Le Corps-Sans-Âme

- Le fils du roi va à la chasse – La poursuite d’un corbeau le conduit à un château sous la terre – Le seigneur le prend à son service et puis part en voyage – L’un des oiseaux qu’il doit nourrir se transforme en princesse et le met en garde : le seigneur du château est un magicien qui retient prisonniers princes et princesses sous une forme animale – La veille du retour du magicien, la princesse lui explique comment lui échapper – Le château du magicien s’écroule : le fils du roi, la princesse, son frère et sa femme de chambre sont transportés à travers les airs – Ils arrivent chez le roi, où on coyait le fils mort – Une cousine réussit à l’embrasser – Le Corps-sans-âme enlève la princesse – Le fils du roi part à leur recherche – Un ermite dans la forêt lui indique le château du Corps-sans-âme – Pour pouvoir l’atteindre, il est transformé en fourmi – Il retrouve la princesse, qui lui permet d’apprendre comment tuer le Corps-sans-âme – Le roi des poissons, puis l’ermite, l’aident à prendre possession de l’oeuf contenant la vie du Corps-sans-âme – Il tue le Corps-sans-âme et rentre au palais du roi avec la princesse et l’épouse –
 
 
Il y avait une fois un roi de France qui avait un fils, lequel n’aimait rien autant que la chasse. Un jour qu’il chassait, selon son habitude, il aperçut un corbeau posé à terre, et quoiqu’il en fût déjà bien près, l’oiseau ne s’envolait pas.
— Voici, se dit-il, un corbeau qui paraît être blessé et ne peut, sans doute, s’envoler.
Et il voulut le prendre à la main. Mais, le corbeau s’enfuit en courant, sous une grosse pierre (un dolmen ?), et il descendit dans un trou si noir et si profond, qu’il lui sembla qu’il allait tomber dans l’enfer. Sa chute dura bien une heure, à peu près, et quand ses pieds rencontrèrent de nouveau la terre, il se trouva dans une grande avenue de vieux chênes. Au bout de cette avenue, il y avait un beau château. Il se dirigea vers le château. La porte de la cour était ouverte et il y entra. Il aperçut là un seigneur, et, marchant droit à lui, il lui demanda s’il n’avait pas besoin d’un domestique.
— Oui, vraiment, répondit le seigneur ; mon valet d’écurie est nouvellement parti, et je voudrais le remplacer.
— Eh bien ! Si vous voulez me prendre à votre service, j’aurai bien soin de vos chevaux.
— Je le veux bien, mais, à la condition que vous ferez bien exactement tout ce que je vous commanderai.
— Je vous promets de faire exactement ce que vous me commanderez.
— Alors, suivez-moi et je vais vous montrer votre travail, car, demain matin, je dois aller … Lire la suite »

Iouenn Kerménou

L’homme De Parole

Baz’ a zo brema pell-amzer,
D’ar c’houlz m’ho defoa dennt ar ier.

Il y a de cela bien longtemps,
Quand les poules avaient des dents.

Il y avait un marchand, nommé Jean Kerménou, qui avait gagné une grande fortune. Il avait plusieurs navires sur la mer, et il allait dans les pays lointains avec des marchandises de son pays, qui lui coûtaient peu de chose, et qu’il revendait très avantageusement. Il n’avait qu’un fils, nommé Iouenn, et il désirait le voir devenir marchand et homme de mer, comme lui. Aussi, un jour, lui parla-t-il de la sorte :
— Voici que je me fais vieux, mon fils, et, après avoir beaucoup travaillé, toute ma vie, et m’être donné beaucoup de mal, je voudrais rester enfin tranquille, à la maison, pour attendre la mort, quand il plaira à Dieu de me l’envoyer. Mais, vous, qui êtes jeune et plein de force et de santé, je voudrais vous voir travailler et voyager, comme je l’ai fait, car tout homme, dans ce monde, doit travailler pour vivre. Je vais donc vous donner un navire, chargé de marchandises du pays, que vous irez vendre dans les pays lointains ; vous reviendrez avec une autre cargaison de marchandises étrangères, et apprendrez ainsi le commerce et augmenterez votre avoir.
Iouenn, qui ne désirait rien tant que de quitter la maison de son père et de voyager au loin, entendit ces paroles avec une grande joie. On lui chargea donc un navire de toutes sortes de … Lire la suite »

La Princesse Troïol

(1)

Bez’ a zo brema pell amzer,
Pa ho devoa dennt ar ier.

Il y a de cela bien longtemps,
Quand les poules avaient des dents.

Un jeune seigneur, ayant perdu son père et sa mère, demeurait avec sa marâtre. Celle-ci, comme il arrive trop souvent, n’aimait pas le fils que son mari avait eu d’une première femme, et elle lui rendait la vie dure. L’enfant, parvenu à l’âge de quinze ou seize ans, quitta un jour sa marâtre et partit, à l’aventure. Il se nommait Fanch.
« Arrive que pourra, se disait-il en lui-même, je ne serai jamais plus mal que chez ma marâtre. »
Et le voilà parti devant sa tête, — comme on dit.
Il va, il va ; il loge dans les fermes, où la nuit le surprend ; parfois même, il couche à la belle étoile. Mais, quoi qu’il en soit, il ne regrette pas la maison de sa marâtre.
Un jour, vers le coucher du soleil, il se trouva devant un beau château. La porte de la cour était ouverte, et il entra. Il ne vit personne. Il aperçut une autre porte ouverte, et il entra encore et se trouva dans une cuisine. Personne encore. Mais, un instant après, une chèvre arriva. La chèvre lui fit signe de la suivre. Il la suivit et se trouva dans un beau jardin. La chèvre, alors, lui parla de la sorte :
— Si vous voulez rester ici, il ne vous manquera rien, seulement, il vous faudra passer trois nuits dans une chambre que je vous montrerai.
— Comment, ici les bêtes parlent donc ? demanda le jeune homme, étonné.
— Je n’ai pas été toujours sous la forme que vous me voyez … Lire la suite »

Le Roi Dalmar

Rèd ê ma ouefac’h
Penaoz eur veach.

Il faut que vous sachiez
Comment une fois.


Il y avait un roi de France, qui avait un fils. Celui-ci était parvenu à l’âge où l’on est jeune homme, et il dit un jour à son père qu’il voulait se marier.
— A qui donc, mon fils ?
— A la fille du roi Dalmar.
— Hélas! Mon enfant, quant à celle-là, tu ne l’auras pas. Depuis l’âge de douze ans, elle est enfermée dans une tour, où personne ne la visite jamais que la femme qui lui porte à manger, tous les jours.
— Peu m’importe, j’irai toujours la demander à son père, et si je n’ai celle-là pour femme, je n’en aurai aucune autre au monde. Je ne sais quelle direction prendre, ni par où me rendre à la cour du roi Dalmar ; mais, à force de marcher, je finirai bien par y arriver, tôt ou tard.
— Si ta résolution est bien prise, je n’y ferai pas d’opposition ; mais, au bout d’un an et un jour, il faudra que tu sois de retour à la maison.
— Je vous promets d’être de retour, au bout d’un an et un jour.
Et il partit, dans un beau carrosse, accompagné d’un valet de chambre seulement. Ils allaient au hasard, ne sachant quelle direction ils devaient prendre. Ils ne cessaient d’aller, d’aller toujours devant eux, sans jamais s’arrêter. Un jour, la nuit les surprit, au milieu d’une … Lire la suite »

La Princesse De l’Étoile Brillante

Il y avait, une fois, sur l’eau du Léguer, un meunier, qui prit un jour son fusil pour aller tirer des cygnes et des canards sauvages, sur l’étang du moulin.
C’était au mois de décembre, et il faisait froid et la terre était toute couverte de neige.
En arrivant sur la chaussée de l’étang, il aperçut une cane qui s’ébattait sur l’eau. Il la visa, tira et fut bien étonné de voir à côté de lui, aussitôt le coup parti, une belle princesse, venue il ne savait d’où ni comment, et qui lui parla de la sorte :
— Merci, mon brave homme ! Il y a bien longtemps que je suis par ici, retenue enchantée sous la forme d’une cane sauvage, par trois démons, qui ne me laissent aucun repos. Vous m’avez fait revenir à la forme humaine, et vous pouvez me délivrer tout à fait, avec un peu de courage et de persévérance.
— Que faut-il faire pour cela ? demanda le meunier, étonné.
— Passer trois nuits de suite dans le vieux manoir en ruine que vous voyez là-haut.
— Et qu’y a-t-il là ? Le diable peut-être ?
— Hélas ! Ce n’est pas un diable seulement, mais, douze diables, qui vous tourmenteront. Ils vous lanceront plusieurs fois d’un bout à l’autre de la grande salle du manoir et vous jetteront … Lire la suite »

Le Magicien Ferragio

Eur wez a oa, ‘vel ma lârer alao
Pa ve c’hoant da gonta eur gaozic vihan vrao.

Il y avait une fois, comme on dit toujours,
Quand on veut conter un joli petit conte.



Il y avait une fois un comte du Poitou. Sa femme accoucha et lui donna une fille. On appela tous les magiciens connus pour lui tirer son horoscope. Il en vint de tous côtés, mais, ils n’étaient pas d’accord. Les uns prédisaient que l’enfant, qui s’appelait Marguerite, épouserait un roi ; d’autres prétendaient que ce serait un prince, d’autres, un duc ou un comte. Le père n’était guère satisfait de ce désaccord, et il fit bannir par tout le royaume que tous ceux qui savaient quelque chose en fait de prédiction n’avaient qu’à se rendre à son château, et ils seraient bien traités et bien rémunérés.
Il y avait en ce temps-là, dans les montagnes de Scrignac (1), un berger renommé dans tout le pays comme devin et un peu sorcier, et on venait le trouver de fort loin. Son nom était Gorvel. Il entendit les bannies, un jour de marché, à Morlaix, et se mit aussitôt en route vers le Poitou.
Arrivé au château du comte, on lui fit voir l’enfant. Il demanda un demi-verre d’eau et un demi verre de vin. Il mélangea les deux liquides, observa la manière dont se comporta le mélange et dit ensuite que l’enfant, à l’âge de douze ans, serait enlevée par le magicien Ferragio et délivrée par un de ses proches parents. Il prédit encore que, au bout d’un an, la comtesse donnerait le jour à un fils ; puis il ajouta que, si, les temps étant révolus, ses prédictions ne s’accomplissaient pas, il consentait à être mis à mort … Lire la suite »

Les Trois Poils De La Barbe D’or Du Diable

Kement-man oa d’ann amzer
Ma ho devoa dennt ar ier.

Ceci se passait du temps
Où les poules avaient des dents.

- Malo, le jardinier du roi, a un sixième fils – Le roi propose d’être le parrain de l’enfant, nommé Chales – Le roi abandonne le berceau de Charles en mer, afin qu’il ne risque pas d’épouser un jour sa fille – L’enfant est recueilli par un marchant – Le roi retrouve l’enfant, comprend qui il est et veut le faire mettre à mort – Charles arrive au château du roi, où au lieu de l’assassiner, on le reçoit cordialement – La fille du roi veut l’épouser – Ne pouvant s’y opposer, le roi y met la condition que Charles lui rapportera trois poils de la barbe d’or du Diable – La mère du Diable le conduit au château de son fils – Pendant que le Diable dort, elle arrache trois poils de sa barbe et les donne à Charles – Il rentre au palais du roi, qui en voyant les trois poils d’or meurt de rage – Charles épouse la princesse -
 
 
Il se nommait Malo et était jardinier à la cour d’un roi. Mais, comme il était déjà âgé, il ne travaillait plus guère et avait la surveillance des autres jardiniers de la cour.
Le roi, qui aimait à causer avec lui, quand il venait se promener dans le jardin, lui dit un jour :
— Ta femme est donc enceinte encore, Malo ?
— Oui, sire, et je serai bientôt père pour la sixième fois, car, comme vous le savez, j’ai déjà cinq enfants. Mais, ce qui m’embarrasse le plus, c’est de savoir où trouver un parrain pour le sixième.
— Eh bien, que cela ne t’inquiète plus ; viens me trouver, quand ton enfant naîtra, et je lui trouverai un parrain.
Huit jours plus tard, Malo alla trouver le roi, et lui dit :
— Il vient de me naître un sixième garçon, sire.
— Eh bien, répondit le roi, c’est moi qui serai son parrain.
Le baptême fut célébré solennellement, et l’enfant fut nommé Charles. Puis, il y eut un grand dîner, au palais du roi. Vers la fin du repas, le vieux jardinier, qui avait bu un peu plus que d’habitude, était gai et dit, en levant son verre plein :
— A votre santé, sire, et Dieu fasse la grâce à mon fils nouveau-né d’être uni un jour à la princesse votre fille.
Il y avait quelques jours seulement qu’une fille était aussi née au roi.
Le monarque fut mécontent du souhait de son jardinier … Lire la suite »

La Femme Du Loup Gris

Kement-ma holl oa d’ann amer
Ma staote war ho c’hlud ar ier.

Tout ceci se passait du temps
Où, sur leur perchoir, pissaient les poules.

- La fille cadette du roi est mal aimée – Le roi pénètre dans le château du loup gris – Le loup gris exige du roi une de ses trois filles pour épouse – Seule la cadette accepte de se marier avec le loup – Elle est heureuse avec son mari – Elle se rend au mariage de l’une et l’autre de ses soeurs et rentre chaque fois trop tard – Le loup se transforme en prince et disparaît, avec trois tâches de sang sur sa chemise – La femme du loup est transportée au pied de la montagne de Cristal, au sommet de laquelle son prince doit se remarier – En chemin, elle nettoie la chemise tâchée de sang – Elle obtient de passer une nuit avec son prince, qui s’endort et ne la reconnaît pas – La troisième nuit, le prince parvient à rester éveillé et reconnait sa première épouse – Il dévoile la vérité le jour du banquet et repart avec sa première femme.
 
 
IL y avait une fois un roi qui avait trois filles.
Les deux aînées lui plaisaient plus que la cadette, et il leur achetait toutes sortes de beaux vêtements et de parures et ne leur refusait jamais rien. C’était tous les jours pour elles des fêtes, des bals et des parties de plaisir.
Et pendant ce temps-là, leur cadette restait à la maison et n’avait d’autres vêtements que ce dont ne voulaient plus ses sœurs. Elle se tenait toujours à la cuisine, avec les domestiques, et s’assoyait sur un escabeau, au coin du foyer, le soir, pour écouter leurs chansons et leurs contes. Aussi ses sœurs l’avaient-elles surnommée Luduennic, c’est-à-dire Cendrillon, et ne faisaient aucun cas d’elle.
Le vieux roi aimait beaucoup la chasse. Un jour, il s’égara dans une grande forêt. Il rencontra un vieux château, qu’il ne connaissait pas et frappa à la porte. La porte s’ouvrit et il se trouva en présence d’un énorme loup gris. Il recula d’effroi et voulut fuir. Mais, le loup gris lui dit :
— N’ayez pas peur, sire ; entrez dans mon château, pour y passer la nuit ; j’ai à vous parler, et demain, on vous remettra sur le bon chemin, pour vous en retourner chez vous, car on ne vous fera pas de mal, ici.
Le roi entra, bien que peu rassuré.
Rien ne manquait, dans ce château. Il soupa avec deux loups, qui s’assirent à table comme des hommes, puis on le conduisit à une belle chambre à coucher, où il y avait un excellent lit de plume.
Le lendemain matin, quand il descendit de sa chambre … Lire la suite »

Les Quatorze Juments Et Le Cheval Du Monde

(1)

Selaouit, mar hoc’h eus c’hoant,
Hag e clevfot eur gaozic coant,
Ha na eus en-hi netra gaou,
Met, marteze, eur gir pe daou.

Écoutez, si vous voulez,
Et vous entendrez un joli conte,
Dans lequel il n’y a pas de mensonges,
Si ce n’est, peut-être, un mot ou deux.


Il y avait, une fois, un jeune penher (2), riche, nommé Riwall. Son père avait quatorze juments, et son plus grand plaisir était de les monter, tantôt l’une, tantôt l’autre, et d’accompagner les valets qui les conduisaient au pâturage.
Quand il eut douze ans, on l’envoya à l’école, en ville, et il regretta beaucoup ses jeux et ses courses en liberté sur les juments de son père. Au bout d’un an, il revint en congé à la maison, et son premier soin, en arrivant, fut de demander des nouvelles des juments.
— Je pense qu’elles vont bien, lui dit son père, car je ne les ai pas visitées, depuis assez longtemps.
Il courut à la prairie où elles étaient et y vit treize juments qui paissaient, et, auprès de chacune d’elles, une belle pouliche, qui gambadait et folâtrait, puis une quatorzième jument avec un poulain tout chétif et qui paraissait malade. Il s’approcha de ce dernier et se mit à le caresser et à lui gratter le front. Le poulain lui dit, dans le langage des hommes :
— Tuez les treize pouliches et me laissez en vie, afin que je puisse téter, seul, les quatorze juments et acquérir ainsi la force de quatorze chevaux.
— Comment ! répondit Riwall, étonné, vous parlez donc ?
— Oui, je parle comme vous ; mais, voulez-vous faire ce que je vous demande … Lire la suite »

N’oun-Doaré

Il y a de cela bien longtemps,
Quand les poules avaient des dents.

Le marquis de Coat-Squiriou, revenant, un jour, de Morlaix, accompagné d’un domestique, aperçut, couché et dormant dans la douve, au bord de la route, un enfant de quatre ou cinq ans. Il descendit de cheval, éveilla l’enfant, qui dormait, et lui demanda :
— Que fais-tu là, mon enfant ?
— Je ne sais pas, répondit-il.
— Qui est ton père ?
— Je ne sais pas.
— Et ta mère ?
— Je ne sais pas.
— D’où es-tu ?
— Je ne sais pas.
— Quel est ton nom ?
— Je ne sais pas, répondit-il toujours.
Le marquis dit à son domestique de le prendre en croupe sur son cheval, et ils continuèrent leur route vers Coat-Squiriou.
L’enfant fut appelé N’oun Doarè, ce qui signifie en breton : Je ne sais pas.
On l’envoya à l’école, à Carhaix, et il apprenait tout ce qu’on lui enseignait.
Quand il eut vingt ans, le marquis lui dit :
— Te voilà assez instruit, à présent, et tu vas venir avec moi … Lire la suite »