur et abattait à lui seul autant de gibier que les deux autres ensemble. Un jour, ils pénétrèrent plus avant dans les bois que de coutume, et ils se trouvèrent devant le château que la princesse Blondine s&#8217;y était bâti, par son art magique ; car elle était aussi magicienne. Grand fut leur étonnement de voir un si beau château, et ils restèrent longtemps à le contempler, en silence.<br />
— Quel beau château ! se disaient-ils. Mais, comment se trouve-t-il là ? Nous avons passé par ici, maintes fois, et nous n&#8217;avions rien vu de pareil, jusqu&#8217;aujourd&#8217;hui. Et qui peut habiter là-dedans ? Quelque magicien, peut-être ?<br />
Enfin, après avoir longtemps admiré le château merveilleux, ils se résolurent à chercher à y pénétrer, sous prétexte de demander du lait ou du cidre à boire, ou de demander leur chemin, comme des gens égarés. Ils frappèrent à la porte, et elle s&#8217;ouvrit aussitôt. La princesse vint elle-même les recevoir, dans la cour, et elle les pria d&#8217;entrer dans son palais, dont elle leur fit les honneurs, avec beaucoup d&#8217;amabilité. Cado ne la reconnaissait pas ; elle le reconnut, dès qu&#8217;elle le vit, mais ne le laissa pas paraître. Les trois frères étaient charmés de la beauté et de l&#8217;amabilité de la châtelaine. Celle-ci les invita à souper avec elle et à passer la nuit dans son château, et ils se gardèrent de refuser. Le repas fut plein de gaieté, car les trois chasseurs trouvèrent le vin de leur hôtesse excellent. Méliau avait constamment les yeux sur la princesse, et il dit tout bas à Cado, qui était près de lui :<br />
—  Je suis amoureux de notre hôtesse.<br />
—  Fais-lui un brin de cour, pour voir, répondit Cado.<br />
Après le repas, Méliau fit part à la princesse de ses sentiments pour elle, et elle sembla l&#8217;écouter sans déplaisir, si bien qu&#8217;elle lui dit : — Je vous ferai coucher dans une chambre à côté de la mienne, et, quand vos frères dormiront, vous viendrez tout doucement me rejoindre.<br />
Méliau était au comble du bonheur. A minuit, quand chacun dormait dans son lit, lui, qui ne dormait pas, se leva et alla tout doucement frapper à la porte de la princesse. Celle-ci lui ouvrit, et le reçut avec toutes les amabilités possibles. Elle lui donna une chemise fraîche, qu&#8217;elle le pria de mettre, avant de se coucher. Méliau s&#8217;empressa de changer de chemise ; mais, comme il passait celle que la princesse lui avait donnée, il la sentit qui devenait dure et froide comme de la glace, et, toute la nuit, il resta ainsi, les bras tendus et la chemise à moitié vêtue, sans pouvoir ni la mettre tout à fait ni l&#8217;ôter. Il avait beau supplier la princesse de venir à son aide, celle-ci ne répondait pas et le laissait crier. Il resta dans cet état toute la nuit. Quand le soleil se leva, sa chemise s&#8217;assouplit ; il put alors s&#8217;en débarrasser, et aussitôt il s&#8217;enfuit et courut rejoindre ses frères.<br />
—  Eh bien, es-tu content de ta nuit ? Lui demanda Cado.<br />
Il leur conta son aventure, de point en point. Et les deux autres de rire, je vous prie de le croire.<br />
Les trois frères se dirent alors : — Nous sommes ici chez une magicienne, et il est prudent de déguerpir, au plus vite. Et ils partirent, sans prendre congé de leur hôtesse.<br />
Quand ils arrivèrent à la maison, leur père, qui était inquiet de voir qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas rentrés à la nuit, selon leur habitude, leur demanda :<br />
—  Où donc avez-vous passé la nuit, mes enfants ?<br />
Et ils contèrent tout à leur père, et ajoutèrent :<br />
— C&#8217;est là qu&#8217;il y a un beau château, père ! Et une belle princesse !<br />
Le vieux seigneur pensa que ce pourrait bien être le château de la princesse Blondine, et il se promit d&#8217;éclaircir la chose, mais, il n&#8217;en dit rien à ses enfants.<br />
Cependant, Cado voulut se marier à une princesse qu&#8217;il avait aimée avant son voyage. Ses hommages furent agréés, son père donna son consentement, et le jour des noces fut fixé. On invita tous les habitants du pays, riches et pauvres, à prendre part aux festins et aux réjouissances qui devaient avoir lieu, à cette occasion. Yvon dit à son père :<br />
—  Il serait bon, je pense, d&#8217;inviter aussi la belle princesse qui nous a si gracieusement reçus dans son palais.<br />
—  Tu as raison, mon fils, répondit-il, et j&#8217;irai moi-même l&#8217;inviter, et tu viendras avec moi.<br />
Le vieux seigneur et son plus jeune fils partirent donc, un beau matin, dans un superbe carrosse, pour inviter la châtelaine de la forêt. Ils arrivèrent au château merveilleux, et furent reçus on ne peut mieux. Le vieillard resta ébahi et sans voix, quand il vit la princesse, tant il la trouva belle. Enfin, quand il put parler, il lui dit : — Je suis venu, incomparable princesse, vous prier de me faire l&#8217;honneur de vouloir bien assister aux noces de mon fils aîné, qui se marie dans huit jours à la princesse Brunette.<br />
—  J&#8217;accepte avec le plus grand plaisir, répondit la princesse, et j&#8217;arriverai au jour fixé.<br />
—  Je vous enverrai mon carrosse pour vous prendre, reprit le père.<br />
—  Ne vous donnez pas cette peine, seigneur, car j&#8217;ai aussi mon carrosse, comme vous le verrez.<br />
Le vieux seigneur était émerveillé, ébloui par la beauté de la princesse, et il ne pouvait détacher d&#8217;elle ses regards. Yvon l&#8217;admirait aussi, et ne disait mot. Ils s&#8217;en retournèrent à la maison, silencieux, et rêvant d&#8217;elle, tous les deux.<br />
Enfin, le jour de la cérémonie était venu. Tous les invités étaient déjà arrivés, dans leurs plus beaux habits de gala, excepté la châtelaine du bois. Cado s&#8217;impatientait, et ne voulait pas attendre davantage ; mais, son père dit qu&#8217;on ne partirait, pour se rendre à l&#8217;église, que lorsque la princesse inconnue serait arrivée. Enfin, elle arriva aussi, dans un carrosse tout doré, si brillant qu&#8217;on ne pouvait le regarder, et attelé de quatre chevaux auprès desquels tous les autres qui se trouvaient là n&#8217;étaient que de vraies rosses. Elle était toute couverte d&#8217;or, de soie et de diamants, et ses cheveux blonds, luisants eux-mêmes comme l&#8217;or, descendaient jusqu&#8217;à terre, derrière elle. Toutes les femmes qui étaient là, se voyant éclipsées par cette inconnue, en rageaient de dépit. La sœur du fiancé, qui avait à son doigt le diamant de son frère, en était toute fière et glorieuse.<br />
On se rendit à l&#8217;église, en grande pompe, et le soleil lui-même pâlissait devant la princesse Blondine. On n&#8217;était occupé que d&#8217;elle, et la jeune fiancée, belle et gracieuse aussi, en était grandement dépitée.<br />
Au retour de l&#8217;église, on se mit à table. Un festin magnifique. Quelque convive s&#8217;aventura, poussé par sa femme, à adresser la parole à l&#8217;inconnue, et lui dit :<br />
—  Vous n&#8217;êtes sans doute pas du pays, belle princesse !<br />
—  Non, répondit-elle, je suis de bien loin d&#8217;ici.<br />
—  Et vous n&#8217;êtes pas mariée ?<br />
—  Non, je ne suis pas mariée ; j&#8217;ai bien été fiancée, mais, on m&#8217;a manqué de parole.<br />
Cado était près d&#8217;elle à table, et, remarquant le beau diamant qu&#8217;elle avait au doigt, il lui dit :<br />
—  Le magnifique diamant que vous avez là, princesse !<br />
—  Oui, répondit-elle, c&#8217;est un beau diamant. Et, tirant la bague de son doigt, elle la présenta au nouveau marié, en lui disant :<br />
—  Essayez-le ; je crois qu&#8217;il vous ira parfaitement.<br />
Cado prit la bague, la mit à son doigt, et aussitôt, comme s&#8217;il se fût réveillé d&#8217;un long sommeil, il reconnut la princesse et se rappela tout ce qui s&#8217;était passé.<br />
— Holà ! s&#8217;écria-t-il alors, au lieu d&#8217;une femme, voici que j&#8217;en ai deux, à présent ! Mais, la première est toujours la meilleure et la plus près du cœur !<br />
Et il donna la main à l&#8217;inconnue, au grand étonnement de tous les convives, et l&#8217;on alla de nouveau à l&#8217;église, où Cado fut marié une seconde fois, dans le même jour. Quant à la princesse Brunette, son frère Méliau l&#8217;épousa aussi, pour ne pas la laisser sans époux, dès le premier jour de ses noces.<br />
Yvon aussi s&#8217;éprit d&#8217;amour pour la suivante de la princesse Blondine, et l&#8217;on fit les trois noces à la fois.<br />
Et il y eut des festins magnifiques, des danses et des fêtes, pendant un mois entier. Moi-même, qui étais jeune alors, je m&#8217;y trouvais pour plumer les perdrix, les poulets et les canards, et jamais de ma vie je n&#8217;ai vu ni ne verrai pareille bombance.</p>
<p>Conté par Ann Drann, domestique à Coat-Tual, en Plouguernevel (Côtes-du-Nord), novembre 1855.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> En breton : Princes ar Velandinenn.</span></p>
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		<title>La Princesse Troïol</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Oct 2007 02:00:34 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[(1) Bez&#8217; a zo brema pell amzer, Pa ho devoa dennt ar ier. Il y a de cela bien longtemps, Quand les poules avaient des dents. CollectifHistoires de fées V. KrutaLes Celtes :Histoire et dictionnaire Un jeune seigneur, ayant perdu son père et sa mère, demeurait avec sa marâtre. Celle-ci, comme il arrive trop souvent, [...]]]></description>
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<div class="intro">Bez&#8217; a zo brema pell amzer,<br />
Pa ho devoa dennt ar ier.</p>
<p>Il y a de cela bien longtemps,<br />
Quand les poules avaient des dents.</p></div>
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<p>Collectif<br />Histoires de fées</p>
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<p>V. Kruta<br />Les Celtes :<br />Histoire et dictionnaire</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2221056906" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Un jeune seigneur,</strong> ayant perdu son père et sa mère, demeurait avec sa marâtre. Celle-ci, comme il arrive trop souvent, n&#8217;aimait pas le fils que son mari avait eu d&#8217;une première femme, et elle lui rendait la vie dure. L&#8217;enfant, parvenu à l&#8217;âge de quinze ou seize ans, quitta un jour sa marâtre et partit, à l&#8217;aventure. Il se nommait Fanch. <br />« Arrive que pourra, se disait-il en lui-même, je ne serai jamais plus mal que chez ma marâtre. »<br />
Et le voilà parti devant sa tête, — comme on dit.<br />
Il va, il va ; il loge dans les fermes, où la nuit le surprend ; parfois même, il couche à la belle étoile. Mais, quoi qu&#8217;il en soit, il ne regrette pas la maison de sa marâtre.<br />
Un jour, vers le coucher du soleil, il se trouva devant un beau château. La porte de la cour était ouverte, et il entra. Il ne vit personne. Il aperçut une autre porte ouverte, et il entra encore et se trouva dans une cuisine. Personne encore. Mais, un instant après, une chèvre arriva. La chèvre lui fit signe de la suivre. Il la suivit et se trouva dans un beau jardin. La chèvre, alors, lui parla de la sorte :<br />
—  Si vous voulez rester ici, il ne vous manquera rien, seulement, il vous faudra passer trois nuits dans une chambre que je vous montrerai.<br />
—  Comment, ici les bêtes parlent donc ? demanda le jeune homme, étonné.<br />
—  Je n&#8217;ai pas été toujours sous la forme que vous me voyez<span id="more-19"></span> présentement, répondit la chèvre ; je suis retenue ici sous un charme, et tous mes parents y sont comme moi, mais sous d&#8217;autres formes. Si vous voulez faire exactement tout ce que je vous dirai, vous me délivrerez, moi et tous les miens, et, plus tard, vous n&#8217;aurez pas lieu de vous en repentir.<br />
—  Dites-moi ce qu&#8217;il me faudra faire, pour vous délivrer, et, si je le puis, je le ferai.<br />
—  Vous n&#8217;aurez rien autre chose à faire que coucher trois nuits de suite dans une chambre du château, et ne pas prononcer un seul mot, ni même pousser une plainte, quoi que vous puissiez voir ou entendre, et quoi que l&#8217;on puisse vous faire.<br />
— Je veux toujours essayer. Quand l&#8217;heure de souper fut venue, on servit à manger et   à boire à Fanch, dans une belle salle ; mais, ce qui l&#8217;étonnait le plus, c&#8217;est qu&#8217;il ne voyait que deux mains, qui posaient les plats sur la table, et pas de corps ! Quand il eut mangé et bu son content, une main prit encore un chandelier avec une lumière,  et lui fit signe de la suivre. Il suivit la main et la lumière, et on le conduisit dans une chambre où il y avait un lit. La main déposa la lumière sur une table, et puis disparut, et pas un mot.<br />
Fanch n&#8217;était pas peureux ; pourtant, tout cela lui paraissait bien singulier.<br />
Il se coucha, et s&#8217;endormit sans tarder. Vers minuit, il entendit un grand bruit, dans sa chambre, qui le réveilla.<br />
—  Jouons aux boules, disaient des voix.<br />
—  Non, jouons à un autre jeu, disaient d&#8217;autres voix.<br />
Et il regardait de son mieux, et ne voyait rien.<br />
— Bah ! Bah ! dit une voix, occupons-nous d&#8217;abord de celui qui est là, dans le lit.<br />
—  Il y a donc quelqu&#8217;un dans le lit ?<br />
—  Certainement, venez voir.<br />
Et ils tirèrent le pauvre Fanch hors du lit et se le jetèrent de l&#8217;un à l&#8217;autre, comme une balle. Mais, ils avaient beau faire, Fanch ne soufflait mot et faisait toujours semblant de dormir.<br />
—  Il ne se réveillera donc pas ? dit une voix.<br />
—  Attends, attends, dit une autre voix, je saurai bien le réveiller, moi.<br />
Et il le lança si violemment contre la muraille, qu&#8217;il s&#8217;y colla comme une pomme cuite. Puis, ils s&#8217;en allèrent, en riant bruyamment.<br />
Aussitôt, entra dans la chambre la chèvre que Fanch avait vue en arrivant au château ; mais, sa tête était celle d&#8217;une belle femme.<br />
—  Pauvre garçon ! dit-elle, comme tu as souffert !<br />
Et elle se mit à le frotter avec un onguent qu&#8217;elle avait, et à mesure qu&#8217;elle frottait, la vie revenait dans son corps, si bien qu&#8217;il finit par se retrouver aussi vivant et aussi bien portant que jamais.<br />
—  Tout s&#8217;est bien passé, pour cette fois, lui dit alors la chèvre-femme ; mais, la nuit prochaine, l&#8217;épreuve sera plus pénible. Gardez toujours le silence le plus absolu, quoi qu&#8217;il puisse vous arriver, et, plus tard, vous en serez récompensé.<br />
—  Je ferai mon possible, répondit Fanch. Et la chèvre partit.<br />
Fanch déjeuna et dîna bien, toujours servi par des mains sans corps ; il passa la journée à se promener par le château et les jardins, sans voir personne, et, après le souper, la même main saisit un chandelier et le conduisit à la même chambre. Cette fois, il se cacha sous le matelas du lit.<br />
—  Peut-être ne me trouveront-ils pas ici, se disait-il en lui-même.<br />
Vers minuit, il entendit encore le même vacarme que la nuit précédente.<br />
— Je sens l&#8217;odeur de chrétien ! dit une voix.<br />
—  Et d&#8217;où diable ? dit une autre voix ; tu vois bien qu&#8217;il n&#8217;y a personne dans le lit ; joue donc, et ne nous parle plus de chrétien.<br />
Et il se mit à jouer aux cartes. Mais, soudain, la même voix cria encore :<br />
—   Je vous le répète, camarades, je sens l&#8217;odeur de chrétien !<br />
Et il défit le lit et découvrit le pauvre Fanch.<br />
—  Quand je vous le disais ! Comment, tu vis encore, ver de terre ? Attends, nous allons en finir avec toi !<br />
Et ils l&#8217;écartelèrent ; puis, ils partirent, en riant bruyamment.<br />
Aussitôt la chèvre arriva encore dans la chambre, et, cette fois, elle était femme jusqu&#8217;à la ceinture.<br />
—  Ah ! Pauvre garçon, dit-elle, dans quel état je te retrouve !<br />
Elle rapprocha les morceaux les uns des autres, et se mit à les frotter avec son onguent.<br />
Et peu à peu, les morceaux se rejoignaient, le corps se reconstituait, et bientôt il se retrouva complet et plein de vie.<br />
—  La troisième nuit, lui dit alors la femme-chèvre, sera la plus terrible. Mais, armez-vous de courage, et, si vous la passez aussi heureusement que les deux autres, vos peines seront finies, et les miennes aussi, ainsi que celles de tous ceux qui sont retenus ici avec moi.<br />
—  Je ne pense pas qu&#8217;il puisse m&#8217;arriver pis que d&#8217;être tué, comme je l&#8217;ai été déjà, deux fois, répondit Fanch.<br />
La troisième nuit, pour abréger, il se rendit encore à la même chambre, après souper, et se cacha, cette fois, sous le lit.<br />
Vers minuit, arrivèrent les mêmes personnages ; et ils se remirent à jouer.<br />
—  Je sens encore l&#8217;odeur de chrétien ! dit soudain une voix. Est-ce que ce ver de terre ne serait pas encore mort ?<br />
Et ils défirent le lit ; mais, ils n&#8217;y trouvèrent rien. Ils regardèrent alors dessous :<br />
—  Le voici ! Le voici !<br />
Et on le retira, par les pieds, de dessous le lit.<br />
—  Il faut en finir avec lui, cette fois ! Se dirent-ils.  Qu&#8217;en ferons-nous ?<br />
—  Il faut le cuire, et puis le manger.<br />
—  C&#8217;est cela ! Crièrent-ils tous à la fois.<br />
On fit un grand feu dans la cheminée, on mit le pauvre Fanch tout nu, on le suspendit au-dessus du feu, et, quand il fut bien rôti, ils le mangèrent, jusqu&#8217;au dernier morceau, même les os.<br />
Quand le festin fut terminé, ils s&#8217;en allèrent, et aussitôt une femme très belle entra dans la chambre, une princesse magnifique, et rien de la chèvre, cette fois.<br />
—  Hélas ! dit-elle, j&#8217;ai grand&#8217;peur qu&#8217;ils n&#8217;en aient pas laissé le moindre morceau,<br />
Et elle se mit à chercher, d&#8217;abord sur la table, puis sous la table. Elle ne trouvait rien. A force de chercher, elle finit, pourtant, par découvrir un fragment d&#8217;os de la tête.<br />
—  Dieu soit loué ! s&#8217;écria-t-elle, tout n&#8217;est pas encore perdu !<br />
Et elle se mit à frotter l&#8217;os, avec son onguent. Et, à mesure qu&#8217;elle le frottait, il grandissait, il grandissait, il se garnissait de chair, chaque membre revenait à sa place, tant et si bien que, peu à peu, le corps entier se reconstitua et se retrouva aussi vivant et aussi sain que jamais.<br />
—  Holà ! s&#8217;écria alors la princesse, tout va bien ! Maintenant, les géants (ou les démons) n&#8217;ont plus aucun pouvoir ni sur moi ni sur les miens, et tout ce qui est ici vous appartient, Fanch, jusqu&#8217;à moi-même !<br />
Aussitôt on vit arriver, de tous les côtés, une foule de gens de tout rang et de toute condition, des princes, des princesses, des ducs, des barons, des gens du commun, qui tous étaient retenus enchantés dans ce château. Il en sortait de partout, et ils remerciaient celui qui les avait délivrés, puis  ils partaient, chacun pour son pays.<br />
—  Partons aussi, dit Fanch à la princesse ; allons chez votre père.<br />
—  Pas encore, répondit-elle ; il nous faut séjourner encore trois jours ici, et, pendant ces trois jours, vous devrez rester sans manger ni boire, complètement à jeun, jusqu&#8217;au coup de neuf heures, chaque matin. Si vous buvez ou mangez la moindre chose, avant cette heure, vous vous endormirez aussitôt, et ne me reverrez plus. Tous les matins, je viendrai vous voir, à midi, et alors vous pourrez manger et boire. Vous m&#8217;attendrez, assis sur la pierre de la fontaine, dans le bois, et aussitôt le premier coup de midi, je me trouverai près de vous. Mais, prenez  bien garde de manger ou de boire,  avant cette heure.<br />
Quand elle eut prononcé ces paroles, elle disparut.<br />
Le lendemain matin, longtemps avant midi, fanch, accompagné d&#8217;un domestique, attendait la Princesse, assis sur la pierre de la fontaine. Il n&#8217;avait encore rien mangé, ni bu, et il avait faim. Comme il attendait ainsi, il vit venir à lui une petite vieille femme ayant au bras un panier rempli de prunes.<br />
 — Bonjour à vous, jeune seigneur, lui dit la vieille.<br />
— A vous pareillement, grand&#8217;mère.<br />
— Acceptez une prune de moi.<br />
— Merci, je n&#8217;aime pas les prunes.<br />
—  Une seulement, pour les goûter ; cela ne coûte rien ; voyez, comme elles sont belles !<br />
Il prit une prune. Mais, aussitôt qu&#8217;il l&#8217;eut portée à sa bouche, il s&#8217;endormit. Midi sonna, eu ce moment, et la princesse parut.<br />
—  Hélas ! Il dort ! dit-elle, en le voyant.<br />
—  Oui, dit son domestique ; une petite vieille est venue offrir une prune à mon maître, et dès qu&#8217;il l&#8217;a portée à sa bouche, il s&#8217;est endormi.<br />
—  Eh bien !   Quand il se réveillera,   donnez-lui   ce   mouchoir,   pour qu&#8217;il  se souvienne de moi.<br />
Et elle donna un mouchoir blanc au domestique, puis elle s&#8217;éleva en l&#8217;air et disparut. Fanch se réveilla en ce moment, et il put l&#8217;apercevoir, un instant. Elle était toute blanche, comme uni ange.<br />
—  Je m&#8217;étais endormi ! Se dit-il, il faut que demain je me surveille mieux.<br />
Le lendemain matin, comme il était encore assis sur la pierre de la fontaine, avec son domestique, la même petite vieille vint à lui, ayant au bras un panier de figues.<br />
—  Acceptez une figue de moi, mon beau seigneur ; voyez, comme elles sont belles !<br />
Fanch accepta encore une figue de la vieille. Il la mangea, et s&#8217;endormit aussitôt.<br />
Au coup de midi, la princesse arriva auprès de la fontaine.<br />
—  Hélas ! Il dort encore ! s&#8217;écria-t-elle, avec douleur.<br />
—   Oui, dit le domestique ; la petite vieille est encore venue, et elle a donné une figue à mon maître, et aussitôt qu&#8217;il l&#8217;a mangée, il s&#8217;est endormi.<br />
— Voilà un mouchoir gris, que vous lui donnerez, quand il se réveillera, pour qu&#8217;il se souvienne de moi.<br />
Et elle s&#8217;éleva encore en l&#8217;air, en gémissant.<br />
Fanch se réveilla, au môme moment, et il la vit encore qui montait vers le ciel. Cette fois, elle portait une robe grise.<br />
— Mon Dieu, dit-il, je m&#8217;étais encore endormi ! Et qu&#8217;est-ce qui me fait donc dormir de la sorte ?<br />
— Je pense, mon maître, — dit son domestique, — que ce sont les fruits que vous donne la petite vieille qui vous font dormir ainsi.<br />
— Bah ! Ce ne peut pas être cela ; mais, demain, je me surveillerai mieux et ferai en sorte de ne pas m&#8217;endormir.<br />
Le domestique lui donna le second mouchoir, qui était gris, comme il lui avait donné le premier, qui était blanc.<br />
Le lendemain matin, comme ils attendaient encore, auprès de la fontaine, la petite vieille arriva aussi et, cette fois, elle avait au bras un panier rempli de belles oranges.<br />
— Acceptez une orange de moi, mon beau seigneur, dit-elle à Fanch ; voyez comme elles sont belles !<br />
Le domestique avait bien envie de dire à son maître de ne pas accepter ; mais, il n&#8217;osa pas, et Fanch prit une orange, la mangea et s&#8217;endormit encore. Midi sonna au môme moment, et la princesse arriva ; le voyant encore endormi, elle poussa un cri de douleur, et dit :<br />
—   Ah ! Le malheureux, il dort encore !<br />
—   C&#8217;est la petite vieille qui en est cause, dit le domestique. Elle est encore venue, et a offert une orange à mon maître, qui l&#8217;a acceptée et mangée, et aussitôt il s&#8217;est endormi.<br />
—  Voici un troisième mouchoir, que vous lui donnerez, quand il se réveillera, et vous lui ferez mes derniers adieux, car, hélas ! Je ne le reverrai plus.<br />
Et elle s&#8217;éleva encore vers le ciel, en poussant une plainte touchante.<br />
Fanch se réveilla à l&#8217;instant, et vit le bas de sa robe et ses pieds. O douleur ! Cette fois elle était toute noire. Noir était aussi le troisième mouchoir qu&#8217;elle avait laissé à son domestique, pour lui être remis.<br />
—   Hélas ! Je m&#8217;étais encore endormi ! s&#8217;écria-t-il, avec douleur.<br />
—   Oui, malheureusement, mon pauvre maître. La princesse, avant de disparaître, m&#8217;a laissé, pour vous le remettre, ce troisième mouchoir, et elle m&#8217;a recommandé de vous faire ses adieux, car vous ne la reverrez plus.<br />
Grande fut la douleur de Fanch, en apprenant cela. Il pleurait et s&#8217;arrachait les cheveux, et criait :<br />
— Si ! Si ! Je la reverrai encore, car je ne cesserai de la chercher partout, et de marcher, nuit et jour, jusqu&#8217;à ce que je l&#8217;aie retrouvée !<br />
Et il se mit sur-le-champ en route, n&#8217;emportant, pour toute provision, qu&#8217;une miche de pain.<br />
Vers le soir, il s&#8217;assit sur le gazon, au bord de route, pour se reposer et manger un morceau. Une petite vieille vint à passer, en ce moment, qui lui dit :<br />
—  Bon appétit, mon fils.<br />
—  Merci, grand&#8217;mère. Si vous voulez faire comme moi, je partagerai avec vous volontiers.<br />
—  Mille bénédictions, mon fils ! Voici dix-huit cents ans que je suis par ici, et jamais personne ne m&#8217;avait encore offert du pain.<br />
Et elle s&#8217;empressa d&#8217;accepter sa part du frugal repas de Fanch, puis elle lui dit : — Pour vous remercier, mon fils, voici une serviette que je vous donne et qui pourra vous être  utile.   Quand   vous éprouverez   le   besoin de manger   ou   de   boire,  étendez-la par terre, ou sur une table, suivant le lieu où vous vous trouverez, et aussitôt tout ce que vous souhaiterez vous sera servi dessus. Voici encore une baguette blanche,  pour voyager, et, à chaque coup que vous en frapperez sur la  terre, vous ferez cent lieues.<br />
—  Ah ! bien oui, tu vas, peut-être, manger un cousin à toi, qui est venu me voir, et qui a apporté un bœuf rôti pour chacun de vous ; ne les vois-tu pas là ?<br />
Alors, la vieille fit sortir Fanch du coffre, et son cousin et lui se trouvèrent, vite, bons amis.<br />
Bientôt on entendit encore un grand bruit, dans la cheminée, et : hou ! hou ! hou ! hou ! Et le second fils de la vieille, ou le second vent, (car c&#8217;était la mère des vents), descendit, et voyant Fanch :<br />
—  Un chrétien ! s&#8217;écria-t-il, je veux le manger, à l&#8217;instant !<br />
—  Je voudrais bien voir ! Lui dit la vieille ; un cousin à vous, qui est venu me voir, et qui a apporté un bœuf rôti pour chacun de vous ! Asseyez-vous là, près du feu, et soyez sage, ou gare à mon bâton !<br />
Et il s&#8217;assit sur un escabeau, près du feu, en face de son frère, et ne dit plus mot.<br />
Un moment après, on entendit encore un vacarme épouvantable. Les arbres craquaient et volaient en éclats, autour de la hutte : c&#8217;était effrayant !<br />
—  Voici mon fils aîné qui vient ! dit la vieille.<br />
Et il descendit par la cheminée et balaya tout le feu du foyer jusqu&#8217;au bas de la maison. Il criait :<br />
—  J&#8217;ai  grand&#8217;faim !   Ma pauvre  mère ;   j&#8217;ai grand&#8217; faim !<br />
—  C&#8217;est bien ; taisez-vous, le souper est prêt.<br />
Mais, quand il aperçut Fanch :<br />
—  Un chrétien ! s&#8217;écria-t-il ; et il allait se précipiter sur lui, et l&#8217;avaler. Mais, la vieille prit un jeune ormeau qu&#8217;elle avait arraché, dans son jardin, et se mit à le battre, à tour de bras :<br />
— Ah ! tu veux manger ton cousin, le fils de ma sœur, un enfant charmant, qui est venu me voir, et qui a apporté un bœuf et une barrique de vin pour chacun de vous !  Et tu crois que je le souffrirai ?<br />
Et elle frappait, elle frappait sans pitié ; et le grand vent criait :<br />
— Doucement, ma pauvre mère ; ne frappez pas si fort ; je ne ferai pas de mal à notre cousin, puisqu&#8217;il a apporté un bœuf et une barrique de vin pour chacun de nous !<br />
Alors la vieille cessa de frapper, et ils se mirent tous à table ; mais ils étaient si gloutons, le grand vent surtout, que Fanch fut obligé d&#8217;avoir recours à sa serviette, par trois fois. Enfin, quand ils furent rassasiés, ce qui dura longtemps, ils allèrent s&#8217;asseoir et causer, près du feu, comme de vieux amis.<br />
— Où vas-tu aussi, cousin ? demanda le petit vent à Fanch.<br />
—  Chercher la princesse Troïol ; sais-tu où elle demeure ?<br />
—  Non vraiment ; je n&#8217;en ai même jamais entendu parler.<br />
—  Et toi, cousin ? demanda-t-il au second vent.<br />
—  Moi, j&#8217;ai entendu parler d&#8217;elle ; mais, je ne sais pas où elle demeure.<br />
—  Et toi, grand cousin ? demanda-t-il au grand vent.<br />
—  Moi, je sais où elle demeure ; je reviens précisément de là, et je dois y retourner, demain.<br />
—  Veux-tu m&#8217;emmener avec toi ?<br />
—  Je le veux bien, si tu peux me suivre ; mais, allons nous coucher, à présent, car demain nous aurons encore beaucoup de chemin à faire.<br />
Le lendemain matin, chacun des vents partit de son côté.<br />
—  Suis-moi, si tu le peux, dit le grand vent à Fanch.<br />
Et le voilà parti. Frrrrr ! ou ou, ou, ou ! viiiii !! Et Fanch après ! Et de frapper la terre avec sa baguette blanche, qui lui faisait foire cent lieues, à chaque coup. Quand le grand vent tourna la tête, pour voir où il était resté, il fut bien étonné de le voir sur ses talons. Ils arrivèrent au bord de la mer.<br />
—  Je ne peux pas aller plus loin, à moins que tu ne me prennes sur ton dos, dit alors Fanch au grand vent.<br />
— Je te prendrai bien sur mon dos, si tu me donnes à manger, quand je demanderai.<br />
— C&#8217;est entendu, autant que tu voudras.<br />
Et Fanch monta sur le dos du grand vent, et les voilà partis ! A chaque instant, le grand vent demandait à manger. Fanch avait sa serviette, et lui donnait tout ce qu&#8217;il demandait. Ils allaient, ils allaient ! frrrrr ! viiii ! ou, ou !  Ils aperçurent enfin  le   château   de   la  princesse  Troïol.   Le grand vent déposa Fanch  au milieu de la cour. Fanch   attacha les trois mouchoirs de  la princesse, le blanc, le gris et le noir, au bout de son bâton, puis le planta en terre, au milieu  de la cour. Un moment après, la princesse passa,  au bras du maître du château, se rendant à l&#8217;église, pour leur mariage.  Elle vit Fanch, reconnut ses trois mouchoirs, et dit  aussitôt à sa femme de chambre :<br />
— Allez demander à cet homme combien il veut me vendre un de ses mouchoirs.<br />
La femme de chambre se rendit aussitôt auprès de Fanch.<br />
—   Combien voulez-vous me vendre un de vos mouchoirs, pour ma maîtresse ?<br />
—  Dites à votre  maîtresse qu&#8217;elle n&#8217;est  pas assez riche pour acheter un de ces mouchoirs.<br />
La femme de chambre retourna vers sa maîtresse.<br />
—  Eh bien ! Que vous a-t-il répondu ?<br />
—  Il m&#8217;a répondu que vous n&#8217;êtes pas assez riche pour acheter un de ses mouchoirs.<br />
La princesse, à cette réponse, fit semblant de se trouver indisposée, et l&#8217;on remit la cérémonie au lendemain.<br />
Le lendemain matin, elle envoya encore sa femme de chambre demander à Fanch combien lui coûteraient deux de ses mouchoirs.<br />
—  Dites à votre maîtresse, lui répondit encore Fanch, qu&#8217;elle n&#8217;est pas assez riche pour acheter ni un ni deux de mes mouchoirs.<br />
La femme revint rapporter la réponse à sa maîtresse.<br />
—  Eh  bien ! Retournez,  et dites-lui de venir me parler.<br />
Elle retourna vers Fanch, et lui dit :<br />
—  Ma maîtresse vous prie de venir lui parler.<br />
—  Dites à votre maîtresse de venir me trouver elle-même, si elle veut me parler.<br />
La princesse se rendit alors auprès de Fanch.<br />
—  Venez avec moi un instant, dans ma chambre, lui dit-elle.<br />
Et Fanch la suivit dans sa chambre, et ils se jetèrent dans les bras l&#8217;un de l&#8217;autre, en pleurant de joie.<br />
La princesse dépêcha ensuite sa femme de chambre vers le maître du château, pour lui dire qu&#8217;elle était toujours indisposée et qu&#8217;elle le priait d&#8217;attendre jusqu&#8217;au lendemain, pour aller à l&#8217;église. Elle ajoutait qu&#8217;on pouvait néanmoins faire le repas de noces, le jour même, puisque tous les invités étaient arrivés.<br />
Ainsi fit-on. Le repas fut magnifique. Vers la fin, tout le monde était gai et joyeux, et chacun contait quelque petite histoire plaisante. On pria la jeune fiancée de conter aussi quelque chose. Elle se leva, alors, et parla ainsi :<br />
— J&#8217;avais un petit coffret, avec une jolie petite clef d&#8217;or. Je perdis la clef, et j&#8217;en fis faire une autre. Mais, quelque temps après, je retrouvai mon ancienne clef. Me voici embarrassée, et je vous demande de laquelle des deux clefs je dois me servir, à présent, de l&#8217;ancienne ou de la nouvelle ?<br />
—  Je pense qu&#8217;il faut préférer l&#8217;ancienne, répondit le maître du château.<br />
—  C&#8217;est aussi mon avis, reprit la princesse. Je vais vous faire voir l&#8217;ancienne clef dont je parle.<br />
Et elle se leva de table, entra dans un cabinet à côté et revint aussitôt, en tenant par la main Fanch, habillé en prince ; et, s&#8217;adressant au seigneur et à tous les convives :<br />
—  Voici ! Je l&#8217;avais choisi d&#8217;abord, et c&#8217;est lui qui sera mon époux, et non un autre !<br />
Et l&#8217;on célébra les noces, le lendemain, et il y eut des festins magnifiques, comme je n&#8217;en ai vu jamais, si ce n&#8217;est en rêve, et ils restèrent dans ce beau château, car le maître disparut aussitôt et personne ne sut jamais ce qu&#8217;il était devenu.</p>
<p>Conté par Jacques Sesson, sabotier de la forêt de Beffou, commune de Loguivi-Plougras (Côtes-du-Nord), décembre 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Troïol : Ce mot doit être une altération de  Tro-heol, et signifie littéralement Tourne-sol.</span></p>
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		<title>La Princesse De l&#8217;Étoile Brillante</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Oct 2007 20:28:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La princesse aux cheveux d'or]]></category>
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		<description><![CDATA[Philippe le StumFées, Korrigans et autres créatures fantastiques de Bretagne C. GuibbaudMille Ans de Contes Lenia MajorA l&#8217;orée des Fées Il y avait, une fois, sur l&#8217;eau du Léguer, un meunier, qui prit un jour son fusil pour aller tirer des cygnes et des canards sauvages, sur l&#8217;étang du moulin. C&#8217;était au mois de décembre, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="livre lpt lmarg3"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/273732369X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=273732369X"><img src="/img/51VGAX8NT9L._SL160_.jpg" width="120" height="160" alt="Fées, Korrigans et autres créatures fantastiques de Bretagne" />
<p>Philippe le Stum<br />Fées, Korrigans et autres créatures fantastiques de Bretagne</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=273732369X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg4"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/274592558X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=274592558X"><img src="/img/412LlHPZyzL._SL160_.jpg" width="124" height="160" alt="Mille Ans de Contes" />
<p>C. Guibbaud<br />Mille Ans de Contes</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=274592558X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg5"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2350670082?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2350670082"><img src="/img/511LoaPlJiL._SL160_.jpg" width="138" height="160" alt="A l'orée des Fées" />
<p>Lenia Major<br />A l&#8217;orée des Fées</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2350670082" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait, une fois,</strong> sur l&#8217;eau du Léguer, un meunier, qui prit un jour son fusil pour aller tirer des cygnes et des canards sauvages, sur l&#8217;étang du moulin.<br />
C&#8217;était au mois de décembre, et il faisait froid et la terre était toute couverte de neige.<br />
En arrivant sur la chaussée de l&#8217;étang, il aperçut une cane qui s&#8217;ébattait sur l&#8217;eau. Il la visa, tira et fut bien étonné de voir à côté de lui, aussitôt le coup parti, une belle princesse, venue il ne savait d&#8217;où ni comment, et qui lui parla de la sorte :<br />
— Merci, mon brave homme ! Il y a bien longtemps que je suis par ici, retenue enchantée  sous la forme d&#8217;une cane sauvage, par trois démons, qui  ne me laissent   aucun repos. Vous m&#8217;avez fait revenir à la forme humaine, et vous pouvez me délivrer tout à fait, avec un peu de courage et de persévérance.<br />
—  Que faut-il faire  pour cela ? demanda le meunier, étonné.<br />
—  Passer trois nuits de suite dans le vieux manoir en ruine que vous voyez là-haut.<br />
—  Et qu&#8217;y a-t-il là ? Le diable peut-être ?<br />
—  Hélas ! Ce n&#8217;est pas un diable seulement, mais, douze diables, qui vous tourmenteront. Ils vous lanceront plusieurs fois d&#8217;un bout à l&#8217;autre de la grande salle du manoir et vous jetteront<span id="more-17"></span> même dans le feu. Ne vous effrayez pas, quoi qu&#8217;il puisse vous arriver, et ayez confiance en moi, car j&#8217;ai un onguent qui vous conservera en vie et vous guérira, quand bien même tous vos membres seraient rompus et broyés. Fussiez-vous même tué, que je vous ressusciterais. Si vous pouvez souffrir, pour moi, durant ces trois nuits, sans vous plaindre ni prononcer un seul mot, vous ne regretterez pas votre peine, plus tard. Sous la pierre du foyer, il y a, dans le vieux manoir, trois barriques d&#8217;or et trois barriques d&#8217;argent, et tout cela vous appartiendra, et moi-même par-dessus le marché, si je vous plais. Vous sentez-vous le courage de tenter l&#8217;épreuve ?<br />
— Et quand il y aurait cent diables, au lieu de douze, je tenterai l&#8217;épreuve, répondit le meunier.<br />
Et aussitôt la princesse disparut, et il s&#8217;en retourna à son moulin, en songeant à ce qu&#8217;il venait de voir et d&#8217;entendre.<br />
La nuit venue, il se rendit au vieux manoir et emporta du bois, pour faire du feu, du cidre et du tabac pour boire et fumer, en se chauffant.<br />
Vers minuit, il entendit un grand bruit, dans la cheminée, et, bien qu&#8217;il ne fût pas peureux, il se cacha sous un vieux lit, et de là, il vit onze diables descendre par la cheminée. Ils furent étonnés de trouver du feu allumé au foyer.<br />
— « Que veut dire ceci ? » se demandèrent-ils.<br />
—  Où est resté le Diable Boiteux ? Il est toujours en retard, dit un autre diable, qui paraissait être le chef de la bande.<br />
—  Le voilà qui arrive, dit un troisième.<br />
Et le Diable Boiteux arriva, par le même chemin que les autres, c&#8217;est-à-dire par la cheminée, et demanda :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il de nouveau par ici, camarades ?<br />
—  Rien, lui répondit-on.<br />
—  Rien ?&#8230; Eh bien, moi, je prétends que le meunier du moulin de Pont-Léguer est ici, quelque part, et qu&#8217;il est venu pour essayer de nous enlever la princesse : cherchons-le.<br />
Et on chercha partout. Le Diable Boiteux regarda sous le lit et, voyant le meunier, qui s&#8217;y blotissait, il s&#8217;écria :<br />
—  Le voici, sous le lit !<br />
Et il le prit par un pied et le tira à lui.<br />
—  Ah ! Meunier, gentil meunier, dit-il en ricanant, tu veux nous enlever la princesse ? Tu aimes les jolies filles, paraît-il ?<br />
Nous allons d&#8217;abord jouer à un jeu, mon ami, qui ne sera sans doute pas de ton goût, mais, qui te guérira de la tentation de vouloir enlever des princesses.<br />
Et ils se le jetèrent et rejetèrent, comme une balle, d&#8217;un bout à l&#8217;autre de la salle. Pourtant, le pauvre meunier ne disait mot. Ce que voyant, ils le jetèrent par la fenêtre dans la cour, et, comme il ne se plaignait ni ne bougeait, ils le crurent mort.<br />
Le coq chanta, en ce moment, annonçant le jour, et ils s&#8217;en allèrent aussitôt, comme ils étaient venus, c&#8217;est-à-dire par la cheminée.<br />
La princesse vint alors, tenant à la main un petit pot d&#8217;onguent, et elle en frotta le meunier, qui se releva et se retrouva aussi bien portant et aussi dispos que devant.<br />
—  Vous avez bien souffert, mon ami, lui dit la princesse.<br />
— Oui, j&#8217;ai bien souffert, princesse, répondit-il.<br />
—  Vous avez encore deux nuits semblables à passer, pour me délivrer de ces méchants diables.<br />
—  Il ne fait pas beau délivrer des princesses, d&#8217;après ce que je vois, mais, j&#8217;irai pourtant jusqu&#8217;au bout.<br />
La nuit venue, il se rendit, pour la seconde fois, au vieux manoir et se cacha sous un tas de fagots, au bas de la salle. A minuit, les douze diables descendirent, comme la veille, par la cheminée.<br />
—  Je sens odeur de chrétien ! dit le Diable Boiteux.<br />
Et ils cherchent et découvrent encore le meunier, parmi les fagots.<br />
—  Ah ! C’est encore toi, meunier ! Comment n&#8217;es-tu pas mort, après le jeu d&#8217;hier soir ? Mais, sois tranquille, nous allons en finir avec toi, cette fois, et ce ne sera pas long.<br />
Et ils le jetèrent dans une grande chaudière remplie d&#8217;huile, qu&#8217;ils firent ensuite bouillir suie feu.<br />
Le coq chanta, pour annoncer le jour, et l&#8217;es diables partirent encore.<br />
La princesse vint aussitôt et retira le meunier de la chaudière. Il était cuit et ses chairs tom baient en lambeaux. Et pourtant, elle le ressuscita encore, avec son onguent.<br />
La troisième nuit, les diables furent encore étonnés de retrouver le meunier en vie :<br />
—  C&#8217;est la dernière nuit, et si nous n&#8217;en finissons pas avec lui, cette fois, nous perdrons tout.<br />
Il doit être protégé par quelque magicien.  Que faire ?<br />
Chacun donne son avis, et le Diable Boiteux dit :<br />
—  Il faut faire un bon feu, rôtir le meunier à la broche, puis le manger.<br />
— C&#8217;est cela, dirent les autres, rôtissons-le, puis nous le mangerons.<br />
Mais, leur délibération et leurs préparatifs avaient duré trop longtemps, et, au moment où ils allaient embrocher le meunier, pour le mettre au feu, le coq chanta, et il leur fallut partir sur-le-champ, et ils abattirent le pignon de la maison, en s&#8217;en allant, avec un vacarme épouvantable.<br />
La princesse arriva encore avec son onguent, mais, elle n&#8217;en eut pas besoin, cette fois. Elle embrassa le meunier, dans le transport de sa joie, et lui dit :<br />
—  Tout va bien ! Vous m&#8217;avez délivrée, et le trésor vous appartient, à présent.<br />
Et ils déplacèrent la pierre du foyer et trouvèrent dessous trois barriques d&#8217;or et trois barriques d&#8217;argent.<br />
—  Emportez l&#8217;or et l&#8217;argent, dit la princesse, et faites-en tel usage qu&#8217;il vous plaira. Quant à moi, je ne puis pas encore rester avec vous ; je dois auparavant accomplir un voyage, qui durera un an et un jour, après quoi nous ne nous quitterons plus.<br />
Et la princesse disparut aussitôt. Le meunier la regrettait bien un peu, mais, il se consola facilement, en songeant à son trésor. Il céda son moulin à son valet et se mit à voyager avec un ami, en attendant le retour de la princesse. Ils visitèrent des pays lointains, et, comme l&#8217;argent ne leur manquait pas, ils ne se refusaient aucun plaisir.<br />
Au bout de huit mois de cette vie, le meunier dit à son ami :<br />
—  Retournons, à présent, dans notre pays, car nous en sommes bien loin et je ne veux pas manquer le rendez-vous que m&#8217;a donné la princesse, au bout d&#8217;un an et un jour.<br />
Et ils prirent la route de leur pays. Chemin faisant, ils rencontrèrent, au bord du chemin, une vieille femme, qui avait de belles pommes dans un panier. Et la vieille leur dit :<br />
—  Achetez-moi des pommes, mes beaux messieurs.<br />
—  N&#8217;achetez pas de pommes à cette vieille, dit au meunier son ami.<br />
—  Pourquoi donc ? répondit le meunier ; je mangerais une pomme avec plaisir.<br />
Et il acheta trois pommes et en mangea une, tout de suite, et se trouva incommodé.<br />
Quand fut venu le jour où devait arriver la princesse, il alla au lieu du rendez-vous, dans le bois, accompagné de son ami. Comme il attendait l&#8217;heure, étant venu trop tôt, il mangea une seconde pomme de celles qu&#8217;il avait achetées à la vieille, et se trouva aussitôt pris de sommeil. Il s&#8217;assit sur le gazon, au pied d&#8217;un arbre, et s&#8217;endormit.<br />
La princesse arriva, peu après, dans un beau carrosse couleur des étoiles et attelé de dix chevaux, aussi couleur des étoiles. Quand elle vit que le meunier dormait, elle devint triste et demanda à son ami pourquoi il s&#8217;était endormi. — Je ne sais pas bien, répondit-il, mais, il a acheté des pommes à une vieille femme, que nous avons rencontrée, au bord de la route ; il vient d&#8217;en manger une, et aussitôt il s&#8217;est trouvé pris de sommeil.<br />
— Hélas ! C’est bien cela, car la vieille à qui il a acheté des pommes est une sorcière, qui ne nous veut que du mal. Je ne peux pas l&#8217;emmener avec moi, en cet état, mais, je  reviendrai, deux fois encore, demain et après demain, et si je le  trouve   éveillé, je  le  ferai monter dans mon carrosse. Voici une poire d&#8217;or et un mouchoir que vous lui donnerez, quand il s&#8217;éveillera, et vous lui direz que je reviendrai demain, à pareille heure.<br />
Et la princesse s&#8217;éleva alors en l&#8217;air, dans son carrosse couleur des étoiles, et disparut.<br />
Le meunier s&#8217;éveilla aussi, un moment après, et son ami lui dit ce qui s&#8217;était passé, pendant qu&#8217;il dormait, et lui remit la poire et le mouchoir, en lui disant que la princesse reviendrait le lendemain, puis encore le surlendemain, s&#8217;il dormait encore.<br />
Il fut désolé et dit : — Demain, je ne dormirai pas !<br />
Et, dès en rentrant chez lui, il alla se coucher, pour n&#8217;avoir pas sommeil le lendemain.<br />
Le lendemain, il retourna au bois avec son ami. Mais, il mangea, par distraction, la troisième pomme de la sorcière, qu&#8217;il trouva dans sa poche, et s&#8217;endormit encore.<br />
La princesse vint, ce jour-là, dans un carrosse et avec des chevaux couleur du soleil, et s&#8217;écria en le voyant :<br />
—  Hélas ! Il dort encore ! Puis elle dit à son ami :<br />
—  Je reviendrai demain, mais, ce sera pour la dernière fois. Voici une autre poire d&#8217;or et un autre mouchoir que vous lui donnerez, quand il s&#8217;éveillera, et vous lui direz que, si demain je le trouve encore endormi, il ne me reverra plus jamais, à moins qu&#8217;il ne traverse à ma recherche trois puissances et trois mers.<br />
Et elle remonta en l&#8217;air, dans son carrosse couleur du soleil, et disparut.<br />
 Quand le meunier s&#8217;éveilla, son ami lui raconta comment la princesse, l&#8217;ayant encore trouvé endormi, était partie en disant qu&#8217;elle reviendrait une dernière fois, le lendemain, et que, si elle le trouvait encore endormi, il ne la reverrait plus, à moins de traverser trois puissances et trois mers pour arriver jusqu&#8217;à elle. Puis, il lui remit une féconde poire d&#8217;or et un second mouchoir.<br />
Le pauvre meunier était inconsolable, et il dit à son ami :<br />
— Au nom de Dieu, empêche-moi de dormir, demain ; ne cesse pas de me parler, afin de me tenir éveillé.<br />
Mais, malgré tout, il dormait encore, le lendemain, quand la princesse revint, dans un carrosse et avec des chevaux couleur de la lune <a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a>.<br />
—  Hélas ! Tu dors encore, mon pauvre ami ! s&#8217;écria-t-elle avec douleur, et pourtant, je ne dois plus revenir. — Et, s&#8217;adressant à l&#8217;ami : — Dites-lui que, pour me revoir, désormais, il faut qu&#8217;il vienne me chercher dans le royaume de l&#8217;Etoile-Brillante, en traversant trois puissances et trois mers pour arriver jusqu&#8217;à moi, ce qu&#8217;il ne pourra faire sans beaucoup de mal. Voici une troisième poire d&#8217;or et un troisième mouchoir que vous lui donnerez et qui lui serviront, plus tard.<br />
Et elle s&#8217;éleva en l&#8217;air, sur son char, et disparut.<br />
Quand le meunier se réveilla et qu&#8217;il apprit que la princesse était partie pour ne plus revenir, il se mit à pleurer et à s&#8217;arracher les cheveux, en désespéré. Il faisait pitié à voir. Puis il dit :<br />
— Je la chercherai et je la retrouverai, dussé-je aller jusque dans l&#8217;enfer !<br />
Et il se mit aussitôt en route, à la recherche du royaume de l&#8217;Étoile-Brillante. Il marche, il marche, plus loin, toujours plus loin, sans s&#8217;arrêter, ni le jour ni la nuit. Il s&#8217;engage dans une grande forêt, dont il ne trouve pas la fin. Il y avait plusieurs jours et plusieurs nuits qu&#8217;il y errait, au hasard, quand, une nuit, étant monté sur un arbre, il aperçut au loin une petite lumière. Il se dirigea sur cette lumière et se trouva devant une pauvre hutte faite de branchages d&#8217;arbres et d&#8217;herbes sèches. Il en poussa la porte, qui était entrebaillée, et aperçut à l&#8217;intérieur un petit vieillard à barbe blanche et longue.<br />
—  Bonsoir, grand-père, lui dit-il.<br />
—  Bonsoir, mon enfant, répondit le vieillard, étonné ; ta vue me fait plaisir, car depuis dix-huit cents ans que je suis ici, je n&#8217;avais encore vu aucun être humain, jusqu&#8217;aujourd&#8217;hui. Sois le bienvenu, entre et tu me raconteras un peu ce qui se passe dans le monde, car il y a si longtemps que je n&#8217;en ai eu des nouvelles !<br />
Le meunier entra et dit son nom, son pays et l&#8217;objet de son voyage.<br />
— Je veux faire quelque chose pour toi, mou fils, lui dit le vieillard. Voici des guêtres enchantées, qui m&#8217;ont été bien utiles, quand j&#8217;avais ton âge ; mais, aujourd&#8217;hui, elles ne me servent plus à rien. Quand tu les auras sur tes jambes, tu pourras faire sept lieues, à chaque pas, et tu arriveras ainsi sans trop de mal au château de l&#8217;Étoile-Brillante, qui est encore loin, bien loin d&#8217;ici.<br />
Le meunier passa la nuit dans la hutte du vieil ermite, et le lendemain, dès le lever du soleil, il mit les guêtres sur ses jambes et partit.<br />
Il allait bon train, à présent. Rien ne l&#8217;arrêtait, ni les rivières, ni les fleuves, ni les forêts, ni les montagnes. Vers le coucher du soleil, il remarqua une autre hutte, semblable à la précédente, sur la lisière d&#8217;une forêt, et, comme il avait faim et qu&#8217;il était aussi un peu fatigué, il se dit : — Il faut que je demande à souper et à loger, dans cette hutte ; peut-être m&#8217;y donnera-t-on aussi quelque bon avis.<br />
Il poussa la clôture de genêt, qui céda facilement, et aperçut, au fond de l&#8217;habitation, accroupie parmi la cendre, sur la pierre du foyer, une petite vieille, qui avait des dents longues comme le bras.<br />
—  Bonsoir, grand&#8217;mère, lui dit-il ; auriez-vous la bonté de m&#8217;accorder l&#8217;hospitalité, pour la nuit ?<br />
—  Hélas ! Mon enfant, répondit-elle, tu es mal tombé ici, et ce que tu as de mieux à faire, c&#8217;est de t&#8217;en aller, au plus vite, j&#8217;ai trois fils, qui sont des gars terribles, et s&#8217;ils te trouvent ici, j&#8217;ai grand&#8217;peur qu&#8217;ils ne te mangent. Va-t&#8217;en, te dis-je, car ils ne tarderont pas à arriver.<br />
—  Comment s&#8217;appellent donc vos fils, grand&#8217;mère ?<br />
— Leurs noms sont : Janvier, Février et Mars.<br />
—  Vous êtes donc la mère des vents, alors ?<br />
—  Oui, c&#8217;est moi qui suis la mère des vents ; mais, va-t-en, te dis-je, car ils vont arriver.<br />
—  Au nom de Dieu, grand&#8217;mère, donnez-moi l&#8217;hospitalité et me cachez quelque part où ils ne me trouveront pas.<br />
En ce moment, on entendit un grand bruit, dehors.<br />
—  Voilà mon fils aîné, Janvier, qui arrive ! dit la vieille. Comment faire ?&#8230; Je dirai que tu es mon neveu, un fils de mon frère, et que tu es venu me rendre visite et faire connaissance avec tes cousins. Dis-leur que ton nom est Yves Pharaon, et sois bien gentil avec eux.<br />
Aussitôt,   dégringola   par   la   cheminée   un énorme géant, à barbe et cheveux blancs, grelottant de froid et faisant : brrr ! brrr ! !&#8230; iou ! iou !&#8230; J&#8217;ai faim, mère, j&#8217;ai faim et froid !&#8230; brrr !&#8230;<br />
—  Asseyez-vous là, près du feu, mon fils, lut dit la vieille, et je vais vous préparer à manger.<br />
Mais, le géant aperçut bientôt le meunier, blotti dans un coin, et demanda :<br />
— Qu&#8217;est-ce que ce ver de terre, mère ? Je vais l&#8217;avaler, en attendant mon souper&#8230;<br />
— Restez-là tranquille, sur votre escabeau, mon fils, et gardez-vous bien de faire du mal à cet enfant ; c&#8217;est le petit Yves Pharaon, mon neveu et votre cousin.<br />
—  J&#8217;ai grand&#8217;faim, mère, et je veux le manger, reprit le géant, en montrant les dents.<br />
—  Tenez-vous tranquille là, vous dis-je, et ne laites pas de mal à cet enfant, ou gare le sac !&#8230;<br />
Et elle lui montra du doigt un grand sac suspendu à une poutre. Alors, le géant se tint coi et ne dit plus mot.<br />
Les deux autres fils de la vieille, Février et Mars, arrivèrent aussi, l&#8217;un après l&#8217;autre, avec un vacarme épouvantable. Les arbres craquaient et tombaient, les pierres volaient en l&#8217;air et les loups hurlaient. C&#8217;était effrayant ! La vieille avait bien du mal à défendre son protégé contre la voracité des géants, et elle n&#8217;y parvenait qu&#8217;en les menaçant du sac.<br />
Enfin, ils se mirent tous à table ensemble, comme de bons amis, et dévorèrent trois bœufs entiers et burent trois barriques de vin, en un instant. Quand les géants furent repus, ils se calmèrent et causèrent tranquillement avec leur prétendu cousin. Janvier lui demanda :<br />
—  Dis-nous, à présent, cousin, si ton voyage n&#8217;a pas d&#8217;autre but que de nous rendre visite ?<br />
—  Si, mes chers cousins, je veux aller jusqu&#8217;au château de la princesse de l&#8217;Étoile-Brillante, et si vous pouvez m&#8217;en enseigner le chemin, vous me rendrez un grand service.<br />
—  Jamais je n&#8217;ai entendu parler du château de l&#8217;Étoile-Brillante, répondit Janvier.<br />
—  Moi, j&#8217;en ai bien entendu parler, mais je ne sais pas où il est, dit Mars.<br />
—  Moi, dit Février, je sais où il est ; j&#8217;ai même passé par là, hier, et j&#8217;y ai vu de grands préparatifs pour les noces de la princesse, qui auront lieu demain. On a tué cent bœufs et des veaux et des moutons et des poulets et des canards en quantité, — je n&#8217;en saurais dire le nombre, — pour les grands festins qui doivent avoir lieu.<br />
—  La princesse va se marier ! s&#8217;écria le meunier ; il faut alors que j&#8217;y arrive, avant la cérémonie ; enseigne-moi le chemin, mon cousin Février.<br />
— Je  ne demande pas mieux, répondit Février ; j&#8217;y retourne demain,  mais tu ne pourras pas me suivre.<br />
—  Si ! Si ! J’ai des guêtres avec lesquelles je fais sept lieues, à chaque pas.<br />
— C&#8217;est bien ; alors, nous partirons demain matin ensemble.<br />
Janvier partit le premier, avec un grand bruit, vers minuit. Février partit, environ une heure plus tard, emmenant avec lui le meunier. Celui-ci le suivit sans peine, jusqu&#8217;à la mer ; mais là, il lui fallut s&#8217;arrêter.<br />
—  Fais-moi passer cette mer, cousin, dit-il à Février.<br />
—  Ce n&#8217;est pas une mer seulement, mais trois mers qu&#8217;il nous faut traverser, répondit Février, et je crains de ne pouvoir te porter si loin sur mon dos.<br />
—  Au nom de Dieu, cousin, prends-moi sur ton dos.<br />
— Je te porterai aussi loin que je pourrai, mais, je te préviens que, quand je serai fatigué, je te jetterai à bas.<br />
Il monte sur le dos de Février, et les voilà au-dessus de la grande mer. Ils franchissent une mer, deux mers, mais, vers le milieu de la troisième mer, Février dit :<br />
— Je suis fatigué et ne puis te porter plus loin ; je vais te jeter à l&#8217;eau.<br />
—  Au nom de Dieu, mon cher cousin, ne fais pas cela ; nous approchons, je vois la terre, encore un effort et nous y sommes.<br />
Enfin, Février arrive à terre, avec beaucoup de mal, et dépose son fardeau au pied des murailles de la ville où était le château de la princesse.<br />
Mars vint aussi à passer, peu  après, et le meunier lui dit :<br />
—  Cousin Mars, cousin Mars, écoute un peu.<br />
—  Que veux-tu, cousin Yves Pharaon ? Lui demanda Mars.<br />
—  Février m&#8217;a déposé ici, au pied de ces hautes murailles, que je ne puis franchir ; prends-moi sur ton dos et me mets de l&#8217;autre côté.<br />
—  Volontiers, monte, lui dit Mars.<br />
Et il monta sur le dos de Mars, qui le déposa de l&#8217;autre côté des murs, dans la ville, et continua sa route.<br />
Le meunier descendit dans une auberge et, après ; déjeuner, il lia conversation avec l&#8217;hôtesse et lui demanda :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il de nouveau dans votre ville, hôtesse ?<br />
—   On ne parle, répondit-elle, que du mariage de la princesse de l&#8217;Étoile-Brillante, qui a lieu aujourd&#8217;hui même.<br />
—  Vraiment ? Elle a donc trouvé un mari selon son goût ?<br />
— On dit qu&#8217;elle n&#8217;aime pas le prince qu&#8217;elle va épouser et qu&#8217;elle se marie un peu malgré elle. Tout à l&#8217;heure, le cortège passera par là, devant ma maison, pour se rendre à l&#8217;église.<br />
Alors, le meunier plaça sur une petite table, devant l&#8217;auberge, la première des poires et le premier des mouchoirs que la princesse avait laissés à son ami, pour les lui donner, puis il attendit.<br />
Le cortège passa, peu après, avec la princesse et son fiancé en tète. La princesse remarqua la poire et le mouchoir et les reconnut ainsi que le meunier, qui se tenait auprès. Elle s&#8217;arrêta court, se dit subitement indisposée et demanda que la cérémonie fût remise au lendemain, Ce qui fut fait, sans que personne soupçonnât le motif de cette détermination.<br />
Le cortège retourna au palais, et, quand la princesse fut dans sa chambre, elle envoya une de ses femmes pour lui acheter la poire et le mouchoir du meunier.<br />
La femme lui apporta la poire et le mouchoir.<br />
Le lendemain, le cortège se remit en marche vers l&#8217;église, par le même chemin. Le meunier avait encore placé sur une table, devant l&#8217;auberge, une seconde poire et un second mouchoir. La princesse, en les voyant, simula encore une indisposition subite, et le cortège rentra au château,  comme la veille. Elle envoya de nouveau la même femme lui acheter cette seconde poire et ce second mouchoir.<br />
Enfin, le troisième jour, les choses se passèrent comme les deux jours précédents, avec cette différence cependant que la princesse dit à sa messagère de lui amener l&#8217;homme aux poires et aux mouchoirs. Ce qui fut fait.<br />
Le meunier et la princesse s&#8217;embrassèrent tendrement et pleurèrent de la joie qu&#8217;ils éprouvaient de se retrouver.<br />
Cependant, le prince fiancé dit que, puisque la princesse se trouvait indisposée chaque fois, sur le chemin de l&#8217;église, le repas de noce aurait lieu quand même, sauf à aller plus tard à l&#8217;église.<br />
La princesse procura de beaux vêtements de prince au meunier et lui dit d&#8217;attendre, dans sa chambre, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle vînt le chercher.<br />
Voilà tout le monde à table, chacun paré le plus richement possible. Un festin magnifique ! La princesse était si belle, qu&#8217;elle éclairait la salle, comme le soleil. Vers la fin du repas, tout le monde était gai et l&#8217;on parlait beaucoup et l&#8217;on chantait et se racontait des bons tours.<br />
Le beau-père dit à sa bru :<br />
—  A votre tour, ma belle bru, de nous conter aussi quelque chose.<br />
La princesse parla de la sorte :<br />
—  Voici une chose, beau-père, qui m&#8217;embarrasse beaucoup, et je voudrais avoir votre avis à ce sujet : j&#8217;ai un joli petit coffret, qui avait une gentille petite clef d&#8217;or, que j&#8217;aimais beaucoup. J&#8217;ai perdu cette clef et j&#8217;en ai fait faire une nouvelle. Mais, voilà que je viens de retrouver l&#8217;ancienne clef, avant d&#8217;avoir essayé la nouvelle. L&#8217;ancienne était fort bonne, et je ne sais pas encore ce que sera la nouvelle. Dites-moi, je vous prie, à laquelle des deux dois-je donner la préférence, à l&#8217;ancienne ou à la nouvelle ?<br />
— Il faut toujours avoir des égards et du respect pour ce qui est vieux et ancien, répondit le vieillard ; je demande pourtant à voir les deux clefs avant de me prononcer définitivement pour s l&#8217;une ou l&#8217;autre.<br />
— C&#8217;est juste, dit la princesse, et je vais vous les présenter toutes les deux.<br />
Et elle se leva de table et passa dans sa chambre, d&#8217;où elle revint aussitôt, en tenant le meunier par la main, et, le présentant à la société, elle dit :<br />
— Voici la clef ancienne, que j&#8217;avais perdue et que je viens de retrouver ; quant à la clef nouvelle, c&#8217;est le jeune prince de céans, auquel je suis bien fiancée, mais, la cérémonie religieuse n&#8217;a pas eu lieu, de sorte que je suis encore libre de disposer de ma main comme il me plaira. Comme vous l&#8217;avez fort bien dit, monseigneur, ce qui est vieux et ancien mérite respect et considération. Je garde donc mon ancienne clef, que j&#8217;ai retrouvée, et vous laisse la nouvelle. Or, par l&#8217;ancienne clef j&#8217;entends ce jeune homme courageux et fidèle (et elle montrait le meunier) qui, après m&#8217;avoir délivrée du château où me retenait captive un méchant magicien, est encore venu me chercher jusqu&#8217;ici, au prix de mille maux ; quant à la nouvelle clef, c&#8217;est votre fils, vous le comprenez, que j&#8217;ai été sur le point d&#8217;épouser, et à qui je rends aujourd&#8217;hui sa liberté.<br />
Grand fut l&#8217;ébahissement des assistants, comme bien vous pensez, en entendant ces paroles.<br />
La princesse et le meunier quittèrent aussitôt la salle, sans que personne essayât de s&#8217;y opposer, et se rendirent dans la cour du château, où les attendait un beau carrosse doré, attelé de quatre chevaux superbes. Ils y montèrent et partirent, au galop.<br />
Quand ils arrivèrent en Basse-Bretagne, au Guéodet, où il y avait alors une grande et belle ville, ils furent mariés à l&#8217;église, et il y eut alors des fêtes, des réjouissances publiques et des festins comme je n&#8217;en ai jamais vu, — si ce n&#8217;est en rêve peut-être.</p>
<p>Conté par Allain Richard, pêcheur au  Guéodet, près Lannion, le 25 septembre 1874.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Peut-être le conteur aurait-il dû mettre le carrosse et les chevaux couleur de la lune avant ceux couleur du soleil.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/princesse-etoile-brillante.zip" title="Fichier zip contenant La Princesse De l'Étoile Brillante au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>Le Magicien Ferragio</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Oct 2007 17:56:36 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Eur wez a oa, &#8216;vel ma lârer alao Pa ve c&#8217;hoant da gonta eur gaozic vihan vrao. Il y avait une fois, comme on dit toujours, Quand on veut conter un joli petit conte. CollectifLes Druides :Le Mystère des Oghams M. VescoliCalendrier celtique Il y avait une fois un comte du Poitou. Sa femme accoucha [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro">Eur wez a oa, &#8216;vel ma lârer alao<br />
Pa ve c&#8217;hoant da gonta eur gaozic vihan vrao. </p>
<p>Il y avait une fois, comme on dit toujours,<br />
Quand on veut conter un joli petit conte.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg7"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2849462977?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2849462977"><img src="/img/5190GYFMQHL._SL160_.jpg" width="115" height="160" alt="Les Druides : Le Mystère des Oghams" />
<p>Collectif<br />Les Druides :<br />Le Mystère des Oghams</p>
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<p>M. Vescoli<br />Calendrier celtique</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2742707506" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><br class="separator" /><br />
<strong>Il y avait une fois</strong> un comte du Poitou. Sa femme accoucha et lui donna une fille. On appela tous les magiciens connus pour lui tirer son horoscope. Il en vint de tous côtés, mais, ils n&#8217;étaient pas d&#8217;accord. Les uns prédisaient que l&#8217;enfant, qui s&#8217;appelait Marguerite, épouserait un roi ; d&#8217;autres prétendaient que ce serait un prince, d&#8217;autres, un duc ou un comte. Le père n&#8217;était guère satisfait de ce désaccord, et il fit bannir par tout le royaume que tous ceux qui savaient quelque chose en fait de prédiction n&#8217;avaient qu&#8217;à se rendre à son château, et ils seraient bien traités et bien rémunérés.<br />
Il y avait en ce temps-là, dans les montagnes de Scrignac <a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a>, un berger renommé dans tout le pays comme devin et un peu sorcier, et on venait le trouver de fort loin. Son nom était Gorvel. Il entendit les bannies, un jour de marché, à Morlaix, et se mit aussitôt en route vers le Poitou.<br />
Arrivé au château du comte,   on lui fit voir l&#8217;enfant. Il demanda un demi-verre d&#8217;eau et un demi verre de vin. Il mélangea les deux liquides, observa la manière dont se comporta le mélange et dit ensuite que l&#8217;enfant, à l&#8217;âge de douze ans, serait enlevée par  le magicien  Ferragio et délivrée par un de ses proches parents. Il prédit encore que, au bout d&#8217;un an, la comtesse donnerait le jour à un fils ; puis il ajouta que, si, les temps étant révolus, ses prédictions ne s&#8217;accomplissaient pas, il consentait à être mis à mort<span id="more-16"></span>.<br />
Le comte pria Gorvel de rester près de lui, et fit aussi venir sa femme et ses enfants.<br />
La comtesse accoucha d&#8217;un fils, comme il l&#8217;avait prédit. Il fut nommé Hervé.<br />
Aussitôt né, l&#8217;enfant fut confié à une nourrice, laquelle quitta avec lui le château, pendant quelque temps.<br />
Cependant Marguerite approchait de ses douze ans et son père devenait soucieux et songeait aux moyens de la protéger contre le magicien Ferragio. Il plaça des gardes tout autour de son château et jusques sur le toit. Précautions inutiles. Quand vint le jour où la jeune fille accomplissait sa douzième année, comme elle se promenait avec sa gouvernante dans le jardin du château, tout-à-coup le ciel s&#8217;obscurcit, le tonnerre se fit entendre, et, du sein d&#8217;un nuage qui s&#8217;abaissa jusqu&#8217;à terre, descendit le magicien, qui l&#8217;enleva et partit aussitôt avec elle dans son nuage.<br />
Grande désolation du père et de la mère.<br />
Mais, occupons-nous à présent du jeune enfant que nous avons vu partir avec sa nourrice ; nous retrouverons plus tard Marguerite et le magicien.<br />
Quand Hervé eut dix ans, on l&#8217;envoya à l&#8217;école, dans la ville voisine. Ses camarades ne l&#8217;appelaient que penher (fils unique), et il croyait bien qu&#8217;il n&#8217;avait ni frère ni sœur, et son père et sa mère ne lui avaient jamais dit non plus qu&#8217;il en eût. Cependant, un de ses condisciples ayant dit un jour aux autres : « Celui-là n&#8217;est pas penher, car il a une sœur, qui a été enlevée, à l&#8217;âge de douze ans, par le magicien Ferragio » ces paroles produisirent sur lui un singulier effet. Il fit un paquet de ses livres et de ses cahiers et s&#8217;en vint tout droit à la maison. Il demanda à son père si ce qu&#8217;il avait entendu était vrai, à savoir : qu&#8217;il avait une sœur, qui avait été enlevée, à l&#8217;âge de douze ans, par le magicien Ferragio. Son père lui avoua que c&#8217;était la vérité, et il dit alors qu&#8217;il voulait aller à la recherche de sa sœur, et qu&#8217;il ne reviendrait à la maison que lorsqu&#8217;il l&#8217;aurait trouvée et délivrée.<br />
Il se fit construire un navire propre à aller par eau et par terre, et il partit en emmenant avec lui les deux fils de Gorvel le devin. Il demandait partout où se trouvait le château de Ferragio le magicien, et personne ne pouvait le lui dire. Ils vont, tantôt par terre, tantôt par mer, loin, bien loin, plus loin encore. Ils abordent à une île pour faire de l&#8217;eau. Ils y trouvent des oranges en abondance et en font provision, pour emporter sur leur navire. Ils s&#8217;engagent dans une belle avenue d&#8217;orangers chargés de fruits, sablée avec du sable d&#8217;or et à l&#8217;extrémité de cette avenue, ils rencontrent un château de cristal avec une porte en or &#8216;massif. Ils hésitent un moment s&#8217;ils doivent entrer dans ce château ou passer outre. Hervé se décide à entrer, et ses deux compagnons le suivent. Il frappe à la porte, et elle lui est ouverte par un vilain nain, lequel a une barbe qui fait sept fois le tour de son corps.<br />
— Que demandes-tu ? Lui dit le nain, d&#8217;un ton insolent.<br />
—  Visiter ton château, lui répond Hervé.<br />
—  Pour cela il faut que tu te battes avec moi et que tu sois le plus fort.<br />
—  Eh bien ! Battons-nous, dit Hervé tranquillement.<br />
Hervé le terrassa, non sans mal, et lui coupa la tête. &#8211; Mais, aussitôt parut un géant de dix-sept pieds de haut, qui lui dit :<br />
—  Ah ! Ver de terre, tu as tué mon frère, mais, c&#8217;est à moi que tu auras à faire, à présent.<br />
Et le combat commença, terrible.<br />
Hervé vint encore à bout de celui-là, et il lui trancha aussi la tête. Mais, un second géant, plus grand, parut alors et dit comme le premier :<br />
—  Ah ! Ver de terre, tu as tué mes deux frères ; mais moi, je vais t&#8217;avaler tout vif.<br />
Et il s&#8217;avança sur lui, la bouche béante comme l&#8217;ouverture d&#8217;un four.<br />
Hervé l&#8217;éventra, si bien que ses boyaux tombèrent par terre, et il lui coupa aussi la tête. Puis, il regarda autour de soi, en se demandant avec inquiétude : — « Est-ce qu&#8217;il y en a encore ? » car il n&#8217;en pouvait plus. Mais, il ne se présenta pas d&#8217;autre géant ni nain, et ils entrèrent tous les trois dans le château. Ils ne trouvèrent personne, dans la première pièce. Ils passèrent dans une seconde et y virent une table magnifiquement servie, avec les mets tout fumants et sentant bon, et personne autour de la table. Ils s&#8217;assoient et mangent et boivent à discrétion, servis par des mains invisibles. Puis, les mêmes mains, prenant des flambeaux, les conduisent à de belles chambres, où ils trouvent d&#8217;excellents lits de plume. Ils dorment tranquillement, jusqu&#8217;au lendemain matin, où ils sont éveillés par des cris de détresse poussés par une voix de femme. Ils se lèvent précipitamment, courent aux fenêtres, et voient avec étonnement le nain barbu que Hervé croyait avoir tué qui traînait une jeune fille par les cheveux, sur le pavé de la cour. Ils descendent pour lui porter secours ; mais, arrivés dans la cour, ils ne voient plus rien, ni nain, ni jeune fille.<br />
Ils passèrent la journée au château, s&#8217;y trouvant bien, déjeunèrent, dînèrent, se promenèrent dans les jardins, qui étaient magnifiques, puis soupèrent et se couchèrent encore, sans avoir aperçu ni entendu nul être vivant.<br />
Le lendemain matin, ils furent éveillés par les mêmes cris que la veille et virent encore le nain qui traînait la même jeune fille par les cheveux. Mais, quand ils arrivèrent dans la cour, et le nain et la jeune fille avaient encore disparu. Ils en étaient fort dépités.<br />
La troisième nuit, ils se couchèrent tout habillés sur leurs lits, se levèrent un peu avant le jour, et quand les cris se firent encore entendre, au matin, ils se précipitèrent dans la cour. Hélas ! Ils arrivaient encore trop tard. Ils purent voir pourtant le nain soulever une grande dalle de pierre, au moyen d&#8217;un organeau qui y était scellé, et disparaître dessous avec la jeune fille. Ils coururent à la pierre, la soulevèrent avec peine et aperçurent un escalier de marbre, qui descendait profondément sous terre. Hervé dit à ses deux compagnons :<br />
—  Restez là ; moi, je vais descendre dans le souterrain, et si je ne reviens pas, au bout d&#8217;un an et un jour, vous retournerez auprès de mon père.<br />
Et il descendit dans le trou. Il descendit, descendit, dans l&#8217;obscurité, et arriva enfin à un autre château, beaucoup plus beau que le premier. Il frappa à la porte et le nain qu&#8217;il avait vu maltraiter la jeune fille vint lui ouvrir.<br />
 — Que cherches-tu par ici, ver de terre ? Lui demanda le nain.<br />
—  Ma sœur, vilaine bête, répondit-il, sans peur.<br />
—  Ta sœur est bien ici, et tu ne l&#8217;auras pas.<br />
— Je l&#8217;aurai, de gré ou de force.<br />
Et le combat commence aussitôt.<br />
Hervé tue aussi le nain et lui tranche la tête.<br />
Mais, aussitôt sort de dessous terre un géant de vingt-deux pieds de haut, et le combat recommence. Le géant est aussi tué et décapité, et aussitôt un autre géant de vingt-cinq pieds de haut prend sa place. Il a le même sort que son frère.<br />
Hervé pénétre alors dans le château. Il passe dans la salle à manger, où il trouve un bon dîner servi, et encore personne. Il avait faim, et il mange et boit en conséquence. Quand il a fini, une main invisible prend un flambeau sur la table et, s&#8217;avançant devant lui, elle le conduit à une chambre à coucher, où il trouve un excellent lit de plume.<br />
Le lendemain matin, quand il descendit, il trouva encore un bon déjeuner servi, et ne fit pas plus de compliments que la veille pour en profiter. Puis, il alla se promener dans les jardins. Il y remarqua une petite loge, dans laquelle se tenait une petite vieille, qui avait deux dents longues comme le bras. Il l&#8217;aborda, la salua poliment et lui dit :<br />
—  Bonjour, grand&#8217;mére.<br />
—  Que cherches-tu par ici, ver de terre ? Lui demanda la vieille.<br />
—  Je cherche ma sœur, répondit-il, qui doit être par ici, quelque part.<br />
—  Hélas ! Mon pauvre enfant, si tu savais le danger auquel tu  t&#8217;exposes, tu t&#8217;en  irais  bien vite ; tu es ici chez le grand magicien Ferragio.<br />
—  C&#8217;est lui précisément que je cherche, grand&#8217;mére.<br />
—  Sais-tu bien que Ferragio n&#8217;a qu&#8217;un seul endroit dans son corps où il puisse être atteint mortellement. Il faut le frapper au front. Mais, son front est garni de sept plaques de cuivre superposées, et il faut les traverser toutes pour le tuer.<br />
— Eh bien ! Grand&#8217;mére, je traverserai de mon épée les sept plaques  de cuivre et je tuerai Ferragio. Et là-dessus, il commença par tuer la vieille, qui était la mère du magicien.<br />
Il retourna alors au château, et en visitant les salles et les chambres, il rencontra la jeune fille qu&#8217;il avait vu maltraiter par le nain, et elle lui dit : —Dans trois jours, le magicien Ferragio, qui est présentement absent, reviendra, et il te faudra, te battre contre lui, dès le lendemain, pour me retirer d&#8217;ici ; mais, voici un onguent que tu mettras sur tes blessures et qui les guérira instantanément. Je suis la fille du roi d&#8217;Espagne, et j&#8217;ai été enlevée par le magicien, qui me retient ici captive, depuis plusieurs années.<br />
Hervé prit l&#8217;onguent, remercia la princesse et lui demanda des nouvelles de sa sœur.<br />
— Ta sœur, lui dit-elle, n&#8217;est pas ici ; elle est dans le château du magicien Trubardo, et tu auras fort à faire pour la lui arracher.<br />
La princesse s&#8217;en alla là-dessus. Au bout des  trois jours, Ferragio arriva et il demanda à Hervé, dès qu&#8217;il le vit :<br />
—  Que cherches-tu par ici, avorton ?<br />
—  Ma sœur et la jeune princesse que j&#8217;ai vu maltraiter par un vilain nain, dans le château d&#8217;en-haut.<br />
—  Tu n&#8217;auras ni l&#8217;une ni l&#8217;autre, à moins que tu ne les gagnes à la pointe de ton épée.<br />
—  C&#8217;est ce que je compte bien faire.<br />
—  Vraiment, pauvre petit ! Eh bien ! Trouve-toi, demain matin, dans la cour du château et nous verrons.<br />
Le lendemain, Hervé fut exact au rendez-vous. Le magicien envoya un taureau contre lui. L&#8217;animal, furieux, se précipita sur Hervé, tête baissée ; mais, il sut l&#8217;éviter, en se jetant de côté, et le taureau alla donner contre un mur où ses cornes s&#8217;enfoncèrent si profondément, qu&#8217;il ne pouvait plus les en retirer. Alors, Hervé le tua facilement.<br />
—  Ce n&#8217;est pas tout, lui dit le magicien, il faudra recommencer, demain matin.<br />
—  A demain matin donc, répondit Hervé, tranquillement.<br />
Le lendemain, le magicien envoya contre lui un grand cheval furieux. Il tua aussi le cheval. Enfin, le troisième jour, il eut affaire à un serpent recouvert d&#8217;écaillés jaunâtres et qui vomissait du feu. Il finit aussi par en venir à bout, mais, avec bien du mal, et il le tua comme le taureau et le cheval.<br />
— C&#8217;est bien, dit le magicien, en dissimulant sa colère et son inquiétude ; mais, à présent, c&#8217;est à moi-même que tu auras affaire.  Retrouve-toi ici, demain matin, et nous en finirons avec toi. Et il s&#8217;en alla là-dessus.<br />
La fille du roi d&#8217;Espagne vint trouver Hervé et lui dit :<br />
— Tu es sorti heureusement et sans beaucoup de peine de ces trois épreuves ; mais, trois autres vont leur succéder, à présent, qui seront bien plus difficiles ; car c&#8217;est contre le  magicien lui-même qu&#8217;il te faudra combattre. Aie confiance pourtant et bon courage, et,  grâce à l&#8217;onguent magique que je t&#8217;ai donné, tu pourras encore te tirer d&#8217;affaire.<br />
Le lendemain matin donc, le voilà aux prises avec le magicien en personne. Le combat fut long et terrible. Hervé fut souvent atteint mortellement ; mais, il mettait aussitôt un peu de son onguent sur la blessure et se trouvait guéri aussitôt. Il parvint à percer deux des sept plaques de cuivre qui garnissaient le front du magicien, et celui-ci se sentit faiblir un peu. Il continua pourtant de faire bonne contenance. Enfin, épuisés et n&#8217;en pouvant plus, de part et d&#8217;autres, ils convinrent de remettre la suite du combat au lendemain, et se retirèrent, chacun de son côté, pour se restaurer et se reposer.<br />
Ils recommencèrent de plus belle, le lendemain, et si l&#8217;affaire avait été chaude, la veille, ce jour-là, elle le fut bien davantage. On se battit jusqu&#8217;au soir, et, au coucher du soleil, Hervé avait encore percé trois autres plaques de cuivre ; ce qui faisait cinq, avec les deux de la veille.<br />
Le magicien, qui faiblissait, à mesure qu&#8217;on perçait les plaques de son front, demanda encore quartier jusqu&#8217;au lendemain, et Hervé, qui, de son côté, n&#8217;en pouvait plus, s&#8217;empressa d&#8217;y consentir.<br />
Le troisième jour, ils étaient encore, dès le lever du soleil, en présence l&#8217;un de l&#8217;autre, et le combat recommença, plus terrible que jamais, car il fallait finir, ce jour-là, par la mort de l&#8217;un ou de l&#8217;autre des combattants. Hervé dut avoir recours souvent à son onguent, et le magicien, furieux de voir qu&#8217;il ne tombait pas, quelque terribles et mortels que fussent les coups qu&#8217;il lui portait, en perdait la tête et ses coups n&#8217;étaient plus aussi sûrs. Vers le coucher du soleil, Hervé parvint à percer les deux dernières plaques, et aussitôt le monstre s&#8217;affaissa sur lui-même et tomba à terre, roide mort. Pour plus de sûreté, Hervé lui trancha la tête et la jeta dans les fossés du château.<br />
Aussitôt, on vit surgir de tous côtés des princesses, toutes plus belles les unes que les autres, et qui venaient remercier le vainqueur en lui disant, l&#8217;une : — « Venez avec moi chez mon père pour lui demander ma   main ;   je   suis  la  fille de l&#8217;empereur de Turquie. » Une autre : — « Je suis la fille du roi de Perse ; » une troisième : — « Je suis la fille du roi de Naples, » et ainsi de suite. Hervé ne savait trop à laquelle entendre, tant elles étaient toutes jolies et gracieuses. Cependant, il se décida pour la fille du roi d&#8217;Espagne, laquelle lui avait procuré l&#8217;onguent magique qui lui fut si utile, dans ses combats avec le magicien. Toutes les autres princesses partirent,  chacune de son côté, dans de beaux carrosses attelés de chevaux ailés, qui s&#8217;élevèrent dans l&#8217;air et les portèrent promptement dans leurs pays.<br />
Hervé partit aussi, par la même voie, pour l&#8217;Espagne, avec sa protectrice. Mais, ils n&#8217;étaient pas encore loin, quand le ciel s&#8217;obscurcit tout d&#8217;un coup, et ils virent un nuage noir qui s&#8217;avançait sur eux, d&#8217;une façon menaçante.<br />
—  Hélas ! s&#8217;écria la princesse, à cette vue, c&#8217;est le géant Trubardo, frère de Ferragio, qui nous poursuit, sous cette forme.<br />
Et à peine avait-elle prononcé ces paroles, que Trubardo, qui était aussi magicien, descendit du nuage, sous la forme du croissant de la lune, et l&#8217;enleva. Quant à Hervé, il fut précipité à terre et tomba dans une carrière. Quand il se releva de là, tout meurtri, il ne savait pas où il était, ni de quel côté il devait se diriger. Il alla au hasard, à la grâce de Dieu, et arriva dans la ville de Constantinople. Il se rendit immédiatement au palais de l&#8217;empereur et demanda de l&#8217;occupation. On le prit comme berger, et on lui recommanda de ne pas approcher avec son troupeau du château du magicien Trubardo, qui demeurait dans le voisinage et faisait trembler toute la ville.<br />
Quand il entendit cela, il en fut content et ne songea plus qu&#8217;à reprendre la princesse espagnole au magicien. Mais, hélas ! Il n&#8217;avait pas d&#8217;armes, et il en était fort contrarié.<br />
Un jour, qu&#8217;il était avec son troupeau sur une grande lande, il rencontra un vieillard à la barbe longue et blanche comme la neige et qui lui demanda s&#8217;il n&#8217;était pas encore las de garder les troupeaux en Turquie, et s&#8217;il ne désirait pas retourner dans son pays.<br />
— Je retournerais volontiers chez mon père, répondit-il ; mais, je voudrais retrouver ma sœur auparavant et aussi la fille du roi d&#8217;Espagne, que le magicien Trubardo retient captives.<br />
— Il faut alors les aller chercher chez le magicien Trubardo.<br />
—  Oui, mais il me faudrait des armes pour cela.<br />
— Eh bien ! Voici une épée et une lance ; l&#8217;épée est celle avec laquelle saint Pierre coupa l&#8217;oreille de Malchus, et la lance est celle qui perça le côté gauche de Notre-Sauveur, sur la croix. Avec ces armes, tu peux marcher sans crainte contre le magicien. Il a un point noir dans la paume de la main gauche, et c&#8217;est là qu&#8217;il faut le frapper ; car c&#8217;est le seul endroit de son corps où il soit vulnérable.<br />
— C&#8217;est bien, mais qui gardera mon troupeau, en mon absence ?<br />
—  Moi, sois tranquille à ce sujet,<br />
Et Hervé prit l&#8217;épée et la lance et se rendit au château du magicien.<br />
Il frappa à la porte. Elle s&#8217;ouvrit aussitôt et il se trouva en présence d&#8217;un géant de dix-huit pieds de haut, qui lui demanda :<br />
—  Que cherches-tu par ici, ver de terre ?<br />
—  La fille du roi d&#8217;Espagne, répondit-il, et ma sœur, la fille du comte du Poitou.<br />
—  Elles sont bien ici, en effet ; mais, tu ne les auras pas, à moins que tu ne me tues d&#8217;abord et le magicien Trubardo ensuite.<br />
—   Eh bien ! Je te tuerai et le magicien Trubardo aussi.<br />
Et le combat commença aussitôt, et le géant fut bientôt tué, d&#8217;un coup de la lance sainte.<br />
Hervé pénétra alors dans le château, et voyant une table bien servie, il s&#8217;y assit et mangea et but à discrétion. Quand il eût fini, une main invisible prit un flambeau sur la table et le conduisit à une chambre à coucher, où il dormit tranquille, dans un excellent lit de plume.<br />
Le lendemain matin, il vit la porte de sa chambre s&#8217;ouvrir et la fille du roi d&#8217;Espagne entra et lui dit :<br />
—  Tu as bien tué le géant qui garde le château de Trubardo, en son absence ; mais, pour nie retirer d&#8217;ici, il te faut encore tuer le magicien lui-même.<br />
—  Je le tuerai ; où est-il ?<br />
—  Il est absent.<br />
—  Quand reviendra-t-il ?<br />
—  Je ne sais pas.<br />
—  Ne peut-on pas hâter son retour ?<br />
—  Si, tu n&#8217;as qu&#8217;à frapper un coup de marteau sur une boule de cuivre qui est près de la porte du château, et il arrivera aussitôt.<br />
— En ce cas, je vais le faire revenir tout de suite.<br />
Et Hervé descendit et déchargea un vigoureux coup sur la boule de cuivre, qui rendit un son retentissant.<br />
On entendit aussitôt un grand bruit, dans l&#8217;air, et le magicien descendit dans la cour, du sein d&#8217;un nuage noir.<br />
— Qu&#8217;y a-t-il de nouveau par ici ? demanda-t-il.<br />
Rends-moi la fille du roi d&#8217;Espagne et ma sœur, la fille du comte du Poitou, lui dit Hervé.<br />
—  Tu n&#8217;auras ni l&#8217;une ni l&#8217;autre, répondit le magicien, à moins que tu ne m&#8217;ôtes la vie.<br />
—  Eh bien ! Je t&#8217;ôterai la vie, alors.<br />
Et le combat commença aussitôt ; mais, il ne fut pas long, car du troisième coup, l&#8217;épée de Hervé atteignit le magicien dans le point noir qu&#8217;il avait à la paume de la main gauche, et il tomba aussitôt et expira.<br />
Alors, on vit encore de belles princesses surgir de tous côtés et venir remercier Hervé de les avoir délivrées, et le prier de les accompagner jusque chez leurs pères pour demander leur main. Mais, il resta insensible à toutes leurs avances et séductions et retourna avec sa sœur et la princesse espagnole à la lande où il avait laissé son troupeau, sous la garde du vieillard qui lui avait fourni des armes. Mais, le vieillard n&#8217;était plus là,  et il avait ramené le troupeau à l&#8217;étable <a href="#note2">(2)</a><a name="texte2"></a>. Ce que voyant, ils se mirent en route pour le Poitou.<br />
Mais, que sont devenus les deux compagnons de Hervé, les fils du devin de Scrignac, qu&#8217;il avait laissés dans le château de Ferragio, quand il descendit dans le souterrain ?<br />
Quand l&#8217;an et le jour furent accomplis, voyant que Hervé ne revenait pas, ils se rendirent à leur navire, levèrent l&#8217;ancre, et retournèrent aussi dans le Poitou, mais non sans emporter de grands trésors du château du magicien.<br />
Hervé épousa la princesse espagnole, sa sœur épousa un frère de celle-ci, et les deux noces furent faites le môme jour, et il y eut de grands festins, des fêtes et des réjouissances publiques. Hervé devint, peu après, roi d&#8217;Espagne, à la mort de son beau-père.</p>
<p>Conté  par Vincent Coat, ouvrier  de la manufacture des tabacs de Morlaix. — Avril 1874.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Commune de l&#8217;arrondissement de Morlaix.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> C&#8217;est à tort, croyons-nous, que le conteur fait disparaître le vieillard, sans nous apprendre qui il est. C&#8217;est sans doute le bon Dieu lui-même, qui intervient fréquemment, sous cette forme, dans les contes populaires. — Ce conte, comme quelques autres, peut appartenir aussi bien au cycle de la Recherche de la Princesse aux Cheveux d&#8217;Or et à celui du Magicien et sou valet, ou sa fille.</span></p>
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		<title>Les Trois Poils De La Barbe D&#8217;or Du Diable</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Oct 2007 11:34:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[La princesse aux cheveux d'or]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>

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		<description><![CDATA[Kement-man oa d&#8217;ann amzer Ma ho devoa dennt ar ier. Ceci se passait du temps Où les poules avaient des dents. R. Futthark Histoires mystérieusesdes Celtes R-D. Nolane Harry Dickson :Le diable du Devonshire - Malo, le jardinier du roi, a un sixième fils &#8211; Le roi propose d&#8217;être le parrain de l&#8217;enfant, nommé Chales [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro">Kement-man oa d&#8217;ann amzer<br />
Ma ho devoa dennt ar ier.</p>
<p>Ceci se passait du temps<br />
Où les poules avaient des dents.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2732834246?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2732834246"><img src="/img/51SG6YKK3AL._SL160_.jpg" width="114" height="160" alt="Histoires mystérieuses des Celtes" />
<p>R. Futthark <br />Histoires mystérieuses<br />des Celtes</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2732834246" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2302002784?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2302002784"><img src="/img/512AHagzZeL._SL160_.jpg" width="117" height="160" alt="Harry Dickson, Tome 12 : Le diable du Devonshire" />
<p>R-D. Nolane <br />Harry Dickson :<br />Le diable du Devonshire </p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2302002784" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><em>- Malo, le jardinier du roi, a un sixième fils &#8211; Le roi propose d&#8217;être le parrain de l&#8217;enfant, nommé Chales &#8211; Le roi abandonne le berceau de Charles en mer, afin qu&#8217;il ne risque pas d&#8217;épouser un jour sa fille &#8211; L&#8217;enfant est recueilli par un marchant &#8211; Le roi retrouve l&#8217;enfant, comprend qui il est et veut le faire mettre à mort &#8211; Charles arrive au château du roi, où au lieu de l&#8217;assassiner, on le reçoit cordialement &#8211; La fille du roi veut l&#8217;épouser &#8211; Ne pouvant s&#8217;y opposer, le roi y met la condition que Charles lui rapportera trois poils de la barbe d’or du Diable &#8211; La mère du Diable le conduit au château de son fils &#8211; Pendant que le Diable dort, elle arrache trois poils de sa barbe et les donne à Charles &#8211; Il rentre au palais du roi, qui en voyant les trois poils d&#8217;or meurt de rage &#8211; Charles épouse la princesse -</em><br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>Il se nommait Malo</strong> et était jardinier à la cour d&#8217;un roi. Mais, comme il était déjà âgé, il ne travaillait plus guère et avait la surveillance des autres jardiniers de la cour.<br />
Le roi, qui aimait à causer avec lui, quand il venait se promener dans le jardin, lui dit un jour :<br />
—  Ta femme est donc enceinte encore, Malo ?<br />
—  Oui, sire, et je serai bientôt père pour la sixième fois, car, comme vous le savez, j&#8217;ai déjà cinq enfants. Mais, ce qui m&#8217;embarrasse le plus, c&#8217;est de savoir où trouver un parrain pour le sixième.<br />
—  Eh bien, que cela ne t&#8217;inquiète plus ; viens me trouver, quand ton enfant naîtra, et je lui trouverai un parrain.<br />
Huit jours plus tard, Malo alla trouver le roi, et lui dit :<br />
—  Il vient de me naître un sixième garçon, sire.<br />
—  Eh bien, répondit le roi, c&#8217;est moi qui serai son parrain.<br />
Le baptême fut célébré solennellement, et l&#8217;enfant fut nommé Charles. Puis, il y eut un grand dîner, au palais du roi. Vers la fin du repas, le vieux jardinier, qui avait bu un peu plus que d&#8217;habitude, était gai et dit, en levant son verre plein :<br />
—  A votre santé, sire, et Dieu fasse la grâce à mon fils nouveau-né d&#8217;être uni un jour à la princesse votre fille.<br />
Il y avait quelques jours seulement qu&#8217;une fille était aussi née au roi.<br />
Le monarque fut mécontent du souhait de son jardinier<span id="more-15"></span>, et il le renvoya.<br />
Malo entra chez un grand seigneur.<br />
Cependant, le roi ne tarda pas à regretter son vieux jardinier, et il lui demanda de revenir à la cour, comme précédemment.<br />
Malo, qui regrettait également les beaux jardins où il avait passé toute sa vie, et les bonnes conversations avec son roi, revint volontiers. Le roi voulut se charger de l&#8217;éducation de Charles, et Malo y consentit facilement.<br />
Le vieux monarque n&#8217;avait pas oublié les paroles imprudentes du jardinier, au dîner du baptême, et il voulait prendre ses précautions, de bonne heure, pour empêcher la réalisation du souhait qu&#8217;il avait exprimé.<br />
Charles fut bientôt exposé sur la grande mer, dans un berceau de verre, et abandonné à la grâce de Dieu.<br />
Le roi attendait son marchand de vin de Bordeaux, qui devait venir lui apporter du vin. Le marchand de Bordeaux rencontra en mer le berceau où avait été exposé Charles. Il recueillit l&#8217;enfant, admira sa beauté et résolut de l&#8217;amener à sa femme et de l&#8217;adopter. Dans sa joie et son empressement à le montrer à sa femme, il fit virer de bord son bâtiment et retourna immédiatement à Bordeaux.<br />
Sa femme fut heureuse du cadeau que lui faisait son mari, car ils n&#8217;avaient pas d&#8217;enfants, quoique mariés depuis longtemps. Charles fut dès lors élevé et instruit comme s&#8217;il eût été le propre fils du marchand. On le baptisa de nouveau, dans la crainte qu&#8217;il ne l&#8217;eût pas été déjà, et le hasard voulut qu&#8217;on lui donnât encore le nom de Charles. On lui donna des maîtres de toute sorte, et il appelait le marchand et sa femme son père et sa mère, car on le laissa dans une ignorance complète de ses premières années.<br />
Cependant le roi, plusieurs années plus tard, fit un voyage à Bordeaux. Quand il vit Charles, il admira sa bonne mine et demanda au marchand s&#8217;il était son enfant. Le marchand lui raconta comment, l&#8217;ayant trouvé en pleine mer, dans un berceau de verre, il l&#8217;avait recueilli et adopté comme son propre enfant. Alors le roi vit clairement que c&#8217;était l&#8217;enfant de son jardinier, celui-là même dont il avait voulu se débarrasser, et demanda au marchand de le lui céder, pour qu&#8217;il en fît plus tard son secrétaire. Le marchand céda l&#8217;enfant à son roi, mais à regret.<br />
Le roi, qui ne devait pas retourner immédiatement à Paris, envoya Charles devant et lui donna une lettre pour la reine, dans laquelle il ordonnait à celle-ci de faire mettre à mort le porteur, dès qu&#8217;il arriverait. Il ajoutait qu&#8217;il reviendrait aussi, sans retard, mais qu&#8217;il fallait que son ordre fût mis à exécution, avant son arrivée.<br />
Charles part avec la lettre, ne se doutant pas qu&#8217;elle contenait son arrêt de mort. Il loge dans un village, au bord de la route, et y mange avec trois inconnus, des maltôtiers.<br />
Après souper, on joue aux cartes. Charles perd tout son argent et même sa montre. On se couche. Les trois maltôtiers étaient dans la même chambre, et Charles était dans un cabinet, à côté. Il n&#8217;y avait qu&#8217;une cloison de planches à les séparer, et il entendait leur conversation : — Le pauvre garçon ! dit l&#8217;un d&#8217;eux, il a perdu tout son argent ; comment pourra-t-il payer son écot et retourner jusque chez lui ? J&#8217;ai pitié de lui ; si nous lui rendions son argent ? — Oui, répondirent les deux autres ; rendons-lui son argent.<br />
Et un des trois alla dans sa chambre pour lui remettre son argent. Il dormait profondément, car il était très fatigué de sa marche. Sur sa table de nuit, le maltôtier aperçut une lettre cachetée ; c&#8217;était celle que le roi lui avait donnée pour être remise à la reine. Poussé par la curiosité, il rompit le cachet, lut la lettre et fut bien étonné de ce qu&#8217;elle contenait.<br />
— Le pauvre garçon ! pensa-t-il, il porte lui-même l&#8217;ordre de le faire mettre à mort, et il ne le sait pas !<br />
Il montra la lettre à ses deux camarades, et ils lui substituèrent une autre lettre, qui recommandait à la reine de bien accueillir et bien traiter le porteur.<br />
Le lendemain matin, quand Charles se leva, les maltôtiers étaient déjà partis. Il retrouva dans ses poches son argent et sa montre, et sa lettre était aussi sur sa table de nuit, où il l&#8217;avait posée. Il paya son hôte et se remit en route, sans que rien lui eût fait soupçonner une substitution de lettre. Il marche, il marche, et finit par arriver à Paris. Il va tout droit au palais royal et remet sa lettre à la reine. Celle-ci l&#8217;accueille on ne peut mieux, le fait manger à sa table et l&#8217;emmène avec elle et la princesse, sa fille, dans ses visites et ses promenades.<br />
Le roi revint au bout d&#8217;un mois, et son étonnement fut grand et grande aussi sa colère de retrouver Charles dans la société de sa femme et de sa fille.<br />
—  Comment ! dit-il à la reine, vous n&#8217;avez donc pas fait ce que je vous recommandais, dans ma lettre ?<br />
—  Vraiment, si, répondit-elle ; voici votre lettre ; relisez-la.<br />
Le roi lut la lettre que lui présenta la reine, et vit clairement qu&#8217;il avait été trahi, mais il ignorait par qui.<br />
Charles fut alors envoyé à l&#8217;armée, comme simple soldat. C&#8217;était un soldat exemplaire. Il devint promptement officier, et, comme il se comportait vaillamment, dans toutes les rencontres, et contribuait plus que nul autre à la victoire, il parvint vite aux plus hauts grades, et on ne parlait que de lui, à l&#8217;armée et à la ville. La princesse s&#8217;éprit d&#8217;amour pour lui, et demanda à son père de le lui laisser épouser. — Jamais ! répondit le roi. Survint une grande guerre, et le roi de France était sur le point de perdre une bataille décisive, quand arriva Charles avec ses soldats. Aussitôt les choses changèrent de tournure, et les Français remportèrent une grande victoire, au lieu de la défaite désastreuse dont ils étaient menacés.<br />
La princesse demanda de nouveau à son père de lui permettre d&#8217;épouser le jeune héros.<br />
—  Je le veux bien, répondit-il, cette fois, mais, à la condition qu&#8217;il m&#8217;apportera trois poils de la barbe d&#8217;or du Diable<sup><em><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a></em></sup>.<br />
— Et où irai-je chercher le Diable ? demanda Charles.<br />
— En Enfer, parbleu ! Lui répondit la princesse.<br />
— C&#8217;est facile à dire ; mais, par où aller en Enfer ?<br />
Il se mit tout de même en route, à la grâce de Dieu.<br />
Après avoir marché longtemps et traversé bien des pays, il arriva au pied d&#8217;une haute montagne, où il vit une vieille femme qui venait de puiser de l&#8217;eau à la fontaine, dans une barrique défoncée qu&#8217;elle portait sur la tête.<br />
—  Où allez-vous ainsi, l&#8217;homme ? Lui demanda la vieille ; ici, il ne vient pas de gens en vie. Je suis la mère du Diable.<br />
— Eh bien, c&#8217;est alors votre fils que je cherche ; conduisez-moi jusqu&#8217;à lui, je vous prie.<br />
—  Mais, mon pauvre enfant, il te tuera ou t&#8217;avalera vivant, quand il te verra.<br />
— Peut-être. Faites que je lui parle, et nous verrons après.<br />
— Tu n&#8217;es pas peureux, à ce qu&#8217;il paraît ; mais, dis-moi ce que tu as à faire avec mon fils.<br />
— Le roi de France m&#8217;a promis de me donner la main de sa fille, si je lui apporte trois poils de la barbe d&#8217;or du Diable, et je pense, grand&#8217;mère, que vous ne voudrez pas me faire manquer un si beau mariage pour trois poils de barbe.<br />
—  Eh bien, suis-moi, et nous verrons ; ta mine me plaît.<br />
Et Charles suivit la vieille, qui le conduisit à un vieux château délabré et tout noir.<br />
Aussitôt arrivée, elle se mit à faire des crêpes pour son fils, sur une poêle plus large qu&#8217;une meule de moulin. Bientôt, on entendit un vacarme effroyable.<br />
—  Voilà mon fils  qui  arrive,  dit la vieille, cache-toi vite sous mon lit.<br />
Charles se cacha sous le lit, et le fils de la vieille entra aussitôt en criant :<br />
— J&#8217;ai grand&#8217;faim, mère, grand&#8217;faim<sup><em><a href="#note2">(2)</a><a name="texte2"></a></em></sup> !<br />
—  Eh bien, mange, mon fils ; voilà de bonnes crêpes.<br />
Et il se mit à manger des crêpes, qui disparaissaient comme dans un gouffre.<br />
Quand il en eut ainsi englouti quelques douzaines, il s&#8217;interrompit un instant, et dit :<br />
— Je sens ici odeur de chrétien, et il faut que j&#8217;en mange.<br />
—   Tu déraisonnes, mon fils, dit la vieille ; mange des crêpes et ne songe pas aux chrétiens ; tu sais bien qu&#8217;il n&#8217;en vient jamais ici.<br />
Et il engloutit encore quelques douzaines de crêpes, puis il huma l&#8217;air et répéta :<br />
— Je sens odeur de chrétien ici, et il faut que j&#8217;en mange.<br />
—  Laisse-moi donc tranquille avec les chrétiens, lui dit la vieille, et mange des crêpes ou va te coucher, si ton ventre est plein.<br />
—  Oui, bonne petite mère, dit-il, radouci, je suis fatigué et je vais me coucher.<br />
Il se mit au lit, et, un instant après, il ronflait. La vieille s&#8217;approcha de lui et lui arracha un poil de sa barbe d&#8217;or. Il se gratta le menton, mais ne s&#8217;éveilla pas. Un moment après, la vieille lui arracha un second poil, puis un troisième. Il s&#8217;éveilla enfin et sauta hors du lit en disant :<br />
—  Je ne puis pas dormir dans ce lit, mère, il y a trop de puces ; je vais coucher à l&#8217;écurie.<br />
—  Vas à l&#8217;écurie, si tu veux, mon fils ; demain, je te mettrai des draps frais.<br />
Et il sortit pour se rendre à l&#8217;écurie.<br />
—  Arrive ici, vite, à présent ! dit la vieille à Charles.<br />
Et, lui présentant les trois poils qu&#8217;elle venait d&#8217;arracher au menton de son fils :<br />
—  Voici trois poils de la barbe d&#8217;or du Diable. Emporte-les vite, et vas épouser la fille du roi de France.<br />
Charles prit les trois poils, remercia et partit promptement.<br />
Quand il arriva au palais du roi de France, la reine et sa fille étaient à se promener dans le jardin. Il alla les y trouver, et, dès qu&#8217;elle l&#8217;aperçut, la princesse lui demanda :<br />
—  Et   les   trois poils   d&#8217;or   de la barbe   du Diable ?<br />
—  Les voici, répondit-il en les montrant. La princesse courut le dire à son père. Quand le vieux roi vit les trois poils, il fut pris d&#8217;un tel accès de fureur, qu&#8217;il se planta lui-même son poignard dans le cœur et mourut aussitôt.<br />
—  Va-t&#8217;en au Diable ! dit Charles, en voyant cela.<br />
Rien ne s&#8217;opposait plus au mariage de Charles avec la princesse.<br />
Il écrivit au marchand de Bordeaux de se rendre promptement à Paris. Il vint, révéla tout, et l&#8217;on sut alors que Charles était le fils du vieux jardinier du palais et le filleul du roi. On constata aussi l&#8217;accomplissement du souhait du vieux jardinier, lorsqu&#8217;il avait dit, en portant la santé du roi, au dîner du baptême : A votre santé, sire, et Dieu veuille que votre fille et mort fils soient unis, un jour.<br />
Le mariage fut célébré, et il y eut de belles noces, avec des festins, des danses et des jeux de toutes sortes, pendant quinze jours.<br />
J&#8217;étais là cuisinière ; j&#8217;eus un morceau avec une goutte, un coup de cuillère à pot sur la bouche, et, depuis, je n&#8217;y suis pas retournée. Mais, avec cinq écus et un cheval bleu, j&#8217;y serais encore allée ; avec cinq écus et un cheval brun, j&#8217;y serais allée demain en huit<sup><em><a href="#note3">(3)</a><a name="texte3"></a></em></sup>.</p>
<p>Conté par Barbe Tassel, Plouaret, 1870.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Jusqu&#8217;ici, notre conte appartient à un autre type que celui des Voyages vers le Soleil, et tout ce commencement doit être une interpolation de ma conteuse.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> Dans tous les contes populaires où Von représente le Soleil rentrant de sa tournée journalière, il commence par demander à manger. Il est évident que le Diable a été substitué ici au Soleil.<br />
<a name="note3"></a><a href="#texte3">(3)</a> Voici cette formule finale rimée en breton :<br />
Me oa eno kegineres,<br />
Em boa eun tamm hag eur bannec&#8217;h,<br />
Eun tol klogle war ma geno,<br />
Hag a-boë n&#8217;oun ket bet eno.<br />
Met gant pemp scoed hag eur marc&#8217;h glaz<br />
&#8216;Vizenn êt da welet, ware&#8217;hoaz ;<br />
Pe gant pemp scoëd hag eur marc&#8217;h brun,<br />
&#8216;Vizenn êt warc&#8217;hoaz ar pen-zunn.</span></p>
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		<title>Les Quatorze Juments Et Le Cheval Du Monde</title>
		<link>http://www.legendesbretonnes.fr/quatorze-juments/</link>
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		<pubDate>Tue, 16 Oct 2007 09:39:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Cheval]]></category>
		<category><![CDATA[Jument]]></category>
		<category><![CDATA[La princesse aux cheveux d'or]]></category>
		<category><![CDATA[Sorcière]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>

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		<description><![CDATA[(1) Selaouit, mar hoc&#8217;h eus c&#8217;hoant, Hag e clevfot eur gaozic coant, Ha na eus en-hi netra gaou, Met, marteze, eur gir pe daou. Écoutez, si vous voulez, Et vous entendrez un joli conte, Dans lequel il n&#8217;y a pas de mensonges, Si ce n&#8217;est, peut-être, un mot ou deux. D. Balade Croix et bestiaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><sup><em><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a></em></sup></p>
<div class="intro2">Selaouit, mar hoc&#8217;h eus c&#8217;hoant,<br />
Hag e clevfot eur gaozic coant,<br />
Ha na eus en-hi netra gaou,<br />
Met, marteze, eur gir pe daou.</p>
<p>Écoutez, si vous voulez,<br />
Et vous entendrez un joli conte,<br />
Dans lequel il n&#8217;y a pas de mensonges,<br />
Si ce n&#8217;est, peut-être, un mot ou deux.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg7"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2737340772?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2737340772"><img src="/img/51D1njZvUlL._SL160_.jpg" width="150" height="160" alt="Croix et bestiaire celtiques" />
<p>D. Balade <br />Croix et bestiaire celtiques</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2737340772" width="1" height="1" border="0" alt="" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg7"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/229603845X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=229603845X"><img src="/img/41W%2BIR24oML._SL160_.jpg" width="99" height="160" alt="Le mystère de la Chesnaie : Une légende bretonne" />
<p>Jean Fleury<br />Le mystère de la Chesnaie<br />Une légende bretonne</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=229603845X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><br class="separator" /><strong>Il y avait, une fois,</strong> un jeune penher <sup><em><a href="#note2">(2)</a><a name="texte2"></a></em></sup>, riche, nommé Riwall. Son père avait quatorze juments, et son plus grand plaisir était de les monter, tantôt l&#8217;une, tantôt l&#8217;autre, et d&#8217;accompagner les valets qui les conduisaient au pâturage.<br />
Quand il eut douze ans, on l&#8217;envoya à l&#8217;école, en ville, et il regretta beaucoup ses jeux et ses courses en liberté sur les juments de son père. Au bout d&#8217;un an, il revint en congé à la maison, et son premier soin, en arrivant, fut de demander des nouvelles des juments.<br />
—  Je pense qu&#8217;elles vont bien, lui dit son père, car je ne les ai pas visitées, depuis assez longtemps.<br />
Il courut à la prairie où elles étaient et y vit treize juments qui paissaient, et, auprès de chacune d&#8217;elles, une belle pouliche, qui gambadait et folâtrait, puis une quatorzième jument avec un poulain tout chétif et qui paraissait malade. Il s&#8217;approcha de ce dernier et se mit à le caresser et à lui gratter le front. Le poulain lui dit, dans le langage des hommes :<br />
—  Tuez les treize pouliches et me laissez en vie, afin que je puisse téter, seul, les quatorze juments et acquérir ainsi la force de quatorze chevaux.<br />
—  Comment ! répondit Riwall, étonné, vous parlez donc ?<br />
—  Oui, je parle comme vous ; mais, voulez-vous faire ce que je vous demande<span id="more-13"></span> ?<br />
—  Tuer treize belles pouliches pour un méchant poulain qui ne vaudra jamais grand&#8217;chose, sans doute ; non, je ne ferai pas cela.<br />
—  Je vous le répète, faites ce que je vous demande, et vous n&#8217;aurez pas à vous en repentir, plus tard,<br />
—  Je ne le ferai pas ; il faudrait avoir perdu la tête pour agir de la sorte.<br />
Et Riwall s&#8217;en retourna là-dessus à la maison. Mais, toute la nuit qui suivit, il ne fit que songer aux paroles du poulain. Le lendemain, il se rendit encore à la prairie où se trouvaient les quatorze juments avec leurs pouliches, et le poulain chétif lui renouvela sa demande, et de même le troisième jour, si bien qu&#8217;il se dit en lui-même :<br />
—  Ceci est bien extraordinaire, et je ferais peut-être bien d&#8217;obéir et de suivre le conseil du poulain ?&#8230;<br />
Enfin, il se décida à tuer les treize pouliches.<br />
Mais, son congé expira, et il retourna à l&#8217;école. Il revint encore à la maison au bout d&#8217;une année, et courut, dès en arrivant, à la prairie où étaient les juments avec leurs poulains. Les quatorze juments avaient encore eu quatorze pouliches ; mais le poulain n&#8217;avait profité en rien. Il accourut à Riwall, dès qu&#8217;il l&#8217;aperçut, et lui dit encore :<br />
—  Tuez ces quatorze pouliches aussi, pour que je reste encore seul à téter les quatorze juments.<br />
—  Doucement ! répondit Riwall ; j&#8217;ai été assez sot pour vous obéir, une première fois, mais, vous ne me prendrez pas une seconde, d&#8217;autant plus que vous n&#8217;avez profité en rien pour avoir tété les quatorze juments, pendant toute une année.<br />
—  Je vous le répète, reprit le poulain, fixités ce que je vous dis, et vous n&#8217;aurez pas lieu de le regretter.<br />
Riwall finit par céder, et il tua encore les quatorze pouliches, puis il retourna de nouveau à l&#8217;école, pendant un an.<br />
Quand il [revint en congé pour la troisième fois, les quatorze juments avaient encore eu quatorze pouliches, et le méchant poulain n&#8217;avait toujours profité en rien. Il alla à lui, d&#8217;assez mauvaise humeur, et lui dit :<br />
—  Jamais je n&#8217;ai vu pareille chose ! Comment ! Tu têtes seul, pendant deux ans consécutifs, quatorze juments, et tu restes chétif et malingre comme te voilà ! Qu&#8217;est-ce que cela veut dire ?<br />
—  Je vous demande de tuer encore une fois les quatorze pouliches, répondit le poulain.<br />
— Te moques-tu de moi, ou me prends-tu pour un imbécile ?<br />
—  Je ne me moque pas de vous et je ne vous prends pas pour un imbécile ; ce sera la dernière fois ; faites comme je vous dis, et vous n&#8217;aurez pas lieu de le regretter, je vous le répète.<br />
Après avoir longtemps hésité, Riwall finit par tuer encore les quatorze pouliches. Puis il retourna à l&#8217;école, et revint au bout d&#8217;un an, mais pour rester à la maison, à présent, ses études étant terminées. Il courut, dès en arrivant, à la prairie où étaient les quatorze juments, et il les vit qui paissaient tranquillement, sans pouliches autour d&#8217;elles, cette fois. Le poulain de trois ans était seul avec elles, mais, aussi malingre et aussi chétif que jamais. A cette vue, Riwall entra dans une grande colère, et coupa un bâton dans la haie et en frappa à tour de bras la méchante bête.<br />
—  Holà ! Mon maître, dit le poulain, cessez de me frapper, je vous &#8216;prie, et écoutez-moi ; faites exactement ce que je vais vous dire, et vous verrez ce qui arrivera. Allez à la maison, prenez à l&#8217;écurie une bride, une selle et une étrille, et apportez-les ici.<br />
Riwall alla à la maison et revint bientôt avec une bride, une selle et une étrille.<br />
—  A présent, reprit le poulain, mettez-moi la bride en tête, et la selle sur le dos&#8230; Bien !&#8230; Maintenant, prenez l&#8217;étrille et étrillez-moi fortement.<br />
Et Riwall se mit à étriller le poulain, qui, à chaque coup d&#8217;étrillé, croissait, croissait, tant et si bien que, pour continuer, l&#8217;étrilleur fut obligé de monter sur un talus.  Quand le poulain eut atteint la grandeur de trois chevaux ordinaires, il dit :<br />
— Assez. Montez à présent sur mon dos, et nous allons voyager.<br />
Et ils partirent. Vous pouvez juger de la joie de Riwall de se voir juché sur un animal semblable ; jamais on n&#8217;avait vu son pareil, et l&#8217;on s&#8217;extasiait partout, sur leur passage. Ils vont tout droit à Paris.<br />
Le roi de Paris avait neuf chevaux, qui étaient tous malades, depuis quelque temps, et personne ne pouvait trouver de remède à leur mal, si bien qu&#8217;il en était fort contrarié. Le cheval de Riwall dit à son maître :<br />
— Je sais bien, moi, ce qu&#8217;il faudrait faire pour guérir les chevaux du roi. Allez le trouver, et dites-lui que vous vous faites fort de les guérir, moyennant cent livres d&#8217;avoine qu&#8217;il vous donnera, pour chacun d&#8217;eux. Quand on vous aura livré l&#8217;avoine, vous me l&#8217;apporterez, puis vous prendrez un fort bâton et en battrez les chevaux malades, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils soient tout couverts d&#8217;écume. Vous recueillerez cette écume dans un vase et m&#8217;en frotterez, et ainsi ma force s&#8217;accroîtra encore de toute celle qu&#8217;auront perdue les chevaux du roi. Riwall va trouver le roi, et lui parle ainsi :<br />
— Bonjour, sire.<br />
—  Bonjour, brave homme.<br />
—  J&#8217;ai appris, sire, que vos chevaux sont malades, et je viens vous proposer de vous les guérir.<br />
—   Si vous faites cela, je vous en récompenserai généreusement.<br />
—  Donnez-moi seulement cent livres d&#8217;avoine par cheval, et je ne demande pas autre chose.<br />
—   S&#8217;il ne vous faut que cela, il sera facile de vous contenter.<br />
Et le roi donna l&#8217;ordre à son premier valet d&#8217;écurie de lui livrer sur-le-champ neuf cents livres d&#8217;avoine. Riwall les porta à son cheval et retourna alors à l&#8217;écurie royale, où il se mit à battre les chevaux à tour de bras, avec un bâton de chêne vert qu&#8217;il avait lui-même coupé dans un bois. Il les battit tant et tant qu&#8217;ils furent bientôt couverts d&#8217;écume. Il recueillit cette écume dans un pot et en frotta son cheval, dont les forces s&#8217;en trouvèrent augmentées considérablement, et les chevaux du roi furent aussi guéris.<br />
La fille du roi était sorcière, et, quand elle vit cela, elle dit à son père :<br />
—   Vous croyez avoir de beaux chevaux, mon père, mais, si vous voyiez le Cheval du Monde, vous penseriez autrement. Vos chevaux ne sont que des rosses, à côté de celui-là, et, jusqu&#8217;à ce que vous le possédiez dans votre écurie, vous ne devriez jamais en parler.<br />
—  Oui, mais comment se procurer cette merveille, ma fille !<br />
—  L&#8217;homme qui vous a guéri vos chevaux peut aussi vous procurer le Cheval du Monde, si vous le lui ordonnez.<br />
Le roi fit appeler Riwall, et lui dit :<br />
— Je désire avoir le Cheval du Monde dans mes écuries, et je vous ordonne de me le procurer.<br />
— Et comment pourrais-je vous le procurer, sire, puisque je ne suis ni magicien ni sorcier ?<br />
—  Il faut que vous me le procuriez, ou il n&#8217;y a que la mort pour vous.<br />
Riwall s&#8217;en revint vers son cheval, la tête baissée et tout triste.<br />
—   Que vous est-il arrivé, mon maître, lui demanda le cheval, pour être si triste ?<br />
—  Hélas ! Je suis perdu, car je ne pourrai jamais faire ce que me demande le roi, sous peine de mort.<br />
—  Que vous demande le roi, mon maître ?<br />
—  De lui amener le Cheval du Monde dans ses écuries.<br />
—  C&#8217;est chose difficile, mais non impossible pourtant, et, si vous faites exactement comme je vous dirai, nous pourrons, à nous deux, nous tirer de cette épreuve à notre honneur. Allez de nouveau trouver le roi et dites-lui que, pour réussir dans votre entreprise, il faut qu&#8217;il me fasse ferrer de quatre fers de cinq cents livres chacun, avec dix clous dans chaque fer, et que, de plus, il vous fournisse quatre-vingt-dix-neuf peaux de bœufs, dont vous me garnirez le corps, afin d&#8217;amortir les coups du Cheval du Monde.</p>
<blockquote><p>Vous me briderez, sellerez<br />
Et les clous examinerez <sup><em><a href="#note3">(3)</a><a name="texte3"></a></em></sup>.</p></blockquote>
<p>Riwall alla trouver le roi et lui fit part des conditions auxquelles il lui était possible de réussir. Le roi lui accorda ce qu&#8217;il demanda.<br />
Quand tout fut prêt, il se mit en route avec son cheval. Ils vont, ils vont, toujours devant eux, tant et si bien qu&#8217;ils finissent par arriver sous les murs du château du Cheval du Monde. La porte était ouverte.<br />
— Montez sur le mur, dit le cheval à Riwall, par ce chêne qui est tout contre, et de là vous verrez beau jeu, tout à l&#8217;heure.<br />
Riwall monta sur le mur et son cheval entra dans la cour.<br />
Le Cheval du Monde vint aussitôt à sa rencontre, en hennissant et la queue en l&#8217;air. Quel cheval !&#8230; Le combat commença sur-le-champ. Le Cheval du Monde lança au cheval de Riwall une ruade qui détacha des flancs de celui-ci trois peaux de bœufs, lesquelles tombèrent à terre. Le combat continua et devint bientôt furieux, au point que le château et la terre en tremblaient. Les coups du Cheval du Monde étaient terribles, et, à chaque ruade, il détachait deux ou trois peaux de bœufs des flancs de l&#8217;autre ; mais celui-ci ripostait aussi vigoureusement avec ses fers de cinq cents livres, et, à chaque ruade, il enlevait à son ennemi un lambeau de chair saignante. Le combat dura trois heures entières, et Riwall, qui y assistait, du haut du mur, et en suivait les péripéties avec anxiété, trembla plus d&#8217;une fois pour la vie de son cheval. Il ne restait plus à celui-ci que quatre ou cinq peaux autour du corps, lorsque le Cheval du Monde tomba tout à coup à terre, les quatre fers en l&#8217;air, épuisé et demandant quartier.<br />
Aussitôt, Riwall descendit du mur et passa une bride à la tête du vaincu, qui se laissa faire et le suivit, tout triste et docile comme un mouton.<br />
Quand ils arrivèrent tous les trois à Paris, tout le peuple et la Cour accoururent au-devant d&#8217;eux. Jamais on n&#8217;avait vu deux chevaux pareils. Le roi accueillit Riwall avec force compliments et l&#8217;invita à dîner, à sa table, tant sa joie était grande de posséder dans ses écuries une merveille comme le Cheval du Monde.<br />
Mais la princesse sorcière, qui ne voulait aucun bien à Riwall, sans doute parce qu&#8217;elle trouvait qu&#8217;il ne faisait pas assez attention à elle, dit encore au roi, quelques jours après :<br />
—  Si vous saviez, mon père, ce dont s&#8217;est vanté l&#8217;homme au grand cheval !&#8230;<br />
—  De quoi donc s&#8217;est-il vanté ? demanda le roi.<br />
—  Il s&#8217;est vanté de pouvoir vous amener à votre cour la princesse qui est retenue captive par un serpent, dans son château, suspendu par quatre chaînes d&#8217;or entre le ciel et la terre.<br />
—  A-t-il vraiment dit cela ?<br />
—   Il l&#8217;a dit, je vous l&#8217;assure.<br />
—  Eh bien, s&#8217;il Fa dit, il faut qu&#8217;il le fasse, ou _il n&#8217;y a que la mort pour lui.   Qu&#8217;on le fasse venir.<br />
Et, quand Riwall fut en la présence du roi :<br />
—  Est-il vrai, Riwall, lui demanda le vieux monarque, que vous vous êtes vanté de pouvoir m&#8217;amener à la cour la belle princesse qui est retenue captive par un serpent, dans son château, suspendu par quatre chaînes d&#8217;or entre le ciel et la terre ?<br />
—  Jamais je n&#8217;ai dit rien de semblable, sire, et il faudrait que j&#8217;eusse complètement perdu la raison pour le dire.<br />
—  Vous l&#8217;avez dit, ma fille me l&#8217;a assuré, et il faut que vous le fassiez, où il n&#8217;y a que la mort pour vous.<br />
—  Alors, il ne me reste qu&#8217;à tenter l&#8217;aventure, et, mort pour mort, autant vaut mourir ailleurs qu&#8217;ici.<br />
Et il revint vers son cheval.<br />
—   Qu&#8217;y a-t-il encore de nouveau, mon maître, lui demanda celui-ci, que je vous vois si triste ?<br />
—  Rien de bon, répondit-il. Le roi m&#8217;ordonne, sous peine de la mort, de lui amener à sa cour la belle princesse qui est retenue captive par un serpent, dans son château, suspendu par quatre chaînes d&#8217;or entre le ciel et la terre. Jamais je n&#8217;avais, jusqu&#8217;ici, entendu parler de cette princesse, et je ne sais pas où aller la chercher.<br />
—  Moi, je sais où sont la princesse et le château, reprit le cheval, mais, il y a loin d&#8217;ici là, et il n&#8217;est pas facile d&#8217;y aller. N&#8217;importe, il faut tenter l&#8217;aventure, et, si vous faites exactement ce que je vous dirai, nous pourrons encore nous en tirer sans trop de mal. Retournez vers le roi et dites-lui de me faire attacher à chaque pied un fer d&#8217;argent de cinq cents livres, avec dix clous de même métal dans chacun d&#8217;eux. Puis, vous lui demanderez encore de vous fournir une bonne épée d&#8217;acier trempée dans du venin d&#8217;aspic, et qui coupera For aussi facilement que du bois.</p>
<blockquote><p>Vous me briderez, sellerez,<br />
Et les clous examinerez. </p></blockquote>
<p>Le roi fournit tes fers d&#8217;argent avec les clous et l&#8217;épée, et Riwall et son cheval se mettent en route. Ils marchent et marchent, nuit et jour, sans jamais s&#8217;arrêter, si bien qu&#8217;ils finissent par arriver aux chaînes d&#8217;or qui retenaient le château en l&#8217;air, si haut, si haut, qu&#8217;on l&#8217;apercevait à peine comme un point pas plus gros qu&#8217;un roitelet.<br />
—  Coupez les chaînes avec votre épée, et frappez fort, dit le cheval à son maître.<br />
Riwall coupa une chaîne, puis deux, puis trois, mais il n&#8217;en pouvait plus de fatigue.<br />
—  Courage ! Lui dit le cheval ; à la quatrième chaîne, à présent, et vite, ou nous sommes perdus.<br />
Enfin, la quatrième chaîne fut aussi coupée, et le château tomba à terre, avec un bruit épouvantable. La princesse en sortit aussitôt, par une fenêtre, belle et brillante comme le soleil, et courut embrasser Riwall, en disant :<br />
—  Soyez béni pour m&#8217;avoir délivrée de ce vilain monstre ! Mais, ne perdons pas de temps et partons vite, de peur qu&#8217;il ne nous rattrape.<br />
Et ils montèrent tous les deux sur le cheval et reprirent la route de Paris.<br />
Quand le vieux roi vit la princesse, il fut ébloui par sa beauté, et en devint si amoureux, qu&#8217;il voulut   l&#8217;épouser, sur-le-champ.  Les  fiançailles eurent lieu, en effet, mais, la princesse exigea qu&#8217;on lui procurât, avant le mariage, la pomme d&#8217;or que la fille du roi, la sorcière, lui vanta comme la plus belle merveille du monde.<br />
Riwall reçut encore l&#8217;ordre d&#8217;apporter à la cour, sous peine de mort, la merveilleuse pomme d&#8217;or.<br />
Son cheval lui dit, à cette nouvelle :<br />
— C&#8217;est notre dernière épreuve, et, si nous y réussissons, on nous laissera ensuite tranquilles. Allez dire au roi qu&#8217;il faut me ferrer, cette fois, avec des fers d&#8217;or de cinq cents livres chacun, avec dix clous d&#8217;or dans chaque fer.</p>
<blockquote><p>Vous me briderez, sellerez<br />
 Et les clous examinerez.</p></blockquote>
<p>Le roi donna tout l&#8217;or de son trésor, pour fabriquer les fers et les clous, et, quand tout fut prêt, Riwall et son cheval se mirent encore en route. Ils marchent et marchent, nuit et jour, et rencontrent, dans un grand bois, une petite vieille, qui leur demande :<br />
—  Où allez-vous ainsi ?<br />
—  Ma foi ! Grand’mère, répond Riwall, je ne sais pas trop ; le roi m&#8217;a ordonné d&#8217;aller chercher la pomme d&#8217;or et de la lui rapporter, sous peine de mort, et j&#8217;ignore complètement où elle se trouve.<br />
— Eh bien, reprit la vieille, je le sais, moi, et je veux vous conseiller et vous venir en aide. Vous arriverez bientôt sous les murs d&#8217;un vieux château, tellement perdu au milieu des arbres, des ronces, des épines et des herbes folles qui l&#8217;enserrent et l&#8217;envahissent de tous côtés, que l&#8217;accès en est impossible. Depuis cinq cents ans, personne n&#8217;a jamais pénétré dans ce château. Mais, voici une baguette blanche que je vous donne (et elle lui tendit une baguette blanche qu&#8217;elle avait à la main), et vous n&#8217;aurez qu&#8217;à en frapper les arbres, les ronces et les épines qui s&#8217;opposeront à votre passage, et aussitôt un beau chemin s&#8217;ouvrira devant vous et vous pénétrerez facilement jusqu&#8217;au château. Vous verrez dans la cour un pommier avec une pomme unique, la pomme d&#8217;or, qui brille dans le feuillage. Voici encore une serviette (et elle lui donna aussi une serviette) que vous étendrez sous l&#8217;arbre, puis vous monterez sur le pommier et secouerez la branche, de manière que la pomme tombe sur la serviette. Vous descendrez alors et, avec votre baguette, vous ferez une croix sur la pomme, qui se fendra en quatre et laissera voir un petit couteau d&#8217;argent, au milieu. Vous prendrez ce couteau et le mettrez dans votre poche, car vous en aurez besoin, plus tard. Vous ferez avec votre baguette une nouvelle croix sur la pomme, et elle se refermera comme devant. Alors, vous retournerez à la maison, avec la pomme et le couteau. Quand vous arriverez à la Cour, la fille du roi, qui est sorcière, vous priera de lui donner la pomme ; mais, ne la lui donnez pas. On fera un grand dîner, et la pomme d&#8217;or sera posée sur la table, dans un plat d&#8217;or. Le roi essayera de l&#8217;entamer, avec son couteau ; mais, ni lui ni aucun des convives ne pourra y réussir. Vous demanderez à essayer, à votre tour, et votre petit couteau d&#8217;or y pénétrera facilement, comme dans une pomme ordinaire. Mais, aussitôt, la fille du roi tombera raide morte, devant tout le monde, et son cœur se fendra en quatre morceaux, comme la pomme.<br />
— Dieu vous bénisse, grand&#8217;mère, dit Riwall.<br />
Et ils continuèrent leur route et se trouvèrent bientôt devant le château inaccessible. Riwall, de sa baguette blanche, frappa les arbres, les ronces et les épines qui s&#8217;opposaient à leur passage, et une belle route s&#8217;ouvrit par enchantement devant eux, et ils pénétrèrent facilement jusqu&#8217;à la cour. Ils virent le pommier et la pomme d&#8217;or qui brillait dans le feuillage, et une foule de petits oiseaux chantaient et voltigeaient autour. Riwall étendit sa serviette sur le gazon, monta sur l&#8217;arbre, secoua la branche et la pomme tomba sur la serviette. Il descendit aussitôt, fit avec sa baguette une croix sur la pomme, qui se fendit et laissa voir un gentil petit couteau d&#8217;or caché dans son intérieur. Il le prit, le mit dans sa poche, referma la pomme avec une seconde croix de sa baguette, la mit également dans sa poche, remonta à cheval et partit. Il rencontra encore, dans le bois, la petite vieille, qui lui demanda :<br />
—  Eh bien ! Tout s&#8217;est-il bien passé, mon fils ?<br />
—  Très bien, grand&#8217;mère, grâce à vous ; j&#8217;ai la pomme et le couteau, dans ma poche.<br />
—  Eh bien, retournez, à présent, à la maison, tranquilles et sans inquiétude, car c&#8217;est la fin de vos travaux, et celle qui vous a fait imposer de si redoutables épreuves en sera bientôt récompensée comme elle le mérite.<br />
Et ils continuèrent tranquillement leur route.<br />
Toute la Cour et le peuple étaient sortis de Paris à leur rencontre, et ils rentrèrent dans la ville en grande pompe, au bruit des trompettes et des cloches sonnant à toute volée.<br />
Le vieux roi voulut que son mariage avec la princesse fût célébré immédiatement. Il y eut, dès le lendemain, un grand repas, auquel on invita beaucoup de monde, et Riwall en fut aussi. La pomme d&#8217;or était sur un plat d&#8217;or, devant le roi et sa fiancée, et tous les yeux étaient fixés sur elle. Au dessert, plusieurs convives demandèrent qu&#8217;on la partageât.<br />
—  Donnez-la-moi et je la partagerai, dit la fille du roi, la sorcière.<br />
—  Non, c&#8217;est à la fiancée du roi que doit revenir cet honneur, lui répondit-on.<br />
Et le roi prit la pomme sur le plat d&#8217;or et la présenta à la belle princesse. Mais, celle-ci essaya en vain de la diviser ; son couteau glissait dessus comme sur de l&#8217;or massif. Le roi essaya à son tour, mais sans plus de succès.<br />
—  Passez-moi la pomme, dit de nouveau la fille du roi ; j&#8217;en viendrai bien à bout, moi.<br />
On la lui passa, et elle ne réussit pas davantage.<br />
— Passez-la-moi, sire, dit aussi Riwall ; c&#8217;est moi qui vous l&#8217;ai conquise et je sais aussi comment l&#8217;ouvrir.<br />
Le roi lui passa la pomme, et, avec son petit couteau d&#8217;or, qu&#8217;il tira de sa poche, il la fendit en quatre, le plus facilement du monde.<br />
Mais, aussitôt, on vit avec étonnement la fille du roi tomber sous la table, et, en la relevant, on vit qu&#8217;elle était morte ; son cœur s&#8217;était brisé et fendu en quatre morceaux, comme la pomme.<br />
—  A chacun selon ses oeuvres ! dit alors l&#8217;autre princesse, car elle avait mérité ce qui lui arrive, en voulant la mort de mon libérateur.<br />
Puis, se tournant vers le roi :<br />
—  Quant à vous, sire, vous êtes trop âgé pour moi ; d&#8217;ailleurs, à celui qui a eu la peine est aussi due la récompense.<br />
Et, en même temps, elle présenta la main à Riwall, avec un doux sourire.<br />
Le mariage fut célébré, avec grande pompe et solennité, et, pendant un mois entier, il y eut de belles fêtes et des jeux et des repas magnifiques.</p>
<blockquote><p>J&#8217;étais la cuisinière,<br />
J’eus une goutte et un morceau,<br />
Un coup de cuillère à pot sur la bouche,<br />
Et depuis, je n&#8217;y suis pas retournée ;<br />
Avec cinq cents écus et un cheval bleu,<br />
J’y serais allée voir demain ;<br />
Avec cinq cents écus et un cheval brun,<br />
J’y serais retournée, dans une semaine et un jour <sup><em><a href="#note4">(4)</a><a name="texte4"></a></em></sup>.</p></blockquote>
<p>Conté par Francésa Ann Ewen, de Péderne (Côtes-du-Nord). 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Le Cheval du Monde : Marc&#8217;h an bed.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> Héritier, fils unique.<br />
<a name="note3"></a><a href="#texte3">(3)</a> C&#8217;hui ma vrido hag a dibro,<br />
A dalc&#8217;ho compt cuz ann tacho.<br />
<a name="note4"></a><a href="#texte4">(4)</a> Me oa eno keginerès,<br />
Em boa eun tamm hag eur bannec&#8217;h,<br />
Eun tol klogè war ma géno,<br />
Hag a-baoue n&#8217;oun kel bet eno.<br />
Gant pemp kant skoed hag eur marc&#8217;h glaz<br />
Vijenn êt da welet, warc&#8217;hoaz,<br />
Gant pemp kant skoed hag enr mar&#8217;h brunn,<br />
Vijenn êt, warc&#8217;hoaz ar penn-sunn.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/les-quatorze-juments.zip" title="Fichier zip contenant Les Quatorze Juments Et Le Cheval Du Monde au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>N&#8217;oun-Doaré</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Oct 2007 07:06:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Couronne]]></category>
		<category><![CDATA[Jument]]></category>
		<category><![CDATA[La princesse aux cheveux d'or]]></category>
		<category><![CDATA[Métamorphoses]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>

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		<description><![CDATA[James BentleyLes plus beaux villages de Bretagne A. DeshayesLe petit livre des Prénomsceltiques &#038; bretons D. LaurentLa nuit celtique Il y a de cela bien longtemps, Quand les poules avaient des dents. Le marquis de Coat-Squiriou, revenant, un jour, de Morlaix, accompagné d&#8217;un domestique, aperçut, couché et dormant dans la douve, au bord de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="livre lpt lmarg3"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2884530665?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2884530665"><img src="/img/518KKWQXTZL._SL160_.jpg" width="116" height="160" alt="Les plus beaux villages de Bretagne" />
<p>James Bentley<br />Les plus beaux villages de Bretagne</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2884530665" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg5"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2353570089?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2353570089"><img src="/img/510zhO0MYBL._SL160_.jpg" width="150" height="160" alt="Le petit livre des Prénoms celtiques &#038; bretons" />
<p>A. Deshayes<br />Le petit livre des Prénoms<br />celtiques &#038; bretons</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2353570089" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg5"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2843620023?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2843620023"><img src="/img/41R8R3C6TWL._SL160_.jpg" width="91" height="160" alt="La nuit celtique" />
<p>D. Laurent<br />La nuit celtique</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2843620023" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p>Il y a de cela bien longtemps,<br />
Quand les poules avaient des dents.</p>
<p><strong>Le marquis de Coat-Squiriou,</strong> revenant, un jour, de Morlaix, accompagné d&#8217;un domestique, aperçut, couché et dormant dans la douve, au bord de la route, un enfant de quatre ou cinq ans. Il descendit de cheval, éveilla l&#8217;enfant, qui dormait, et lui demanda :<br />
—  Que fais-tu là, mon enfant ?<br />
—  Je ne sais pas, répondit-il.<br />
—  Qui est ton père ?<br />
—  Je ne sais pas.<br />
—  Et ta mère ?<br />
—  Je ne sais pas.<br />
—  D&#8217;où es-tu ?<br />
—  Je ne sais pas.<br />
— Quel est ton nom ?<br />
—  Je ne sais pas, répondit-il toujours.<br />
Le marquis dit à son domestique de le prendre en croupe sur son cheval, et ils continuèrent leur route vers Coat-Squiriou.<br />
L&#8217;enfant fut appelé N&#8217;oun Doarè, ce qui signifie en breton : Je ne sais pas.<br />
On l&#8217;envoya à l&#8217;école, à Carhaix, et il apprenait tout ce qu&#8217;on lui enseignait.<br />
Quand il eut vingt ans, le marquis lui dit :<br />
—  Te voilà assez instruit, à présent, et tu vas venir avec moi<span id="more-9"></span> à Coat-Squiriou.<br />
Et il l&#8217;emmena à Coat-Squiriou.<br />
Le quinze du mois d&#8217;octobre, le marquis et N&#8217;oun-Doaré allèrent ensemble à la Foire-Haute, à Morlaix, et descendirent dans le meilleur hôtel de la ville.<br />
—  Je suis content de toi, et je veux t&#8217;acheter une bonne épée, dit le marquis au jeune homme.<br />
Et ils allèrent ensemble chez un armurier. N&#8217;oun-Doaré y examina mainte belle et bonne épée ; mais, aucune ne lui plaisait, et ils s&#8217;en allèrent sans avoir rien acheté. En passant devant la boutique d&#8217;un marchand de vieilles ferrailles, N&#8217;oun-Doaré s&#8217;y arrêta, et, remarquant une vieille épée toute rouillée, il la saisit et s&#8217;écria :<br />
—  Voici l&#8217;épée qu&#8217;il me faut !<br />
—  Comment ! Lui dit le marquis, vois donc dans quel état elle est ! Cela n&#8217;est bon à rien.<br />
—  Achetez-la-moi comme elle est, je vous prie, et vous verrez plus tard qu&#8217;elle est bonne à quelque chose.<br />
Le marquis paya la vieille épée rouillée, qui ne lui coûta pas cher, et N&#8217;oun-Doaré l&#8217;emporta, tout heureux de son acquisition ; puis, ils retournèrent à Coat-Squiriou.<br />
Le lendemain, N&#8217;oun-Doaré, en examinant son épée, découvrit sous la rouille des caractères à demi effacés, mais qu&#8217;il parvint pourtant à déchiffrer. Ces caractères disaient : « Je suis l&#8217;Invincible ! »<br />
A merveille ! Se dit N&#8217;oun-Doaré. Quelque temps après, le marquis lui dit :<br />
—  Il faut que je t&#8217;achète aussi un cheval.<br />
Et ils se rendirent tous les deux à Morlaix, un jour de foire.<br />
Les voilà en champ de foire. Il y avait là, certes, de beaux chevaux, de Léon, de Tréguier et de Cornouaille. Et pourtant, N&#8217;oun-Doaré n&#8217;en trouvait aucun à lui convenir, si bien que le soir, après le coucher du soleil, ils quittèrent le champ de foire, sans avoir rien acheté.<br />
Comme ils descendaient la côte de Saint-Nicolas, pour rentrer en ville, ils rencontrèrent un Cornouaillais menant par un licol de chanvre une vieille jument fourbue et maigre comme la jument de la Mort. N&#8217;oun-Doaré s&#8217;arrêta, la regarda et s&#8217;écria :<br />
—  Voici la jument qu&#8217;il me faut !<br />
—  Comment ! Cette rosse ? Mais regarde-la donc ! Lui dit le marquis.<br />
—  Oui, c&#8217;est bien elle que je veux, et pas une autre ; achetez-la-moi, je vous prie.<br />
Et le marquis acheta la vieille jument à N&#8217;oun-Doaré, tout en protestant qu&#8217;il avait de singuliers goûts.<br />
Le Cornouaillais, en livrant sa bête, dit à l&#8217;oreille de N&#8217;oun-Doaré :<br />
—  Voyez-vous ces noeuds, au licol de la jument ?<br />
—  Oui, répondit-il.<br />
—  Eh bien, chaque fois que vous en déferez un, la jument vous transportera immédiatement à quinze cents lieues de l&#8217;endroit où vous serez.<br />
—  Fort bien, répondit-il.<br />
Pais, N&#8217;oun-Doaré et le marquis reprirent le chemin de Coat-Squiriou, avec la vieille jument. Chemin faisant, N&#8217;oun-Doaré défit un nœud du licol, et aussitôt la jument et lui furent transportés, à travers l&#8217;air, à quinze cents lieues de là. Ils descendirent au centre de Paris <a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a>.<br />
Quelques mois après, le marquis de Coat-Squiriou vint aussi à Paris, et rencontra N&#8217;oun-Doaré, par hasard.<br />
—   Comment ! Lui demanda-t-il, est-ce qu&#8217;il y a longtemps que tu es ici ?<br />
—  Mais oui, répondit-il.<br />
—  Comment donc y es-tu venu ?<br />
Et il lui raconta comment il était venu si vite à Paris.<br />
Ils allèrent ensemble saluer le roi, dans son palais. Le roi connaissait le marquis de Coat-Squiriou, et leur fit bon accueil.<br />
Une nuit, par un beau clair de lune, N&#8217;oun-Doaré alla se promener, seul avec sa vieille jument, hors de la ville. Il remarqua, au pied d&#8217;une vieille croix de pierre, dans un carrefour, quelque chose de lumineux. Il s&#8217;approcha et reconnut une couronne d&#8217;or, garnie de diamants.<br />
—  Je vais l&#8217;emporter, sous mon manteau, se dit-il.<br />
—  Gardez-vous-en bien, ou vous vous en repentirez, dit une voix venue il ne savait d&#8217;où. Cette voix, qui était celle de sa jument, se fit entendre jusqu&#8217;à trois fois. Il hésita quelque temps et finit par emporter la couronne, sous son manteau.<br />
Le roi lui avait confié le soin d&#8217;une partie de ses chevaux, et, la nuit, il éclairait son écurie avec la couronne, dont les diamants brillaient dans l&#8217;obscurité. Ses chevaux étaient plus gras et plus beaux que tous ceux que soignaient les autres valets, et le roi l&#8217;en avait félicité souvent, de sorte qu&#8217;ils étaient jaloux de lui. Il y avait défense expresse d&#8217;avoir de la lumière dans les écuries, la nuit, et, comme ils en voyaient toujours dans l&#8217;écurie de N&#8217;oun-Doaré, ils allèrent le dénoncer au roi. Le roi n&#8217;en fit d&#8217;abord aucun cas, mais, comme ils renouvelèrent plusieurs fois leur dénonciation, il demanda au marquis de Coat-Squiriou ce qu&#8217;il y avait de vrai dans tout cela.<br />
—  Je ne sais pas, répondit le marquis, mais je m&#8217;informerai auprès de mon domestique.<br />
—  C&#8217;est ma vieille épée rouillée, répondit N&#8217;oun-Doaré, qui luit dans l&#8217;obscurité, car c&#8217;est une épée fée.<br />
Mais, une nuit, ses ennemis, appliquant leurs yeux au trou de la serrure de son écurie, virent que la lumière qu&#8217;ils dénonçaient était produite par une belle couronne d&#8217;or placée sur le râtelier des chevaux, et qui éclairait sans brûler. Ils coururent en avertir le roi. Celui-ci, la nuit suivante, guetta le moment où la lumière fit son apparition, et, pénétrant subitement dans l&#8217;écurie de N&#8217;oun-Doaré, dont il avait une clé, comme de toutes les autres, il s&#8217;empara de la couronne, la mit sous son manteau et l&#8217;emporta dans sa chambre.<br />
Le lendemain, il convoqua les savants et les magiciens de la capitale, pour lui donner la signification de l&#8217;inscription gravée sur la couronne ; mais aucun d&#8217;eux n&#8217;y comprenait rien.<br />
Un enfant de sept ans, qui se trouvait là par hasard, vit aussi la couronne et dit que c&#8217;était celle de la princesse du Bélier d&#8217;Or.<br />
Aussitôt, le roi fit appeler N&#8217;oun-Doaré, et lui parla de la sorte :<br />
—  Il faut que tu m&#8217;amènes à la cour la princesse du Bélier d&#8217;Or, pour être mon épouse, et, si tu ne me l&#8217;amènes pas, il n&#8217;y a que la mort pour toi.<br />
Voilà le pauvre N&#8217;oun-Doaré bien embarrassé. Il va trouver sa vieille jument, les larmes aux yeux.<br />
—  Je sais, lui dit la jument, ce qui cause votre embarras et votre tristesse. Vous rappelez-vous que je vous dis de laisser la couronne d&#8217;or où vous la trouvâtes, autrement vous vous en repentiriez, un jour ? Voici ce jour venu. Pourtant, ne vous laissez pas aller au désespoir, car, si vous m&#8217;obéissez et faites de point en point ce que je vais vous dire, vous pouvez encore vous tirer de ce mauvais pas. Allez d&#8217;abord trouver le roi et demandez-lui de l&#8217;avoine et de l&#8217;argent pour le voyage.<br />
Le roi donna de l&#8217;avoine et de l&#8217;argent, et N&#8217;oun-Doaré se mit en route avec sa vieille jument.<br />
Ils arrivent au bord de la mer, et y voient un petit poisson resté à sec sur le sable et près de mourir.<br />
—  Mettez vite ce poisson à l&#8217;eau, dit la jument. N&#8217;oun-Doaré obéit, et aussitôt le petit poisson, élevant sa tête au-dessus de l&#8217;eau, parla de la sorte :<br />
—  Tu m&#8217;as sauvé la vie, N&#8217;oun-Doaré ; je suis le roi des poissons, et si jamais tu as besoin de mon secours, tu n&#8217;auras qu&#8217;à m&#8217;appeler, au bord de la mer, et j&#8217;arriverai aussitôt.<br />
Et il plongea dans l&#8217;eau et disparut. Un peu plus loin, ils rencontrèrent un petit oiseau, pris dans des lacs.<br />
—  Délivrez cet oiseau, dit encore la jument. Et N&#8217;oun-Doaré délivra le petit oiseau, qui dit aussi, avant de s&#8217;envoler :<br />
—  Merci ! N&#8217;oun-Doaré, je te revaudrai ce service ; je suis le roi des oiseaux, et si jamais moi ou les miens pouvons t&#8217;être utiles, tu n&#8217;auras qu&#8217;à m&#8217;appeler et j&#8217;arriverai aussitôt.<br />
Ils continuèrent leur route, et, comme la jument traversait facilement les fleuves, les montagnes, les forêts et les mers, ils arrivèrent bientôt sous les murs du château du Bélier d&#8217;Or. Ils entendirent un vacarme épouvantable à l&#8217;intérieur du château, de sorte que N&#8217;oun-Doaré n&#8217;osait pas y entrer. Près de la porte, il vit un homme attaché à un arbre, par une chaîne de fer, et qui avait autant de cornes sur le corps qu&#8217;il y a de jours dans l&#8217;année.<br />
—  Détachez cet homme et rendez-lui la liberté, dit la jument.<br />
—  Je n&#8217;ose pas en approcher.<br />
—  Ne craignez rien ; il ne vous fera pas de mal. N&#8217;oun-Doaré détacha l&#8217;homme, qui lui dit :<br />
—  Merci ! Je vous revaudrai ce service ; si jamais vous avez besoin de secours, appelez Griffescornu, le roi des démons, et j&#8217;arriverai aussitôt.<br />
—  Entrez à présent dans le château, dit la jument à N&#8217;oun-Doaré, et ne craignez rien ; je resterai à paître ici, dans le bois, où vous me retrouverez, au retour. La maîtresse du château, la princesse du Bélier d&#8217;Or, vous fera bon accueil et vous montrera nombre de merveilles de toutes sortes. Vous l&#8217;inviterez à vous accompagner dans le bois, pour voir votre jument, qui n&#8217;a pas sa pareille au monde, et qui connaît toutes les danses de Basse-Bretagne et des autres pays, que vous lui ferez exécuter sous ses yeux.<br />
N&#8217;oun-Doaré se dirige vers la porte du château. Il rencontre une servante, qui va puiser de l&#8217;eau à la fontaine du bois, et qui lui demande ce qu&#8217;il cherche par là.<br />
—  Je voudrais, répond-il, parler à la princesse du Bélier d&#8217;Or.<br />
La servante va dire à sa maîtresse qu&#8217;un étranger vient d&#8217;arriver au château, qui demande à lui parler.<br />
La princesse descend aussitôt de sa chambre et invite N&#8217;oun-Doaré à visiter avec elle les merveilles de son château.<br />
Quand il eut tout vu, il invita à son tour la princesse à venir voir sa jument, dans le bois. Elle y consentit, sans difficulté. La jument exécuta devant elle les danses les plus variées, ce qui la divertit beaucoup.<br />
—  Montez sur son dos, princesse, lui dit N&#8217;oun-Doaré, et elle dansera avec vous fort agréablement.<br />
La princesse, après quelque hésitation, monta sur la jument ; N&#8217;oun-Doaré sauta aussitôt à côté d&#8217;elle, et aussitôt la jument s&#8217;éleva en l&#8217;air avec eux et les transporta, en un instant, par-delà la mer.<br />
—  Vous m&#8217;avez trompée ! S’écriait la princesse ; mais vous n&#8217;êtes pas encore au bout de vos épreuves, et avant que j&#8217;épouse le vieux roi de France, vous aurez pleuré, plus d&#8217;une fois.<br />
Ils arrivèrent promptement à Paris. Dès en arrivant, N&#8217;oun-Doaré conduisit la princesse au roi et lui dit, en la lui présentant.<br />
— Sire, voici la princesse du Bélier d&#8217;Or. Le roi fut ébloui par sa beauté ; il ne se possédait pas de joie et voulait l&#8217;épouser, sur-le-champ. Mais, la princesse demanda qu&#8217;on lui rapportât d&#8217;abord son anneau, qu&#8217;elle avait laissé dans sa chambre, au château du Bélier d&#8217;Or.<br />
N&#8217;oun-Doaré  fut   encore   chargé par le  roi d&#8217;aller à la recherche de l&#8217;anneau de la princesse. Il s&#8217;en revint tout triste vers sa jument.<br />
—  Ne vous rappelez-vous pas, lui dit celle-ci, avoir sauvé la vie au roi des oiseaux, qui vous promit de reconnaître ce service, à l&#8217;occasion ?<br />
—  Je me le rappelle, répondit-il.<br />
—  Eh bien, appelez-le à votre secours, c&#8217;est le moment.<br />
Et N&#8217;oun-Doaré s&#8217;écria :<br />
—  Roi des oiseaux, venez à mon secours, je vous prie !<br />
Aussitôt, le roi des oiseaux arriva et demanda :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, N&#8217;oun-Doaré ?<br />
—  Le roi, dit-il, veut que je lui rapporte, sous peine de la mort, l&#8217;anneau de la princesse du Bélier d&#8217;Or, qui est resté à son château, dans un cabinet dont elle a perdu la clé.<br />
— Rassurez-vous,  dit l&#8217;oiseau, l&#8217;anneau vous sera rapporté.<br />
Et aussitôt il appela tous les oiseaux connus, chacun par son nom. Ils arrivaient tous, à mesure que leurs noms étaient prononcés ; mais, hélas ! Aucun d&#8217;eux n&#8217;était assez petit pour pouvoir pénétrer dans le cabinet de la princesse, par le trou de la serrure. Le roitelet seul avait quelque chance d&#8217;y réussir ; il fut donc envoyé à la recherche de l&#8217;anneau.<br />
Avec beaucoup de mal et en y laissant presque toutes ses plumes, il parvint à s&#8217;introduire dans le cabinet, prit l&#8217;anneau et l&#8217;apporta à Paris.<br />
N&#8217;oun-Doaré courut aussitôt le présenter à la princesse.<br />
—  A présent, princesse, lui dit alors le roi, vous n&#8217;avez sans doute plus de raison de retarder davantage mon bonheur ?<br />
—  Il ne me manque plus qu&#8217;une chose pour vous satisfaire, sire, mais il me la faut, ou rien ne sera fait, répondit-elle.<br />
—  Parlez, princesse, ce que vous demanderez sera fait.<br />
—  Eh bien, faites-moi apporter mon château ici, vis-à-vis du vôtre.<br />
—  Apporter votre château ici !&#8230; Comment voulez-vous ?&#8230;<br />
—  Il me faut mon château, vous dis-je, ou rien ne sera fait.<br />
Et N&#8217;oun-Doaré fut encore chargé d&#8217;aviser aux moyens de transporter le château de la princesse, et il se mit en route avec sa jument.<br />
Quand ils arrivèrent sous les murs du château, la jument parla de la sorte :<br />
—  Appelez à votre secours le roi des démons, que vous avez délivré de ses chaînes, à notre premier voyage.<br />
Il appela le roi des démons, qui vint et demanda :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, N&#8217;oun-Doaré ?<br />
—  Transportez-moi le château de la princesse du Bélier d&#8217;Or à Paris, devant celui du roi de France, et tout de suite.<br />
—  C&#8217;est bien, cela va être fait à l&#8217;instant.<br />
Et le roi des démons appela ses sujets, dont il vint toute une armée, et ils déracinèrent le château du rocher sur lequel il se trouvait, l&#8217;enlevèrent en l&#8217;air et le transportèrent à Paris. N&#8217;oun-Doaré et sa jument les suivirent et y arrivèrent aussitôt qu&#8217;eux.<br />
Le matin, les Parisiens furent tout étonnés de voir l&#8217;éclat du soleil levant sur les dômes d&#8217;or du château et crurent à un incendie ; aussi, criait-on de toutes parts : « Au feu ! Au feu !&#8230; »<br />
Mais la princesse reconnut facilement son château et se hâta de s&#8217;y rendre.<br />
— A présent, princesse, lui dit le roi, il ne vous reste plus qu&#8217;à fixer le jour des noces.<br />
—  Oui, mais il me faut encore une petite chose avant, répondit-elle.<br />
—  Quoi donc, princesse ?<br />
—  La clé de mon château, qu&#8217;on ne m&#8217;a pas rapportée, et sans laquelle je ne puis y entrer.<br />
—  J&#8217;ai ici des serruriers très habiles, qui vous en feront une nouvelle.<br />
—  Non, personne au monde ne peut fabriquer une nouvelle clé capable d&#8217;ouvrir la porte de mon château ; il me faut l&#8217;ancienne, qui est au fond de la mer.<br />
En se rendant à Paris, comme elle passait pardessus la mer, elle l&#8217;avait laissée tomber au fond de l&#8217;abîme.<br />
N&#8217;oun-Doaré est encore chargé de rapporter à la princesse la clé de son château, et il se remet en route avec sa vieille jument. Arrivé au bord de la mer, il appelle à son secours le roi des poissons. Celui-ci arrive aussitôt et demande :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, N&#8217;oun-Doaré ?<br />
—  Il me faut la clé du château de la princesse du Bélier d&#8217;Or, que la princesse a jetée à la mer.<br />
—  Vous l&#8217;aurez, répond le roi.<br />
Et il appela aussitôt tous ses poissons, qui se hâtaient d&#8217;accourir, à mesure qu&#8217;il prononçait leurs noms ; mais, aucun d&#8217;eux n&#8217;avait vu la clé du château. Seule, la vieille n&#8217;avait pas répondu à l&#8217;appel de son nom. Elle finit par arriver aussi, portant dans sa bouche la clé, qui était un diamant d&#8217;une très grande valeur. Le roi des poissons la prit et la donna à N&#8217;oun-Doaré.<br />
N&#8217;oun-Doaré et sa jument retournèrent aussitôt à Paris, heureux et sans souci, cette fois, car ils savaient que c&#8217;était leur dernière épreuve.<br />
La princesse ne pouvait plus reculer et temporiser, et le jour du mariage fut fixé.<br />
On se rendit à l&#8217;église, en grande pompe et cérémonie, et N&#8217;oun-Doaré et sa jument suivaient le cortège et entrèrent aussi dans l&#8217;église, au grand étonnement et grand scandale de tout le monde. Mais, quand la cérémonie fut terminée, la peau de la jument tomba à terre et laissa voir une princesse, d&#8217;une beauté merveilleuse, qui présenta la main à N&#8217;oun-Doaré, en disant :<br />
— Je suis la fille du roi de Tartarie ; venez avec moi dans mon pays, N&#8217;oun-Doaré, et nous nous y marierons ensemble.<br />
Et N&#8217;oun-Doaré et la fille du roi de Tartarie, laissant le roi et la société tout ébahis, partirent ensemble, et, depuis, je n&#8217;ai pas eu de leurs nouvelles.</p>
<p>Conté par Vincent Coat, ouvrier de la manufacture des tabacs de Morlaix, avril 1874.</p>
<p><span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Le sentiment des distances manquait un peu au conteur.</span></p>
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