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	<title>Légendes Bretonnes &#187; Mythe de Psyché</title>
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	<description>Récits extraits des Contes Populaires De Basse-Bretagne par F.M. Luzel</description>
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		<title>L&#8217;Homme-Marmite</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Sep 2008 02:39:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Mythe de Psyché]]></category>
		<category><![CDATA[Sortilèges]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>

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		<description><![CDATA[D. Courtney &#038; J. Brunet101 noeuds celtiques D. Courtney &#038; J. Brunet101 Croix celtiques Yvonick NeumagerBretagne : Entre terre et mer Il y avait un bonhomme qui avait trois filles. Ils tenaient une petite ferme, et ils en vivaient pauvrement. Les filles allaient, tous les jours, travailler aux champs, et leur père, devenu trop vieux, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="livre lpt lmarg3"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2702905005?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2702905005"><img src="/img/51AXZ7QFWNL._SL160_.jpg" width="150" height="160" alt="101 noeuds celtiques" />
<p>D. Courtney &#038; J. Brunet<br />101 noeuds celtiques</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2702905005" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg4"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2702905013?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2702905013"><img src="/img/51BTYPZQM0L._SL160_.jpg" width="150" height="160" alt="101 Croix celtiques" />
<p>D. Courtney &#038; J. Brunet<br />101 Croix celtiques</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2702905013" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg5"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2354010354?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2354010354"><img src="/img/41DFP3tGfOL._SL160_.jpg" width="108" height="160" alt="Bretagne : Entre terre et mer" />
<p>Yvonick Neumager<br />Bretagne : Entre terre et mer</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2354010354" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait un bonhomme</strong> qui avait trois filles. Ils tenaient une petite ferme, et ils en vivaient pauvrement. Les filles allaient, tous les jours, travailler aux champs, et leur père, devenu trop vieux, restait à la maison et prenait soin des bestiaux. Mais, il allait tous les jours voir ses filles, aux champs, un moment ou l&#8217;autre. Un jour qu&#8217;il revenait de les voir, il rencontra en son chemin un beau seigneur bien mis ; il n&#8217;y avait qu&#8217;une chose à redire : c&#8217;est qu&#8217;il avait le derrière dans une marmite.<br />
—   Bonjour, compère, dit le seigneur au vieillard.<br />
—  Et à vous pareillement, Monseigneur,  répondit le paysan.<br />
—  Voulez-vous me donner une de vos filles en mariage ?<br />
—  Oui sûrement, si elles sont contentes.<br />
—  Eh bien ! allez leur dire de venir me parler.<br />
Et le bonhomme retourna au champ, et se mit à appeler ses trois filles :<br />
—  Marie, Jeanne, Marguerite, accourez vite ! Les jeunes filles accoururent et demandèrent :<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il donc, père ?<br />
—  Il y a là-bas, sur la route, un beau seigneur qui veut se marier à une de vous !<br />
Et les jeunes filles de s&#8217;empresser à qui arriverait la première. Mais, quand elles virent le seigneur inconnu, avec son derrière dans la marmite<span id="more-82"></span> :<br />
—  C&#8217;est ça ! dirent-elles ; et qui donc voudrait d&#8217;un pareil mari ?<br />
—  Ce ne sera toujours pas moi, dit l&#8217;aînée.<br />
—  Ni moi, dit la seconde, sa marmite fût-elle d&#8217;or !<br />
—  Il faut pourtant qu&#8217;une de vous trois consente à me prendre, dit le seigneur, ou votre père ne s&#8217;en retournera pas en vie à la maison.<br />
—  Je vous prendrai, Monseigneur, dit la plus jeune, qui jusqu&#8217;alors n&#8217;avait pas parlé, car je ne veux pas qu&#8217;il arrive de mal à notre père.<br />
Et on fixa tout de suite le jour des noces.<br />
Quand le jour convenu fut arrivé, il vint beaucoup d&#8217;invités. Les deux fiancés étaient seuls dans un beau carrosse, pour aller à l&#8217;église. Quand la jeune fiancée en descendit, elle était si belle, si parée, que ses parents ne la reconnaissaient pas ; elle était couverte d&#8217;or et de perles. Le fiancé descendit aussi ; mais, il avait toujours le derrière dans sa marmite.<br />
Ils pénétrèrent dans l&#8217;église, et, arrivés aux balustres du chœur, le fiancé sortit les pieds de sa marmite ; mais son derrière y restait toujours.<br />
Il y eut des noces magnifiques, des festins tous les jours, des jeux et des danses, pendant huit jours.<br />
Au bout de ce temps, le nouveau marié demanda à son beau-père s&#8217;il ne connaissait pas son seigneur.<br />
— Non sûrement, je ne le connais pas, répondit-il ; chaque année, à la Saint-Michel, je paie à son receveur, à Guingamp ; mais, lui, je ne l&#8217;ai jamais vu.<br />
— Eh bien ! c&#8217;est moi qui suis votre seigneur. Je vous donne cette ferme, à vous et à vos deux autres filles, et ne vous inquiétez pas de celle que j&#8217;emmène avec moi, car elle ne manquera de rien. Puis, il monta dans son carrosse doré, et partit en emmenant sa femme.<br />
Si le vieux fermier se trouvait dans la gêne, auparavant, à présent, tout allait bien. Aussi, les prétendants ne manquaient pas à ses filles, aux pardons et aux aires-neuves. L&#8217;une d&#8217;elles se maria, peu après.<br />
— Une de vos sœurs vient de se fiancer, dit un jour l&#8217;homme à la marmite à sa femme ; vous irez seule à la noce. On vous demandera de mes nouvelles ; mais, gardez-vous bien de dire que, la nuit, je quitte ma marmite, car, si vous le dites, ce sera pour votre malheur et le mien aussi. Bien qu&#8217;absent, si vous le dites, je le saurai tout de suite. Vous irez dans mon carrosse doré, qui sera attelé d&#8217;une cavale qui jette le feu par ses narines, et dont le dos ressemble à une lame de couteau ; et c&#8217;est sur le dos de cette cavale qu&#8217;il vous faudra vous en retourner, si vous révélez mon secret.<br />
La jeune femme promit d&#8217;être bien discrète, puis elle monta dans son carrosse doré et se rendit à la noce de sa sœur. Elle était si parée, si belle, qu&#8217;il n&#8217;y avait là aucune femme qui pût lui être comparée, si bien que toutes étaient jalouses d&#8217;elle.<br />
Quand le repas fut terminé, une vieille tante, qui avait bu une petite goutte de trop, vint à elle et lui dit :<br />
— Dieu, ma nièce, comme vous êtes belle et jolie ! Asseyez-vous à côté de moi, pour boire un coup de vin vieux, et parlez-moi de votre ménage. Et votre mari, comment se porte-t-il ?<br />
—  Il se porte bien, ma tante, et je vous remercie.<br />
—  Et pourquoi donc n&#8217;est-il pas venu à la noce ? J&#8217;aurais eu bien du plaisir à le revoir et à causer avec lui. Dites-moi, mon enfant, est-ce qu&#8217;il ne sort jamais de sa marmite ?<br />
—  Non, ma tante, jamais.<br />
—  Eh bien ! ma pauvre enfant, je vous plains alors, malgré tout ; avoir un mari qui a toujours le derrière dans une marmite, ce n&#8217;est vraiment pas agréable ; mais, la nuit, est-ce qu&#8217;il couche aussi avec sa marmite ?<br />
—   Oh ! non, la nuit, au moment de se mettre au lit, il en sort.<br />
Et aussitôt voilà la vieille tante d&#8217;aller le conter à tout le monde.<br />
Le lendemain matin, arriva un domestique de l&#8217;homme à la marmite, qui dit à la jeune femme qu&#8217;il fallait revenir à la maison, sur-le-champ ; c&#8217;était l&#8217;ordre de son mari.<br />
Alors, elle fut saisie de crainte, et se dit à elle-même : — J&#8217;ai commis une faute !<br />
Elle suivit le domestique. Quand elle arriva à la porte de la cour, elle s&#8217;évanouit, en voyant qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de carrosse, pour la ramener, mais seulement la cavale maigre dont le dos ressemblait à une lame de couteau.<br />
—  Montez sur cette cavale, lui dit le domestique.<br />
—  Non, je préfère marcher, répondit-elle. Mais, le domestique la mit de force sur la cavale ; puis, ils partirent au galop.<br />
Quand elle arriva au château de son mari, elle fut mal reçue de tout le monde.<br />
—  Te voilà donc, charogne, femme du diable ! lui disaient les valets et les servantes ; quand tu seras accouchée (elle était enceinte), tu seras mise à mort comme une chienne !<br />
Le seigneur aussi était bien en colère.<br />
—  Ah ! malheureuse femme, langue d&#8217;enfer ! lui dit-il. Tu m&#8217;as perdu, et tu t&#8217;es perdue toi-même ! Je n&#8217;avais plus qu&#8217;un an à rester dans ma marmite, et à présent, il m&#8217;y faudra rester encore six cents ans !<br />
La pauvre femme était désolée et pleurait et criait :<br />
—  Ramenez-moi chez mon père !<br />
—  Si votre douleur est vraie, dit son mari, et si vous faites exactement ce que je vous dirai, vous pouvez me sauver encore.<br />
—   Oh ! demandez ce que vous voudrez, il n&#8217;est rien au monde que je ne sois prête à faire pour vous.<br />
— Écoutez-moi  bien, alors : il vous faut,  à présent, vous mettre toute nue,  puis aller vous agenouiller sur les marches de la croix du carrefour. A peine serez-vous là, qu&#8217;il pleuvra, il ventera et  tonnera,  d&#8217;une façon effrayante ; mais, n&#8217;ayez pas peur et restez, malgré tout,  à genoux sur les marches de la croix. Alors,  arrivera au galop rouge un  cheval blanc, hennissant et faisant grand bruit. Ne vous en effrayez pas : il s&#8217;arrêtera un moment auprès de vous. Frappez de la main sur son front et dites : — Seras-tu époux ? Alors, il s&#8217;en ira, et un taureau viendra aussitôt, mugissant et faisant un tel vacarme, que la terre en tremblera. Ne vous effrayez pas davantage ; frappez-lui un petit coup sur le front  et dites : — Seras-tu frère ? Aussitôt,   il partira aussi, et sera remplacé par une vache noire, qui fera plus de bruit et de vacarme que le cheval blanc et le taureau ensemble. Mais,  ne vous effrayez toujours pas ; elle s&#8217;arrêtera, comme les autres, un moment auprès de vous et vous lui frapperez un petit coup de la main sur le front,  en disant : — Seras-tu mère ?<br />
Si vous avez assez de courage pour faire tout cela, alors vous pourrez encore me délivrer, et vous serez sauvée vous-même.<br />
— Je le ferai ! répondit la jeune femme.<br />
Et elle se mit toute nue, elle alla s&#8217;agenouiller sur les marches de la croix du carrefour, et, au même moment, la pluie, le vent, le tonnerre, se déchaînèrent et firent rage. C&#8217;était effrayant ! Bientôt arriva un cheval blanc, au triple galop, et en hennissant. Il s&#8217;arrêta devant la croix : la jeune femme frappa un petit coup avec la main sur son front, et dit : — Seras-tu époux ? Et le cheval partit. Un taureau arriva après lui, avec un vacarme terrible. Il s&#8217;arrêta aussi devant la croix, et la jeune femme lui frappa sur le front, en disant : — Seras-tu frère ? et il partit aussitôt.<br />
La pluie, le vent, le tonnerre, les éclairs allaient toujours croissant. La vache noire arriva alors, en beuglant et en faisant un vacarme d&#8217;enfer ; la terre en tremblait. — Seras-tu mère ? dit la jeune femme, en lui frappant un petit coup sur le front ; et elle partit aussi, comme le cheval blanc et le taureau.<br />
Alors, la pluie, le vent et le tonnerre cessèrent et le ciel devint clair et serein. Un carrosse doré descendit du ciel, auprès de la jeune femme. Son mari en sortit, lui donna des vêtements pour s&#8217;habiller, et ils se jetèrent dans les bras l&#8217;un de l&#8217;autre, en pleurant de joie.<br />
— Tu nous a délivrés, moi, mon frère et ma mère, s&#8217;écria l&#8217;homme à la marmite, car le cheval blanc, c&#8217;était moi ; le taureau, c&#8217;était mon frère, et la vache noire, ma mère ! Tous les trois nous étions retenus sous un charme, depuis bien longtemps ; mais, nos peines sont maintenant terminées, et je n&#8217;irai plus dans ma marmite. Mon frère possède un château d&#8217;or, et il vous le donne, pour vous remercier de ce que vous avez fait pour nous, et nous y vivrons, à présent, heureux et tranquilles.<br />
Alors, il y eut un beau banquet,  vous pouvez bien le croire !<br />
Si j&#8217;avais pu m&#8217;y trouver aussi, j&#8217;aurais mieux soupe, je pense, que je ne le fais à la maison, où j&#8217;ai pour régal  ordinaire des patates frites avec des pommes de terre <sup><em>(1)</em></sup> !</p>
<p>Conté par Barba Tassel, à Plouaret. — Décembre 1868. </p>
<p><span class="footnote">(1) Patates et pommes de terre, c&#8217;est la même chose.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/homme-marmite.zip" title="Fichier zip contenant L'Homme-Marmite au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>La  Truie  Sauvage</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Sep 2008 21:41:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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<p>Collectif<br />L&#8217;Encyclopédie du Merveilleux :<br />Du bestiaire fantastique</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=284228254X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg4"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2268066959?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2268066959"><img src="/img/51c8X6gpMPL._SL160_.jpg" width="93" height="160" alt="Le Roman de la Bretagne" />
<p>G. Martin-Chauffier<br />Le Roman de la Bretagne</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2268066959" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg5"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/270330398X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=270330398X"><img src="/img/41GSHTTRK5L._SL160_.jpg" width="115" height="160" alt="Les Celtes et le druidisme" />
<p>Raymonde Reznikov<br />Les Celtes et le druidisme</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=270330398X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Un jeune seigneur, étant un jour</strong> à la chasse, dans un grand bois, non loin de son château, rencontra une truie sauvage. Il la coucha en joue, et il allait faire feu, lorsqu&#8217;il fut bien étonné de l&#8217;entendre parler ainsi :<br />
— Ne tire pas sur moi, car tu dois m&#8217;épouser !<br />
—  Dieu, que dites-vous ? Moi épouser une truie sauvage ! s&#8217;écria le seigneur.<br />
—  Oui ; retourne à la maison, quand tu voudras, et rappelle-toi ce que je t&#8217;ai dit ; je serai ta femme !<br />
Et il retourna à la maison, tout triste et pensif.<br />
—  Que t&#8217;est-il arrivé, pour être si triste, mon fils ? lui demanda sa mère.<br />
—  Hélas ! ma mère, j&#8217;ai été à la chasse et j&#8217;ai rencontré une truie sauvage, et comme je la couchais en joue, elle a pris la parole, comme un homme, et m&#8217;a dit qu&#8217;il me faudrait l&#8217;épouser.<br />
—  Hélas ! mon pauvre enfant, si elle l&#8217;a dit, il faut que cela soit. Cette truie habite un vieux château, à l&#8217;autre extrémité du bois.<br />
A partir de ce jour, la truie venait tous les jours visiter le jeune gentilhomme, et celui-ci en avait tant de chagrin, qu&#8217;il était près d&#8217;en perdre la raison. Enfin, un jour, obsédé de ses visites et de ses instances, il dit :<br />
—  Eh bien ! puisqu&#8217;il faut que cela soit, finissons-en, et allons à l&#8217;église !<br />
Et ils se rendirent à l&#8217;église. Le curé, fort surpris<span id="more-74"></span>, faisait des difficultés pour unir un chrétien à une truie sauvage.<br />
—  Mariez-nous hardiment, dit la truie, car si vous me voyez sous cette forme, c&#8217;est ma mère qui en est la cause.<br />
Et le curé les unit.<br />
La truie emmena alors son mari à son château, qui était fort beau. Son père était mort, mais, sa mère vivait encore et habitait le château avec elle.<br />
Le jeune gentilhomme s&#8217;habitua à sa femme, et finit par l&#8217;aimer telle qu&#8217;elle était.<br />
La truie devint enceinte.<br />
Trois mois après leur mariage, le gentilhomme, en se promenant un jour dans le jardin du château, vit trois belles fleurs, qu&#8217;il n&#8217;avait pas encore remarquées. Et à mesure que les fleurs croissaient et s&#8217;élevaient, les feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Cela lui parut de mauvais augure.<br />
— Est-ce que ma femme serait menacée de mourir ? pensa-t-il avec douleur.<br />
Au bout de neuf mois, sa femme mit au monde trois fils, d&#8217;une seule couche, trois enfants superbes ! On les baptisa, puis on leur chercha des nourrices. Ils avaient tous les trois des cheveux d&#8217;or, et quand on les peignait, il tombait des pièces d&#8217;or de leurs têtes.<br />
La truie avait défendu à leur père de les toucher ; il ne les voyait même que par le trou de la serrure, pendant que leurs nourrices les peignaient.<br />
Six mois après, le père, en se promenant dans le jardin du château, vit encore trois fleurs magnifiques, et à mesure qu&#8217;elles croissaient et s&#8217;élevaient sur leurs tiges, les feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Et il en conçut encore de l&#8217;inquiétude à l&#8217;égard de sa femme. Mais, au bout de neuf mois, la truie donna le jour à trois autres fils, plus beaux encore que les trois premiers. On les baptisa aussi ; on  leur donna des  nourrices, et l&#8217;on en prit tous les soins imaginables. Ils avaient aussi des cheveux d&#8217;or, et quand leur mère les peignait, il tombait aussi des pièces d&#8217;or de leurs têtes.<br />
Six mois après, en se promenant dans le jardin du château, le père remarqua encore trois belles fleurs, et à mesure qu&#8217;elles croissaient et que leurs tiges s&#8217;élevaient, leurs feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Et il en conçut encore de l&#8217;inquiétude au sujet de sa femme.<br />
Mais, au bout de neuf mois, la truie donnait encore le jour à trois enfants, — trois petites filles, cette fois, — belles comme le jour.<br />
Voilà neuf enfants, en moins de trois ans !<br />
La truie dit alors à son mari :<br />
— Je suis à présent délivrée, grâce à toi ! Ma mère trouvait les enfants de toutes les autres femmes laids et contrefaits, et Dieu, pour la punir, lui donna une truie pour fille.<br />
Et aussitôt elle changea de forme et devint une belle princesse <sup><em>(1)</em></sup>.</p>
<p>Conté par Marie-Yvonne Guézennec, de Plouaret.</p>
<p><span class="footnote">(1) Ce conte semble être incomplet.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/la-truie-sauvage.zip" title="Fichier zip contenant La  Truie  Sauvage au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>L&#8217;Homme-Crapaud</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Jun 2008 06:07:08 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>

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		<description><![CDATA[J. GaucherLégendes des pays celtiques Miranda GreenLes Druides P. WalterLa Fée MélusineLe serpent et l&#8217;oiseau - Une fille envoie son père à la fontaine &#8211; Un crapaud se colle au visage de l&#8217;homme &#8211; Le crapaud exige une de ses trois filles pour épouse &#8211; Il emméne sa femme dans son château &#8211; Il se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="livre lpt lmarg3"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/284346241X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=284346241X"><img src="/img/61ZW6P0DHGL._SL160_.jpg" width="150" height="160" alt="Légendes des pays celtiques" />
<p>J. Gaucher<br />Légendes des pays celtiques</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=284346241X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg4"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2877721906?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2877721906"><img src="/img/51S81ZJH51L._SL160_.jpg" width="124" height="160" alt="Les Druides" />
<p>Miranda Green<br />Les Druides</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2877721906" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg5"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2849520578?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2849520578"><img src="/img/512xgy5nE2L._SL160_.jpg" width="95" height="160" alt="La Fée Mélusine" />
<p>P. Walter<br />La Fée Mélusine<br />Le serpent et l&#8217;oiseau</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2849520578" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><em>- Une  fille envoie son père à la fontaine &#8211; Un crapaud se colle au visage de l&#8217;homme &#8211; Le crapaud exige une de ses trois filles pour épouse &#8211; Il emméne sa femme dans son château &#8211; Il se transforme en prince pendant la nuit &#8211; Une des soeurs brûle la peau de crapaud &#8211; Le prince disparaît, avec trois tâches de sang sur sa chemise &#8211; Sa femme trouve le château où le prince s&#8217;est réfugié et parvient à nettoyer les tâches sur la chemise &#8211; Elle est engagée comme bergère au château &#8211; Elle parvient à passer une nuit avec le prince, qui s&#8217;endort et ne la reconnaît pas &#8211; La troisième nuit, le prince parvient à rester éveillé et reconnait sa première épouse &#8211; Ils retournent dans leur pays.</em><br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>Il y avait une fois</strong> un bonhomme qui était resté veuf avec trois filles. Un jour, une de ses filles lui dit :<br />
—   Si vous vouliez aller me chercher une cruche d&#8217;eau, à la fontaine, mon père ? Il n&#8217;y en a pas une goutte dans la maison, et il m&#8217;en faut pour notre pot au feu.<br />
—  C&#8217;est bien, ma fille, répondit le vieillard.<br />
Et il prit une cruche et se rendit à la fontaine. Au moment où il était penché sur l&#8217;eau, emplissant sa cruche, un crapaud lui sauta à la figure et s&#8217;y colla si bien que tous ses efforts pour l&#8217;arracher demeurèrent inutiles.<br />
—  Tu ne pourras m&#8217;arracher d&#8217;ici, lui dit le crapaud, que quand tu m&#8217;auras promis de me donner une de tes filles en mariage !<br />
Il laissa sa cruche auprès de la fontaine, et courut à la maison.<br />
—  O Dieu ! que vous est-il donc arrivé, père ? s&#8217;écrièrent ses filles, en voyant dans quel état il se trouvait.<br />
—  Hélas ! mes pauvres enfants, cet animal m&#8217;a sauté à la figure, au moment où je puisais de l&#8217;eau à la fontaine, et il dit à présent qu&#8217;il ne s&#8217;en ira, que si l&#8217;une de vous consent à le prendre pour mari.<br />
—   Grand Dieu ! que dites-vous là, mon père ? répondit sa fille aînée ; prendre un crapaud pour mari ! Il fait horreur à voir !<br />
Et elle détourna la tête, et sortit de la maison. La seconde<span id="more-33"></span> fit comme elle.<br />
—  Eh bien ! mon pauvre père, dit alors la plus jeune, moi je consens à le prendre pour mari, car mon cœur ne pourrait souffrir de vous voir rester en cet état !<br />
Aussitôt le crapaud tomba à terre. On fixa le mariage au lendemain.<br />
Quand la fiancée entra dans l&#8217;église, accompagnée de son crapaud, le recteur (le curé) fut bien étonné, et il dit qu&#8217;il ne marierait jamais une chrétienne à un crapaud. Pourtant, il finit par les unir, quand le père de la fiancée lui eut tout raconté, et promis beaucoup d&#8217;argent.<br />
Alors,  le  crapaud  emmena  sa   femme  dans son château, — car il avait un beau château. Quand l&#8217;heure fut venue de se coucher, il la conduisit à sa chambre, et là, il quitta sa peau de crapaud et se montra sous l&#8217;apparence d&#8217;un jeune et beau prince ! Pendant que le soleil était sur l&#8217;horizon, il était crapaud, et la nuit, il était prince.<br />
Les deux sœurs de la jeune mariée venaient quelquefois lui faire visite, et elles étaient bien étonnées de la trouver si gaie ; elle chantait et riait continuellement.<br />
—  Il y a quelque chose là-dessous, se disaient-elles ; il faut la surveiller, pour voir.<br />
Une nuit, elles vinrent, tout doucement, regarder par le trou de la serrure, et elles furent bien étonnées de voir un prince jeune et beau, au lieu d&#8217;un crapaud !<br />
—   Tiens! tiens! le beau prince!&#8230; Si j&#8217;avais su !&#8230; disaient-elles alors.<br />
Elles entendirent le prince dire ces paroles à sa femme :<br />
—   Demain, je dois aller en voyage, et je laisserai à la maison ma peau de crapaud. Veillez bien qu&#8217;il ne lui arrive pas de mal, car j&#8217;ai encore un an et un jour à rester sous cette forme.<br />
—  C&#8217;est bien ! se dirent les deux sœurs, qui écoutaient à la porte.<br />
Le lendemain matin, le prince partit, comme il l&#8217;avait annoncé, et ses deux belles-sœurs vinrent faire visite à sa femme.<br />
—  Dieu, les belles choses que tu as ! Comme tu dois être heureuse avec ton crapaud ! lui disaient-elles.<br />
—  Oui, sûrement, mes chères sœurs, je suis heureuse avec lui.<br />
—   Où est-il allé ?<br />
—  Il est allé en voyage.<br />
—  Si tu veux, petite sœur, je te peignerai tes cheveux, qui sont si beaux!<br />
—  Je le veux bien, ma bonne sœur.<br />
Elle s&#8217;endormit, pendant qu&#8217;on lui peignait les cheveux, avec un peigne d&#8217;or, et ses sœurs prirent alors ses clefs, dans sa poche, enlevèrent la peau de crapaud de l&#8217;armoire où elle était renfermée, et la jetèrent au feu.<br />
La jeune femme, en se réveillant, fut étonnée de se retrouver seule. Son mari arriva, un moment après, rouge de colère.<br />
—  Ah ! malheureuse femme ! s&#8217;écria-t-il ; tu as fait, pour mon malheur et pour le tien aussi, ce que je t&#8217;avais bien défendu : tu as brûlé ma peau de crapaud ! Maintenant, je pars, et tu ne me reverras plus.<br />
La pauvre femme se mit à pleurer et dit :<br />
—  Je te suivrai, en quelque lieu que tu puisses aller.<br />
—  Non, ne me suis pas ; reste ici.<br />
Et il partit, en courant. Et elle de courir aussi après lui.<br />
—  Reste là, te dis-je.<br />
—  Je ne resterai pas, je te suivrai !<br />
Et il courait toujours. Mais, il avait beau courir, elle était sur ses talons. Il jeta alors une boule d&#8217;or derrière lui. Sa femme la ramassa, la mit dans sa poche, et continua de courir.<br />
—   Retourne à la maison ! retourne à la maison ! lui cria-t-il encore.<br />
—  Je n&#8217;y retournerai jamais sans toi !<br />
Il jeta une seconde boule d&#8217;or. Elle la ramassa, comme la première, et la mit dans sa poche. Puis, une troisième boule. Mais, la voyant toujours sur ses talons, il entra en colère, et lui donna un coup de poing en pleine figure. Le sang jaillit aussitôt, et sa chemise en reçut trois gouttes, qui y firent trois taches.<br />
Alors, la pauvre femme resta en arrière, et bientôt elle perdit de vue le fugitif ; mais, elle lui cria :<br />
—  Puissent ces trois taches de sang ne jamais disparaître, avant que j&#8217;arrive pour les effacer!<br />
Elle continua, malgré tout, sa poursuite. Elle entra dans un grand bois. Peu après, en suivant un sentier, sous les arbres, elle vit deux énormes lions, assis sur leur derrière, un de chaque coté du sentier. Elle en fut tout effrayée,<br />
—  Hélas ! se disait-elle, je perdrai la vie, ici, car je serai sûrement dévorée par œs deux lions ! Mais, n&#8217;importe! A la garde de Dieu !<br />
Et elle poursuivit sa route. Quand elle arriva près des lions, elle fut bien étonnée de les voir se coucher à ses pieds et lui lécher les mains. Si bien qu&#8217;elle se mit à les caresser, en leur passant la main sur la tête et sur le dos. Puis, elle continua sa route.<br />
Plus loin, elle vit un lièvre assis sur son derrière, sur le bord du sentier, et quand elle passa auprès de lui, le lièvre lui dit :<br />
—  Montez sur mon dos, et je vous conduirai hors du bois.<br />
Elle s&#8217;assit sur le dos du lièvre, et, en peu de temps, il l&#8217;eut mise hors du bois.<br />
—  Maintenant, lui dit le lièvre, avant de partir, vous êtes près du château où se trouve celui que vous cherchez.<br />
—  Merci, bonne bête du bon Dieu, lui dit la jeune femme.<br />
En effet, elle se trouva bientôt dans une grande avenue de vieux chênes, et non loin de là, elle vit des lavandières lavant du linge sur un étang.<br />
Elle s&#8217;approcha d&#8217;elles et entendit une d&#8217;elles qui disait :<br />
—  Ah ! ça-, voici  une  chemise  qui doit être ensorcelée ! Depuis deux ans j&#8217;essaie, à chaque buée, d&#8217;enlever trois taches de sang qui sont dessus, et, j&#8217;ai beau faire, je n&#8217;en puis venir à bout !<br />
La voyageuse, entendant ces paroles, s&#8217;approcha de la lavandière qui parlait ainsi, et lui dit :<br />
—  Confiez-moi un instant cette chemise, je vous prie ; je pense que je réussirai à enlever les trois taches de sang.<br />
On lui donna la chemise, elle cracha sur les trois taches de sang, la trempa dans l&#8217;eau, frotta un peu et aussitôt les trois taches disparurent.<br />
—  Mille mercis, lui dit la lavandière ; notre maître est sur le point de se marier, et il sera heureux de voir les trois taches de sang parties, car c&#8217;est sa plus belle chemise.<br />
—  Je voudrais bien trouver de l&#8217;occupation dans la maison de votre maître.<br />
—  La gardeuse de moutons est partie, ces jours derniers, et elle n&#8217;est pas encore remplacée ; venez avec moi et je vous recommanderai.<br />
Elle fut reçue comme gardeuse de moutons. Tous les jours, elle conduisait son troupeau dans un grand bois, qui entourait le château, et souvent elle voyait son mari qui venait s&#8217;y promener avec la jeune princesse qui devait être sa femme. Son cœur battait plus fort, quand elle le voyait ; mais, elle n&#8217;osait pas parler.<br />
Elle avait toujours ses trois boules d&#8217;or, et souvent, pour se désennuyer, elle s&#8217;amusait à jouer aux boules. Un jour, la jeune princesse remarqua ses boules d&#8217;or, et elle dit à sa suivante :<br />
—   Voyez ! voyez ! les belles boules d&#8217;or qu&#8217;a cette fille ! Allez lui demander de m&#8217;en vendre une.<br />
La suivante alla trouver la bergère et lui dit :<br />
—  Les belles boules d&#8217;or que vous avez là, bergère ! Voudriez-vous en vendre une à la princesse, ma maîtresse ?<br />
—  Je ne vendrai pas mes boules ; je n&#8217;ai pas d&#8217;autre passe-temps, dans ma solitude.<br />
—  Bah ! vous êtes déraisonnable ; voyez comme vos habits sont en mauvais état ; vendez une de vos boules à ma maîtresse et elle vous paiera bien, et vous pourrez vous habiller proprement.<br />
—  Je ne demande ni or ni argent.<br />
—  Que désirez-vous done ?<br />
—  Dormir une nuit avec votre maître !<br />
—  Comment ! mauvaise fille, osez-vous bien parler ainsi ?<br />
—  Je ne céderai une de mes boules d&#8217;or pour rien autre chose au monde.<br />
La suivante retourna auprès de sa maîtresse.<br />
—  Eh bien ! qu&#8217;a répondu la bergère ?<br />
—  Ce qu&#8217;elle a répondu? Je n&#8217;ose pas vous le dire.<br />
—  Dites-moi, vite.<br />
—  Elle a dit, la mauvaise fille, qu&#8217;elle ne céderait une de ses boules que pour dormir une nuit avec votre mari.<br />
—  Voyez donc ! Mais, n&#8217;importe, il faut que j&#8217;aie une de ses boules, coûte que coûte ; je mettrai un narcotique dans le vin de mon mari, pendant le souper, et il ne saura rien. Allez lui dire que j&#8217;accepte la condition, et apportez-moi une boule d&#8217;or.<br />
En se levant de table, le soir, le seigneur fut pris d&#8217;un besoin si impérieux de dormir, qu&#8217;il lui fallut aller se mettre au lit aussitôt. Peu après, on introduisit la bergère dans sa chambre. Mais, elle avait beau l&#8217;appeler des noms les plus tendres, l&#8217;embrasser, le secouer fortement, rien ne pouvait le réveiller.<br />
—   Hélas ! s&#8217;écriait alors la pauvre femme, en pleurant, j&#8217;aurai donc perdu toute ma peine? Après avoir tant souffert ! Je t&#8217;avais cependant épousé, quand tu étais crapaud, et que personne ne voulait de toi ! Et pendant deux longues années, par la chaleur, par le froid le plus cruel, sous la pluie, la neige, au milieu de la tempête, je t&#8217;ai cherché partout, sans perdre courage ; et maintenant, que je t&#8217;ai retrouvé, tu ne m&#8217;écoutes pas, tu dors comme un rocher ! Ah ! suis-je assez malheureuse !<br />
Et elle pleurait et sanglotait ; mais, hélas! il ne l&#8217;entendait pas.<br />
Le lendemain matin, elle se rendit encore dans le bois, avec ses brebis, triste et pensive. Dans l&#8217;après-midi, la princesse vint, comme la veille, se promener avec sa suivante. La bergère, en la voyant venir, se mit à jouer avec les deux boules d&#8217;or qui lui restaient. La princesse désira avoir une seconde boule, pour faire la paire, et elle dit encore à sa suivante :<br />
— Ailes m&#8217;acheter une seconde boule d&#8217;or de la bergère.<br />
La suivante obéit, et, pour abréger, le marché fut conclu au même prix que la veille : passer une seconde nuit avec le maître du château, dans sa chambre.<br />
Le maître, à qui la princesse versa encore un narcotique dans son vin, pendant le souper, alla, comme la veille, se coucher, au sortir de table, et dormit comme une roche. Quelque temps après, la bergère fut de nouveau introduite dans sa chambre, et elle recommença ses plaintes et ses sanglots. Un valet, passant par hasard près de la porte, entendit du bruit et s&#8217;arrêta pour écouter. Il fut bien étonné de tout ce qu&#8217;il entendit, et, le lendemain matin,  il   se rendit   auprès  de son maître et  lui dit :<br />
—  Mon maître, il se passe dans ce château des choses que vous ignorez et qu&#8217;il vous importe de connaître.<br />
—  Quoi donc ? Parlez, vite.<br />
—  Une pauvre femme, ! paraissant bien malheureuse et bien affligée, est arrivée au château depuis quelques jours, et par pitié, on l&#8217;a gardée pour remplacer la bergère, qui venait de partir. Un jour, la princesse, en se promenant dans le bois, avec sa suivante, la vit qui jouait aux boules avec des boules d&#8217;or. Elle désira aussitôt avoir ces boules, et envoya sa suivante pour les acheter de la bergère, à quelque prix que ce fût. La bergère ne demanda nijDr ni argent, mais passer une nuit avec vous dans votre chambre à coucher, pour chacune de ses boules. Elle a déjà donné deux boules, et elle a passé deux nuits avec vous, dans votre chambre à coucher, sans que vous en ayez rien su. C&#8217;est une pitié d&#8217;entendre ses sanglots et ses plaintes. Je croirais assez qu&#8217;elle a l&#8217;esprit égaré, car elle dit des choses fort étranges, comme, par exemple, qu&#8217;elle a été votre femme, quand vous étiez crapaud, et qu&#8217;elle a marché, pendant deux années entières, à votre recherche&#8230;<br />
—  Est-il possible que tout cela soit vrai !<br />
—  Oui, mon maître, tout cela est vrai ; et si vous n&#8217;en savez rien encore, c&#8217;est que, pendant le repas du soir, la princesse vous verse un narcotique dans votre vin, si bien qu&#8217;en vous levant de table, il faut vous mettre au lit, et que vous dormez profondément, jusqu&#8217;au lendemain.<br />
—  Holà ! il faut que je me tienne sur mes gardes, et bientôt vous verrez du nouveau ici.<br />
La pauvre bergère était mal vue et détestée des domestiques du château, qui savaient qu&#8217;elle passait ses nuits dans la chambre du maître, et la cuisinière ne lui donnait plus que du pain d&#8217;orge, comme aux chiens.<br />
Le lendemain matin, elle alla encore au bois, avec ses brebis, et la princesse lui acheta sa troisième boule d&#8217;or, au même prix que les deux autres, pour passer une troisième nuit avec le maître, dans sa chambre à coucher.<br />
Quand l&#8217;heure du repas du soir fut venue, le maître se tint sur ses gardes, cette fois. Pendant qu&#8217;il causait avec son voisin, il vit la princesse qui lui versait, encore du narcotique dans son verre. Il ne fit pas semblant de s&#8217;en apercevoir, mais, au lieu de boire le vin, il le jeta sous la table, sans être remarqué de la princesse.<br />
En se levant de table, il feignit d&#8217;être pris de sommeil, comme les autres soirs, et se rendit dans   sa chambre.   La  bergère vint aussi, peu après. Cette fois, il ne dormait pas, et, dès qu&#8217;il k vit, il se jeta dans ses bras, et ils pleurèrent de joie et de bonheur de se retrouver.<br />
—  Retourne, à présent, dans ta chambre, ma pauvre femme, lui dit-il au bout de quelque temps, et demain, tu verras du nouveau ici.<br />
Le lendemain, il y avait un grand repas au château, pour fixer le jour du mar<br />
Il y avait une fois un bonhomme qui était resté veuf avec trois filles. Un jour, une de ses filles lui dit :<br />
—   Si vous vouliez aller me chercher une cruche d&#8217;eau, à la fontaine, mon père ? Il n&#8217;y en a pas une goutte dans la maison, et il m&#8217;en faut pour notre pot au feu.<br />
—  C&#8217;est bien, ma fille, répondit le vieillard.<br />
Et il prit une cruche et se rendit à la fontaine. Au moment où il était penché sur l&#8217;eau, emplissant sa cruche, un crapaud lui sauta à la figure et s&#8217;y colla si bien que tous ses efforts pour l&#8217;arracher demeurèrent inutiles.<br />
—  Tu ne pourras m&#8217;arracher d&#8217;ici, lui dit le crapaud, que quand tu m&#8217;auras promis de me donner une de tes filles en mariage !<br />
Il laissa sa cruche auprès de la fontaine, et courut à la maison.<br />
—  O Dieu ! que vous est-il donc arrivé, père ? s&#8217;écrièrent ses filles, en voyant dans quel état il se trouvait.<br />
—  Hélas ! mes pauvres enfants, cet animal m&#8217;a sauté à la figure, au moment où je puisais de l&#8217;eau à la fontaine, et il dit à présent qu&#8217;il ne s&#8217;en ira, que si l&#8217;une de vous consent à le prendre pour mari.<br />
—   Grand Dieu ! que dites-vous là, mon père ? répondit sa fille aînée ; prendre un crapaud pour mari ! Il fait horreur à voir !<br />
Et elle détourna la tête, et sortit de la maison. La seconde fit comme elle.<br />
—  Eh bien ! mon pauvre père, dit alors la plus jeune, moi je consens à le prendre pour mari, car mon cœur ne pourrait souffrir de vous voir rester en cet état !<br />
Aussitôt le crapaud tomba à terre. On fixa le mariage au lendemain.<br />
Quand la fiancée entra dans l&#8217;église, accompagnée de son crapaud, le recteur (le curé) fut bien étonné, et il dit qu&#8217;il ne marierait jamais une chrétienne à un crapaud. Pourtant, il finit par les unir, quand le père de la fiancée lui eut tout raconté, et promis beaucoup d&#8217;argent.<br />
Alors,  le  crapaud  emmena  sa   femme  dans son château, — car il avait un beau château. Quand l&#8217;heure fut venue de se coucher, il la conduisit à sa chambre, et là, il quitta sa peau de crapaud et se montra sous l&#8217;apparence d&#8217;un jeune et beau prince ! Pendant que le soleil était sur l&#8217;horizon, il était crapaud, et la nuit, il était prince.<br />
Les deux sœurs de la jeune mariée venaient quelquefois lui faire visite, et elles étaient bien étonnées de la trouver si gaie ; elle chantait et riait continuellement.<br />
—  Il y a quelque chose là-dessous, se disaient-elles ; il faut la surveiller, pour voir.<br />
Une nuit, elles vinrent, tout doucement, regarder par le trou de la serrure, et elles furent bien étonnées de voir un prince jeune et beau, au lieu d&#8217;un crapaud !<br />
—   Tiens! tiens! le beau prince!&#8230; Si j&#8217;avais su !&#8230; disaient-elles alors.<br />
Elles entendirent le prince dire ces paroles à sa femme :<br />
—   Demain, je dois aller en voyage, et je laisserai à la maison ma peau de crapaud. Veillez bien qu&#8217;il ne lui arrive pas de mal, car j&#8217;ai encore un an et un jour à rester sous cette forme.<br />
—  C&#8217;est bien ! se dirent les deux sœurs, qui écoutaient à la porte.<br />
Le lendemain matin, le prince partit, comme il l&#8217;avait annoncé, et ses deux belles-sœurs vinrent faire visite à sa femme.<br />
—  Dieu, les belles choses que tu as ! Comme tu dois être heureuse avec ton crapaud ! lui disaient-elles.<br />
—  Oui, sûrement, mes chères sœurs, je suis heureuse avec lui.<br />
—   Où est-il allé ?<br />
—  Il est allé en voyage.<br />
—  Si tu veux, petite sœur, je te peignerai tes cheveux, qui sont si beaux!<br />
—  Je le veux bien, ma bonne sœur.<br />
Elle s&#8217;endormit, pendant qu&#8217;on lui peignait les cheveux, avec un peigne d&#8217;or, et ses sœurs prirent alors ses clefs, dans sa poche, enlevèrent la peau de crapaud de l&#8217;armoire où elle était renfermée, et la jetèrent au feu.<br />
La jeune femme, en se réveillant, fut étonnée de se retrouver seule. Son mari arriva, un moment après, rouge de colère.<br />
—  Ah ! malheureuse femme ! s&#8217;écria-t-il ; tu as fait, pour mon malheur et pour le tien aussi, ce que je t&#8217;avais bien défendu : tu as brûlé ma peau de crapaud ! Maintenant, je pars, et tu ne me reverras plus.<br />
La pauvre femme se mit à pleurer et dit :<br />
—  Je te suivrai, en quelque lieu que tu puisses aller.<br />
—  Non, ne me suis pas ; reste ici.<br />
Et il partit, en courant. Et elle de courir aussi après lui.<br />
—  Reste là, te dis-je.<br />
—  Je ne resterai pas, je te suivrai !<br />
Et il courait toujours. Mais, il avait beau courir, elle était sur ses talons. Il jeta alors une boule d&#8217;or derrière lui. Sa femme la ramassa, la mit dans sa poche, et continua de courir.<br />
—   Retourne à la maison ! retourne à la maison ! lui cria-t-il encore.<br />
—  Je n&#8217;y retournerai jamais sans toi !<br />
Il jeta une seconde boule d&#8217;or. Elle la ramassa, comme la première, et la mit dans sa poche. Puis, une troisième boule. Mais, la voyant toujours sur ses talons, il entra en colère, et lui donna un coup de poing en pleine figure. Le sang jaillit aussitôt, et sa chemise en reçut trois gouttes, qui y firent trois taches.<br />
Alors, la pauvre femme resta en arrière, et bientôt elle perdit de vue le fugitif ; mais, elle lui cria :<br />
—  Puissent ces trois taches de sang ne jamais disparaître, avant que j&#8217;arrive pour les effacer!<br />
Elle continua, malgré tout, sa poursuite. Elle entra dans un grand bois. Peu après, en suivant un sentier, sous les arbres, elle vit deux énormes lions, assis sur leur derrière, un de chaque coté du sentier. Elle en fut tout effrayée,<br />
—  Hélas ! se disait-elle, je perdrai la vie, ici, car je serai sûrement dévorée par ces deux lions ! Mais, n&#8217;importe! A la garde de Dieu !<br />
Et elle poursuivit sa route. Quand elle arriva près des lions, elle fut bien étonnée de les voir se coucher à ses pieds et lui lécher les mains. Si bien qu&#8217;elle se mit à les caresser, en leur passant la main sur la tête et sur le dos. Puis, elle continua sa route.<br />
Plus loin, elle vit un lièvre assis sur son derrière, sur le bord du sentier, et quand elle passa auprès de lui, le lièvre lui dit :<br />
—  Montez sur mon dos, et je vous conduirai hors du bois.<br />
Elle s&#8217;assit sur le dos du lièvre, et, en peu de temps, il l&#8217;eut mise hors du bois.<br />
—  Maintenant, lui dit le lièvre, avant de partir, vous êtes près du château où se trouve celui que vous cherchez.<br />
—  Merci, bonne bête du bon Dieu, lui dit la jeune femme.<br />
En effet, elle se trouva bientôt dans une grande avenue de vieux chênes, et non loin de là, elle vit des lavandières lavant du linge sur un étang.<br />
Elle s&#8217;approcha d&#8217;elles et entendit une d&#8217;elles qui disait :<br />
—  Ah ! ça, voici  une  chemise  qui doit être ensorcelée ! Depuis deux ans j&#8217;essaie, à chaque buée, d&#8217;enlever trois taches de sang qui sont dessus, et, j&#8217;ai beau faire, je n&#8217;en puis venir à bout !<br />
La voyageuse, entendant ces paroles, s&#8217;approcha de la lavandière qui parlait ainsi, et lui dit :<br />
—  Confiez-moi un instant cette chemise, je vous prie ; je pense que je réussirai à enlever les trois taches de sang.<br />
On lui donna la chemise, elle cracha sur les trois taches de sang, la trempa dans l&#8217;eau, frotta un peu et aussitôt les trois taches disparurent.<br />
—  Mille mercis, lui dit la lavandière ; notre maître est sur le point de se marier, et il sera heureux de voir les trois taches de sang parties, car c&#8217;est sa plus belle chemise.<br />
—  Je voudrais bien trouver de l&#8217;occupation dans la maison de votre maître.<br />
—  La gardeuse de moutons est partie, ces jours derniers, et elle n&#8217;est pas encore remplacée ; venez avec moi et je vous recommanderai.<br />
Elle fut reçue comme gardeuse de moutons. Tous les jours, elle conduisait son troupeau dans un grand bois, qui entourait le château, et souvent elle voyait son mari qui venait s&#8217;y promener avec la jeune princesse qui devait être sa femme. Son cœur battait plus fort, quand elle le voyait ; mais, elle n&#8217;osait pas parler.<br />
Elle avait toujours ses trois boules d&#8217;or, et souvent, pour se désennuyer, elle s&#8217;amusait à jouer aux boules. Un jour, la jeune princesse remarqua ses boules d&#8217;or, et elle dit à sa suivante :<br />
—   Voyez ! voyez ! les belles boules d&#8217;or qu&#8217;a cette fille ! Allez lui demander de m&#8217;en vendre une.<br />
La suivante alla trouver la bergère et lui dit :<br />
—  Les belles boules d&#8217;or que vous avez là, bergère ! Voudriez-vous en vendre une à la princesse, ma maîtresse ?<br />
—  Je ne vendrai pas mes boules ; je n&#8217;ai pas d&#8217;autre passe-temps, dans ma solitude.<br />
—  Bah ! vous êtes déraisonnable ; voyez comme vos habits sont en mauvais état ; vendez une de vos boules à ma maîtresse et elle vous paiera bien, et vous pourrez vous habiller proprement.<br />
—  Je ne demande ni or ni argent.<br />
—  Que désirez-vous donc ?<br />
—  Dormir une nuit avec votre maître !<br />
—  Comment ! mauvaise fille, osez-vous bien parler ainsi ?<br />
—  Je ne céderai une de mes boules d&#8217;or pour rien autre chose au monde.<br />
La suivante retourna auprès de sa maîtresse.<br />
—  Eh bien ! qu&#8217;a répondu la bergère ?<br />
—  Ce qu&#8217;elle a répondu? Je n&#8217;ose pas vous le dire.<br />
—  Dites-moi, vite.<br />
—  Elle a dit, la mauvaise fille, qu&#8217;elle ne céderait une de ses boules que pour dormir une nuit avec votre mari.<br />
—  Voyez donc ! Mais, n&#8217;importe, il faut que j&#8217;aie une de ses boules, coûte que coûte ; je mettrai un narcotique dans le vin de mon mari, pendant le souper, et il ne saura rien. Allez lui dire que j&#8217;accepte la condition, et apportez-moi une boule d&#8217;or.<br />
En se levant de table, le soir, le seigneur fut pris d&#8217;un besoin si impérieux de dormir, qu&#8217;il lui fallut aller se mettre au lit aussitôt. Peu après, on introduisit la bergère dans sa chambre. Mais, elle avait beau l&#8217;appeler des noms les plus tendres, l&#8217;embrasser, le secouer fortement, rien ne pouvait le réveiller.<br />
—   Hélas ! s&#8217;écriait alors la pauvre femme, en pleurant, j&#8217;aurai donc perdu toute ma peine? Après avoir tant souffert ! Je t&#8217;avais cependant épousé, quand tu étais crapaud, et que personne ne voulait de toi ! Et pendant deux longues années, par la chaleur, par le froid le plus cruel, sous la pluie, la neige, au milieu de la tempête, je t&#8217;ai cherché partout, sans perdre courage ; et maintenant, que je t&#8217;ai retrouvé, tu ne m&#8217;écoutes pas, tu dors comme un rocher ! Ah ! suis-je assez malheureuse !<br />
Et elle pleurait et sanglotait ; mais, hélas! il ne l&#8217;entendait pas.<br />
Le lendemain matin, elle se rendit encore dans le bois, avec ses brebis, triste et pensive. Dans l&#8217;après-midi, la princesse vint, comme la veille, se promener avec sa suivante. La bergère, en la voyant venir, se mit à jouer avec les deux boules d&#8217;or qui lui restaient. La princesse désira avoir une seconde boule, pour faire la paire, et elle dit encore à sa suivante :<br />
— Ailes m&#8217;acheter une seconde boule d&#8217;or de la bergère.<br />
La suivante obéit, et, pour abréger, le marché fut conclu au même prix que la veille : passer une seconde nuit avec le maître du château, dans sa chambre.<br />
Le maître, à qui la princesse versa encore un narcotique dans son vin, pendant le souper, alla, comme la veille, se coucher, au sortir de table, et dormit comme une roche. Quelque temps après, la bergère fut de nouveau introduite dans sa chambre, et elle recommença ses plaintes et ses sanglots. Un valet, passant par hasard près de la porte, entendit du bruit et s&#8217;arrêta pour écouter. Il fut bien étonné de tout ce qu&#8217;il entendit, et, le lendemain matin,  il   se rendit   auprès  de son maître et  lui dit :<br />
—  Mon maître, il se passe dans ce château des choses que vous ignorez et qu&#8217;il vous importe de connaître.<br />
—  Quoi donc ? Parlez, vite.<br />
—  Une pauvre femme, ! paraissant bien malheureuse et bien affligée, est arrivée au château depuis quelques jours, et par pitié, on l’a gardée pour remplacer la bergère, qui venait de partir. Un jour, la princesse, en se promenant dans le bois, avec sa suivante, la vit qui jouait aux boules avec des boules d&#8217;or. Elle désira aussitôt avoir ces boules, et envoya sa suivante pour les acheter de la bergère, à quelque prix que ce fût. La bergère ne demanda ni or ni argent, mais passer une nuit avec vous dans votre chambre à coucher, pour chacune de ses boules. Elle a déjà donné deux boules, et elle a passé deux nuits avec vous, dans votre chambre à coucher, sans que vous en ayez rien su. C&#8217;est une pitié d&#8217;entendre ses sanglots et ses plaintes. Je croirais assez qu&#8217;elle a l&#8217;esprit égaré, car elle dit des choses fort étranges, comme, par exemple, qu&#8217;elle a été votre femme, quand vous étiez crapaud, et qu&#8217;elle a marché, pendant deux années entières, à votre recherche&#8230;<br />
—  Est-il possible que tout cela soit vrai !<br />
—  Oui, mon maître, tout cela est vrai ; et si vous n&#8217;en savez rien encore, c&#8217;est que, pendant le repas du soir, la princesse vous verse un narcotique dans votre vin, si bien qu&#8217;en vous levant de table, il faut vous mettre au lit, et que vous dormez profondément, jusqu&#8217;au lendemain.<br />
—  Holà ! il faut que je me tienne sur mes gardes, et bientôt vous verrez du nouveau ici.<br />
La pauvre bergère était mal vue et détestée des domestiques du château, qui savaient qu&#8217;elle passait ses nuits dans la chambre du maître, et la cuisinière ne lui donnait plus que du pain d&#8217;orge, comme aux chiens.<br />
Le lendemain matin, elle alla encore au bois, avec ses brebis, et la princesse lui acheta sa troisième boule d&#8217;or, au même prix que les deux autres, pour passer une troisième nuit avec le maître, dans sa chambre à coucher.<br />
Quand l&#8217;heure du repas du soir fut venue, le maître se tint sur ses gardes, cette fois. Pendant qu&#8217;il causait avec son voisin, il vit la princesse qui lui versait, encore du narcotique dans son verre. Il ne fit pas semblant de s&#8217;en apercevoir, mais, au lieu de boire le vin, il le jeta sous la table, sans être remarqué de la princesse.<br />
En se levant de table, il feignit d&#8217;être pris de sommeil, comme les autres soirs, et se rendit dans   sa chambre. La  bergère vint aussi, peu après. Cette fois, il ne dormait pas, et, dès qu&#8217;il la vit, il se jeta dans ses bras, et ils pleurèrent de joie et de bonheur de se retrouver.<br />
—  Retourne, à présent, dans ta chambre, ma pauvre femme, lui dit-il au bout de quelque temps, et demain, tu verras du nouveau ici.<br />
Le lendemain, il y avait un grand repas au château, pour fixer le jour du mariage. Il y avait là des rois, des reines, des princes, des princesses et beaucoup d&#8217;autres personnes de haute condition. Vers la fin du repas, le futur gendre se leva et dit :<br />
—  Mon beau-père, je voudrais avoir votre avis sur le cas que voici :<br />
J&#8217;avais un joli petit coffret, avec une jolie petite clef d&#8217;or ; je perdis la clef de mon coffret, et j&#8217;en fis faire une autre. Mais, voilà que, peu de temps après, je retrouvai ma première clef, de sorte que j&#8217;en ai, à présent, deux au lieu d&#8217;une. De laquelle pensez-vous, beau-père, que je dois faire usage ?<br />
—  Respect toujours à la vieillesse, répondit le futur beau-père.<br />
Alors, le prince entra dans un cabinet, à côté, et en revint aussitôt, en tenant par la main la bergère, habillée simplement, mais proprement, et il dit, en la présentant à la compagnie :<br />
— Eh bien ! voici ma première clef, c&#8217;est-à-dire ma première femme, que j&#8217;ai retrouvée ; c&#8217;est ma femme, je l&#8217;aime toujours, et je n&#8217;en aurai jamais d&#8217;autre qu&#8217;elle <sup class="ref"><a href="#note1">(1)</a></sup><a name="texte1"></a> !<br />
Et ils retournèrent alors dans leur pays, où ils vécurent heureux ensemble, jusqu&#8217;à la fin de leurs jours.<br />
Et voilà le conte de l&#8217;Homme-crapaud. Comment le trouvez-vous ?</p>
<p>Conté par Barba Tassel, du bourg de Plouaret. — 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Comme je l&#8217;ai déjà <a href="/lhomme-poulain/">fait remarquer</a>, c&#8217;est ordinairement la princesse qui doit proposer cette énigme.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/homme-crapaud.zip" title="Fichier zip contenant L'Homme-Crapaud au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>L&#8217;Homme-Poulain</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Apr 2008 07:57:22 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[R. Gianadda &#038; T. TraditoLes Celtes, les Germains et les Vikings CollectifPays Celtes : Hauts lieuxet chemins secrets C. Guyonvarc&#8217;hLes druides Il y avait autrefois, au vieux château de Kerouéz, en la commune de Loguivi-Plougras, un seigneur riche et puissant qui avait un fils unique, lequel était venu au monde avec une tête de poulain, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="livre lpt lmarg3"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2754102582?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2754102582"><img src="/img/51W37ehZe2L._SL160_.jpg" width="109" height="160" alt="Les Celtes, les Germains et les Vikings" />
<p>R. Gianadda &#038; T. Tradito<br />Les Celtes, les Germains<br /> et les Vikings</p>
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<p>Collectif<br />Pays Celtes : Hauts lieux<br />et chemins secrets</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2737329663" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg5"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2858829209?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2858829209"><img src="/img/416NXQYMKEL._SL160_.jpg" width="105" height="160" alt="Les druides" />
<p>C. Guyonvarc&#8217;h<br />Les druides</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2858829209" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait autrefois,</strong> au vieux château de Kerouéz, en la commune de Loguivi-Plougras, un seigneur riche et puissant qui avait un fils unique, lequel était venu au monde avec une tête de poulain, ce dont toute la famille était fort désolée. Quand l&#8217;enfant à tête de poulain eut atteint l&#8217;âge de dix-huit ans, il dit un jour à sa mère qu&#8217;il voulait se marier, et qu&#8217;il fallait aller lui demander une des filles du fermier, qui avait trois jolies jeunes filles.<br />
La bonne dame se rendit chez sa fermière, un peu embarrassée de sa commission. Après avoir causé longtemps avec elle de son bétail, de ses enfants et de mille autres choses, elle expliqua enfin le motif de sa visite.<br />
— Jésus ! Madame, que dites-vous là ! Donner ma fille, une chrétienne, à un homme qui a une tête de bête ! s&#8217;écria la fermière.<br />
—  Ne vous effrayez pas trop de cela, ma pauvre femme, c&#8217;est Dieu qui me l&#8217;a donné ainsi, et il en est assez malheureux, le pauvre enfant ! Du reste, c&#8217;est la douceur et la bonté même, et votre fille serait heureuse avec lui.<br />
—  Je vais demander à mes filles, et si l&#8217;une d&#8217;elles accepte, je n&#8217;y ferai point d&#8217;opposition.<br />
Et la bonne femme alla trouver ses filles, et leur expliqua le motif de la visite de la dame du château.<br />
—   Osez-vous bien nous faire une pareille proposition ? répondirent les deux aînées ; épouser quelqu&#8217;un qui a une tête de poulain ! Il faudrait être bien à court de galants, et, Dieu, merci, nous n&#8217;en sommes pas là.<br />
—  Mais, songez donc comme il est riche, et, comme il est fils unique, le château et tout le reste vous appartiendra.<br />
—  C&#8217;est vrai, reprit l&#8217;aînée, je serai ainsi châtelaine ; eh bien ! dites-lui que je consens à l&#8217;épouser.<br />
La mère transmit la réponse de sa fille aînée à la dame, et celle-ci<span id="more-32"></span> revint tout heureuse au château, pour annoncer la nouvelle à son fils.<br />
On s&#8217;occupa immédiatement des préparatifs de la noce.<br />
Quelques jours après, la jeune fiancée était près du <em>douet</em>, dans le bois, regardant les servantes du château qui lavaient le linge, causant et riant avec elles. Une d&#8217;elles lui dit :<br />
—   Comment pouvez-vous prendre pour époux quelqu&#8217;un qui a une tête de poulain, une belle fille comme vous !<br />
—   Bah ! répondit-elle, il est riche ; et puis, soyez tranquilles, il ne sera pas longtemps mon mari, car, la première nuit de mes noces, je lui couperai le cou.<br />
En ce moment, vint à passer un beau seigneur qui, ayant entendu la conversation, dit :<br />
—  Vous avez là une singulière conversation !<br />
—   Ces lavandières, Monseigneur, répondit la jeune fiancée, se moquent de moi, parce que je consens à me marier avec le jeune seigneur du château, qui a une tête de poulain ; mais, je ne serai pas longtemps la femme de cet animal-là, car, la première nuit de mes noces, je lui couperai le cou.<br />
—  Vous ferez bien, répondit l&#8217;inconnu. Et il poursuivit sa route, et disparut.<br />
Enfin, le jour des noces arriva. Grande fête au château et grands festins. L&#8217;heure venue, les filles d&#8217;honneur conduisirent la jeune mariée à la chambre nuptiale, la déshabillèrent, la mirent au lit, puis se retirèrent. Le jeune époux arriva alors, beau et brillant ; car, après le coucher du soleil, il perdait sa tête de poulain et devenait en tout semblable aux autres hommes. Il courut au lit, se pencha sur la jeune épouse, comme pour l&#8217;embrasser, et lui coupa la tête !&#8230;<br />
Le lendemain matin, quand sa mère vint, elle fut saisie d&#8217;horreur au spectacle qui s&#8217;offrit à ses yeux, et s&#8217;écria :<br />
—  Dieu, mon fils, qu&#8217;avez-vous fait ?<br />
—  Je lui ai fait, ma mère, ce qu&#8217;elle voulait me faire à moi-même.<br />
Trois mois après, l&#8217;envie de se marier reprit le seigneur à la tête de poulain, et il pria sa mère de lui aller demander la seconde fille du fermier. Celle-ci ignorait, sans doute, la manière dont sa sœur avait péri ; aussi, accepta-t-elle avec empressement la proposition qui lui était faite, toujours à cause des grands biens du jeune seigneur.<br />
Les préparatifs de la noce commencèrent aussitôt, et un jour qu&#8217;elle était, comme sa sœur, près du <em>douet</em>, regardant les lavandières du château, causant et riant avec elles, quelqu&#8217;une lui dit :<br />
—  Comment pouvez-vous prendre pour mari un homme à tête de poulain, jolie comme vous êtes ? Et puis, prenez  bien garde, personne ne sait bien au juste ce qu&#8217;est devenue votre  sœur aînée&#8230;<br />
—  Soyez donc tranquilles, je saurai bien me débarrasser de cet animal-là ; je le tuerai comme un pourceau, la première nuit de ses noces, et tous ses biens me resteront.<br />
En ce moment vint encore à passer le même seigneur inconnu, qui s&#8217;arrêta un instant et dit :<br />
—  Vous avez là une étrange conversation, jeunes filles !<br />
— Ce sont ces filles, Monseigneur, qui me dissuadent de me marier avec le jeune maître du château, parce qu&#8217;il a une tête de poulain ; mais, je l&#8217;égorgerai, comme un pourceau, la première nuit de mes noces, et tous ses biens m&#8217;appartiendront.<br />
—  Vous ferez bien, — répliqua l&#8217;inconnu ; — et il disparut.<br />
Les noces furent célébrées avec solennité, comme la première fois ; festins magnifiques, musique, danses, toutes sortes de jeux. Mais, le lendemain matin, la jeune mariée fut encore trouvée dans son lit, la tête coupée !&#8230;<br />
Trois mois après, le jeune seigneur à la tête de poulain dit à sa mère de lui aller demander la troisième fille du fermier. Les parents firent des difficultés, cette fois ; le sort de leurs deux aînées les effrayait. Mais, on leur offrit de  leur céder leur métairie en toute propriété, et ce fut là un argument irrésistible. D&#8217;ailleurs, la jeune fille elle-même était consentante et dit à sa mère : — Je le prendrai volontiers, ma mère ; si mes deux sœurs ont perdu la vie, c&#8217;est de leur faute ; c&#8217;est leur langue qui en a été la cause.<br />
On fit donc des préparatifs de noces au château, pour la troisième fois. Comme ses deux aînées, la jeune fiancée alla causer avec les lavandières sur l&#8217;étang.<br />
—  Comment, lui disaient-elles, une jolie fille comme vous, vous allez vous marier avec quelqu&#8217;un qui a une tête de poulain, et après ce qui est arrivé à vos deux sœurs aînées !<br />
—  Oui, oui, répondit-elle, avec assurance, je me marierai avec lui et je n&#8217;ai pas peur qu&#8217;il m&#8217;arrive comme à mes sœurs ; s&#8217;il leur est arrivé malheur, c&#8217;est leur langue qui en a été la cause.<br />
En ce moment, vint à passer le même seigneur que les deux autres fois, qui entendit la conversation, et poursuivit sa route, sans rien dire, cette fois.<br />
Les noces eurent lieu avec grande pompe et solennité ; festins magnifiques, musique, danses, jeux et divertissements de toute sorte, comme les deux premières fois. La seule différence fut que, le lendemain, la jeune mariée vivait encore. Pendant  neuf mois,   elle   vécut heureuse avec son mari. Celui-ci n&#8217;avait sa tête de poulain que pendant le jour ; le soleil couché, il devenait un beau jeune homme, jusqu&#8217;au lendemain matin.<br />
Au bout de neuf mois, la jeune femme donna le jour à un fils, un bel enfant, bien conformé, et sans tête de poulain. Au moment de partir pour faire baptiser l&#8217;enfant, le père dit à la jeune mère :<br />
—  J&#8217;avais été condamné à porter une tête de poulain, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un enfant me fût né ; maintenant je vais être délivré, et, une fois mon fils baptisé, je serai en tout semblable aux autres hommes. Mais, ne dites rien de ceci à qui que ce soit, jusqu&#8217;à ce que les cloches du baptême aient cessé de sonner ; si vous en dites la moindre chose, même à votre mère, je disparaîtrai à l&#8217;instant, et vous ne me reverrez plus jamais !<br />
Ayant fait cette recommandation, il partit avec le parrain et la marraine, pour faire baptiser son fils.<br />
Bientôt la jeune mère entendit les cloches de son lit, et elle était tout heureuse. Dans son impatience d&#8217;annoncer la bonne nouvelle à sa mère, qui était près de son lit, elle ne put attendre qu&#8217;elles eussent cessé de sonner et parla. Aussitôt elle vit arriver son mari, avec sa tête de poulain, couvert de poussière et fort en colère.<br />
—  Ah ! malheureuse, s&#8217;écria-t-il, qu&#8217;as-tu fait ?<br />
A présent, je pars, et tu ne me reverras plus jamais !<br />
Et il partit aussitôt, sans même l&#8217;embrasser.<br />
Elle se leva pour le retenir ; ne le pouvant pas, elle courut après lui.<br />
—  Ne me suis pas ! lui cria-t-il.<br />
Mais elle ne l&#8217;écoutait pas, et courait toujours.<br />
—  Ne me suis pas, te dis-je !<br />
Elle était sur ses talons, elle allait l&#8217;atteindre ; il se détourna alors et lui donna un coup de poing en pleine figure. Le sang jaillit jusque sur sa chemise, et y fit trois taches.<br />
—  Puissent ces taches, s&#8217;écria la jeune femme, ne pouvoir jamais être effacées, jusqu&#8217;à ce que j&#8217;arrive pour les enlever moi-même !<br />
—  Et toi, malheureuse, répondit son mari, tu ne me retrouveras que lorsque tu auras usé trois paires de chaussures de fer à me chercher !<br />
Pendant que le sang, qui coulait en abondance du nez de la jeune mère, l&#8217;empêchait de poursuivre, l&#8217;homme-poulain continuait sa course, et elle l&#8217;eut bientôt perdu de vue.<br />
Alors, elle se fit faire trois paires de chaussures de fer, et partit à sa recherche. Elle allait au hasard, ne sachant quelle direction prendre.<br />
Après avoir marché pendant dix ans, sa troisième paire de   chaussures était   presque   usée,<br />
quand elle se trouva un jour auprès d&#8217;un château, où des servantes étaient à laver du linge, sur un étang. Elle s&#8217;arrêta un instant pour les regarder, et entendit une des lavandières qui disait :<br />
—  La voici encore, la chemise ensorcelée ! Elle se présente à toutes les buées, et j&#8217;ai beau la frotter avec du savon, je ne puis enlever les trois taches de sang qui s&#8217;y trouvent ; et demain le seigneur en aura besoin pour aller à l&#8217;église, car c&#8217;est sa plus belle chemise !<br />
La jeune femme écoutait de toutes ses oreilles. Elle s&#8217;approcha de la lavandière qui parlait ainsi, et lui dit :<br />
—  Confiez-moi un peu cette chemise, je vous prie ; je pense que je réussirai à faire disparaître les taches.<br />
On lui donna la chemise ; elle cracha sur les taches, la trempa dans l&#8217;eau, puis la frotta, et les taches disparurent.<br />
—  Je vous remercie, lui dit la lavandière ; allez au château, demandez à loger et tantôt, quand j&#8217;arriverai, je vous recommanderai à la cuisinière.<br />
Elle se rendit au château, elle mangea à la cuisine avec les domestiques, et on la fit coucher dans un petit cabinet, tout près de la chambre du seigneur. Tous les lits étaient occupés partout. Vers minuit, le seigneur entra dans sa chambre. Le cœur de la jeune femme battait si fort, de se trouver si près de son mari, qu&#8217;elle faillit s&#8217;évanouir. Une cloison de planches seule les séparait l&#8217;un de l&#8217;autre. Elle frappa avec son doigt sur la cloison ; son mari répondit de l&#8217;autre côté.<br />
Elle se fit connaître, et son mari s&#8217;empressa de venir la rejoindre. Jugez s&#8217;ils furent heureux de se retrouver, après une si longue séparation, et tant de maux soufferts !<br />
Il était grand temps ! Le lendemain devait se célébrer son mariage avec la fille du maître de ce château. Mais, il fit remettre la cérémonie, je ne sais sous quel prétexte, et comme le festin était préparé, et que les invités étaient tous arrivés, on se mit à table. L&#8217;étrangère, belle comme une princesse, quoique peu parée, fut présentée à la société, par la fiancée, comme sa cousine.<br />
Le repas fut fort gai. Vers la fin, le fiancé parla ainsi à son futur beau-père <sup><em><a href="#note1">(1)</a></em></sup><a name="texte1"></a> :<br />
— Beau-père, je voudrais avoir votre avis sur le cas que voici : J&#8217;ai un joli coffret, rempli d&#8217;objets précieux, et dont j&#8217;avais perdu la clef. J&#8217;ai fait faire une nouvelle clef, et je viens maintenant de retrouver la première. A laquelle dois-je donner la préférence ?<br />
—  Respect est toujours dû à ce qui est ancien, répondit le vieillard ; il faut reprendre votre première clef.<br />
—  Eh bien ! voici ma première femme, que je viens de retrouver, car je suis déjà marié ; et comme je l&#8217;aime toujours, je pense qu&#8217;il me convient de la reprendre, comme vous l&#8217;avez dit vous-même.<br />
Grand fut l&#8217;étonnement de tout le monde ; et au milieu du silence général, il prit sa première femme par la main, et sortit avec elle de la salle du festin.<br />
Ils retournèrent dans leur pays et vécurent heureux ensemble, le reste de leurs jours.</p>
<p>Conté par Barbe Tassel, au bourg de Plonaret. — 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> C&#8217;est ordinairement l&#8217;héroïne du récit qui propose cette énigme.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/homme-poulain.zip" title="Fichier zip contenant L'Homme-Poulain au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>La Femme Du Loup Gris</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Oct 2007 22:19:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Cendrillon]]></category>
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		<description><![CDATA[Kement-ma holl oa d&#8217;ann amer Ma staote war ho c&#8217;hlud ar ier. Tout ceci se passait du temps Où, sur leur perchoir, pissaient les poules. Joël CornetteHistoire de la Bretagne et des Bretons J. HaywoodAtlas historique des Celtes - La fille cadette du roi est mal aimée &#8211; Le roi pénètre dans le château du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro">Kement-ma holl oa d&#8217;ann amer<br />
Ma staote war ho c&#8217;hlud ar ier.</p>
<p>Tout ceci se passait du temps<br />
Où, sur leur perchoir, pissaient les poules.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2020826496?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2020826496"><img src="/img/41F4FHMB3ML._SL160_.jpg" width="98" height="160" alt="Histoire de la Bretagne et des Bretons" />
<p>Joël Cornette<br />Histoire de la Bretagne et des Bretons</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2020826496" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2746701871?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2746701871"><img src="/img/5139SDQEY8L._SL160_.jpg" width="120" height="160" alt="Atlas historique des Celtes" />
<p>J. Haywood<br />Atlas historique des Celtes</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2746701871" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><em>- La fille cadette du roi est mal aimée &#8211; Le roi pénètre dans le château du loup gris &#8211; Le loup gris exige du roi une de ses trois filles pour épouse &#8211; Seule la cadette accepte de se marier avec le loup &#8211; Elle est heureuse avec son mari &#8211; Elle se rend au mariage de l&#8217;une et l&#8217;autre de ses soeurs et rentre chaque fois trop tard &#8211; Le loup se transforme en prince et disparaît, avec trois tâches de sang sur sa chemise &#8211; La femme du loup est transportée au pied de la montagne de Cristal, au sommet de laquelle son prince doit se remarier &#8211; En chemin, elle nettoie la chemise tâchée de sang &#8211; Elle obtient de passer une nuit avec son prince, qui s’endort et ne la reconnaît pas &#8211; La troisième nuit, le prince parvient à rester éveillé et reconnait sa première épouse &#8211; Il dévoile la vérité le jour du banquet et repart avec sa première femme.</em><br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong>IL y avait une fois</strong> un roi qui avait trois filles.<br />
 Les deux aînées lui plaisaient plus que la cadette, et il leur achetait toutes sortes de beaux vêtements et de parures et ne leur refusait jamais rien. C&#8217;était tous les jours pour elles des fêtes, des bals et des parties de plaisir.<br />
Et pendant ce temps-là, leur cadette restait à la maison et n&#8217;avait d&#8217;autres vêtements que ce dont ne voulaient plus ses sœurs. Elle se tenait toujours à la cuisine, avec les domestiques, et s&#8217;assoyait sur un escabeau, au coin du foyer, le soir,  pour écouter leurs chansons et leurs contes. Aussi ses sœurs l&#8217;avaient-elles surnommée Luduennic, c&#8217;est-à-dire Cendrillon, et ne faisaient aucun cas d&#8217;elle.<br />
Le vieux roi aimait beaucoup la chasse. Un jour, il s&#8217;égara dans une grande forêt. Il rencontra un vieux château, qu&#8217;il ne connaissait pas et frappa à la porte. La porte s&#8217;ouvrit et il se trouva en présence d&#8217;un énorme loup gris. Il recula d&#8217;effroi et voulut fuir. Mais, le loup gris lui dit :<br />
—  N&#8217;ayez pas peur, sire ; entrez dans mon château, pour y passer la nuit ; j&#8217;ai à vous parler, et demain, on vous remettra sur le bon chemin, pour vous en retourner chez vous, car on ne vous fera pas de mal, ici.<br />
Le roi entra, bien que peu rassuré.<br />
Rien ne manquait, dans ce château. Il soupa avec deux loups, qui s&#8217;assirent à table comme des hommes, puis on le conduisit à une belle chambre à coucher, où il y avait un excellent lit de plume.<br />
Le lendemain matin, quand il descendit de sa chambre<span id="more-14"></span>, les deux loups l&#8217;attendaient près d&#8217;une table magnifiquement servie. Après qu&#8217;ils eurent mangé et bu, un des loups (ils étaient frères) dit au roi :<br />
—  Or ça, roi de France, parlons maintenant d&#8217;affaires. Je sais que vous avez trois filles, et il faut qu&#8217;une d&#8217;elles consente à m&#8217;épouser, ou il n&#8217;y a que la mort pour vous ; bien plus, mon frère et moi et les nôtres nous mettrons tout votre royaume à feu et à sang. Demandez d&#8217;abord à votre fille aînée si elle consent à me prendre pour époux, et venez demain me rapporter sa réponse.<br />
Voilà le roi bien embarrassé et bien inquiet. — J&#8217;en parlerai à ma fille aînée, répondit-il. Les deux loups le remirent alors sur le bon chemin pour s&#8217;en retourner chez lui,  et le quittèrent,  en   lui   recommandant bien de ne pas manquer de revenir le lendemain.<br />
— Hélas ! Se disait-il tout en marchant, jamais ma fille aînée ne voudra prendre un loup pour mari ; je suis un homme perdu !&#8230;<br />
En  arrivant à son palais, il vit d&#8217;abord Cendrillon, qui l&#8217;attendait, près de la porte, triste et les yeux rouges,  d&#8217;avoir pleuré, dans la crainte qu&#8217;il   ne  fût  arrivé   malheur  à son   père.   Dès qu&#8217;elle  l&#8217;aperçut,   elle  courut à lui  pour l&#8217;embrasser. Mais, le roi ne fit pas attention à elle et il se hâta de se rendre auprès de ses deux aînées. Celles-ci étaient, comme toujours, occupées à se parer et à se mirer.<br />
— Où donc êtes-vous resté passer la nuit, père ? Vous nous avez fait vous attendre, hier soir, et causé de l&#8217;inquiétude.<br />
—  Hélas ! Mes pauvres enfants, si vous saviez ce qui m&#8217;est arrivé !&#8230;<br />
—  Quoi donc ? Dites-nous vite, père.<br />
—  Je me suis égaré, dans la forêt, en chassant, et j&#8217;ai passé la nuit dans un vieux château, où deux loups m&#8217;ont donné l&#8217;hospitalité.<br />
—  Deux loups, père ? Vous plaisantez, sans doute, ou vous avez rêvé cela. Et que vous ont-ils donc dit, ces<br />
loups ?<br />
—  Ce qu&#8217;ils m&#8217;ont dit ?&#8230; Hélas ! Rien de bon, mes pauvres enfants.<br />
—  Mais encore ? Dites-nous vite, père.<br />
—  Un d&#8217;eux, mes pauvres enfants, m&#8217;a dit qu&#8217;il lui faut une de mes trois filles pour femme, ou sinon il n&#8217;y a que la mort pour moi, et de plus, ils mettront tout le royaume à feu et à sang. Le voulez-vous prendre pour mari, ma fille aînée ?<br />
—  Il faut que vous ayez perdu la tête, mon père, pour me faire une pareille demande ; moi, prendre un loup pour mari, quand il y a tant de beaux princes qui me font la cour !<br />
—  Mais, ma fille, s&#8217;il me fait mourir, et s&#8217;il met tout le royaume à feu et à sang, comme il l&#8217;a promis ?&#8230;<br />
—  Et que m&#8217;importe, après tout ? Pour moi, je ne serai jamais la femme d&#8217;un loup, croyez-le bien.<br />
Et le vieux roi se retira là-dessus, triste et soucieux.<br />
Le lendemain, il retourna au château de la forêt, comme on le lui avait recommandé.<br />
—  Eh bien ! Lui demanda le loup gris, que vous a répondu votre fille aînée ?<br />
—  Hélas ! Elle m&#8217;a répondu qu&#8217;il faut que j&#8217;aie perdu la tête pour lui faire une proposition semblable.<br />
—  Ah ! elle vous a répondu cela ? Eh bien ! Retournez chez vous, et faites la même demande à votre seconde fille.<br />
Et le roi s&#8217;en retourna encore, le cœur plein de tristesse et de douleur et fit la même demande à sa seconde fille.<br />
— Comment, vieil imbécile, lui répondit celle-ci, pouvez-vous me faire une pareille demande ? Je ne suis pas faite pour être la femme d&#8217;un loup, je pense.<br />
Et elle tourna le dos à son père et alla se mirer. Le lendemain, le roi retourna au château de la forêt, la mort dans l&#8217;âme.<br />
—   Que vous a répondu votre seconde fille ? Lui demanda le loup gris.<br />
—   Comme son aînée, répondit le malheureux père.<br />
—  Eh bien ! Demandez, à présent, à la cadette si elle consent à me prendre pour mari.<br />
Le roi retourna encore chez lui, accablé de douleur et se croyant perdu.<br />
Il fit appeler dans sa chambre Cendrillon, qui, comme d&#8217;ordinaire, était à la cuisine, avec les domestiques, et lui dit :<br />
—  Je veux vous marier, mon enfant.<br />
— Je suis à vos ordres, mon père, répondit la jeune fille, étonnée.<br />
—  Oui, vous marier à un loup.<br />
—  A un loup, mon père !&#8230; s&#8217;écria-t-elle, tout effrayée.<br />
—  Oui, mon enfant chérie, car voici ce qui m&#8217;est arrivé : le jour où je me suis égaré dans la forêt, j&#8217;ai passé la nuit dans un vieux château où je n&#8217;ai trouvé pour habitants que deux énormes loups, dont l&#8217;un, un loup gris, m&#8217;a dit qu&#8217;il lui faudrait avoir une de mes filles pour femme, sinon il n&#8217;y avait que la mort pour moi, et que de plus il mettrait tout mon royaume à feu et à sang. J&#8217;en ai déjà parlé à vos deux sœurs aînées, et toutes les deux elles m&#8217;ont répondu que, quoi qu&#8217;il dût arriver, elles ne consentiraient jamais à prendre un loup pour mari. Je n&#8217;ai donc plus d&#8217;espoir qu&#8217;en vous, ma fille chérie.<br />
—  Eh bien ! Mon père, répondit Cendrillon, sans hésiter, dites au loup que je le prendrai pour mari.<br />
Le lendemain, le roi  retourna, pour la troisième fois,  au château de  la forêt, et il  n&#8217;était plus aussi triste, cette fois.<br />
—  Eh bien ! Que vous a répondu votre fille cadette ? Lui demanda le loup gris.<br />
—  Elle a répondu qu&#8217;elle consent à vous épouser.<br />
—   C&#8217;est bien ; mais, il faut alors faire les noces sans perdre de temps.<br />
Les noces furent célébrées huit jours après, et il y eut beaucoup d&#8217;invités et de grands festins, et de belles fêtes. Le nouveau marié et son frère étaient à table en loups, ce qui étonna tout le monde, et les sœurs de Cendrillon riaient et plaisantaient sur une union si étrange.<br />
Quand les festins et les fêtes eurent pris fin, le nouveau marié et son frère firent leurs adieux à la société et retournèrent à leur château, au milieu des bois, en emmenant Cendrillon.<br />
Cendrillon était heureuse avec son mari, et tout ce qu&#8217;elle désirait, elle l&#8217;obtenait de lui. Au bout de deux ou trois mois, le loup gris (car il était toujours loup) lui dit, un jour ;<br />
— La noce de votre sœur aînée a lieu demain. Vous y irez, et mon frère et moi nous resterons à la maison. Voici un anneau d&#8217;or pour mettre à votre doigt, et vous ne verrez pas son pareil à la fête. Quand vous sentirez qu&#8217;il vous piquera légèrement le doigt, vous reviendrez à la maison aussitôt, quelle que soit l&#8217;heure et quelques efforts que l&#8217;on fasse pour vous retenir.<br />
Le lendemain, Cendrillon se rendit donc à la noce de sa sœur, dans un beau carrosse tout doré, et magnifiquement parée. Tout le monde fut ébloui par sa beauté et la richesse et l&#8217;éclat de ses vêtements et de ses parures.<br />
— Voyez donc la femme du loup ! Disaient ses sœurs avec dépit et jalousie, car nulle ne pouvait rivaliser avec elle de beauté ou de toilette. On l&#8217;accablait de questions : si son mari se portait bien ; pourquoi il n&#8217;était pas venu à la noce ; s&#8217;il couchait avec elle en loup ; si elle était heureuse avec lui, et autres semblables.<br />
Après le festin, il y eut des danses et des jeux de toute sorte, et Cendrillon y prit aussi part et s&#8217;amusa beaucoup. Vers minuit, elle sentit sa bague qui lui piquait légèrement le doigt. Elle dit aussitôt :<br />
—  Il faut que je m&#8217;en aille immédiatement à la maison, mon mari m&#8217;attend.<br />
—  Déjà ? Restez encore un moment, lui dirent ses sœurs et tous ceux qui l&#8217;entouraient et la pressaient de questions. Amusez-vous, pendant que vous y êtes, vous aurez toujours assez de la société de votre loup.<br />
Et elle resta encore un peu. Mais, sa bague la piqua plus fort, et elle se leva brusquement, sortit de la salle de bal,  monta dans son carrosse et partit.<br />
Quand elle arriva au château, elle trouva son mari étendu sur le dos, au milieu de la cour, et près de mourir.<br />
—  Ô mon mari bien-aimé, que vous est-il donc arrivé ? s&#8217;écria-t-elle.<br />
—  Hélas lui répondit le loup, vous n&#8217;êtes pas revenue à la maison, aussitôt que vous avez senti votre bague vous piquer le doigt, et de là vient tout le mal.<br />
Elle se jeta sur lui et l&#8217;embrassa et l&#8217;arrosa de ses larmes, et le loup se releva alors, soulagé, et rentra avec elle au château.<br />
Environ deux ou trois mois plus tard, le loup gris dit encore à Cendrillon :<br />
— Votre seconde sœur se marie demain, et vous irez encore à la noce. Mais, prenez bien garde d&#8217;y rester trop tard, comme l&#8217;autre fois, et de ne pas revenir à la maison, dès que vous sentirez votre bague vous piquer le doigt, autrement vous ne me reverriez plus.<br />
— Oh ! répondit-elle, cette fois je reviendrai, à la première piqûre que je sentirai, soyez-en certain.<br />
Et elle monta dans son beau carrosse doré, plus parée et plus belle encore que la première fois, et partit.<br />
On ne parlait que d&#8217;elle et de son mari, à la cour de son père, pendant les fêtes. Elle était enceinte, et ses sœurs et toutes celles qui la jalousaient lui disaient :<br />
—  Dieu ! Ne craignez-vous pas de donner le jour à un petit loup ?<br />
—  Dieu seul le sait, répondait-elle, et il arrivera ce qu&#8217;il lui plaira.<br />
Il y eut encore de la musique, des danses et des jeux de toute sorte, et l&#8217;on s&#8217;amusait beaucoup. Vers minuit, Cendrillon sentit sa bague qui la piquait légèrement. — Oui, pensa-t-elle, il est temps que je m&#8217;en aille, car, cette fois, je ne veux pas rentrer trop tard,<br />
Mais, elle était si bien entourée et on lui adressait tant de questions sur son mari, on vantait tant sa beauté et ses diamants et ses parures, qu&#8217;elle s&#8217;oublia encore, et même plus tard que la première fois.<br />
Quand elle rentra, elle trouva encore son loup étendu sur le dos, dans la cour, les yeux fermés, la bouche ouverte et ne donnant plus aucun signe de vie. Elle se jeta sur lui, le pressa contre son cœur, l&#8217;arrosa de ses larmes, en s&#8217;écriant :<br />
— Ô mon pauvre mari, je me suis encore oubliée, et je m&#8217;en repens vivement !&#8230;<br />
Et elle pleurait à chaudes larmes et le serrait contre son cœur ; mais, hélas ! Il ne parlait ni ne bougeait ; il était froid et roide comme un cadavre. Elle le prit dans ses bras, le porta dans la maison, le déposa sur la pierre du foyer et alluma un bon feu dans l&#8217;âtre. Puis, elle le frictionna tant et si bien qu&#8217;il remua un peu, puis entr&#8217;ouvrit les paupières et la regarda avec tendresse. Enfin, il lui parla de la sorte :<br />
— Hélas ! Vous n&#8217;avez pas encore obéi assez tôt à l&#8217;avertissement de votre bague, et vous êtes revenue  trop tard à la maison ! A présent, il me faut vous quitter, et vous ne me reverrez plus. Je n&#8217;avais plus longtemps à rester sous cette forme de loup : dès que vous m&#8217;auriez donné un enfant, j&#8217;aurais recouvré une forme première, celle d&#8217;un beau prince, comme je l&#8217;étais auparavant. Maintenant, je vais habiter sur la montagne de Cristal, par delà la mer Bleue et la mer Rouge, et vous ne me reverrez que lorsque vous aurez usé en me cherchant une paire  de chaussures de fer et une paire de chaussures d&#8217;acier.<br />
Et il jeta sa peau de loup à terre et partit, sous la forme d&#8217;un beau prince. Son frère le suivit.<br />
La pauvre Cendrillon était désolée et elle pleurait, et s&#8217;écriait :<br />
— Ô restez ! Restez, ou emmenez-moi avec vous !&#8230;<br />
Mais, voyant qu&#8217;il ne l&#8217;écoutait pas, elle courut après lui en criant :<br />
—  En quelque lieu que vous alliez, je vous suivrai, fût-ce jusqu&#8217;au bout du monde !<br />
—  Ne me suivez pas ! Lui cria-t-il.<br />
Mais, elle ne l&#8217;écoutait pas, et se mit à courir après lui.<br />
Il lui jeta une boule d&#8217;or, pour l&#8217;attarder, pendant qu&#8217;elle la ramasserait. Cendrillon ramassa la boule d&#8217;or, la mit dans sa poche et continua sa poursuite. Son mari laissa tomber une seconde boule d&#8217;or, puis une troisième, qu&#8217;elle ramassa également, sans cesser de courir. Elle courait mieux que lui, et, la sentant sur ses talons, il se détourna et lui envoya un coup de poing en pleine figure. Le sang coula en abondance, et trois gouttes en jaillirent sur la chemise blanche du prince, qui reprit sa course, de plus belle. Hélas ! La pauvre Cendrillon ne pouvait plus le suivre, ce que voyant, elle lui cria :<br />
—  Je souhaite que personne ne puisse effacer ces trois gouttes de sang sur votre chemise, jusqu&#8217;à ce que j&#8217;arrive pour les enlever moi-même !<br />
Le prince continua sa course, et Cendrillon, qui s&#8217;était assise au bord du chemin, dit, quand son nez eut cessé de saigner :<br />
—  Je ne cesserai de marcher, ni de jour ni de nuit, que lorsque je l&#8217;aurai retrouvé, dussé-je aller jusqu&#8217;au bout du monde !<br />
Alors, elle se fit faire une paire de chaussures de fer, et une paire de chaussures d&#8217;acier, s&#8217;habilla en simple paysanne, prit un bâton à la main et se mit en route.<br />
Elle marcha, marcha, nuit et jour ; elle alla loin, bien loin, plus loin encore&#8230; Partout elle demandait des nouvelles de la montagne de Cristal, située par delà la mer Bleue et la mer Rouge, et personne ne pouvait lui en donner.<br />
Voilà sa paire de chaussures de fer usée. Elle met alors ses chaussures d&#8217;acier et continue son chemin&#8230; Bref, elle marcha tant et tant, allant toujours devant elle, que ses chaussures d&#8217;acier étaient aussi presque usées, quand elle arriva au bord de la mer. Elle vit là, à l&#8217;angle de deux rochers, une hutte de l&#8217;apparence la plus misérable. Elle s&#8217;en approcha, poussa la porte, et aperçut à l&#8217;intérieur une petite femme, vieille comme la terre, et dont les dents étaient longues et aiguës comme celles d&#8217;un râteau de fer.<br />
—  Bonjour, grand&#8217;mère ! Lui dit-elle.<br />
—  Bonjour, mon enfant ; que cherchez-vous par ici ? répondit la vieille.<br />
—  Hélas ! Grand’mère, je cherche mon mari, qui m&#8217;a quittée et s&#8217;est retiré sur la montagne de Cristal, par delà la mer Bleue et la mer Rouge.<br />
—  Et vous avez fait beaucoup de chemin et souffert beaucoup pour venir jusqu&#8217;ici, mon enfant ?<br />
—   Oh ! Oui, mon Dieu, beaucoup de chemin et bien du mal !&#8230; et peut-être en pure perte ?&#8230; J&#8217;ai déjà usé une paire de chaussures de fer, et les chaussures d&#8217;acier que j&#8217;ai aux pieds sont aussi presque usées,.. Pouvez-vous me dire, grand&#8217;mère, si je suis encore loin de la montagne de Cristal ?<br />
—  Vous êtes sur la bonne route, mon enfant ; mais, il vous faudra encore beaucoup marcher et souffrir, avant d&#8217;y arriver.<br />
—  Au nom de Dieu, venez-moi en aide, grand&#8217;mère.<br />
—  Vous m&#8217;intéressez, mon enfant, et je veux faire quelque chose pour vous. Je vais appeler mon fils, qui vous fera passer la mer Bleue et la mer Rouge et vous mettra, en peu de temps, au pied de la montagne de Cristal.<br />
Elle poussa un cri perçant, sur le seuil de sa porte, et, un instant après, Cendrillon vit venir à elle, à tire-d&#8217;ailes, un grand oiseau qui criait : Oak ! Oak !&#8230; C&#8217;était un aigle. Il descendit aux pieds de la vieille et lui demanda :<br />
—  Pourquoi m&#8217;appelez-vous, mère ?<br />
—  Pour faire passer la mer Bleue et la mer Rouge à cette enfant et la déposer au pied de la montagne de Cristal.<br />
—  C&#8217;est bien, répondit l&#8217;aigle ; qu&#8217;elle monte sur mon dos, et nous allons partir.<br />
Cendrillon s&#8217;assit sur le dos de l&#8217;aigle et celui-ci s&#8217;éleva avec elle en l&#8217;air, bien haut, traversa la mer Bleue et la mer Rouge et déposa son fardeau au pied de la montagne de Cristal ; puis il s&#8217;en alla. Mais, la montagne était haute, la pente roide et glissante, et la pauvre Cendrillon ne savait comment s&#8217;y prendre pour arriver jusqu&#8217;au faîte. Elle aperçut un renard qui jouait avec des boules d&#8217;or, semblables à celles que lui avait jetées son mari, dans sa fuite précipitée, et qu&#8217;elle avait encore dans ses poches. Le renard faisait rouler ses boules d&#8217;or du haut de la montagne, puis il venait les reprendre, en bas. Il aperçut Cendrillon, et lui demanda ce qu&#8217;elle cherchait par là.<br />
Cendrillon lui conta son histoire.<br />
—  Ah ! Oui, répondit-il, vous êtes Cendrillon, sans doute, la fille cadette du roi de France ? Votre mari doit se marier demain avec la fille du maître du beau château qui est sur le haut de la montagne de Cristal.<br />
—  Mon Dieu ! Que me dites-vous là ? s&#8217;écria la pauvre fille. Je voudrais bien lui parler ; mais, comment gravir cette montagne ?<br />
—   Prenez-moi la queue avec les deux mains, tenez bien, et je vous ferai monter jusqu&#8217;au sommet, répondit le renard.<br />
Cendrillon prit, avec ses deux mains, la queue du renard et put monter ainsi jusqu&#8217;au sommet de la montagne. Le renard lui montra le château où était son mari et retourna ensuite à ses boules d&#8217;or.<br />
Comme Cendrillon se dirigeait vers le château, elle aperçut des lavandières qui lavaient du linge sur un étang. Elle s&#8217;arrêta un moment à les regarder. Une d&#8217;elles tenait une chemise sur laquelle paraissaient trois taches de sang, et elle faisait de vains efforts pour les effacer. Voyant que c&#8217;était peine perdue, elle dit à sa voisine :<br />
—  Voici une chemise fine qui a trois taches de sang que je ne puis venir à bout d&#8217;enlever, et pourtant le seigneur veut la mettre demain, pour aller se marier à l&#8217;église, car c&#8217;est sa plus belle.<br />
Cendrillon entendit ces paroles, et, s&#8217;étant approchée de la lavandière, elle reconnut la chemise de son mari et dit :<br />
—  Si vous voulez me confier la chemise, un instant, je crois que je viendrai à bout d&#8217;en faire disparaître les taches.<br />
La lavandière lui donna la chemise ; elle cracha sur les trois taches, trempa le linge dans l&#8217;eau, frotta, et les taches disparurent.<br />
Pour reconnaître ce service, la lavandière invita Cendrillon à venir avec elle au château, où on lui trouverait de l&#8217;occupation, tout le temps que dureraient la noce et les fêtes.<br />
Le lendemain, au moment où le cortège était en marche pour l&#8217;église, Cendrillon se trouva sur son passage, et près d&#8217;elle on remarquait une belle boule d&#8217;or placée sur un linge blanc. La belle fiancée vit la boule d&#8217;or, en passant, l&#8217;admira et témoigna le désir de la posséder. Elle envoya sa femme de chambre pour la lui acheter.<br />
—  Combien voulez-vous me vendre votre belle boule d&#8217;or ? demanda-t-elle à Cendrillon.<br />
—   Dites à votre maîtresse que je ne donnerai ma boule d&#8217;or ni pour de l&#8217;argent ni pour de l&#8217;or.<br />
—  Ma maîtresse a pourtant bonne envie de l&#8217;avoir, reprit la chambrière.<br />
—  Eh bien ! Dites-lui que si elle veut me laisser coucher cette nuit avec son fiancé, elle l&#8217;aura ; mais pour rien autre chose au monde.<br />
— Jamais elle ne voudra consentir à cela.<br />
—  Alors, elle n&#8217;aura pas ma boule d&#8217;or ; mais, allez lui rapporter ma réponse.<br />
La femme de chambre revint vers sa maîtresse et lui dit :<br />
—   Si vous saviez, maîtresse, ce que demande cette fille pour sa boule d&#8217;or ?&#8230;<br />
—  Combien en demande-t-elle donc ?<br />
—  Combien ?&#8230; Oh ! Elle ne demande ni de l&#8217;argent ni de l&#8217;or.<br />
—   Quoi donc ?<br />
—  Il lui faudra, dit-elle, coucher cette nuit avec votre fiancé, sinon vous n&#8217;aurez pas sa boule d&#8217;or.<br />
—   Coucher avec mon mari, la première nuit de mes noces !&#8230; Quelle effrontée !<br />
—  Elle est bien décidée à ne pas céder sa boule à moins.<br />
—  Il me la faut, pourtant, coûte que coûte. Je ferai boire un narcotique à mon mari, avant de se coucher, de façon à le faire dormir profondément, toute la nuit, et il n&#8217;y aura pas de mal. Allez dire à cette fille que j&#8217;accepte, et apportez-moi la boule.<br />
La femme de chambre retourna vers Cendrillon et lui dit :<br />
— Donnez-moi votre boule d&#8217;or et m&#8217;accompagnez au château, ma maîtresse accepte.<br />
Voilà la princesse en possession de la boule d&#8217;or et heureuse. Pendant le repas du soir, elle versa du narcotique dans le verre de son mari, sans qu&#8217;il s&#8217;en aperçût, et tôt après, il fut pris d&#8217;un sommeil si irrésistible, qu&#8217;il fallut le conduire à son lit, avant que les danses commencèrent.<br />
Un moment après, Cendrillon fut aussi conduite dans sa chambre.<br />
Elle se jeta sur lui, dans son lit, et l&#8217;embrassa, en pleurant de joie et en disant :<br />
— Je vous ai donc enfin  retrouvé,  ô mon époux bien-aimé ! Ah ! Si vous saviez au prix de combien de peine et de mal !<br />
Et elle le pressait contre son cœur et arrosait son visage de ses larmes. Mais lui dormait toujours profondément et rien ne pouvait le réveiller. La pauvre femme passa toute la nuit à pleurer et à se désoler, sans pouvoir arracher ni une parole ni un regard à son mari. Au point du jour, la femme de chambre de la princesse vint lui ouvrir la porte et la faire sortir secrètement.<br />
Ce jour-là, après dîner, on alla se promener dans le bois qui entourait le château. Cendrillon avait encore étendu un linge blanc sur le gazon et placé dessus une seconde boule d&#8217;or, et elle se tenait debout auprès.<br />
La princesse remarqua encore la boule d&#8217;or, en passant, et envoya de nouveau sa femme de chambre pour l&#8217;acheter.<br />
—  Combien votre boule d&#8217;or, aujourd&#8217;hui ? demanda-t-elle.<br />
— Le même prix que hier, répondit Cendrillon. La femme  de  chambre rapporta la réponse à sa maîtresse.<br />
—  Eh bien ! dit celle-ci, dites-lui que j&#8217;accepte, et qu&#8217;elle vous donne sa boule d&#8217;or.<br />
Pendant le repas du soir, le prince, à qui l&#8217;on avait encore versé du narcotique dans son verre, s&#8217;endormit à table et fut porté à son lit, pendant que l&#8217;on dansait et s&#8217;amusait dans tout le château, et, comme la veille, la pauvre Cendrillon passa toute la nuit auprès de lui, à pleurer et à gémir, sans pouvoir le réveiller.<br />
Cependant le frère du nouveau marié, qui avait sa chambre à côté, entendit les gémissements de la pauvre femme et ces paroles, qui l&#8217;étonnèrent beaucoup : « Ah ! Si tu savais tout le mal que j&#8217;ai eu à venir jusqu&#8217;ici !&#8230; Je t&#8217;ai épousé, quand tu étais loup et qu&#8217;aucune de mes sœurs ne voulait de toi, et maintenant, tu me reçois de cette façon !&#8230; Ah ! Que je suis malheureuse !&#8230; Je viendrai encore passer une nuit auprès de toi, la dernière, et si je te trouve toujours endormi et que je ne puisse t&#8217;éveiller, nous ne nous reverrons plus jamais !&#8230; »<br />
Et elle pleurait et se désolait, à fendre l&#8217;âme.<br />
Le frère du nouveau marié comprit, à ces paroles, ce qui se passait, et le lendemain matin, il dit à son frère :<br />
— Cendrillon est ici ! Voici deux nuits qu&#8217;elle passe près de toi, dans ta chambre, à pleurer et à se désoler, et toi, tu dors comme un rocher, et tu ne l&#8217;entends pas, parce que ta fiancée te verse du narcotique dans ton verre. Mais moi, je l&#8217;ai entendue, et ses larmes et sa douleur m&#8217;ont vivement ému. Elle passera encore cette nuit dans ta chambre, mais pour  la dernière fois.  Garde-toi donc bien de boire, ce soir, le vin que te versera ta fiancée, afin de pouvoir rester éveillé, car si tu dors encore, cette nuit, tu ne la reverras plus jamais.<br />
Après le repas de midi, on alla encore ce jour-là, se promener dans le bois, et Cendrillon était encore là avec sa troisième boule d&#8217;or placée sur un linge blanc, et, pour abréger, elle la céda à la princesse aux mêmes conditions que les deux premières.<br />
Mais, cette fois, pendant le repas du soir, le prince ne but pas le narcotique ; il le jeta sous la table, sans que la princesse s&#8217;en aperçût. Pourtant, il feignit de succomber encore à un sommeil irrésistible, et fut porté dans sa chambre et couché dans son lit. Mais, il ne dormait pas, quand Cendrillon fut introduite auprès de lui, pour la troisième fois. Ils s&#8217;embrassèrent avec transport, en pleurant de joie et de bonheur. Puis, Cendrillon raconta à son mari les différents épisodes de son voyage, et toute la peine et tout le mal qu&#8217;elle avait éprouvés à sa recherche. Il vit clairement qu&#8217;elle l&#8217;aimait par-dessus tout au monde et fit serment de retourner avec elle dans son pays et de quitter sans regret son autre femme, qui ne l&#8217;aimait pas.<br />
Le lendemain matin, on donna de beaux vêtements à Cendrillon, et elle s&#8217;habilla en princesse, ce qu&#8217;elle était en effet. A dîner, le prince la fit asseoir à table à côté de lui, et il la présenta à la société comme une de ses proches parentes. Personne ne la connaissait, et tous les regards étaient fixés sur elle, ceux de la princesse surtout, qui n&#8217;était pas sans inquiétude et n&#8217;augurait rien de bon de la présence de cette étrangère.<br />
Vers la fin du repas, on chanta, selon l&#8217;habitude, des chansons vieilles ou nouvelles, on raconta de beaux et rares exploits, quelques plaisanteries assez lestes même, et chacun contribua de son mieux à divertir et à égayer la société.<br />
—  Et vous, mon gendre, ne nous chanterez-vous pas quelque chose aussi, à moins que vous ne préfériez nous conter quelque belle histoire ? dit le maître du château.<br />
—  Je n&#8217;ai pas grand&#8217;chose à dire, beau-père, répondit le prince. Il y a pourtant une chose qui m&#8217;embarrasse, et sur laquelle je voudrais avoir votre avis et celui des hommes sages et expérimentés qui sont ici. Voici : J&#8217;avais un charmant petit coffret, avec une clef d&#8217;or dessus. Je perdis on coffret et j&#8217;en fis faire un nouveau. Mais, aussitôt que je fus en possession du nouveau coffret, je retrouvai l&#8217;ancien, de sorte que j&#8217;en ai deux aujourd&#8217;hui, et un seul me suffit. Lequel des deux dois-je garder, beau-père, l&#8217;ancien ou le nouveau ?<br />
—  Respect et honneur toujours à ce qui est ancien, répondit le vieillard ; gardez votre vieux coffret, mon gendre.<br />
—  C&#8217;est aussi mon avis : gardez donc votre fille ! Quant à moi, je retourne dans son pays, avec ma première femme, que voici, et qui m&#8217;aime plus que l&#8217;autre !<br />
Et il se leva de table, au milieu du silence et de l&#8217;étonnement général, prit Cendrillon par la main et partit avec elle.<br />
Les deux loups du vieux château de la forêt étaient des princes, fils d&#8217;un roi puissant. Ils avaient été obligés de revêtir des peaux de loups, en punition de je ne sais quelle faute.<br />
Leur père mourut, peu de temps après leur retour en leur pays, et le mari de Cendrillon lui succéda sur le trône, de sorte que Cendrillon devint reine.<br />
Ses deux sœurs avaient fait de mauvais mariages. Comme elle était toujours bonne, elle oublia leurs torts à son égard, et les appela auprès d&#8217;elle, à la cour, et les remaria convenablement.</p>
<p>Conté par Jean-Marie Laouénan. — Plouaret, 1868.</p>
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