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	<title>Légendes Bretonnes &#187; vieille</title>
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	<description>Récits extraits des Contes Populaires De Basse-Bretagne par F.M. Luzel</description>
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		<title>La Princesse De Tronkolaine</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Sep 2008 00:29:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux fantastiques]]></category>
		<category><![CDATA[fontaine]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>
		<category><![CDATA[vieillard]]></category>
		<category><![CDATA[vieille]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages vers le soleil]]></category>

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		<description><![CDATA[Kement-man oa d&#8217;ann amzer Ma ho devoa dennt ar ier. Ceci se passait du temps Où les poules avaient des dents. Marcia GradLa Princesse qui croyaitaux Contes de Fées A. de Carné Légendes Bretonnes Il y avait, une fois, un vieux charbonnier qui avait fait faire vingt-cinq baptêmes. Il ne trouvait plus de parrain pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro">Kement-man oa d&#8217;ann amzer<br />
Ma ho devoa dennt ar ier.</p>
<p>Ceci se passait du temps<br />
Où les poules avaient des dents.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/284639069X?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=284639069X"><img src="/img/41FR8N8F0JL._SL160_.jpg" width="101" height="160" alt="La Princesse qui croyait aux Contes de Fées" />
<p>Marcia Grad<br />La Princesse qui croyait<br />aux Contes de Fées</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=284639069X" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2846184828?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2846184828"><img src="/img/61BXSuSyEdL._SL160_.jpg" width="149" height="160" alt="Légendes Bretonnes" />
<p>A. de Carné <br />Légendes Bretonnes </p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2846184828" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p><strong>Il y avait, une fois,</strong> un vieux charbonnier qui avait fait faire vingt-cinq baptêmes. Il ne trouvait plus de parrain pour le vingt-sixième enfant qui venait de lui naître. Il trouvait bien une marraine. Comme il allait à la recherche d&#8217;un parrain, il rencontra un beau carrosse, dans lequel il y avait un roi. Il s&#8217;agenouilla sur la route, son chapeau à la main. Le roi, en le voyant, descendit de son carrosse et lui donna une pièce de deux écus.<br />
— Sauf votre grâce, sire, lui dit le charbonnier, ce n&#8217;est pas l&#8217;aumône que je cherche, mais bien un parrain pour mon dernier enfant, qui vient de naître, et je n&#8217;en trouve point.<br />
—  Pourquoi donc cela ? demanda le roi.<br />
—  C&#8217;est que, sire, j&#8217;ai déjà fait faire vingt-cinq baptêmes, et tous mes voisins ont été compères chez moi. Je trouve bien une marraine.<br />
—  Eh bien ! reprit le roi, retournez chez vous ; venez à l&#8217;église avec l&#8217;enfant et la marraine, et je serai le parrain, moi.<br />
Et le vieux charbonnier s&#8217;en retourna à sa hutte, tout joyeux. On avertit la marraine, et ils se rendirent à l&#8217;église avec l&#8217;enfant. Le roi y était déjà à les attendre.<br />
Quand le baptême fut terminé, le parrain donna mille écus au père pour élever son filleul et l&#8217;envoyer à l&#8217;école. Il lui donna encore une moitié de platine pour remettre à l&#8217;enfant, qui la lui rapporterait quand il aurait atteint l&#8217;âge de dix-huit ans. Puis il partit.<br />
L&#8217;enfant avait été nommé Charles.<br />
A l&#8217;âge de sept ou huit ans, on envoya Charles<span id="more-34"></span> à l&#8217;école, et il apprenait tout ce qu&#8217;il voulait. Parvenu à l&#8217;âge de dix-huit ans, son père lui remit la moitié de platine et lui dit d&#8217;aller voir son parrain, le roi de France, à sa cour, à Paris. Le jeune homme partit, monté sur un beau cheval, et ayant dans sa poche sa moitié de platine. Il avait vraiment bonne mine. Il rencontra, dans un chemin creux et étroit, une petite vieille femme, qui lui dit qu&#8217;un peu plus loin il verrait, auprès d&#8217;une fontaine, un individu qui l&#8217;inviterait à boire ; — « mais, poursuivez votre route, mon fils, et ne buvez pas, quelque insistance qu&#8217;il y mette. »<br />
—  C&#8217;est bien, grand&#8217;mère, je ne boirai pas de l&#8217;eau de la fontaine, dit Charles.<br />
Quand il arriva à la fontaine, il vit l&#8217;individu assis à l&#8217;ombre, comme un voyageur qui se repose un instant, et il lui dit :<br />
— Jeune homme, venez boire un peu d&#8217;eau.<br />
—  Merci ! Je n&#8217;ai pas soif, répondit-il.<br />
—  Venez boire une goutte seulement, vous n&#8217;avez jamais bu d&#8217;aussi bonne eau.<br />
Il insista tant, qu&#8217;il s&#8217;approcha pour goûter l&#8217;eau de la fontaine. Mais, s&#8217;étant mis à genoux, pour boire à môme le bassin, l&#8217;inconnu lui prit sa moitié de platine dans sa poche, sauta sur son cheval et partit au galop. Charles courut après lui ; mais, hélas ! il ne put l&#8217;atteindre, et bientôt il perdit de vue l&#8217;homme et le cheval.<br />
—  Hélas ! se dit-il, je n&#8217;ai pas obéi au conseil de la vieille femme. Que faire, maintenant ? N&#8217;importe ! j&#8217;irai à pied ; tôt ou tard, j&#8217;arriverai aussi à Paris, et alors nous verrons.<br />
Et il se remit en route.<br />
Quand l&#8217;homme de la fontaine, le voleur, arriva à Paris, il demanda aussitôt à parler au roi, et lui présenta sa moitié de platine. On rapprocha les deux moitiés, et l&#8217;on trouva qu&#8217;elles se ressemblaient et s&#8217;ajustaient parfaitement ; si bien que le drôle fut le bienvenu auprès du roi, qui le prenait pour son filleul, et il n&#8217;avait rien à faire tous les jours que manger, boire, faire bonne chère et se promener.<br />
Quelque temps après, Charles arriva aussi. On le prit au palais comme pâtre. Le faux filleul, voyant cela, eut peur, et chercha les moyens de se défaire de lui et de le perdre. Il dit un jour au roi :<br />
—  Si vous saviez, mon parrain, ce que le gardeur de moutons a dit ?<br />
—  Qu&#8217;a-t-il dit ? demanda le roi.<br />
—  Ce qu&#8217;il a dit ? Il a dit qu&#8217;il était homme à aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, le matin, quand il se lève.<br />
—  Bah ! ce n&#8217;est pas possible, à moins qu&#8217;il n&#8217;ait perdu la tête.<br />
— Il l&#8217;a dit, sur ma foi, mon parrain, et je pense qu&#8217;il serait bon de l&#8217;y envoyer.<br />
On appela le gardeur de moutons auprès du roi.<br />
—  Comment ! jeune pâtre, vous avez dit que vous  êtes homme à aller demander au  Soleil pourquoi il est si rouge, quand il se lève, le matin ?<br />
— Moi, mon roi ? Comment aurais-je pu dire pareille chose ?<br />
— Vous l&#8217;avez dit, car mon filleul me Ta assuré ; il faut que vous accomplissiez ce dont vous vous êtes vanté, sinon il n&#8217;y a que la mort pour vous. Vous partirez demain matin.<br />
Voilà le pauvre Charles bien embarrassé, je vous prie de le croire. Il ne dormit goutte de toute la nuit.<br />
Le lendemain matin, avant de se mettre en route, il fit le signe de la croix, et dit : « A la grâce de Dieu ! »<br />
Il se dirigea vers le levant. Il n&#8217;était pas allé loin encore qu&#8217;il rencontra un vieillard à barbe blanche, qui lui dit :<br />
—  Où allez-vous comme cela, mon fils, et pourquoi êtes-vous si triste ?<br />
— Ma foi, grand-père, où je vais, je ne le sais guère ; et, si je suis triste, ce n&#8217;est pas sans motif. Le roi m&#8217;a ordonné d&#8217;aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, quand il se lève, le matin.<br />
—  Eh bien ! mon garçon, faites exactement comme je vous dirai, et vous pourrez réussir. Voici un cheval de bois ; montez dessus, et il vous portera au pays où le Soleil se lève. Vous arriverez au pied d&#8217;une montagne très haute ; vous descendrez alors, vous laisserez votre cheval au pied de la montagne et vous monterez jusqu&#8217;au sommet. Là, vous verrez un beau château. C&#8217;est le château du Soleil. Vous n&#8217;aurez qu&#8217;à entrer et faire votre commission.<br />
—  Merci, grand-père.<br />
Charles monta sur le cheval de bois, qui s&#8217;éleva avec lui en l&#8217;air, et ils se trouvèrent bientôt au pied de la haute montagne. Charles la gravit seul jusqu&#8217;au sommet. Il aperçut alors le palais du Soleil, y entra sans obstacle et demanda :<br />
— Le Soleil est-il à la maison ?<br />
—  Non, lui répondit une vieille femme, qui se trouvait là, — sa mère, sans doute ; — que lui voulez-vous ?<br />
—  J&#8217;ai besoin de lui parler, grand&#8217;mère.<br />
—  Eh bien ! si vous voulez attendre un peu, il arrivera sans tarder. Mais, mon pauvre enfant, mon fils aura grand&#8217;faim, quand il arrivera, et il voudra vous manger. Restez tout de même, car votre mine me plaît, et je l&#8217;empêcherai de vous faire du mal.<br />
Bientôt après arriva le Soleil, en criant :<br />
— J&#8217;ai faim ! j&#8217;ai grand&#8217;faim ! ma mère.<br />
—  C&#8217;est bien, asseyez-vous là, mon fils, et je vais vous donner à manger, lui dit la vieille.<br />
—  Je  sens l&#8217;odeur de  chrétien, mère, et il faut que je le mange ! s&#8217;écria le Soleil, un instant après.<br />
— Eh bien ! par exemple, si vous croyez que je vais vous laisser manger cet enfant, vous vous trompez joliment ! Voyez quel charmant garçon !<br />
—  Qu&#8217;es-tu venu faire ici ? demanda le Soleil à Charles.<br />
—  On m&#8217;a commandé, Monseigneur le Soleil, de venir vous demander pourquoi vous êtes si rouge, le matin, quand vous vous levez.<br />
—  Eh bien ! je ne te ferai pas de mal, car ta mine me plaît, et je t&#8217;apprendrai même ce que tu désires savoir. La Princesse de Tronkolaine demeure là, dans un château voisin du mien, et il me faut, tous les matins, me montrer dans toute ma splendeur, quand je passe au-dessus de sa demeure, pour n&#8217;être pas vaincu par elle en beauté.<br />
Le lendemain, le Soleil se leva de bon matin et commença sa tournée, comme d&#8217;habitude, et Charles partit aussitôt que lui. Descendu de la montagne, il retrouva son cheval de bois qui l&#8217;attendait. Il monta dessus et fut ramené en peu de temps à l&#8217;endroit où il avait rencontré le vieillard. Il était encore là qui l&#8217;attendait.<br />
—   Eh bien ! mon fils, lui dit-il, avez-vous réussi dans votre entreprise ?<br />
—  Oui, vraiment, grand-père, répondit Charles, et la bénédiction de Dieu soit sur vous !<br />
—  C&#8217;est bien ; quand vous aurez encore besoin de moi, appelez-moi et vous me reverrez.<br />
Et aussitôt, il disparut, il ne sut comment.<br />
Quand Charles revint au palais du roi, tout le monde était étonné de voir comme il était content et joyeux.<br />
—  Eh bien ! lui dit le roi, me diras-tu à présent pourquoi le Soleil est si rouge, le matin, quand il se lève ?<br />
—  Oui, sire, je vous le dirai.<br />
—  Et pourquoi donc ?<br />
—  C&#8217;est que, non loin du château du Soleil, se trouve celui de la Princesse de Tronkolaine, et il lui faut paraître, chaque matin, dans toute sa splendeur, quand il passe au-dessus du château, pour n&#8217;être pas éclipsé par elle.<br />
—  C&#8217;est bien, répondit le roi. Et il le renvoya à ses moutons.<br />
Peu de temps après, le faux filleul dit encore au roi :<br />
—  Si vous saviez, parrain, ce que le gardeur de moutons a dit ?<br />
—  Et qu&#8217;a-t-il donc dit encore ?<br />
—  Ce qu&#8217;il a dit ? Il a dit qu&#8217;il est homme à vous amener ici la Princesse de Tronkolaine, pour que vous l&#8217;épousiez.<br />
—  Vraiment ? Dites-lui de venir me trouver, tout de suite.<br />
Le pauvre Charles se rendit auprès du roi, fort inquiet.<br />
—  Comment ! jeune pâtre, vous avez dit être capable de m&#8217;amener ici la Princesse de Tronkolaine, pour être ma femme ?<br />
— Comment aurais-je pu dire pareille chose, sire ? Il faudrait que j&#8217;eusse complètement perdu l&#8217;esprit pour parler ainsi.<br />
—  Vous vous en êtes vanté, et il faut que vous le fassiez, sinon il n&#8217;y a que la mort pour vous.<br />
Le lendemain matin Charles se remit en route, triste et soucieux. « Si je rencontrais encore le vieillard de l&#8217;autre <br />fois ! » se disait-il en lui-même. A peine eut-il prononcé ces paroles, qu&#8217;il aperçut le vieillard qui venait à lui.<br />
— Bonjour, mon fils, lui dit-il.<br />
—  A vous pareillement, grand-père.<br />
—  Où allez-vous ainsi, mon enfant ?<br />
—  Ma foi, grand-père, je n&#8217;en sais trop rien. Le roi m&#8217;a encore ordonné de lui amener à sa cour la Princesse de Tronkolaine, et je ne sais comment m&#8217;y prendre.<br />
—  C&#8217;est bien, mon garçon. Prenez d&#8217;abord cette baguette blanche. Retournez vers le roi, et dites-lui qu&#8217;il vous faut trois bateaux, dont un chargé de gruau, un autre de lard et le troisième, de viande salée. Le gruau sera pour le roi des fourmis, que vous trouverez dans une île, au milieu de la mer. Quand vous arriverez dans cette île, vous demanderez : — « N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des fourmis ? — Si, vous dira-t-on.<br />
—  Eh bien, voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui, » ajouterez-vous, en montrant le bateau chargé de gruau. Alors, arriveront toutes les fourmis de l&#8217;île, et, en un instant, elles videront le bateau.<br />
— « Ma bénédiction soit avec toi ! vous dira alors le roi des fourmis, et si jamais tu as besoin de nous, appelle le roi des fourmis, et il arrivera aussitôt. » — Plus loin, vous trouverez une autre île, où demeure le roi des lions. Vous demanderez encore, en arrivant : — « N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des lions ? — Si, vous sera-t-il répondu, c&#8217;est ici. » Et vous ajouterez : — « C&#8217;est que voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui ; » — et vous montrerez le bateau chargé de lard. Alors, vous verrez arriver des lions, de tous les côtés de l&#8217;île, et, en un instant, le bateau sera vidé. Le roi des lions vous dira aussi : — « Ma bénédiction soit avec toi ! Si jamais tu as besoin de moi, tu n&#8217;auras qu&#8217;à appeler le roi des lions, et j&#8217;arriverai aussitôt. » — Enfin, vous arriverez ensuite dans une troisième île, où demeure le roi des éperviers.  En  y abordant,  vous   demanderez :<br />
— « N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des éperviers ? —  Si, vous sera-t-il répondu, c&#8217;est ici. — C&#8217;est bien, ajouterez-vous, voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui. » — Et vous montrerez le bateau chargé de viande salée. Aussitôt, arrivera le roi des éperviers, accompagné de ses sujets, et, en un instant, le bateau sera vidé. — « Ma bénédiction soit avec toi ! dira aussi le roi des éperviers, et si tu as jamais besoin de moi, tu n&#8217;auras qu&#8217;à appeler le roi des éperviers, et aussitôt j&#8217;arriverai. » — Le roi, votre parrain, vous fournira les trois bateaux chargés de gruau, de lard et de viande. Avant de vous embarquer, faites une croix avec votre baguette blanche sur le sable du rivage, et aussitôt soufflera un vent favorable pour vous conduire à votre destination. Prenez bien garde à faire tout exactement comme je vous ai dit, et vous réussirez.<br />
—  Merci, et ma bénédiction soit avec vous, grand-père, dit Charles.<br />
Et il partit.<br />
Voilà Charles en mer, avec ses trois bateaux. Il arrive dans la première île, où demeure le roi des fourmis, et il demande :<br />
—  N&#8217;est-ce pas ici que demeure le roi des fourmis ?<br />
—  Si, c&#8217;est ici, lui répond-on.<br />
—  Eh bien, voici un cadeau que j&#8217;ai pour lui ; allez lui dire, je vous prie, de venir le recevoir.<br />
On avertit le roi des fourmis, et il vint aussitôt,   accompagné   d&#8217;une   infinité de  fourmis.<br />
En un instant, le bateau fut vidé, et le roi dit alors :<br />
— Ma bénédiction sur toi, Charles, filleul du roi de France. Tu nous as sauvés ; car la famine désolait mon royaume, et nous allions tous mourir de faim. Si jamais tu as besoin de moi et de mes sujets, tu n&#8217;auras qu&#8217;à appeler le roi des fourmis, et j&#8217;arriverai aussitôt.<br />
Charles continua sa route, et, pour abréger, il arriva dans l&#8217;île où demeurait le roi des lions, puis dans celle où demeurait le roi des éperviers ; il fit exactement comme lui avait recommandé le vieillard, et tous lui promirent aide et protection, au besoin. Avant de s&#8217;éloigner de l&#8217;île des éperviers, il demanda à leur roi :<br />
—  Suis-je encore loin du palais de la Princesse de Tronkolaine ?<br />
—  Vous avez encore un bon bout de chemin à faire, lui répondit-on ; mais, vous y arriverez sans mal. Quand vous arriverez, vous verrez la princesse auprès d&#8217;une fontaine, occupée à peigner ses cheveux blonds, avec un peigne d&#8217;or et un démêloir d&#8217;ivoire. Prenez bien garde d&#8217;être aperçu d&#8217;elle, avant que vous l&#8217;ayez vue, car elle vous enchanterait. Elle sera sous un oranger, qui est au-dessus de la fontaine. Allez doucement, doucement, grimpez sur l&#8217;arbre, cueillez une orange et jetez-la vite dans la fontaine. Alors la. Princesse lèvera la tête, vous sourira, puis vous invitera à descendre et à l&#8217;accompagner jusqu&#8217;à son château. Vous pourrez la suivre sans crainte.<br />
— Merci, dit Charles au roi des éperviers. Et il continua sa route.<br />
Il arriva sans tarder au pied du château, — un château magnifique. Il vit la Princesse auprès de la fontaine, occupée à peigner ses cheveux blonds avec un peigne d&#8217;or et un démêloir d&#8217;ivoire, sous un oranger ; il grimpa sur l&#8217;arbre, sans être aperçu d&#8217;elle, cueillit une orange et la jeta dans le bassin de la fontaine. Aussitôt, la princesse leva la tête, et, voyant Charles sur l&#8217;arbre :<br />
—  Ah ! dit-elle, Charles, filleul du Roi de France, c&#8217;est donc toi qui es là ! Sois le bienvenu. Descends et accompagne-moi dans mon château. Je ne te veux point de mal ; bien au contraire.<br />
Charles la suivit jusqu&#8217;à son château. Jamais ses yeux n&#8217;avaient rien vu d&#8217;aussi beau.</p>
<p>Il y avait quinze jours qu&#8217;il était là, au milieu des plaisirs de toutes sortes, quand il demanda, un jour, à la Princesse si elle consentirait à l&#8217;accompagner jusqu&#8217;au palais du roi de France ?<br />
—  Volontiers, répondit-elle, si vous accomplissez trois travaux que je vous désignerai.<br />
— J&#8217;essayerai toujours, dit-il.<br />
Le lendemain matin, la Princesse le conduisit dans un grenier, devant un grand tas de graines de toutes sortes. Il y avait là des graines de lin, de trèfle, de chanvre, de navet et de chou, mêlées ensemble. Elle lui dit qu&#8217;avant le coucher du soleil, il fallait qu&#8217;il eût réuni toutes les graines de même nature dans un même tas, sans qu&#8217;il y eût une graine de nature différente dans aucun des tas. Puis elle s&#8217;en alla.<br />
Le pauvre Charles, resté seul, se mit à pleurer, parce qu&#8217;il ne croyait pas qu&#8217;il fût possible à personne au monde d&#8217;accomplir un pareil travail. Il se rappela alors le roi des fourmis. Il m&#8217;avait dit, se dit-il à lui-même, que, si jamais j&#8217;avais besoin de lui et des siens, je n&#8217;aurais qu&#8217;à les appeler, et ils viendraient à mon secours. Il me semble que j&#8217;ai assez besoin d&#8217;eux, en ce moment. Voyons donc s&#8217;il disait vrai :<br />
—  Roi des fourmis, viens à mon secours, car j&#8217;en ai grand besoin !<br />
Et aussitôt le roi des fourmis arriva.<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, demanda-t-il, Charles, filleul du roi de France ?<br />
Charles lui fit part de son embarras.<br />
—  S&#8217;il n&#8217;y a que cela, soyez sans inquiétude, ce sera vite fait.<br />
Le roi appela alors ses sujets, et aussitôt il arriva tant de fourmis,  de tous côtés, que toute l&#8217;aire du grenier en était couverte. Il leur expliqua ce qu&#8217;il y avait à faire. Et les voilà toutes au travail. Quand ce fut fini, le roi des fourmis dit à Charles :<br />
—  C&#8217;est fait.<br />
Charles le remercia, et il partit avec toutes ses fourmis.<br />
Au coucher du soleil, quand vint la Princesse, elle trouva Charles assis et l&#8217;attendant tranquillement.<br />
—  Le travail est-il fait ? demanda-t-elle.<br />
—  Oui, princesse, c&#8217;est fait, répondit Charles tranquillement.<br />
—  Voyons cela.<br />
Et elle examina tous les tas. Elle prenait une poignée de chacun et l&#8217;examinait de près. Elle ne trouva en aucun tas une graine dissemblable et qui ne fût pas à sa place. Elle en était tout étonnée.<br />
—  C&#8217;est bien travaillé, dit-elle ; allons à présent souper.<br />
Le lendemain matin, elle commanda à Charles d&#8217;abattre toute une longue avenue de grands chênes, et elle lui donna pour outils une hache de bois, une scie de bois et des coins de bois. Tous les arbres devaient être à terre pour le coucher du soleil, le même jour.<br />
Voilà encore notre homme bien embarrassé.<br />
—  A moins que le roi des  lions ne vienne à mon secours, se dit-il, je ne me tirerai jamais d&#8217;affaire, cette fois. Et il appela le roi des lions.<br />
—  Roi des Lions, venez à mon secours, car j&#8217;en ai grand besoin !<br />
Et le roi des lions arriva aussitôt.<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, Charles, filleul du roi de France ? demanda-t-il.<br />
Charles lui conta son embarras.<br />
—  N&#8217;est-ce que cela ? Soyez sans inquiétude alors, ce ne sera pas long à faire.<br />
Le roi poussa un rugissement terrible, et aussitôt il arriva des lions plein l&#8217;avenue.<br />
—  Allons ! mes enfants, leur dit le roi, déracinez et mettez-moi en pièces tous ces arbres, et vite !<br />
Et les voilà aussitôt de se mettre à l&#8217;ouvrage, et de travailler, chacun de son mieux. Tout était encore terminé, avant le coucher du soleil.<br />
Quand vint la Princesse, elle fut étonnée de voir tous les chênes déracinés et mis en morceaux, et Charles qui dormait ou feignait de dormir, étendu- sur le dos.<br />
—  Ah ! voici, par exemple, un homme ! se dit-elle.<br />
Elle s&#8217;approcha de Charles, tout doucement, sur la pointe des pieds, et lui donna deux baisers. Charles se réveilla.<br />
— Le travail est fait, à ce que je vois, lui dit la Princesse.<br />
—  Oui, Princesse, le travail est fait.<br />
—  C&#8217;est bien. Allons souper, car vous devez avoir faim.<br />
Le lendemain matin, on lui dit d&#8217;aller abattre et niveler une grande montagne, beaucoup plus haute que la montagne de Bré. On lui donna une brouette et une pelle de bois, et le travail devait être terminé avant le coucher du soleil.<br />
Arrivé au pied de la montagne, Charles restait là à la regarder, et il se disait en lui-même :<br />
—  Comment faire cela ? Je n&#8217;en viendrai jamais à bout. Mais, le roi des éperviers n&#8217;a pas encore travaillé pour moi. Il faut que je l&#8217;appelle ; je n&#8217;ai d&#8217;autre espoir qu&#8217;en lui.<br />
—   Roi des éperviers, venez à mon secours, car j&#8217;en ai grand besoin !<br />
Et aussitôt le roi des éperviers descendit auprès de lui.<br />
—  Qu&#8217;y a-t-il pour votre service, Charles, filleul du roi de France ? demanda-t-il.<br />
—  La Princesse de Tronkolaine m&#8217;a dit qu&#8217;il faudra abattre et niveler cette haute montagne, avant le coucher du soleil, et, si vous ne me venez en aide, je ne sais vraiment pas comment en venir à bout.<br />
—  Si ce n&#8217;est que cela, soyez sans inquiétude ; cela sera fait, avant le coucher du soleil.<br />
Alors, le roi des éperviers poussa un cri effrayant, et aussitôt les éperviers arrivèrent, et en si grand nombre, que la lumière du soleil en était obscurcie.<br />
—   Qu&#8217;y a-t-il à faire, notre roi ? demandèrent-ils.<br />
— Transporter cette montagne de là, de manière qu&#8217;à sa place il se trouve une plaine unie ; et vite, vite, mes <br />enfants !<br />
Et les voilà de déchirer la montagne avec leurs griffes, et de transporter la terre dans la mer. Si bien que le travail était encore terminé, longtemps avant le coucher du soleil, et personne n&#8217;eût dit qu&#8217;il y avait une montagne là, le matin.<br />
Quand la Princesse vint, au coucher du soleil, elle trouva Charles qui dormait, sous un arbre, et elle lui donna encore deux baisers. Il se réveilla aussitôt, et dit :<br />
—  Eh bien ! Princesse, le travail est accompli ; voyez, il n&#8217;y a plus de montagne. Maintenant, j&#8217;espère que vous viendrez avec moi au palais du roi de France ?<br />
— De tout mon cœur, répondit-elle, et partons tout de suite.<br />
Et ils se dirigèrent du côté de la mer. Les bateaux de Charles se trouvaient encore là. Ils s&#8217;embarquèrent dessus, et arrivèrent sans encombre en France. Sur la route, ils visitèrent le vieillard, qui dit à Charles :<br />
—  Eh bien, mon fils, avez-vous réussi ?<br />
—  Oui, grand-père, et la bénédiction de Dieu soit avec vous !<br />
—  C&#8217;est bien. Allez, à présent, trouver votre parrain ; vos épreuves et vos peines sont terminées et vous n&#8217;aurez plus besoin de moi.<br />
Quand Charles arriva au palais du roi, accompagné de la Princesse de Tronkolaine, tout le monde fut étonné de voir comme elle était belle. Le vieux roi en perdit la tête, et voulut se marier avec elle, tout de suite, quoique la reine sa femme ne fût pas encore morte.<br />
— Non, lui dit la Princesse, je ne suis pas venue ici pour vous épouser, pas plus que le diable qui est ici avec vous.<br />
—  Un diable ici ! où donc est-il ? s&#8217;écria le roi.<br />
—  Celui que vous prenez pour votre filleul est un diable, et voici votre véritable filleul, dit-elle en montrant Charles ; celui-ci a eu tout le mal, et c&#8217;est à lui qu&#8217;est due la récompense, et il sera mon époux.<br />
—  Mais comment renvoyer le diable ? demanda le roi.<br />
—  Cherchez d&#8217;abord une jeune femme nouvellement mariée, et portant son premier enfant. Quand vous l&#8217;aurez trouvée, faites chauffer un four à blanc, et jetez-y le diable. Il se démènera et hurlera de rage, et fera son possible pour sortir du four ; mais, la jeune femme l&#8217;y maintiendra en lui montrant son anneau de mariage.<br />
On trouva une jeune femme portant son premier enfant ; on chauffa un four à blanc, puis on y jeta le diable. Celui-ci se démenait et poussait des cris épouvantables, et tout le palais en tremblait. Mais, quand il essayait de sortir du feu, la jeune femme lui présentait son anneau à la gueule du four et le faisait reculer. Si bien qu&#8217;il dit alors :<br />
— Si j&#8217;étais resté ici, une année encore, j&#8217;aurais réduit le royaume à un état désespéré.<br />
Mais, il lui fallut crever là.<br />
Alors, Charles fut marié à la Princesse de Tronkolaine. Le vieux charbonnier, sa femme et tous ses enfants furent aussi de la noce. — C&#8217;est là qu&#8217;il y eut un festin, alors ! Et un tintamarre et un vacarme et des bombances éternelles ! Les cloches sonnant à toute volée, la grande bannière sur pied, et les violons devant <sup><em><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a></em></sup> !</p>
<p>Conté par   Marguerite   Philippe,   de   Pluzunet   (Côtes-du-Nord). — Décembre 1868.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Ce conte, dans sa seconde partie, se rattache au type de la recherche de la Princesse aux cheveux d&#8217;or.<br />
</span></p>
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		<title>La Princesse Troïol</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Oct 2007 02:00:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Chèvre]]></category>
		<category><![CDATA[La princesse aux cheveux d'or]]></category>
		<category><![CDATA[Tome 1]]></category>
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		<description><![CDATA[(1) Bez&#8217; a zo brema pell amzer, Pa ho devoa dennt ar ier. Il y a de cela bien longtemps, Quand les poules avaient des dents. CollectifHistoires de fées V. KrutaLes Celtes :Histoire et dictionnaire Un jeune seigneur, ayant perdu son père et sa mère, demeurait avec sa marâtre. Celle-ci, comme il arrive trop souvent, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a></p>
<div class="intro">Bez&#8217; a zo brema pell amzer,<br />
Pa ho devoa dennt ar ier.</p>
<p>Il y a de cela bien longtemps,<br />
Quand les poules avaient des dents.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2244417344?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2244417344"><img src="/img/6189440CREL._SL160_.jpg" width="150" height="160" alt="Histoires de fées" />
<p>Collectif<br />Histoires de fées</p>
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<p>V. Kruta<br />Les Celtes :<br />Histoire et dictionnaire</p>
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<div class="espacer"></div>
<p><strong>Un jeune seigneur,</strong> ayant perdu son père et sa mère, demeurait avec sa marâtre. Celle-ci, comme il arrive trop souvent, n&#8217;aimait pas le fils que son mari avait eu d&#8217;une première femme, et elle lui rendait la vie dure. L&#8217;enfant, parvenu à l&#8217;âge de quinze ou seize ans, quitta un jour sa marâtre et partit, à l&#8217;aventure. Il se nommait Fanch. <br />« Arrive que pourra, se disait-il en lui-même, je ne serai jamais plus mal que chez ma marâtre. »<br />
Et le voilà parti devant sa tête, — comme on dit.<br />
Il va, il va ; il loge dans les fermes, où la nuit le surprend ; parfois même, il couche à la belle étoile. Mais, quoi qu&#8217;il en soit, il ne regrette pas la maison de sa marâtre.<br />
Un jour, vers le coucher du soleil, il se trouva devant un beau château. La porte de la cour était ouverte, et il entra. Il ne vit personne. Il aperçut une autre porte ouverte, et il entra encore et se trouva dans une cuisine. Personne encore. Mais, un instant après, une chèvre arriva. La chèvre lui fit signe de la suivre. Il la suivit et se trouva dans un beau jardin. La chèvre, alors, lui parla de la sorte :<br />
—  Si vous voulez rester ici, il ne vous manquera rien, seulement, il vous faudra passer trois nuits dans une chambre que je vous montrerai.<br />
—  Comment, ici les bêtes parlent donc ? demanda le jeune homme, étonné.<br />
—  Je n&#8217;ai pas été toujours sous la forme que vous me voyez<span id="more-19"></span> présentement, répondit la chèvre ; je suis retenue ici sous un charme, et tous mes parents y sont comme moi, mais sous d&#8217;autres formes. Si vous voulez faire exactement tout ce que je vous dirai, vous me délivrerez, moi et tous les miens, et, plus tard, vous n&#8217;aurez pas lieu de vous en repentir.<br />
—  Dites-moi ce qu&#8217;il me faudra faire, pour vous délivrer, et, si je le puis, je le ferai.<br />
—  Vous n&#8217;aurez rien autre chose à faire que coucher trois nuits de suite dans une chambre du château, et ne pas prononcer un seul mot, ni même pousser une plainte, quoi que vous puissiez voir ou entendre, et quoi que l&#8217;on puisse vous faire.<br />
— Je veux toujours essayer. Quand l&#8217;heure de souper fut venue, on servit à manger et   à boire à Fanch, dans une belle salle ; mais, ce qui l&#8217;étonnait le plus, c&#8217;est qu&#8217;il ne voyait que deux mains, qui posaient les plats sur la table, et pas de corps ! Quand il eut mangé et bu son content, une main prit encore un chandelier avec une lumière,  et lui fit signe de la suivre. Il suivit la main et la lumière, et on le conduisit dans une chambre où il y avait un lit. La main déposa la lumière sur une table, et puis disparut, et pas un mot.<br />
Fanch n&#8217;était pas peureux ; pourtant, tout cela lui paraissait bien singulier.<br />
Il se coucha, et s&#8217;endormit sans tarder. Vers minuit, il entendit un grand bruit, dans sa chambre, qui le réveilla.<br />
—  Jouons aux boules, disaient des voix.<br />
—  Non, jouons à un autre jeu, disaient d&#8217;autres voix.<br />
Et il regardait de son mieux, et ne voyait rien.<br />
— Bah ! Bah ! dit une voix, occupons-nous d&#8217;abord de celui qui est là, dans le lit.<br />
—  Il y a donc quelqu&#8217;un dans le lit ?<br />
—  Certainement, venez voir.<br />
Et ils tirèrent le pauvre Fanch hors du lit et se le jetèrent de l&#8217;un à l&#8217;autre, comme une balle. Mais, ils avaient beau faire, Fanch ne soufflait mot et faisait toujours semblant de dormir.<br />
—  Il ne se réveillera donc pas ? dit une voix.<br />
—  Attends, attends, dit une autre voix, je saurai bien le réveiller, moi.<br />
Et il le lança si violemment contre la muraille, qu&#8217;il s&#8217;y colla comme une pomme cuite. Puis, ils s&#8217;en allèrent, en riant bruyamment.<br />
Aussitôt, entra dans la chambre la chèvre que Fanch avait vue en arrivant au château ; mais, sa tête était celle d&#8217;une belle femme.<br />
—  Pauvre garçon ! dit-elle, comme tu as souffert !<br />
Et elle se mit à le frotter avec un onguent qu&#8217;elle avait, et à mesure qu&#8217;elle frottait, la vie revenait dans son corps, si bien qu&#8217;il finit par se retrouver aussi vivant et aussi bien portant que jamais.<br />
—  Tout s&#8217;est bien passé, pour cette fois, lui dit alors la chèvre-femme ; mais, la nuit prochaine, l&#8217;épreuve sera plus pénible. Gardez toujours le silence le plus absolu, quoi qu&#8217;il puisse vous arriver, et, plus tard, vous en serez récompensé.<br />
—  Je ferai mon possible, répondit Fanch. Et la chèvre partit.<br />
Fanch déjeuna et dîna bien, toujours servi par des mains sans corps ; il passa la journée à se promener par le château et les jardins, sans voir personne, et, après le souper, la même main saisit un chandelier et le conduisit à la même chambre. Cette fois, il se cacha sous le matelas du lit.<br />
—  Peut-être ne me trouveront-ils pas ici, se disait-il en lui-même.<br />
Vers minuit, il entendit encore le même vacarme que la nuit précédente.<br />
— Je sens l&#8217;odeur de chrétien ! dit une voix.<br />
—  Et d&#8217;où diable ? dit une autre voix ; tu vois bien qu&#8217;il n&#8217;y a personne dans le lit ; joue donc, et ne nous parle plus de chrétien.<br />
Et il se mit à jouer aux cartes. Mais, soudain, la même voix cria encore :<br />
—   Je vous le répète, camarades, je sens l&#8217;odeur de chrétien !<br />
Et il défit le lit et découvrit le pauvre Fanch.<br />
—  Quand je vous le disais ! Comment, tu vis encore, ver de terre ? Attends, nous allons en finir avec toi !<br />
Et ils l&#8217;écartelèrent ; puis, ils partirent, en riant bruyamment.<br />
Aussitôt la chèvre arriva encore dans la chambre, et, cette fois, elle était femme jusqu&#8217;à la ceinture.<br />
—  Ah ! Pauvre garçon, dit-elle, dans quel état je te retrouve !<br />
Elle rapprocha les morceaux les uns des autres, et se mit à les frotter avec son onguent.<br />
Et peu à peu, les morceaux se rejoignaient, le corps se reconstituait, et bientôt il se retrouva complet et plein de vie.<br />
—  La troisième nuit, lui dit alors la femme-chèvre, sera la plus terrible. Mais, armez-vous de courage, et, si vous la passez aussi heureusement que les deux autres, vos peines seront finies, et les miennes aussi, ainsi que celles de tous ceux qui sont retenus ici avec moi.<br />
—  Je ne pense pas qu&#8217;il puisse m&#8217;arriver pis que d&#8217;être tué, comme je l&#8217;ai été déjà, deux fois, répondit Fanch.<br />
La troisième nuit, pour abréger, il se rendit encore à la même chambre, après souper, et se cacha, cette fois, sous le lit.<br />
Vers minuit, arrivèrent les mêmes personnages ; et ils se remirent à jouer.<br />
—  Je sens encore l&#8217;odeur de chrétien ! dit soudain une voix. Est-ce que ce ver de terre ne serait pas encore mort ?<br />
Et ils défirent le lit ; mais, ils n&#8217;y trouvèrent rien. Ils regardèrent alors dessous :<br />
—  Le voici ! Le voici !<br />
Et on le retira, par les pieds, de dessous le lit.<br />
—  Il faut en finir avec lui, cette fois ! Se dirent-ils.  Qu&#8217;en ferons-nous ?<br />
—  Il faut le cuire, et puis le manger.<br />
—  C&#8217;est cela ! Crièrent-ils tous à la fois.<br />
On fit un grand feu dans la cheminée, on mit le pauvre Fanch tout nu, on le suspendit au-dessus du feu, et, quand il fut bien rôti, ils le mangèrent, jusqu&#8217;au dernier morceau, même les os.<br />
Quand le festin fut terminé, ils s&#8217;en allèrent, et aussitôt une femme très belle entra dans la chambre, une princesse magnifique, et rien de la chèvre, cette fois.<br />
—  Hélas ! dit-elle, j&#8217;ai grand&#8217;peur qu&#8217;ils n&#8217;en aient pas laissé le moindre morceau,<br />
Et elle se mit à chercher, d&#8217;abord sur la table, puis sous la table. Elle ne trouvait rien. A force de chercher, elle finit, pourtant, par découvrir un fragment d&#8217;os de la tête.<br />
—  Dieu soit loué ! s&#8217;écria-t-elle, tout n&#8217;est pas encore perdu !<br />
Et elle se mit à frotter l&#8217;os, avec son onguent. Et, à mesure qu&#8217;elle le frottait, il grandissait, il grandissait, il se garnissait de chair, chaque membre revenait à sa place, tant et si bien que, peu à peu, le corps entier se reconstitua et se retrouva aussi vivant et aussi sain que jamais.<br />
—  Holà ! s&#8217;écria alors la princesse, tout va bien ! Maintenant, les géants (ou les démons) n&#8217;ont plus aucun pouvoir ni sur moi ni sur les miens, et tout ce qui est ici vous appartient, Fanch, jusqu&#8217;à moi-même !<br />
Aussitôt on vit arriver, de tous les côtés, une foule de gens de tout rang et de toute condition, des princes, des princesses, des ducs, des barons, des gens du commun, qui tous étaient retenus enchantés dans ce château. Il en sortait de partout, et ils remerciaient celui qui les avait délivrés, puis  ils partaient, chacun pour son pays.<br />
—  Partons aussi, dit Fanch à la princesse ; allons chez votre père.<br />
—  Pas encore, répondit-elle ; il nous faut séjourner encore trois jours ici, et, pendant ces trois jours, vous devrez rester sans manger ni boire, complètement à jeun, jusqu&#8217;au coup de neuf heures, chaque matin. Si vous buvez ou mangez la moindre chose, avant cette heure, vous vous endormirez aussitôt, et ne me reverrez plus. Tous les matins, je viendrai vous voir, à midi, et alors vous pourrez manger et boire. Vous m&#8217;attendrez, assis sur la pierre de la fontaine, dans le bois, et aussitôt le premier coup de midi, je me trouverai près de vous. Mais, prenez  bien garde de manger ou de boire,  avant cette heure.<br />
Quand elle eut prononcé ces paroles, elle disparut.<br />
Le lendemain matin, longtemps avant midi, fanch, accompagné d&#8217;un domestique, attendait la Princesse, assis sur la pierre de la fontaine. Il n&#8217;avait encore rien mangé, ni bu, et il avait faim. Comme il attendait ainsi, il vit venir à lui une petite vieille femme ayant au bras un panier rempli de prunes.<br />
 — Bonjour à vous, jeune seigneur, lui dit la vieille.<br />
— A vous pareillement, grand&#8217;mère.<br />
— Acceptez une prune de moi.<br />
— Merci, je n&#8217;aime pas les prunes.<br />
—  Une seulement, pour les goûter ; cela ne coûte rien ; voyez, comme elles sont belles !<br />
Il prit une prune. Mais, aussitôt qu&#8217;il l&#8217;eut portée à sa bouche, il s&#8217;endormit. Midi sonna, eu ce moment, et la princesse parut.<br />
—  Hélas ! Il dort ! dit-elle, en le voyant.<br />
—  Oui, dit son domestique ; une petite vieille est venue offrir une prune à mon maître, et dès qu&#8217;il l&#8217;a portée à sa bouche, il s&#8217;est endormi.<br />
—  Eh bien !   Quand il se réveillera,   donnez-lui   ce   mouchoir,   pour qu&#8217;il  se souvienne de moi.<br />
Et elle donna un mouchoir blanc au domestique, puis elle s&#8217;éleva en l&#8217;air et disparut. Fanch se réveilla en ce moment, et il put l&#8217;apercevoir, un instant. Elle était toute blanche, comme uni ange.<br />
—  Je m&#8217;étais endormi ! Se dit-il, il faut que demain je me surveille mieux.<br />
Le lendemain matin, comme il était encore assis sur la pierre de la fontaine, avec son domestique, la même petite vieille vint à lui, ayant au bras un panier de figues.<br />
—  Acceptez une figue de moi, mon beau seigneur ; voyez, comme elles sont belles !<br />
Fanch accepta encore une figue de la vieille. Il la mangea, et s&#8217;endormit aussitôt.<br />
Au coup de midi, la princesse arriva auprès de la fontaine.<br />
—  Hélas ! Il dort encore ! s&#8217;écria-t-elle, avec douleur.<br />
—   Oui, dit le domestique ; la petite vieille est encore venue, et elle a donné une figue à mon maître, et aussitôt qu&#8217;il l&#8217;a mangée, il s&#8217;est endormi.<br />
— Voilà un mouchoir gris, que vous lui donnerez, quand il se réveillera, pour qu&#8217;il se souvienne de moi.<br />
Et elle s&#8217;éleva encore en l&#8217;air, en gémissant.<br />
Fanch se réveilla, au môme moment, et il la vit encore qui montait vers le ciel. Cette fois, elle portait une robe grise.<br />
— Mon Dieu, dit-il, je m&#8217;étais encore endormi ! Et qu&#8217;est-ce qui me fait donc dormir de la sorte ?<br />
— Je pense, mon maître, — dit son domestique, — que ce sont les fruits que vous donne la petite vieille qui vous font dormir ainsi.<br />
— Bah ! Ce ne peut pas être cela ; mais, demain, je me surveillerai mieux et ferai en sorte de ne pas m&#8217;endormir.<br />
Le domestique lui donna le second mouchoir, qui était gris, comme il lui avait donné le premier, qui était blanc.<br />
Le lendemain matin, comme ils attendaient encore, auprès de la fontaine, la petite vieille arriva aussi et, cette fois, elle avait au bras un panier rempli de belles oranges.<br />
— Acceptez une orange de moi, mon beau seigneur, dit-elle à Fanch ; voyez comme elles sont belles !<br />
Le domestique avait bien envie de dire à son maître de ne pas accepter ; mais, il n&#8217;osa pas, et Fanch prit une orange, la mangea et s&#8217;endormit encore. Midi sonna au môme moment, et la princesse arriva ; le voyant encore endormi, elle poussa un cri de douleur, et dit :<br />
—   Ah ! Le malheureux, il dort encore !<br />
—   C&#8217;est la petite vieille qui en est cause, dit le domestique. Elle est encore venue, et a offert une orange à mon maître, qui l&#8217;a acceptée et mangée, et aussitôt il s&#8217;est endormi.<br />
—  Voici un troisième mouchoir, que vous lui donnerez, quand il se réveillera, et vous lui ferez mes derniers adieux, car, hélas ! Je ne le reverrai plus.<br />
Et elle s&#8217;éleva encore vers le ciel, en poussant une plainte touchante.<br />
Fanch se réveilla à l&#8217;instant, et vit le bas de sa robe et ses pieds. O douleur ! Cette fois elle était toute noire. Noir était aussi le troisième mouchoir qu&#8217;elle avait laissé à son domestique, pour lui être remis.<br />
—   Hélas ! Je m&#8217;étais encore endormi ! s&#8217;écria-t-il, avec douleur.<br />
—   Oui, malheureusement, mon pauvre maître. La princesse, avant de disparaître, m&#8217;a laissé, pour vous le remettre, ce troisième mouchoir, et elle m&#8217;a recommandé de vous faire ses adieux, car vous ne la reverrez plus.<br />
Grande fut la douleur de Fanch, en apprenant cela. Il pleurait et s&#8217;arrachait les cheveux, et criait :<br />
— Si ! Si ! Je la reverrai encore, car je ne cesserai de la chercher partout, et de marcher, nuit et jour, jusqu&#8217;à ce que je l&#8217;aie retrouvée !<br />
Et il se mit sur-le-champ en route, n&#8217;emportant, pour toute provision, qu&#8217;une miche de pain.<br />
Vers le soir, il s&#8217;assit sur le gazon, au bord de route, pour se reposer et manger un morceau. Une petite vieille vint à passer, en ce moment, qui lui dit :<br />
—  Bon appétit, mon fils.<br />
—  Merci, grand&#8217;mère. Si vous voulez faire comme moi, je partagerai avec vous volontiers.<br />
—  Mille bénédictions, mon fils ! Voici dix-huit cents ans que je suis par ici, et jamais personne ne m&#8217;avait encore offert du pain.<br />
Et elle s&#8217;empressa d&#8217;accepter sa part du frugal repas de Fanch, puis elle lui dit : — Pour vous remercier, mon fils, voici une serviette que je vous donne et qui pourra vous être  utile.   Quand   vous éprouverez   le   besoin de manger   ou   de   boire,  étendez-la par terre, ou sur une table, suivant le lieu où vous vous trouverez, et aussitôt tout ce que vous souhaiterez vous sera servi dessus. Voici encore une baguette blanche,  pour voyager, et, à chaque coup que vous en frapperez sur la  terre, vous ferez cent lieues.<br />
—  Ah ! bien oui, tu vas, peut-être, manger un cousin à toi, qui est venu me voir, et qui a apporté un bœuf rôti pour chacun de vous ; ne les vois-tu pas là ?<br />
Alors, la vieille fit sortir Fanch du coffre, et son cousin et lui se trouvèrent, vite, bons amis.<br />
Bientôt on entendit encore un grand bruit, dans la cheminée, et : hou ! hou ! hou ! hou ! Et le second fils de la vieille, ou le second vent, (car c&#8217;était la mère des vents), descendit, et voyant Fanch :<br />
—  Un chrétien ! s&#8217;écria-t-il, je veux le manger, à l&#8217;instant !<br />
—  Je voudrais bien voir ! Lui dit la vieille ; un cousin à vous, qui est venu me voir, et qui a apporté un bœuf rôti pour chacun de vous ! Asseyez-vous là, près du feu, et soyez sage, ou gare à mon bâton !<br />
Et il s&#8217;assit sur un escabeau, près du feu, en face de son frère, et ne dit plus mot.<br />
Un moment après, on entendit encore un vacarme épouvantable. Les arbres craquaient et volaient en éclats, autour de la hutte : c&#8217;était effrayant !<br />
—  Voici mon fils aîné qui vient ! dit la vieille.<br />
Et il descendit par la cheminée et balaya tout le feu du foyer jusqu&#8217;au bas de la maison. Il criait :<br />
—  J&#8217;ai  grand&#8217;faim !   Ma pauvre  mère ;   j&#8217;ai grand&#8217; faim !<br />
—  C&#8217;est bien ; taisez-vous, le souper est prêt.<br />
Mais, quand il aperçut Fanch :<br />
—  Un chrétien ! s&#8217;écria-t-il ; et il allait se précipiter sur lui, et l&#8217;avaler. Mais, la vieille prit un jeune ormeau qu&#8217;elle avait arraché, dans son jardin, et se mit à le battre, à tour de bras :<br />
— Ah ! tu veux manger ton cousin, le fils de ma sœur, un enfant charmant, qui est venu me voir, et qui a apporté un bœuf et une barrique de vin pour chacun de vous !  Et tu crois que je le souffrirai ?<br />
Et elle frappait, elle frappait sans pitié ; et le grand vent criait :<br />
— Doucement, ma pauvre mère ; ne frappez pas si fort ; je ne ferai pas de mal à notre cousin, puisqu&#8217;il a apporté un bœuf et une barrique de vin pour chacun de nous !<br />
Alors la vieille cessa de frapper, et ils se mirent tous à table ; mais ils étaient si gloutons, le grand vent surtout, que Fanch fut obligé d&#8217;avoir recours à sa serviette, par trois fois. Enfin, quand ils furent rassasiés, ce qui dura longtemps, ils allèrent s&#8217;asseoir et causer, près du feu, comme de vieux amis.<br />
— Où vas-tu aussi, cousin ? demanda le petit vent à Fanch.<br />
—  Chercher la princesse Troïol ; sais-tu où elle demeure ?<br />
—  Non vraiment ; je n&#8217;en ai même jamais entendu parler.<br />
—  Et toi, cousin ? demanda-t-il au second vent.<br />
—  Moi, j&#8217;ai entendu parler d&#8217;elle ; mais, je ne sais pas où elle demeure.<br />
—  Et toi, grand cousin ? demanda-t-il au grand vent.<br />
—  Moi, je sais où elle demeure ; je reviens précisément de là, et je dois y retourner, demain.<br />
—  Veux-tu m&#8217;emmener avec toi ?<br />
—  Je le veux bien, si tu peux me suivre ; mais, allons nous coucher, à présent, car demain nous aurons encore beaucoup de chemin à faire.<br />
Le lendemain matin, chacun des vents partit de son côté.<br />
—  Suis-moi, si tu le peux, dit le grand vent à Fanch.<br />
Et le voilà parti. Frrrrr ! ou ou, ou, ou ! viiiii !! Et Fanch après ! Et de frapper la terre avec sa baguette blanche, qui lui faisait foire cent lieues, à chaque coup. Quand le grand vent tourna la tête, pour voir où il était resté, il fut bien étonné de le voir sur ses talons. Ils arrivèrent au bord de la mer.<br />
—  Je ne peux pas aller plus loin, à moins que tu ne me prennes sur ton dos, dit alors Fanch au grand vent.<br />
— Je te prendrai bien sur mon dos, si tu me donnes à manger, quand je demanderai.<br />
— C&#8217;est entendu, autant que tu voudras.<br />
Et Fanch monta sur le dos du grand vent, et les voilà partis ! A chaque instant, le grand vent demandait à manger. Fanch avait sa serviette, et lui donnait tout ce qu&#8217;il demandait. Ils allaient, ils allaient ! frrrrr ! viiii ! ou, ou !  Ils aperçurent enfin  le   château   de   la  princesse  Troïol.   Le grand vent déposa Fanch  au milieu de la cour. Fanch   attacha les trois mouchoirs de  la princesse, le blanc, le gris et le noir, au bout de son bâton, puis le planta en terre, au milieu  de la cour. Un moment après, la princesse passa,  au bras du maître du château, se rendant à l&#8217;église, pour leur mariage.  Elle vit Fanch, reconnut ses trois mouchoirs, et dit  aussitôt à sa femme de chambre :<br />
— Allez demander à cet homme combien il veut me vendre un de ses mouchoirs.<br />
La femme de chambre se rendit aussitôt auprès de Fanch.<br />
—   Combien voulez-vous me vendre un de vos mouchoirs, pour ma maîtresse ?<br />
—  Dites à votre  maîtresse qu&#8217;elle n&#8217;est  pas assez riche pour acheter un de ces mouchoirs.<br />
La femme de chambre retourna vers sa maîtresse.<br />
—  Eh bien ! Que vous a-t-il répondu ?<br />
—  Il m&#8217;a répondu que vous n&#8217;êtes pas assez riche pour acheter un de ses mouchoirs.<br />
La princesse, à cette réponse, fit semblant de se trouver indisposée, et l&#8217;on remit la cérémonie au lendemain.<br />
Le lendemain matin, elle envoya encore sa femme de chambre demander à Fanch combien lui coûteraient deux de ses mouchoirs.<br />
—  Dites à votre maîtresse, lui répondit encore Fanch, qu&#8217;elle n&#8217;est pas assez riche pour acheter ni un ni deux de mes mouchoirs.<br />
La femme revint rapporter la réponse à sa maîtresse.<br />
—  Eh  bien ! Retournez,  et dites-lui de venir me parler.<br />
Elle retourna vers Fanch, et lui dit :<br />
—  Ma maîtresse vous prie de venir lui parler.<br />
—  Dites à votre maîtresse de venir me trouver elle-même, si elle veut me parler.<br />
La princesse se rendit alors auprès de Fanch.<br />
—  Venez avec moi un instant, dans ma chambre, lui dit-elle.<br />
Et Fanch la suivit dans sa chambre, et ils se jetèrent dans les bras l&#8217;un de l&#8217;autre, en pleurant de joie.<br />
La princesse dépêcha ensuite sa femme de chambre vers le maître du château, pour lui dire qu&#8217;elle était toujours indisposée et qu&#8217;elle le priait d&#8217;attendre jusqu&#8217;au lendemain, pour aller à l&#8217;église. Elle ajoutait qu&#8217;on pouvait néanmoins faire le repas de noces, le jour même, puisque tous les invités étaient arrivés.<br />
Ainsi fit-on. Le repas fut magnifique. Vers la fin, tout le monde était gai et joyeux, et chacun contait quelque petite histoire plaisante. On pria la jeune fiancée de conter aussi quelque chose. Elle se leva, alors, et parla ainsi :<br />
— J&#8217;avais un petit coffret, avec une jolie petite clef d&#8217;or. Je perdis la clef, et j&#8217;en fis faire une autre. Mais, quelque temps après, je retrouvai mon ancienne clef. Me voici embarrassée, et je vous demande de laquelle des deux clefs je dois me servir, à présent, de l&#8217;ancienne ou de la nouvelle ?<br />
—  Je pense qu&#8217;il faut préférer l&#8217;ancienne, répondit le maître du château.<br />
—  C&#8217;est aussi mon avis, reprit la princesse. Je vais vous faire voir l&#8217;ancienne clef dont je parle.<br />
Et elle se leva de table, entra dans un cabinet à côté et revint aussitôt, en tenant par la main Fanch, habillé en prince ; et, s&#8217;adressant au seigneur et à tous les convives :<br />
—  Voici ! Je l&#8217;avais choisi d&#8217;abord, et c&#8217;est lui qui sera mon époux, et non un autre !<br />
Et l&#8217;on célébra les noces, le lendemain, et il y eut des festins magnifiques, comme je n&#8217;en ai vu jamais, si ce n&#8217;est en rêve, et ils restèrent dans ce beau château, car le maître disparut aussitôt et personne ne sut jamais ce qu&#8217;il était devenu.</p>
<p>Conté par Jacques Sesson, sabotier de la forêt de Beffou, commune de Loguivi-Plougras (Côtes-du-Nord), décembre 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Troïol : Ce mot doit être une altération de  Tro-heol, et signifie littéralement Tourne-sol.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/princesse-troïol.zip" title="Fichier zip contenant La Princesse Troïol au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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		<title>Le Roi Dalmar</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Oct 2007 19:32:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rèd ê ma ouefac&#8217;h Penaoz eur veach. Il faut que vous sachiez Comment une fois. C. Louis-CombetLe Roman de Mélusine Patrick RivièreLa religion des Celtes Il y avait un roi de France, qui avait un fils. Celui-ci était parvenu à l&#8217;âge où l&#8217;on est jeune homme, et il dit un jour à son père qu&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<div class="intro">Rèd ê ma ouefac&#8217;h<br />
Penaoz eur veach.</p>
<p>Il faut que vous sachiez<br />
Comment une fois.</p></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2226026568?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2226026568"><img src="/img/513H1AC8GVL._SL160_.jpg" width="102" height="160" alt="Le Roman de Mélusine" />
<p>C. Louis-Combet<br />Le Roman de Mélusine</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2226026568" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px<br />
!important;" /></div>
<div class="livre lpt lmarg6"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2732834408?ie=UTF8&#038;tag=legendbreton-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=6746&#038;creativeASIN=2732834408"><img src="/img/41XH0MM5Z9L._SL160_.jpg" width="110" height="160" alt="La religion des Celtes" />
<p>Patrick Rivière<br />La religion des Celtes</p>
<p></a><img src="http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=legendbreton-21&#038;l=as2&#038;o=8&#038;a=2732834408" width="1" height="1" border="0" alt="*" style="border:none !important; margin:0px !important;" /></div>
<div class="espacer"></div>
<p> <br class="separator" /><strong>Il y avait un roi de France,</strong> qui avait un fils. Celui-ci était parvenu à l&#8217;âge où l&#8217;on est jeune homme, et il dit un jour à son père qu&#8217;il voulait se marier.<br />
—  A qui donc, mon fils ?<br />
—  A la fille du roi Dalmar.<br />
—  Hélas! Mon enfant, quant à celle-là, tu ne l&#8217;auras pas. Depuis l&#8217;âge de douze ans, elle est enfermée dans une tour, où personne ne la visite jamais que la femme qui lui porte à manger, tous les jours.<br />
—  Peu m&#8217;importe, j&#8217;irai toujours la demander à son père, et si je n&#8217;ai celle-là pour femme, je n&#8217;en aurai aucune autre au monde. Je ne sais quelle direction prendre, ni par où me rendre à la cour du roi Dalmar ; mais, à force de marcher, je finirai bien par y arriver, tôt ou tard.<br />
—  Si ta résolution est bien prise, je n&#8217;y ferai pas d&#8217;opposition ; mais, au bout d&#8217;un an et un jour, il faudra que tu sois de retour à la maison.<br />
—  Je vous promets d&#8217;être de retour, au bout d&#8217;un an et un jour.<br />
Et il partit, dans un beau carrosse, accompagné d&#8217;un valet de chambre seulement. Ils allaient au hasard, ne sachant quelle direction ils devaient prendre. Ils ne cessaient d&#8217;aller, d&#8217;aller toujours devant eux, sans jamais s&#8217;arrêter. Un jour, la nuit les surprit, au milieu d&#8217;une<span id="more-18"></span> grande forêt. Les chevaux étaient fatigués, et le valet proposa à sou maître de les dételer, pour leur donner un peu de repos, et de passer la nuit dans la forêt. Le prince y consentit. Il coucha, comme à l&#8217;ordinaire, dans sa voiture, et le valet s&#8217;étendit sur la mousse et la fougère, au pied d&#8217;un vieux chêne, pendant que les chevaux paissaient tranquillement, non loin de là.<br />
Vers minuit, le valet, qui ne dormait pas encore, entendit du bruit dans l&#8217;arbre, au-dessus de sa tête, comme d&#8217;un grand oiseau qui viendrait y percher, pour passer la nuit. Il leva la tête, et vit (car il faisait clair de lune) quelqu&#8217;un assis dans un fauteuil posé en équilibre sur les branches de l&#8217;arbre. Cela l&#8217;étonna fort. Un instant après, le même bruit se renouvela, et un second personnage arriva, et s&#8217;assit dans un second fauteuil. Puis, un troisième. Le premier prit alors la parole, et dit :<br />
Eh bien ! Mes enfants, la journée a-t-elle été bonne ? Savez-vous quelque chose de nouveau ?<br />
—  Mauvaise journée ! Répondirent les deux autres, et nous ne savons rien de nouveau.<br />
—   Eh bien ! J’en sais, moi, du nouveau. Le fils du roi de France est dans le bois.<br />
—  Ah ! Vraiment ? La bonne aubaine, si nous pouvions mettre la main dessus !<br />
—  Il va demander en mariage la fille du roi Dalmar. Mais, il n&#8217;est pas encore au bout de ses peines ; il n&#8217;est pas aussi facile qu&#8217;il se l&#8217;imagine, sans doute, d&#8217;aller à la cour du roi Dalmar. En sortant de la forêt, il rencontrera un fleuve, qui a soixante lieues de largeur. Comment pourrait-il le passer ? Car il ne trouvera ni passeur, ni bateau. Il y a cependant un moyen, et s&#8217;il avait été ici, j&#8217;aurais pu le lui enseigner.<br />
Le valet du prince prêtait ses deux oreilles, je vous prie de le croire.<br />
—  Et quel est ce moyen ? Demandèrent les deux autres.<br />
—  Arrivé auprès du fleuve, il lui faudrait couper une baguette, dans la haie, du côté du levant, lui enlever l&#8217;écorce, puis en frapper trois coups sur l&#8217;eau. Aussitôt un beau pont s&#8217;élèverait sur le fleuve ; il pourrait le traverser, et arriver ainsi facilement jusqu&#8217;à la capitale du roi Dalmar. Mais, ce n&#8217;est pas tout. En arrivant dans la ville, il lui faudrait encore s&#8217;habiller en princesse et se présenter au vieux roi comme une amie de sa fille, qu&#8217;elle aurait connue en Espagne, et qui serait venue lui faire visite. Il demanderait à coucher dans la même chambre que la fille du roi, et il l&#8217;enlèverait, la nuit, par la fenêtre. S&#8217;il avait été ici à m&#8217;écouter, il aurait pu mettre à profit ces conseils, et peut-être aurait-il réussi dans son entreprise.<br />
En ce moment, le jour commença à poindre, et nos trois personnages s&#8217;envolèrent.<br />
Le valet avait tout entendu, mais, il n&#8217;en dit rien à son maître. Il réveilla celui-ci, qui avait dormi toute la nuit, dans son carrosse, et n&#8217;avait rien entendu ; il attela les chevaux, puis, ils se remirent en route. Ils arrivèrent sans tarder auprès du fleuve.<br />
—  Hélas ! Ici, il nous faudra nous arrêter, dit le prince en voyant devant ses yeux une si grande étendue d&#8217;eau.<br />
—  Peut-être, mon maître ; ne désespérez de rien, dit le valet.<br />
—  Et comment veux-tu que nous passions ? Ce ne sera pas à la nage, je pense ; et point de passeur, pas le moindre bateau !<br />
Le valet ne répondit rien ; mais, il alla à la haie, du côté du levant, y coupa, avec son couteau, une baguette de coudrier et se mit à l&#8217;écorcher, tout en continuant sa route. Parvenu sur la rive du fleuve, il frappa trois coups de sa baguette sur l&#8217;eau, et à l&#8217;instant, ils en virent surgir un beau pont, qui allait d&#8217;une rive à l&#8217;autre.<br />
—  Quel homme es-tu donc ? dit à son valet le prince étonné.<br />
Ils traversèrent facilement le fleuve, et se trouvèrent sans tarder dans la capitale du roi Dalmar. Ils descendirent dans le meilleur hôtel de la ville.<br />
Le lendemain matin, le valet dit à son maître :<br />
—  Il vous faut, à présent, vous habiller en princesse et, ainsi déguisé, vous irez trouver le roi Dalmar et lui direz que vous êtes une amie de sa fille, que vous l&#8217;avez connue en Espagne et que vous venez pour lui faire visite et passer quelques jours avec elle. Vous demanderez encore à ne quitter la princesse, ni le jour ni la nuit, et à coucher dans sa chambre même. Le roi  vous   accordera facilement   votre  demande. Vous emporterez une corde, sous votre robe. A minuit, quand tout le monde dormira, dans le château, je me trouverai sous la fenêtre de votre chambre, avec mon carrosse, vous descendrez, la princesse et vous, à l&#8217;aide de la corde, et nous partirons aussitôt.<br />
Le prince, qui avait une confiance illimitée en son valet, depuis ce qu&#8217;il l&#8217;avait vu faire auprès du fleuve, lui obéit de point en point. Il s&#8217;habilla en princesse, le plus magnifiquement qu&#8217;il put, se rendit ainsi déguisé au château, et demanda à parler au roi.<br />
—  Bonjour, dit-il, roi Dalmar.<br />
—   Bonjour, jeune princesse, répondit le roi.<br />
—  Je suis une amie de votre fille, que j&#8217;ai connue en Espagne, et je suis venue lui faire visite et passer quelques jours avec elle.<br />
—  Soyez la bienvenue, en ce cas ; je vais appeler ma fille, qui sera heureuse de vous revoir.<br />
Et il fit venir la princesse, et les laissa seules toutes les deux. Elles obtinrent facilement la permission de passer la nuit dans la même chambre. Alors, le prince dit à la princesse qui il était, lui expliqua le motif de sa visite et de son déguisement, et lui demanda si elle consentirait à le suivre.<br />
—  Je vous suivrai partout où vous voudrez, répondit-elle ; mon père me tient constamment enfermée, dans cette tour, où je ne vois jamais personne, et je suis impatiente de recouvrer ma liberté.<br />
A minuit, leurs préparatifs de départ étaient faits, et ils entendirent, sous la fenêtre, le valet du prince, qui disait :<br />
—  Préparez-vous à descendre ; attachez bien la corde, puis, jetez-la-moi !<br />
Ce qu&#8217;ils firent. Mais, au moment de descendre, la princesse eut peur et dit :<br />
—   Hélas ! Mon pauvre prince, mon père est sorcier ; il ne tardera pas à savoir que nous nous sommes évadés, et il enverra ses soldats après nous, et si nous sommes pris, malheur à nous !<br />
—  Partons toujours, répondit le prince ; nous verrons après.<br />
Ils descendirent, à l&#8217;aide de la corde, montèrent dans la voiture, qui les attendait, et partirent au triple galop.<br />
—   Hélas ! J’entends les soldats de mon père qui arrivent ! s&#8217;écria la princesse, au bout de quelque temps.<br />
Et ils arrivaient, en effet, au grand galop, avec le roi à leur tête. Ils allaient les atteindre, leurs chevaux marchaient déjà sur le pont du grand fleuve qui limitait le royaume du roi Dalmar,   de   ce  côté,   quand  la  voiture   atteignait l&#8217;autre extrémité. Le valet, avec sa baguette blanche, frappa trois coups sur le pont, et aussitôt il tomba dans l&#8217;eau et disparut, et avec lui disparurent les soldats du roi Dalmar, qui furent tous noyés. Il était temps ! Le roi Dalmar seul était encore en vie, et, de l&#8217;autre côté du fleuve, il criait, furieux et montrant le poing :<br />
—  Tu m&#8217;as trompé, fils du roi de France ! Mais, avant d&#8217;arriver à Paris avec ma fille, tu auras encore à compter avec moi !<br />
Cependant le prince et la princesse, exempts à présent de tout souci, poursuivaient leur route tranquillement. La nuit les surprit dans le même bois, et, sur l&#8217;avis du valet, il fut décidé qu&#8217;on y attendrait encore le jour. Le prince et la princesse couchèrent dans le carrosse, et le valet s&#8217;étendit sur la mousse et la fougère, au pied du même arbre que la première fois. A minuit, il entendit encore des bruits d&#8217;ailes, comme de grands oiseaux qui viendraient s&#8217;abattre sur l&#8217;arbre, puis une voix dit :<br />
—  Sommes-nous tous arrivés ?<br />
—   Oui, répondit une autre voix ; si ce n&#8217;est le Diable-Boiteux, pourtant ; mais, il est toujours en retard, vous le savez bien.<br />
Le Diable-Boiteux arriva aussi, un moment après.<br />
—  Eh bien ! Quoi de nouveau ? Lui demandèrent les autres <a href="#note1">(1)</a><a name="texte1"></a>.<br />
—   Quoi de nouveau ? Mais, vous ne savez donc rien ? Le fils du roi de France est encore dans le bois ! Il est venu à bout d&#8217;enlever la princesse Dalmar, et il l&#8217;emmène à Paris. Mais, il aura fort à faire, avant d&#8217;arriver là. D&#8217;abord, en sortant du bois, il sera attaqué par douze voleurs, qui lui enlèveront, à lui, à la princesse, et à leur valet, tout leur or, leur carrosse et jusqu&#8217;à leurs vêtements. Ils les mettront tout nus, comme quand ils vinrent au monde, puis ils les abandonneront, dans cet état. Et celui d&#8217;entre eux qui voudrait opposer quelque résistance serait à l&#8217;instant transformé en marbre. Étant dans ce triste état, ils rencontreront ensuite une vieille femme, sur le seuil de sa chaumière, qui les invitera à entrer et à accepter des vêtements. S&#8217;ils ont le malheur d&#8217;entrer dans la chaumière de la vieille et d&#8217;accepter des vêtements d&#8217;elle (car il y en aura là à choisir : vêtements de princes, de princesses, de ducs, de marquis), aussitôt, ils seront encore transformés en statues de marbre, et ils viendront se chauffer chez nous. Ils arriveront ensuite sur les bords d&#8217;un étang, dans lequel ils verront un homme près de se noyer, et appelant au secours ; malheur à eux encore, s&#8217;ils veulent porter secours à cet homme, car aussitôt ils seront encore transformés en statues de marbre, et ils viendront se chauffer chez nous. Voilà les épreuves qu&#8217;il aura à subir avant d&#8217;arriver à Paris. Et comment voulez-vous qu&#8217;il s&#8217;en tire ? Cela ne serait possible que si quelqu&#8217;un lui rapportait ce que je viens de vous dire, et aucun de vous ne sera assez sot pour cela ; d&#8217;un autre côté, personne ne peut entendre nos conversations, ici ; et quand bien même elles pourraient être entendues de quelqu&#8217;un, si celui-là rapportait au prince, avant un  an et un jour, ce que je viens de dire, il serait immédiatement changé lui-même en statue de marbre, et il viendrait se chauffer chez nous.<br />
Le jour commençait à poindre, et les personnages qui étaient sur l&#8217;arbre partirent, ou plutôt s&#8217;envolèrent.<br />
Le valet, couché sous l&#8217;arbre, avait tout entendu. Il réveilla son maître, mais ne lui dit rien, attela les chevaux, et ils se remirent en route. A peine furent-ils sortis du bois, que douze voleurs, sortant d&#8217;une douve, se précipitèrent sur eux et arrêtèrent les chevaux, en criant : « La bourse ou la vie ! » Ils forcèrent le prince et la princesse à sortir du carrosse, les dépouillèrent de tous leurs vêtements, le valet aussi, puis ils partirent en emmenant les chevaux et le carrosse. Nos gens, restés nus comme des sauvages, n&#8217;osaient plus se montrer sur les chemins, le jour. Ils se cachaient dans les bois, et voyageaient de nuit. Une vieille femme, au seuil de sa chaumière, les voyant passer, s&#8217;écria :<br />
—  Jésus ! Mes pauvres gens, que vous est-il donc arrivé ? Voir des chrétiens dans cet état ! Entrez dans ma maison, et je vous donnerai des vêtements ; je ne vous laisserai pas partir ainsi.<br />
Le prince et la princesse voulaient entrer ; le valet fit son possible pour les en empêcher ; mais, en vain ; ils entrèrent dans la maison de la vieille. Le valet mit alors le feu à la maison, et les força d&#8217;en sortir, avant qu&#8217;ils eussent eu le temps de s&#8217;habiller. Ils n&#8217;étaient pas contents. Il fallut se remettre en route, dans ce piteux état. Le valet trouva un vieux pantalon, tombé sans doute du sac de quelque chiffonnier. Il le mit, et put alors aller mendier du pain et des crêpes, dans les fermes, pour lui et ses deux compagnons. Ils arrivèrent ainsi sur les bords d&#8217;un grand étang, où ils aperçurent un homme sur le point de se noyer et qui criait, à faire pitié :<br />
—  Au secours ! Au secours ! Je me noie !&#8230;<br />
Le prince voulait se jeter à l&#8217;eau, pour sauver cet homme. Le valet eut toutes les peines du monde à l&#8217;en empêcher. Il s&#8217;avança jusqu&#8217;au bord de l&#8217;étang, et, avec sa baguette, il se mit à frapper sur la tête de l&#8217;homme qui réclamait du secours, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il disparût sous l&#8217;eau.<br />
— Méchant ! Lui dirent le prince et la princesse ; vous avez fait mourir cet homme, lorsque vous pouviez le sauver.<br />
Mais, le valet s&#8217;inquiéta peu de ce reproche, et ils continuèrent leur route.<br />
Ils approchaient de Paris. Le valet, qui avait un pantalon, comme nous l&#8217;avons vu, précéda ses deux compagnons dans la ville, et leur apporta des vêtements. Alors, ils purent se montrer décemment, et ils firent tous les trois ensemble leur entrée dans le palais du roi. Le vieux monarque, qui croyait son fils mort, célébra son retour par des réjouissances publiques.<br />
Quelque temps après, le prince se maria à la fille du roi Dalmar, et il y eut encore des festins et des fêtes magnifiques.<br />
Neuf ou dix mois après leur mariage, il leur naquit un fils, qui mit le comble à leur bonheur.<br />
Le prince avait conservé son fidèle serviteur, et souvent, ils parlaient ensemble de leur voyage au château du roi Dalmar et de leurs aventures extraordinaires. Il était fort intrigué de savoir comment il avait pu les faire sortir sans mal de tous les mauvais pas où ils s&#8217;étaient trouvés, et il l&#8217;interrogeait souvent à ce sujet.<br />
—  Je vous le dirai, répondait le valet à ses instances, mais, seulement quand le moment en sera venu ; je ne puis le faire, à présent.<br />
Le désir et la curiosité du prince ne faisaient que s&#8217;accroître de cette résistance, et il le pressait de plus en plus ; mais, toujours en vain. Enfin, un jour, il entra dans la chambre du valet, comme un furieux, son sabre à la main, et en criant :<br />
—   Il faut que tu me dises ton secret, ou je te tue à l&#8217;instant !<br />
—  Je vous le dirai, mon maître, puisque vous l&#8217;ordonnez ; mais, vous le regretterez, plus tard.<br />
—  Parle, te dis-je, ou prépare-toi à mourir. Et il brandissait son grand sabre au-dessus de sa tête.<br />
—  Vous rappelez-vous, dit le fidèle serviteur, résigné, qu&#8217;en nous rendant au château du roi Dalmar, nous couchâmes dans un bois, où la nuit nous surprit ?<br />
—   Oui, je me rappelle, répondit le roi.<br />
—  Vous passâtes la nuit dans votre carrosse ; mais, moi, je la passai couché sur la mousse et la fougère, au pied d&#8217;un vieil arbre. Vers minuit, je fus réveillé en entendant causer sur cet arbre ; il y avait là-haut trois personnages, qui me font tout l&#8217;effet d&#8217;être des démons. L&#8217;un des trois, ne me sachant pas là, sans doute, apprit aux deux autres notre présence dans le bois, le but de notre voyage et tout ce qu&#8217;il fallait faire pour le mener à bonne fin <a href="#note2">(2)</a><a name="texte2"></a>.<br />
Déjà les pieds du fidèle serviteur étaient devenus de marbre. Son maître le vit bien, mais il le laissa continuer ainsi :<br />
—  Au retour, nous passâmes encore la nuit dans le même bois, la princesse et vous, dans le carrosse, et moi, sous le même arbre. Les mêmes personnages arrivèrent encore, à minuit, sur l&#8217;arbre, et j&#8217;appris de la même manière tout ce qu&#8217;il fallait faire, dans la seconde partie du voyage, pour arriver avec la princesse au palais de votre père.<br />
Le prince, voyant son fidèle serviteur déjà changé en marbre, jusqu&#8217;à la ceinture, s&#8217;écria enfin :<br />
—  Assez ! Assez ! Ne va pas plus loin !<br />
—  Non, il faut que j&#8217;aille jusqu&#8217;au bout, puisque j&#8217;ai commencé. Je ne devais pas vous révéler ce secret, sous peine d&#8217;être changé en statue de marbre. Vous m&#8217;avez ordonné de parler ; vous êtes mon maître, je vous ai obéi ; vous savez tout à présent, et la prédiction est accomplie.<br />
Et en effet, le fidèle serviteur était maintenant une statue de marbre, des pieds à la tête. Les derniers mots qu&#8217;il prononça furent ceux-ci :<br />
— C&#8217;en est fait de moi, à présent ; je vais brûler dans le feu de l&#8217;enfer, et vous-même vous y viendrez me rejoindre, si vous ne rachetez pas votre faute !<br />
Le prince était inconsolable du malheur de son fidèle serviteur. Il était devenu triste, taciturne, il fuyait la société, et on le surprenait souvent pleurant. Personne, même sa femme, ne soupçonnait la cause d&#8217;un changement si complet. Son vieux père lui demanda un jour :<br />
—   Où est donc ton fidèle serviteur, que tu aimais tant ? Je ne le vois plus, depuis quelque temps.<br />
Le prince garda le silence.<br />
—  Prends garde de l&#8217;avoir fait mourir.<br />
—  Non, mon père, rassurez-vous, je ne l&#8217;ai pas fait mourir.<br />
Il rêvait constamment aux moyens de le délivrer. Mais, comment s&#8217;y prendre ? Qui le conseillerait ? Après avoir consulté vainement un grand nombre de savants, de magiciens et de sorciers, l&#8217;idée lui vint d&#8217;aller passer encore une nuit, dans la forêt où ils en avaient déjà passé deux. Il partit, un matin, dans son carrosse, sans dire à personne où il allait, et se rendit à la forêt. Il reconnut facilement l&#8217;endroit, et il se coucha sous l&#8217;arbre, comme son vieux serviteur ; mais, il ne dormit pas. A minuit, il entendit un grand bruit d&#8217;ailes, au-dessus de sa tête, puis une voix qui disait :<br />
— Eh bien ! camarades, le valet du fils du roi de France, qui avait entendu notre conversation et l&#8217;a révélée à son maître, est venu se chauffer chez nous, comme je vous l&#8217;avais prédit ; et le prince lui-même viendra aussi, je l&#8217;espère bien, sans tarder. Il n&#8217;y a qu&#8217;un moyen pour lui de l&#8217;éviter et de délivrer son fidèle serviteur, qu&#8217;il regrette tant, à présent.<br />
Le prince était tout oreilles, en ce moment, je vous prie de le croire ; l&#8217;autre reprit :<br />
— Il lui faudrait égorger son fils unique, qu&#8217;il aime tant, pendant la grand&#8217;messe, en recueillir tout le sang, dans un vase, arroser la statue de marbre, qui fut son serviteur, avec ce sang, puis, remettre ce même sang dans la bouche de l&#8217;enfant, et le coucher dans son berceau. La statue se ranimerait peu à peu, à mesure qu&#8217;on l&#8217;arroserait de sang, et, avant la fin de la grand&#8217;messe, le valet du prince serait complètement revenu à son premier état ; l&#8217;enfant lui-même ressusciterait, peu après, et se retrouverait aussi sain et aussi bien portant que devant. Voilà ce qu&#8217;il lui faudrait faire ; mais, comment pensez-vous que l&#8217;idée puisse jamais lui en venir ?<br />
Le jour commença à poindre, en ce moment, et les hôtes de l&#8217;arbre s&#8217;envolèrent, avec un grand bruit d&#8217;ailes.<br />
Le prince n&#8217;avait pas perdu un mot de tout ce qui s&#8217;était dit. Il revint à la maison, un peu moins triste, et plein d&#8217;espoir.<br />
Le dimanche qui suivit, il dit à tout son monde d&#8217;aller à la grand&#8217;messe, au bourg, et de le laisser seul à la maison. Tout le monde partit, et il resta absolument seul dans le palais. Quand il entendit les cloches qui annonçaient que la grand&#8217;messe allait commencer, il prit un couteau et s&#8217;avança résolument vers le berceau où dormait son enfant.<br />
Mais, le courage lui manqua, au moment de frapper, et il recula d&#8217;horreur et se mit à pleurer.<br />
Il revint, un moment après, plus résolu ; il détourna la tête et frappa. Le sang jaillit aussitôt. Il le recueillit dans un vase et courut à la statue de marbre et se mit à la frotter avec le sang de son enfant, encore chaud. Et à mesure qu&#8217;il la frottait, il voyait le marbre qui se ranimait sensiblement, et, au moment où la messe finissait, la statue marcha et le fidèle serviteur parla ainsi à son maître :<br />
— Ah ! Mon pauvre maître, que j&#8217;ai eu chaud, depuis ! On m&#8217;avait bien dit que j&#8217;aurais chaud, un jour, si je révélais le secret ; et l&#8217;on n&#8217;avait pas menti. Vous-même, vous auriez eu le même sort, si vous ne vous étiez comporté comme vous l&#8217;avez fait ! Mais, ne perdez pas de temps ; remettez le sang dans la bouche de votre enfant, et soyez sans inquiétude.<br />
Le prince s&#8217;empressa de remettre le sang dans la bouche de l&#8217;enfant ; mais, malgré tout, il n&#8217;était pas sans inquiétude. Peu après, les gens du palais rentrèrent de la grand&#8217;messe. On se mit à table, à l&#8217;heure ordinaire. La princesse et le vieux roi furent surpris et heureux de revoir leur fidèle serviteur. Cependant, ils étaient étonnés de voir le prince plus soucieux que d&#8217;ordinaire.<br />
—   Où est l&#8217;enfant ? demanda la princesse.<br />
—  Il est dans son berceau, et il dort bien, répondit-il.<br />
Un instant après, ayant entendu un cri, comme d&#8217;un enfant qui se réveille, il se leva de table, courut à l&#8217;appartement où était son fils, et rentra aussitôt en le tenant dans ses bras, bien éveillé et souriant à sa mère. Puis il conta tout, et le sujet de sa douleur, et le motif de son dernier voyage, et la manière dont il avait délivré son fidèle serviteur.<br />
Il y eut alors de grandes fêtes et des festins magnifiques, au palais. Moi-même, je pus me glisser, parmi la foule des serviteurs, jusqu&#8217;à la cuisine. Mais, comme je trempais mon doigt dans toutes les sauces, le maitre-cuisinier, qui m&#8217;aperçut, me donna un grand coup de pied, où vous savez bien, et me lança jusqu&#8217;ici pour vous conter mon conte <a href="#note3">(3)</a><a name="texte3"></a>.</p>
<p>Conté par Jean le Person, cordonnier au bourg de Plouaret. — Novembre 1869.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />
<span class="footnote"><a name="note1"></a><a href="#texte1">(1)</a> Rapprocher cet épisode d&#8217;une situation analogue du Pont de Londres, page ni, du tome II, dans mes Légendes chrétiennes de h Basse-Bretagne.<br />
<a name="note2"></a><a href="#texte2">(2)</a> Dans Grimm (conte du Fidèle Jean), c&#8217;est pour avoir livré le secret de la conversation entre des oiseaux que le fidèle serviteur est puni.<br />
<a name="note3"></a><a href="#texte3">(3)</a> Voir dans mes Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne, tome II, page 11, une variante de ce conte, sous le titre de : L&#8217;Ermite et la Bergère, et dans le même tome, pages 76 et 77, le dénouement de la légende de Sainte Touina.<br />
Dans les Mille et une Nuits, conte du Roi des Iles noires, on voit aussi un homme métamorphosé en statue de marbre.<br />
Le même conte se trouve aussi, peu différent de notre version, dans le recueil de contes et d&#8217;apologues indiens intitulé l&#8217;Hito-padésa.</span></p>
<p class="pdf"><a href="/download/roi-dalmar.zip" title="Fichier zip contenant Le Roi Dalmar au format PDF">Télécharger ce conte au format PDF : <img src="/img/pdf.gif" width="50" height="50" alt="pdf icon" /></a></p>
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